‹ La Constitution d'Athènes et l'Œuvre d'AristoteChapitre 29 sur 44 · LE VOCABULAIRE DE LA CONSTITUTION D'ATHÈNES · texte numérisé non relu

LE VOCABULAIRE DE LA CONSTITUTION D'ATHÈNES

Aristote déclarait, dans la Poétique et la Rhétorique, que

la première qualité du style est la clarté, et que l'écrivain

est clair, lorsqu'il n'emploie que des mots propres. Or, il ne semble pas qu’en rédigeant la Constitution d'Athènes, il ait eu de plus grande ni de plus constante préoccupation que la propriété. Il ne se sert, en effet, que des termes propres et usuels; il évite toute circonlocution et toute périphrase; il va même jusqu'à proscrire toute métaphore, comme si la comparaison ne lui permettait pas d’étreindre assez étroitement sa pensée.

Aussi relevons-nous dans son ouvrage, et, en particulier, dans l'exposé des institutions démocratiques d'Athènes, un grand nombre de mots techniques, qui ne se rencontrent point du tout, ou seulement à l’état d'exception, dans l’œuvre des écrivains classiques, et qu'il empruntait au formulaire du droit public ou privé. Ainsi son style était, à la vérité, plus composite; il était, en revanche, plus précis.

Parmi ces mots techniques, ceux qui ne se lisent que dans

la Constitution d'Athènes sont les suivants

Ceuyisuov (VIT, 4), qui sera employé par Pollux;

dtabnorcuos (XIIT, 5),

érténuiost (XLV, 1), qu'autorise le verbe érimproëv (1); mpobcometerv (XLIX, 1), qu'explique et justifie le mot Rp0ÔLOLLOG,

employé dans la même phrase ;

(1) Xénophon. Helléniques, V, 2, 22.

Are |CONSHUTION D'ATRÈNES ) » RTC. S % à À ÊS et à ue F5, 1 i l Fast) |inrerngle (LIV, 7) ir par ‘analogie d'après mener où AVR

je TRtAXOVTÉpLOV (VI 3) 6), Res RTS mposdouxés QIX, 2), PES PAT SR LT UE ; Sa 13 e $ VE Le AT Eh Bédavos (LXIIS, »), sé | À 2e

| xinewrnpioy (pag. XXXI du pap.), RES NS

Byous et énrdyouc (pag. XXXIV du pap.), = : A Besotvnuévoy (pag. XXXVI du pap.) (3). Fit ‘3e D'autres expressions sont moins rares, et l’on en trouve des ‘4 exemples chez les écrivains classiques. Telles sont :

Éguyev aeçuyiav (L) (4),

xvapeverv (VII, 1) (5),

ërioxonoc Ts nokrelas (VIII, 4) (6), ootoaxowoota (XLIIT, 5) (7),

eornuia (XLIV, 4) (8),

ëmorülov (XLVII, 5) (9).

D'autres locutions, peu usitées dans la prose attique, se rencontrent dans les ouvrages systématiques d'Aristote :

&ouvrivony (D), qui se lit dans la Politique (II, 8, 5, 1273, a, 23) (io),

mhovtivônv (III, 1), rapproché d’aocrivènvy dans la Politique HO 710.-2203 D; 10);

mooctätnç Toù dauou (II, 3), expression de la He (VII,

Hs TOO 20); rooavaxpiverv (LIT, 5), également distingué de xpivev dans la

Politique (VI, 11, 5, 1298, a, 30);

(x) Cf. Hérodote, IV, 94; Thucydide, I, 104, 2. — Voir plus haut, pages 27 et suivantes.

(2) Platon et Démosthènes emploient le mot totæxovrosos.

(3) Une scolie aux Chevaliers d'Aristophane (v. 1147) cite ce mot comme appartenant à Aristote.

(4) Cf. Platon, Lois, 871, d.

(5) Démosthènes (XXIV, 150) emploie ce verbe au passif.

(6) Cf. dans Platon, Lois, 762, d, éxisxoroç rapproché de vooouilof. â

(7) Cf. Plutarque, Vie d’Alcibiade, XII.

(8) Ce mot appartient à la langue d'Hippocrate.

(9) Cf. Plutarque, Vie de Périclès, XIII, et C. I. G. n° 4608.

