CONCLUSION . in ag
lateur. 3°) Les historiens postérieurs, qui ont consulté et même
cité Aristote, ignorent cette Constitution. — Ce sont là des raisons suflisantes pour rejeter du texte l'exposé de la réforme législative attribuée à Dracon et résoudre la première contradiction entre la Constitution d'Athènes et la Politique.
Le même remède semble devoir être appliqué à la seconde. Dans L’’Abrvaioy mokreiu, il est, à plusieurs reprises, question de l'abaissement de l’Aréopage. Or, un seul de ces passages prête à Thémiscoc'e un rôle actif dans cette campagne. De plus, à l’époque où l'historien place la conjuration d'Éphialte et de Thémistocle, celui-ci était, depuis dix ans, frappé d'’ostracisme, et réfugié à la cour d’Artaxerxès. Plutarque connaissait la Constitution d'Athènes. Il la cite au $ 10 de sa Vie de Thémistocle. Or, il n’est, dans cette biographie, fait aucune mention de l'intervention de Thémistocle dans la lutte d'Éphialte et de Périclès contre les Aréopagites. Comment donc s’expliquerait son silence, si l’’Abnvalwy mokrelx n'avait été interpolée ?
Ces deux diflicultés ainsi résolues, la Politique confirme partout le témoignage de la Constitution d'Athènes. Cette parfaite concordance, qui ne saurait être fortuite, est une première preuve en faveur de l'authenticité de cet ouvrage. Il y en a une autre, plus décisive encore. Des jugements portés par l’historien de L’’Aünvaiwv rokrelo sur les hommes et les institutions d'Athènes, se dégagent les éléments d’une doctrine, conforme aux théories professées par Aristote dans la Politique, \'Éthique et la Æhélorique, sur la supériorité de la classe moyenne et l'importance qui doit lui être attribuée dans l'État, sur l’excellence de la péon mokireix, sur la vertu considérée comme un juste milieu, sur la modération, l'équité et la concorde. L'influence
de Thucydide a, sans doute, joué son rôle dans la formation
5e ; % > : Le à . n y Th 4 LR re ( Ë : & , . re e # de ces idées; elles n'en appartiennent pas moins en propre à
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CONCLUSION
Aristote, qui seul a pu formuler les jugements de la Consti- #
, tution d'Athènes. | à
Telles sont les preuves qui peuvent être tirées du fond de l'ouvrage. L'étude de la forme en fournit d’autres, moins décisives peut-être, mais fort intéressantes. Aristote a, pour com-
poser L'’Abmvatwy mokureix, puisé aux sources les plus diverses.
Or, il a emprunté aux œuvres, qu'il consultait, non seulement des faits, mais même des mots et des phrases entières. Il en résulte que le vocabulaire de cet ouvrage est plus varié que celui des œuvres systématiques. Il est en même temps plus concret, car, dans la Constitution d'Athènes, Aristote raconte les faits, au lieu que, dans la Politique, il en formule les lois. Il est enfin moins scolastique, parce que l’’Abnvawy rokreia devait être publiée, tandis que les Ilokurixd étaient réservés à l’école. Mais le vocabulaire de l’opuscule historique ne se distingue par aucun caractère essentiel. Au contraire, tous les termes techniques, qui désignent les institutions, les magistratures, les éléments constitutifs de l’État, sont pris de part et d'autre dans la même acception. Si l’on se place à ce point de vue, l’on reçoit la même impression qu'en comparant les faits et les idées, et l’on incline à conclure que la même main a rédigé les deux ouvrages.
De même encore, toutes les particularités de syntaxe qui peuvent être relevées dans la Constitution d'Athènes s'expliquent presque toutes par l’ellipse, la syllepse, et surtout l’anacoluthe, qui sont les figures les plus caractéristiques du style d’Aristote dans ses Hoxyuarein. L'ordre des mots y est, comme dans ceuxci, analytique et descendant; la construction des phrases, d'ail-
leurs très simple, est implexe. L'historien évite l'hiatus, mais les
DL RC ; CONCLUSION
prescriptions auxquelles il se soumet, et auxquelles il ne sacrifie
rien de sa liberté, ne sont pas plus rigoureuses que les règles
observées dans ses traités. La théorie développée par Fr. Blass
dans la Préface de son édition, sur le nombre oratoire dans L'’AGnvatwy modele, avait posé à nouveau la question d’authen-
ticité, car, dans les œuvres systématiques, Aristote ne semble
prêter aucune attention au rythme. Mais les observations de
Blass sont, pour la plupart, erronées. L’historien a, d’instinct, donné à sa prose le nombre indispensable au style soutenu; il n’a point cherché à exprimer sa pensée en des périodes rythmiques. Si le style de la Constitution d'Athènes est plus nombreux que celui des Iloxyuateixr, ce n’est pas que les membres de phrase soient symétriques ou assonnants, ni que, dans le développeraent de la période, certaines formes métriques soient répétées on entrelacées, c'est que tous les éléments de la proposition sont exprimés, que le style est moins abrégé, moins elliptique, plus continu, plus ample, par conséquent, et plus harmonieux. Aussi, bien que la grâce en soit un peu sévère, n'est-il point dépourvu d'agrément et de charme, et mérite-t-il les éloges des critiques anciens, qu'en l’absence de tout texte qui les justifiàt, les modernes trouvaient fort exagérés.
Ces preuves sont moins fortes, sans doute, que les précédentes. Elles ne laissent pas pourtant que d’avoir un grand poids, et nous fournissent de nouvelles raisons d'attribuer la Constitution d'Athènes à Aristote. Telle est notre conclusion, et tel est bien le résultat auquel nous avions l'ambition d'atteindre, en commençant notre travail. Mais il ne nous échappe pas qu'un problème aussi complexe ne peut être définitivement résolu. Trop de diflicultés y sont impliquées, pour que nous
ayons la prétention de dire le dernier mot dans un débat
Pen longtemps | ouvert, ce qui, nous Te craignons, restera | toujours pendant. Nous aurons du moins touché à notre but,
et nous nous tiendrons DÉCOR EnAee de nos eHorts, si nous 2
avons montré li intérêt de la discussion engagée, si nous en avons dégagé quelques vérités, et surtout si nous avons ouvert la voie à des recherches plus savantes et, — c'est notre plus
ardent désir, — à des études plus fécondes.
Médéric Drrour, A Lille, le 5 Avril 1895.
VU CPU p En Sorbonne, le 3 Juillet 1895, Par le Doyen de la Faculté des Lettres de Paris, A. HIMLY.
Vu et permis d'imprimer :
Le Vice-Recteur de l’Académie de Paris,