Voir notre Captivilé de Barcelone, chap. II, section
2. À Junot, Fontainebleau, 12 novembre 1807, et Milan, 23 décembre 1807; à Charles IV, Paris, 1o janvier 1808; Corr. Nap., n° 13351, 13416, 13444 ; ete.
3. A Charles IV, Paris, 10 janvier 1808 et 25 février 1808, Corr. Nap,, n* 13443 et 13604.
4. Aflirmation qui peut étonner, quand on pense à Baylen. Mais Napoléon ne pouvait prévoir l'insurrection nationale, et toute sa correspondance de février montre combien il se croyait fort en Espagne.
5. I n’y a pas de doute que Murat ait été choisi, non pour diriger une intrigue, mais pour conduire provisoirement une armée. Napoléon, sans être sûr que l'Espagne lui déclarerait la guerre, prévoyait le cas; et Murat avait paru, en 1805 et en 1806-1807, le meilleur des lieutenants de l'Empereur, le seul qui sût faire la grande guerre. Les premières instructions de l'Empereur à Murat sont toutes militaires: ici, il faut rappeler toute la correspondance de lEmpereur en février et mars, et plus spécialement les n° 13562, 13576-13578, 13085-13088, 13617, 13624, 13626, 13628, 13629, 13632, 13650, 13656. S'attendre à la guerre était au reste naturel, après le message confié à Izquierdo vers le 25 février. (Voir notre Captivité de Barcelone, chapitre IL)
Mais il s’informe. Il envoie sur place des officiers d’ordonnance, émissaires chargés en apparence de porter des lettres à Madrid, mais en réalité de le renseigner sur les points qui l'intéressent véritablement. Tous insistent sur la haine des: Espagnols pour le prince de la Paix, sur la faiblesse de l’armée, sur la désorganisation de la marine et l’inertie des arsenaux ; tous tiennent l'Empereur au courant des intrigues de la cour de Madrid. Mais, dans leurs écrits, on chercherait en vain un véritable tableau du royaume"; encore moins y trouverait-on la plus légère indication sur les réformes à tenter. Dans les volumineux rapports de Tournon, de Mouton, de Monthyon, dans les mémoires de l’agent secret Montgaillard?, dans la correspondance de M. de Beauharnais, ambassadeur de France à Madrid, plus tard dans celle de Murat, il n’y a pas le moindre élément des informations nécessaires pour tenter une « réorganisation » ou une « régénération » de l'Espagne : rien sur les institutions administratives et judiciaires, rien sur l’état social, politique, économique du royaume, et même presque rien sur ses finances, dont les informateurs se bornent à constater incidemment le délabrement. Ce silence est très significatif : le maître sait se faire renseigner sur les questions qui l’intéressent. S'il pensait alors à réformer l’Espagne, il ne manquerait pas de se faire signaler les abus existants, les aspirations non satisfaites, les réformes à entreprendre.
Mais Napoléon se préoccupe alors fort peu de lopinion publique espagnole : il recommande seulement à Murat et à
1. Le seul tableau de ce genre est fait incidemment par M. de Tournon, dans son grand rapport du 20 décembre 1807 (Arch. nat., AF1v 1680); il n’a pas quinze lignes.
2. Les rapports rédigés pour l'Empereur par ses ofliciers, certains rapports de Beauharnaïis, tous les mémoires d'agents diplomatiques ou dinformateurs zélés sont groupés dans le carton AK 1v 168, aux Arch. nat. La correspondance de Murat (AF1Iv 1605 et 1606) a été éditée par Lumbroso (Lurin, 1899, in-8). Les rapports adressés à Champagny par Beauharnais sont naturellement aux Archives des AfF. étr., Corr. diplom., vol. 672 et 673. Ils ont relativement bien peu d'intérêt pour nous: La véritable intrigue se déroula en dehors de la voie diplomatique régulière.
Beauharnais de rassurer la cour, l'entourage du prince des Asturies et celui du prince de la Paix'. Il ne pense vraisemblablement pas, jusqu’à la fin de mars 1808, qu'il y ait grand intérêt à gagner la confiance de la nation par des promesses de réformes, et il se borne à ordonner à Murat de tenir des propos rassurants et vagues sur ses bonnes intentions, « Sa Majesté n’ayant en vue que des choses utiles et avantageuses à la nation espagnole », et sur la conservation de tous les privilèges, ce qui exelut tout dessein d'innovations sérieuses”. L'Empereur semble ignorer les dispositions des quelques Espagnols éclairés qui peuvent désirer des réformes”. La longue soumission de la nation à un gouvernement inique, faible et méprisé, donne sans doute à croire à Napoléon que le pays acceptera passivement toute solution à intervenir, et sera même satisfait, pourvu’ que Godoy soit chassé du pouvoir‘.