(10) Cf. d’ailleurs Andocide, IL, 30 ; Platon, Lois, 855, c; Isocrate, IV, 146.

vopLogu axe ty (VIII, 4), justifié par vopLogUXaË et vomopulaxix, mots de la Politique (III, 11, 3, 1287, a, 21);

ddpayuos (X, 2), dont les Économiques (II, 36, 1353, a, 17) offrent un exemple.

Sans doute, ces expressions techniques ne sont pas usuelles. Mais le nombre n’en est pas grand, et elles ne sont nullement obscures; le lecteur, qui trouve dans les développements mêmes, dont ces locutions font partie, de quoi les interpréter, n’a jamais de peine à en démèler ni à en préciser le sens.

La clarté est donc la qualité éminente du style de l’’Abnvatwv rolreix. Telle en est mème la transparence, que l’idée apparaît en pleine lumière, sans que la forme dont elle est revêtue arrête jamais les regards.

L'auteur, d’ailleurs, écrit avec aisance. Si divers que soient les événements qu'il raconte, si complexes que soient les institutions qu'il expose; si abstraites que soient les idées qu'il exprime, et générales les lois qu'il formule, il semble se jouer de toutes les diflicultés, et son style ne trahit jamais le moindre effort. Il ne cherche pas à briller, mais à instruire. Il ne vise ni au rare ni au merveilleux, maïs seulement au simple et au naturel. Le seul plaisir, auquel il soit sensible et qu'il veuille nous donner, est celui de comprendre. Il ne distrait jamais sur lui l'attention du lecteur, qu’il concentre tout entière sur sa pensée. Il ne demande qu'à se faire oublier, et il n'y réussit que trop, car nous n'admirons pas assez avec quelle habileté il manie et assouplit la langue, sans jamais en violer les lois ni en méconnaître le génie.

Le style ne doit pas seulement être clair, il doit aussi, selon le précepte de la Rhétorique, être approprié au sujet (roérousa Aéëx). Les révolutions constitutionnelles d'Athènes ne pouvaient être racontées en un style bas et trivial, ni les institutions de la démocratie exposées en un style tourmenté et

trop haut guindé. Or l'auteur de l'’Aünvaov rokrela s’est tenu

également éloigné de ces deux extrêmes. Son style pourrait être défini la péon Xéfic. IL s'élève au-dessus du ton de la conservation familière; mais il ne se hausse jamais jusqu’au langage de la poésie. IL s’interdit les mots composés; et, comme nous l'avons déjà remarqué, l’on chercherait vainement, dans tout son ouvrage, une métaphore ou une comparaison.

Nous y avons pourtant relevé quelques expressions poétiques, mais elles sont si peu nombreuses qu'elles passent presque inaperçues et ne produisent aucune disparate choquante,

Ce sont les suivantes :

Tav aœitiav Th otdoews avémrer rois mhouoios (V, 3) (1), ro mpdruhov (XV, 4) (2),

ayovas émpéoetv (XXV, 2),

êm méoaç nyaye Tav eioñvny (XXXVIII, 4).

Peut-être la première de ces expressions est-elle une réminiscence et se lisait-elle dans les poèmes de Solon, qu’Aristote avait sous les yeux en rédigeant la Constitution d'Athènes, et dont il a, au cours de son exposé, cité de nombreux fragments. Il n’est pas impossible que les autres locutions aient la même origine. Nous avons démontré que l'historien ne se faisait aucun scrupule, en consultant les œuvres d'Hérodote et de Thucydide, d'en retenir non-seulement des mots, mais même des phrases entières. Il ne devait pas en user moins librement avec les logographes, qui, ayant hérité le langage de l’antique épopée, employaient fréquemment des expressions ou des tours poétiques.

Ce n'est pas, d’ailleurs, que l’’Abnvalwv mokrelx ne contienne un certain nombre de termes rares et de provincialismes (yk\ürra),

qui donnent au style un caractère étranger (£ewxsv). Tels sont :

meudiuorota (XIT, 5), qui se lit chez Lucien (3), mais dans un

(1) Cf. Euripide, Andromaque, v. 1197.

(2) Cf. Sophocle, Électre, v. 1367; Euripide, Héraclès furieux, v. 523. (3) Koovocéhwv, 16.

tout autre sens. celui de « mécontentement de sa destinée »;

rposexexdopnvro roûrois (XIII, 5), dans le sens de : & à ce parti s'étaient joints... », alors que RooGxoqUEI signifie : « ajouter un ornement à... », - |

éfaoduevos Ta ômAa mpd Tv Ovowv (XIV, 2), expression dans laquelle le moyen £fuisechar n'est pas pris dans son acception ordinaire ;

uoïox (XIX, 4), synonyme de pépos ;

&taroseiv (XXIIL,-1), dont l’on ne connaissait que le moyen (1);

ünoépechart (XXV, 1; XXXVI, 1) signifiant & être miné »;

rt éntôera (XXV, 2), dans le sens de : «les prérogatives qu'ils s'étaient arrogées » ;

cuvapécxeodat Tois yyvomévous (XXXIII, 2), tournure passive, qui ne se rencontrera plus avant Sextus Empiricus (2);

oùy otov... aAX x... (XL, 3), expression qui, selon Phrynikos, n’est pas attique, mais sera usitée chez Polybe;

rposemapdvery (XLI, 2), qui est fréquent au moyen, mais n’est pas usité à l'actif;

évayiouara (LVIII, 1), dont l’on ne citait pas d'exemple avant Lucien (3):

Ces expressions sont, sans doute, très rares et tout-à-fait étrangères au dialecte attique. Elles ne prouvent pas pourtant que la Constitution d'Athènes ne soit pas l'œuvre d’Aristote. Il y a des üraf dans la Politique, par exemple #roudev 34 (4) et suurkeioves (5). Est-ce à dire que ce traité soit apocryphe ?

Est-il besoin de faire observer que, dans cet abus des y\ürre, se trahit l'influence de cette singulière théorie, professée par Aristote, dans sa Rhélorique, et suivant laquelle le style est plus noble, si l'écrivain détourne les mots de l’acception vul-

(1) Plutarque, Vie d'Alcibiade, NV.

(2) Adversus physicos, IL, 60.

G) Dialogue des courtisanes, XXVIII.

(4) Politique, Il, 2, 15, 1264, b, 9.

(5) Politique, LUI, 10, ro, 1286, b, 36.

en 7

gaire et leur donne un caractère étranger? Mais il faut aussi reconnaître qu'Aristote n'est pas un pur Attique, comme son maître Platon. Né à Stagire, colonie fondée sur les bords du Strymon et les confins de la Macédoine par des émigrés d'Andros et de Chalcis, il n’est, pour ainsi dire, ‘qu'un demi- Grec. Athènes sera sa patrie d'adoption; mais il n'y sera qu'un étranger domicilié, un métèque; il n'aura pas accès aux affaires publiques. Les Athéniens, d’ailleurs, le regarderont toujours avec défiance. A leurs yeux, il restera un Macédonien, c’està-dire un barbare. Il se distingue d'ailleurs des Attiques, en ce qu'il est plus savant qu'artiste. Fils de Nicomaque, physicien renommé pour ses travaux de médecine, il reçut une éducation toute scientifique. Logicien, il a le génie de l'abstration. Ce n'est pas un imaginatif, mais un pur intellectuel. Il n’a pas, comme Platon, le don de poésie: il ne créera pas de mythes, pour suppléer aux défaillances ou à l'impuissance de sa raison ; il ne procède pas par intuition, mais par raisonnement; il n’a qu'une méthode d'investigation, l'analyse, et il ne se préoccupe pas de lier et de composer par la synthèse les vérités, qu'en divisant les diflicultés, il a découvertes. Ce n’est pas à dire que son esprit n'ait point été nourri aux lettres et aux arts. S'il n'a pas été disciple d’Isocrate, il a, du moins, subi son influence, et il n’est pas jusqu'à ses attaques passionnées, qui ne prouvent quelle impression profonde il en avait gardée (1).