Enfin, dans sa correspondance, jusqu’à fin mars 1808, l'Empereur ne semble guère donner d'autre but utile à son intervention dans la péninsule que celui de soustraire l'Espagne et le Portugal au commerce et à l'influence britanniques, et de prendre des sûretés contre une défection toujours possible en cas de complications européennes. L'asservissement total du Portugal et de l'Espagne est présenté comme une précaution préalable nécessaire pour réduire l'Angleterre’. L'Empereur
1. Corr. Nap., n° 13629 (à Champagny, Paris, 9 mars); 13632 (à Murat, même date); 13575 (au même, Saint-Cloud, 23 mars).
2. Corr. Nap., n°° 13588, 1358), 13628 (à Murat, Paris, 20 février et 8 mars).
3. € Ne prenez aucune part aux différentes factions qui partagent le pays, traitez bien tout le monde et ne préjugez rien, ete. » À Murat, 25 mars 1808, Corr. Nap., n° 13682.
4. Voir ici les premières lettres de Murat, les rapports des différents officiers (Arch. nat., AF 1v 1680). Napoléon pouvait, par ces rapports trop optimistes, juger au moins que Godoy était très impopulaire, et Ferdinand très aimé, surtout depuis les scènes d'octobre 1807. Les rapports de Beauharnais étaient encore plus favorables au prince des Asturies. On en trouvera un très caractéristique dans Geoffroy de Grandmaison, L'Espagne et Napoléon, p. 110-111. Voir aussi dans ce volume le très important rapport de M. de Tournon du 20 décembre 1807, p. 463-471 (surtout p. 468-471).
5, Il faudrait citer ici plus de cinquante lettres. Les plus démonstratives sont, dans Lecestre, Lettres inédites, n° 229; dans la Corr. Nap., n° 13131,
ne précise pas davantage les résultats qu'il attend, pour sa politique générale, de sa mystérieuse et flottante politique espagnole. Et, à vrai dire, ces résultats dépendent euxmèmes du choix qu'il fera entre deux solutions : le mainüen des Bourbons totalement asservis ou leur expulsion du trône.
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Les 26 et 27 mars, Napoléon apprend les tumultueux événements survenus huit jours auparavant à Aranjuez et à Madrid, le soulèvement populaire de la Nouvelle-Castille, larrestation de Godoy, l’abdication de Charles IV, l'avènement de Ferdinand VII". L'Empereur prend alors le parti auquel il se tiendra désormais, renonce provisoirement à annexer une partie de l'Espagne, et offre d’abord à Louis, puis à Jérôme, beaucoup plus tard à Joseph la couronne d'Espagne *.
13181, 13243, eL(en supplément) tome XVI, p. 498 et 500. Cette dernière lettre (à Louis, 27 mars 1808) est très nette : «Certain que je n’aurai de paix solide avec l'Angleterre qu'en donnant un grand mouvement au continent, j'ai résolu de mettre un prince français sur le trône d'Espagne. » Pas une fois, dans cette période d'octobre 1807 à mars 1808, Napoléon ne donne comme explication de sa conduite (même pour le constitutionnel Alexandre) la nécessité de « régénérer » l'Espagne. Cette explication eùt été, pourtant, la plus honorable, En revanche, on voit déjà, avant mars 1808, percer le dessein d'utiliser la marine espagnole.
1. Par les lettres (et annexes) que Murat envoie, de Castillejo et de Buitrago, les 19 et 20 mars (Corr. Murat, n° 224-228) Cf. Corr. Nap., n° 13690 et 13695. Sur la suite générale des faits mentionnés rapidement dans ce paragraphe, voir entre autres : Arteche, Guerra de la Independencia, &. I", p. 249-311; Baxungarten, Geschichle Spaniens, &. 1‘, p. 175-205; comte Murat, Murat, lieutenant de l'Empereur en Espagne, p. 130-277; Oman, A history of the peninsular «war, p. 4o-51 (clair et concis); Geoffroy de Grandmaison, L'Espagne el Napoléon, p. 141-169. Au reste, les faits compris entre le 18 mars et les abdications ou renoncialions de Bayonne sont aujourd'hui très bien connus, et il n’y a pas lieu d’en reprendre ici le récit.