(1) Durant son premier séjour à Athènes (362-347 avant Jésus-Christ), Aristote, tout en suivant les leçons de Platon, s’occupa plus particulièrement de rhétorique ; il l’enseigna même et encourut ainsi le mécontentement d’Isocrate, qui était alors à l’apogée de sa gloire et de son influence. Il attaqua avec violence les compositions de l’illustre rhéteur (Cicéron, de Oratore, IT, 35,141; Orator, 19, 62; Quintilien, {nstitutio oratoria, HI, 1, 126; IV. 2, 196). Selon Quintilien, Aristote tournait contre Isocrate ce vers du Philoctèle : ais yodv cuwmäv mev xat ‘Icoxottnv Eäv ksyeiv. Denys d'Halicarnasse semble très irrité de l’animosité qu'Aristote montre contre le rhéteur : xoù oùt” Aciototéher melbouar bmaiverv tov Gvboa Bouhowevs (Jugement d’Isocrate, p. 577). Céphisodore, disciple et ami d’Isocrate, défendit son maitre, dans une réponse en quatre livres, fort prisée de Denys, et dans laquelle il

218 LA € CONSTITUTION D'ATHÈNES D» e

La Poétique et la Rhétorique témoignent combien les œuvres des poètes et des orateurs lui étaient familières; il cite de mémoire Homère et les Tragiques; il juge avec autant de goût que de science les chefs d'œuvre des arts plastiques, dont un siècle auparavant, Périclès avait orné Athènes; il note entre Zeuxis et Polygnote les différences les plus subtiles; il emprunte volontiers ses exemples et ses comparaisons à la peinture, la sculpture et l'architecture, Nous voyons, par la Rhétorique, qu'il était sensible à la beauté propre des mots. Il était éloquent, et son commerce avait, sans doute, un grand charme, car son ami Antipater devait écrire à son sujet : € À tant d’autres talents, il joignait celui de gagner les cœurs » (1). Il n’en est pas moins vrai qu'il parlait une langue plus composite que son maître, et ne se faisait point scrupule de fondre dans le dialecte attique des provincialismes ou même des termes étrangers. L’alliage a de l'éclat et de la solidité. Il n’a pas la pureté du métal vierge, forgé par Platon et Démosthènes.

C'est ainsi que certaines expressions, inusitées chez les auteurs attiques, sont autorisées par les ouvrages systémati-

ques. Telles sont

bnoroteïchar (VI, 3); cf. Politique, VIII, 3, 1, 1303, b, 24; cuyyvwuovixos (XVI, 2); cf. Rhétorique, II, 6, 1384, b, 3; avapioyecbar (XXI, 3); cf. avauy0Ga, employé dans la Poli-

attaquait tout ensemble Aristote et Platon. Il était aisé, disait-il, de trouver, même chez les meilleurs poètes et les plus habiles sophistes, £v 7 ÔUo Rovno®s etoneva, ce qui semble indiquer qu’Aristote avait blàämé certaines phrases d’Isocrate. A la mort de Platon, en 347, Aristote ouvre, non pas une école de philosophie, rivale de l’Académie, mais une école de rhétorique, où il s'applique à réfuter les théories d’Isocrate. Ilne devait cependant composer sa Rhélorique qu'après son retour à Athènes, en 335. À cette époque, Isocrate était mort et son école fermée. Mais Aristote se tourne alors vers la philosophie. Il ne néglige cependant pas la rhétorique. Dans le Lycée, en effet, la philosophie était enseignée le matin; l'après-midi était consacrée à la rhétorique et à d’autres sujets plus accessibles à la foule.

(1) Plutarque, Parallèle d’Alcibiade et de Coriolan, WI. Cf. Parallèle d’Aristide et de Caton, II.

É Ge à co: es L'ŒUVRE D'ARISTONE ANUS a ns. :

tique, VI, 0, Lee 1319, b, 25, précisément à propos du même Clisthènes ; ; e

| À LL 2}, cf. Politique, VEF:5;: 7 1306, a, 10 ‘ay.

162 en est encore de ee des locutions suivantes : ©

totæÜTns DÈ cs Tésws ons ëv Th nokrelo (V, 1), qui peut être rapproché de ëxe DE rep rüv &lwv poplwv elonrat Tüv ëv Toi oo, dans le traité de la Génération des animaux (505, a, 1); ali construit en corrélation avec wire (XVI, 3), comme dans la Rhétorique (1, 4, 1259, b, 6) et la Politique (VII, 5, 5, 1308, b, 11);

oùyi (XVIIL 5), qui d’après l’Zndex de l'édition de Berlin, ne se trouverait que dans deux passages de la Poétique, mais qui, selon Vahlen, est plus fréquent dans l’œuvre d’Aristote;

où adroÿs (XXI, 4), synonyme de Eaurois, comme dans l'Éthique à Nicomaque (X, 6, 3, 1196, b, 15):

dixouos mpos Tnv roureiav (XXV, 1), qui correspond à Stxaocivnv… TV Tpdç TAv mokrTelav de RPoltique (NI, 5,16; 1309, a, 306): TT CNP ES ÊTENO6. (XXXVILI, 1), qui se rencontre dans la Politique (VIII, 9, 10, 1314, a, 30).

Tout au contraire, d’autres locutions, étrangères aux autres

œuvres d'Aristote, sont usitées chez les écrivains classiques. Mais il n’en faut rien préjuger contre l'authenticité de la Conslitution d'Athènes. En raison même du sujet, le vocabulaire en

devait être plus varié que celui des ouvrages systématiques.

S'il en eût été besoin, Aristote n’eût certes pas hésité à em-

ployer dans ses Ilsoyuateia: les expressions suivantes :

xard, signifiant : & à condition de » (II, 2), comme dans les contrats de louage du 1v° siècle (2);

rapacteurnyeiobar (VI, 2), dont l'historien modifie le sens,

(x) Susemihl considère, il est vrai, ce passage comme interpolé, (2) Cf. C. I. A. n° 1055, 1059.

suivant une acception de la préposition rapä, et SEUL signifie : « être l’objet d’une manœuvre » GO

Bhasgnueiv (VI, 2), fréquent chez Platon, Isocrate et Démosthènes ;

xaragouraiverv (V1, 3), familier à Platon (Lois, 919, c) et à Isocrate (XII, 63);

xaravariCev (VII, 2), que conservera . Plutarque (Vie de Solon, XXV);

Boabesen (XI, 2), mot de Démosthènes (III, »8);

perabéobt, à la construction absolue (XI, 2), comme chez Thucydide (VIII, 53) et Platon (République, 334, e);

reodaveiteiy (XV, 2), qu'emploiera AUCUR (Vie de Périclès,

XIID) :

raoswvüpoy (XVII, 3), qui se lit également chez Plutarque (Vie de Numa, XXD ;

ueltdsuséuevos (XIX, 2), dont l'actif se rencontre chez Platon (Lois, 904, e) et le moyen chez Plutarque (Vie d’Agésilas, XI);

reosooyiobévres (XIX, 5), qu'emploiera Plutarque (Éducation des enfants, XVIID) ;

œynhatet (XX, 3), emprunté à Hérodote (V, 72);

oroyatowevor (XXII, 1), dans une acception dont Platon offre un exemple (Lachès, 178, b);

rasooyiGerv, à l'actif (XXXIV, 1), justifié par le passif, qui se rencontre chez Démosthènes (XXVI, 17); |

xaxomptymoves (XXXV, 3), qui appartient à la langue de Xénophon et d’Isocrate ; ,

avreyyoigetv (XXX VI, 2), employé au passif par Démosthènes (XXV, 73);

orovôiteiv, construit avec une proposition infinitive (XXX VIII,

2), comme chez Xénophon (Helléniques, VI, 3, 11);

(0) Cf. raoactoatrnyeiv employé dans un autre sens par Plutarque, Vie de Phocion, VIl; Vie d'Alexandre, XXXIX.

Deus D'ARISTOTE : 22

arte (LIX, 6), que l'on retrouverait dans Platon LAS | (Théétète, 148, b). Re J #3 | FD %

Il est d’autres expressions, qui semblent déroger à l'usage d'Aristote. Par exemple : |

aüroreeïs « qu jugent -souverainement » (III, 5) est justifié

par la Politique : : OoÙdÈ Tac Oiavolac stvor HÔVAG TAUTAG TEAXTIXAG Tc

TOV àarobaivévToy Jap YIVOEVAS x To TETTELV, ah Todd Bah \ov

Ts œÙToreheïc xai Tac aùTüv Évexev bewclas xoù Biavoñoeu (LV, JD, $ 1325, b, 17. Cf. Topiques, I, 6, 9);

xvoiws, «en dernier ressort » (II, 6), est légitime, puisqu'Aristote attribue le même sens à l'adjectif xôoros ;

ëléyeux (V, 2), alors qu'Aristote se sert habituellement de £Aéyerov; mais les deux termes sont synonymes, et il n’y a point de raison pour qu'il se soit interdit la première forme.

La locution évrès rou&v uvov (XLIX, 3) semble être étrangère à la langue d’Aristote, mais elle n’a rien d’insolite ni d’anormal.

‘Qc éroc eineiv (XLIX, 4 et LXVII 1), au lieu de &ç eireiv, qu'emploie d'ordinaire Aristote, est justifié par la Rhétorique (1, 2, 1357, a, 26) et la Métaphysique (HI, 5, 1009, b, 16).

| Au chapitre V, 3, l’on ne saurait objecter le rapprochement de rà rodyuora et de ñ oùcix, car l'expression rà zrpdymata n'est pas ici synonyme de à ypfuara; elle signifie proprement non la fortune (oèsia), mais la situation.

Mélhew est construit avec l’infinitif présent (VII, 4), alors qu'Aristote le fait d'ordinaire suivre du futur. Mais le présent n’est pas rare (Cf., en effet, Platon, Protagoras, 312, b; Xénophon, Anabase, LT 0:

L'emploi de yser dans cette phrase : où xoi 77 œüser Tüv émipavov xai œilor vois rupdvvox oav (XVIII, 4) semble contredire à la distinction établie par Aristote dans ce passage de la Politique : pôser yao Tv Basthéx Binpéperv pèv Dei, r@ yéver D’ evo

rov adrov (I, 5, 2, 1259, b, 15); mais ne s'agit-il pas ici des

CA

qualités morales, autant que de la naissance, et le mot œüois

n'est-il pas le seul qui puisse exprimer cette idée? C'est ainsi

que l'historien écrivait plus haut : *Hy 36 Eolowv +7 pèv qÜoet rat TA déËn Tôv routov (V, 3). | «

Yrep6dAkecôar (KXXVI, 2) a ici le sens de « différer ». Or, l'on a remarqué qu’Aristote exprime cette idée par avabd}Aechor (Rhétorique, WI, 10, 1411, b, 14). Maïs ne lit-on pas, dans la Constitution d'Athènes : ävabalhouévoy Tnv amoypagév (XL, 1), et n'est-ce pas que les deux verbes sont synonymes ?

Enfin, il est vrai que l'adverbe raoautixa (XX VIII, 4) ne se rencontre pas dans les ouvrages systématiques. Mais c'est là un mot d’un usage courant.

Il en est de même de 5 renforçant un superlatif (XL, 3). Assurément, c’est pur hasard si Aristote ne lui a pas fait jouer le même rôle dans ses Iloxymareïo.

En résumé, le vocabulaire de la Constitution d'Athènes est plus varié, et, par conséquent, moins pur que celui des œuvres systématiques. Cette différence s'explique par la nature même des sujets et aussi parce que l'ouvrage devait être publié. Le vocabulaire des Ilozyuaret est assez pauvre. Les mots qui le composent sont comme les signes d’une algèbre qui se prêtent à des combinaisons infinies, bien qu’ils soient en nombre restreint. C'est, en effet, une algèbre que la langue des œuvres didactiques. Elle n'a plus l’incomparable richesse ni la prestigieuse beauté de lidiome platonicien. Elle en a la simplicité, la clarté, l'aisance; elle en a perdu la grâce, l'élévation, l'éclat et la poésie. En revanche, elle peut exprimer les idées les plus abstraites et formuler les lois les plus générales; elle est un puissant instrument d'analyse; elle ne sert pas seulement au

philosophe à consigner les résultats de l’investigation scien-

üfique, elle lui permet aussi d’élreindre plus étroitement la‘

vérité, de la contempler sous tous ses aspects, d'en démêler

toutes les conséquences. Mais, en la rendant capable d’abs-

traction et de généralisation, Aristote en a éliminé un grand

nombre de mots concrets; il l'a, par conséquent, appauvrie;

et il s’en faisait d'autant moins faute que ses äxpodos n'étaient pas destinées au public, mais réservées à ses disciples, Quand il voulut exposer aux Athéniens les éléments de sa doctrine ou leur faire connaître les résultats de ses recherches sur l’histoire constitutionnelle ou les institutions de leur cité, il reconnut que cette algèbre, claire pour ses élèves, obscure pour le vulgaire, ne lui suflisait plus; il sentit la nécessité d'enrichir son vocabulaire; et, son propre fonds épuisé, il puisa des mots aux sources les plus variées et parfois les plus troubles. Il n’a jamais été ni incorrect ni barbare, mais il s’est souvent écarté de la sévère tradition attique. Si le vocabulaire de la

Constitution d'Athènes est plus étendu et plus composite que

celui des Ioxyuareiur, il ne sen distingue, du moins, par aucun

caractère essentiel.

Une, autre preuve vient encore confirmer cette conclusion, c’est que les termes par lesquels Aristote désigne, dans la Politique, les éléments constitutifs de l'État, ont exactement la même acception dans la Constitution d'Athènes. Nous avons remarqué, à propos de la prétendue réforme législative de Dracon, que la distinction établie dans la Politique entre les mots véor ou Üeouoi et l'expression taf vhs molreiac était observée dans L’’Abnvaiwy roluxelx, à l'exception précisément du chapitre relatif à Dracon. De même encore les mots aloeoux et aissichat sont appliqués dans les deux ouvrages au mode de recrutement des mêmes magistrats Nous avons vu aussi que, parlant des Cinq Mille, l’auteur approuvait le nouveau régime parce qu’il n'accordait les droits politiques qu'aux citoyens en état de s’armer. Or, cette catégorie de citoyens est désignée par les mots où £x rüv 6mkwv (XXXIIT, 2); et, dans la Politique, où il confirme ce jugement, Aristote se sert, à deux reprises,

de la périphrase oi + ômha £yovres M0 8. 1s07 b,-1- et Il,

5, 5, 1268, a, 21). Ailleurs, il distingue entre oi omhuretovres et où émdereuxéres (VI, 10, 9, 1297, b, 12). Ce dernier terme n'est-il pas l'équivalent exact de oi x rüv ôrlwv? Enfin, nous avons démontré, par de nombreux rapprochements, que les expressions où péoot, h péon mokrela, oi émiexeis, avaient une signification absolument identique dans l'ouvrage historique et dans le traité philosophique.

D'autres comparaisons peuvent être faites, qui ne paraîtront pas moins décisives. Dans la Politique, le mot 5iuos désigne le peuple, en tant qu'il représente le parti démocratique, opposé aux partis aristocratique et oligarchique. Aïnsi, pour ne citer qu'un exemple, on lit, IL, 6, 15, 1270, b, 18 : ÿouyatet yàp 6 Bnpos Où To meréyev Tic meyiorne Goyñc…. Or, il en est de même dans la Constitution d'Athènes : vôtre Ôë xüpt0ç © ÔnLOS YevOLEVOs TOY ToayLitTov, éveoTiouto Tv vüv oùcav rokirtelav... (XLI, 1). Quant au peuple, considéré comme formant la majorité et détenant la souveraineté, sous le régime démocratique, Aristote le désigne par le mot rñios. La Politique définit ainsi la démocratie Snmoxpotix dé éoruv, ôrav D xüpiov ro mAñ0oc (III, 5, 5, 1279, b, 21). Même acception dans l’Abmvalwv molrela : Emeita Bouhoumévoy Auxedaumoviov Ëx Aexehelac amtévar éo” oc Éyouoiy ExaTtepot xa ep vnv &yeuv, Évror pèv éonoudalov, To dÈ rA0os oùx dnxousev.. (XXXIV, x). C'est ainsi que 6 Ôäues et ro rh peuvent être rapprochés, sinon comme synonymes, du moins comme désignant un même objet considéré de deux points de vue différents : xat xabiotara Baorheus Ëx Tov Émerxdv... 0 DE TÜpavvos Ex Toù Ouou xat Toù rAG0ouc ri roùs yvwotuous (Politique, VIII, 8, 2, 1310, b, 19) 550 TOUTOV OL @ palora quoty ioyuxévar To mÂñboc, n eis To dixactiprov Épeatc xUot0c ya @v © dos Ts digou XUp1O6 YÉYVETOL The TOATEX (Const. d’'Ath. IX, 2). ‘Hrrwpévos Dè Tais éraigelars 0 Ketobévns moocnydyero vov dnmov, amoddoù T& mA0et Tny rokirelay (Const. d'Ath XX) CA côté de Tr rAïñios, l'expression oi root se rencontre de part et

d'autre, avec le même sens (Politique, IIX, 5, 1, 1279, a, 30;

ET L'ŒUVRE D'ARISTOTE | on

quent dans la Politique (ex. VII, 3, 2, 1320, a, 10) ne se trouvait pas dans la Constitution d'Athènes. Or, il nous semble qu'il était employé dans l’un des premiers chapitres, aujourd'hui perdus, de l'ouvrage. En effet, Plutarque, citant Aristote, à propos de Thésée (Vie: de Thésée, XXV), s'exprime ainsi: : ôtt ÔE RpTOs Ne mpdç Tv byAoV, We *AguororéXne onst... Ne semble-t-il pas rapporter les termes mêmes de l’’Abnvalov rolreia ? Dans ce dernier ouvrage, l’épithète Smmotixo se lit avec le sens de « partisan de la démocratie » (VI, 2; XXXIV, 3), comme dans law Politique (IL, $, 12, 1966,-a, 99; -VI, 11,-8,-12098, b, 24; VII, 5, 2, 1320, a, 13). L'acception de « favorable à la démocratie (X, 1; XIII, 4)» n’a rien d’anormal.

Le parti aristocratique est désigné, de part et d’autre, par l'expression oi yvomor : ni Tèc Tv yroplmov ouloverxlas xat otdoeic xa ia Tov vouwy mepäcbar Ôet quadrrew (Politique, VIIL 5, 5, 1308, a, 31); ... é6oulovro yap xai Tv yvwpipwv xal Toy Onpotixdv où mokkoi (Const. d’Ath., XVI, 9). Mais il est remarquable que l'expression équivalente ot érigaveis ne se lit que dans la Constitulion d'Athènes.

L’’AGnvaiwy rokteia appelle les riches oi zhoÿoiot (II, 2) ou oi eürooot (II, 2), comme la Pohtique (4/3, 1266; %D,"-3> VIT, 6, 4, 1294, a, 16). IL en est de même pour les mots oi révnres, désignant les pauvres (Const. d'Ath., Il, 2; et Politique, VIT, 5, 5, 1294, b, 23). Mais nous devons reconnaître que l’expression oi ärovot (Politique, VII, 7, 5, 1294, b, 23) ne se rencontre pas dans la Constitution d'Athènes. Au parti oligarchique est appliquée, dans les deux ouvrages, la dénomination oi okyor (Const. d'Ath., V, 1; Politique, VIIL, 1, 9, 1302, a, 14). Le mot éfouotx a aussi, de part et d'autre, la même acception (Const. d’Ath., Ni ePontique, IL 472, 1266, b, 7). Il en est de même de mheovexteiv (Const. d’Ath., V, 3; Politique, Il. 4 12,.1267, b, 7) et de maAcovetis (Const. d'Ath., VI, 3; Polilique, NT,

Dufour. — 15.

Const. d'Ath., XXNIH, 1). On à noté que le mot ëylos, si fré-

7,.2, 1982, b, 929). Enfin, est-il besoin de rappeler que l'idée de souveraineté est, ici et là, exprimée par l'adjectif xüpros (Const. d’Ath., IX, 2; Politique, IN, 6, 1, 1281, a, 11), et que toutes les magistratures, mentionnées dans les deux ouvrages, y sont désignées par les mêmes termes? La Constitution d'Athènes et la Politique appliquent donc exactement les mêmes dénominations aux mêmes institutions et aux mêmes magistratures. Toutes les différences, qui peuvent être relevées dans le vocabulaire des deux ouvrages, et que nous avons nousmêmes notées, ne peuvent prévaloir contre une aussi parfaite concordance. Ce ne sont pas là des rencontres fortuites. IL est manifeste que deux écrivains n'auraient point désigné par les mêmes mots les mêmes éléments politiques. Si les mêmes expressions se lisent dans l'exposé historique et le traité didactique, c'est que l’un et l’autre sont inspirés par les mêmes idées, se rattachent aux mêmes principes, et relèvent de la même doctrine; en un mot, parce qu'ils ont été conçus par une même

pensée, et composés par un même auteur.

Page 1