2. Nous avons la lettre à Louis (que Napoléon II communiqua en original à la commission de la correspondance), Saint-Cloud, 27 mars 1808, Corr. Nap., t. XVI, p. 500-o1; et les lettres à Joseph, Bayonne, 18 avril et 10 mai 1808, ibid., n° 13753 et 13844. Il y eut entre temps une offre à Jérome. laquelle est attestée par une lettre de Catherine de Westphalie à Frédéric rs de Würtemberg, Napoleonshæhe, 28 mai 1808, Briefivechsel der Kænigin
Murat, pressentant le dessein de l'Empereur, ne reconnait pas Ferdinand comme roi, et prend sur soi de faire conseiller dès le 28 mars au «prince des Asturies » d'aller au-devant de l'Empereur, ce qui épargnera à Napoléon un voyage à Madrid”. Beauharnais et Savary achèvent de décider Ferdinand à partir le 10 avril : le même jour, Napoléon sait déjà, par les lettres de Murat, que Ferdinand va probablement partir pour Burgos et Bayonne, ce qui permettra de conduire rapidement la crise à son dénouement. Dès lors et pour la première fois, le grand-duc de Berg est autorisé à «déclarer verbalement » que l'Empereur a l'intention «de conserver l'intégrité des provinces et l'indépendance du pays » et qu'il a «le désir de voir l'Espagne heureuse »°. Le moment semble venu pour Napoléon, non seulement de «pourvoir à la süreté de son Empire et de « sauver l'Espagne de l'influence de l’Angleterre »‘, mais encore de s'occuper de la «régénération » du pays qui vient d'entrer dans le « système ».
En effet, dans le rapport du 24 avril où Champagny résume les idées du maitre sur les affaires d'Espagne’, Napoléon se fait déjà conseiller de « rétablir l'ordre » dans l'administration espagnole ; et, à partir du moment où Murat, devenu lieute-
Katharina, t. °°, p. 131-133, et la reine. de Westphalie était évidemment bien informée sur ce point. L'offre a dû parvenir à Jérdme avant le 11 avril, à en juger à la fois par le calcui des dates (voir Masson, Napoléon et sa famille, &. IV, p. 22%, n. 1) et par un passage d’une autre lettre de Catherine à Frédéric, Cassel, 11 avril 1808, Briefiwechsel, t. I, p. 121-125 : Q Ce qui s’est passé en Espagne fait horreur, s’il est vrai que le prince des Asturies ait contribué à l’abdication forcée où volontaire de son père; au reste, je ne crois pas qu'il possède longtemps ce trône. » Il y a probablement là une allusion discrète à l'offre faite à Jérdme.
1, Murat à l'Empereur, 28 mars et 6 avril 1808, 2 h. du matin, Corr. Murat, n235 NEO 0 ACTE NOI0 200 NetaC Or NC MIS 000 18702 MOT MIO TEE 13530.
2. Murat à l'Empereur, 7, 9 et 10 avril 1808, Corr. Murat, n° 251, 253, 254,
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3. À Murat, Bordeaux, 10 avril 1808, Corr. Nap., n° 13733. 4. Expressions du rapport de Champagny en date du 24 avril (voir note suivante).
o. Corr. Nap., n° 13556, avec la note suivante : «.. La minute de ce document porte, au recto, les traces d’un travail personnel de PEmpereur : ce sont de nombreuses corrections, presque toutes de sa main. »
INTRODUCTION Ji
nant général du royaume d'Espagne (4 mai 1808), recoit l'ordre de travailler directement avec les ministres et la junte de gouvernement’, l'Empereur commence à lui demander des renseignements sur certaines parties de l'administration du royaume; le 11 mai, il réclame «un mémoire sur la situation des finances d'Espagne », il attend « avec impatience la situation de la marine, des forces de terre et des finances »; il veut être renseigné sur les présides d'Afrique”. Le 14, ayant reçu l’état de l’armée, il demande instamment celui de la marine et des finances : « Ce mémoire doit me faire connaître exactement la situation des finances du pays, la dette publique, les valès, les différentes branches de revenus, ce qu'ils ont produit en 1805, 1806 et 1807, l'emploi des dépenses de ces trois années, ce que coùtent la marine et l’armée de terre, ete. »*. Quand il est à peu près renseigné, l'Empereur revient souvent sur les questions financières: «Je sens, écrit-1l le 15 mai, que les affaires de finances méritent toute ma sollicitude‘. » Il suggère à Murat des expédients pour treuver immédiatement soixante millions de réaux”; il voudrait chaque semaine l’état des recettes, chaque jour le tableau du cours des fonds d'État‘: quand le ministre des finances d'Espagne est arrivé à Bayonne, il travaille longuement
1. À Murat, Bayonne, 4 mai 1808, Corr. Nap., n° 13809 (et pièces citées dans les notes).
2. À Murat, Bayonne, 11 mai 1809, Corr. Nap., n° 13859. Cf. n° 13858 et 13879.
3. Corr. Nap., n° 13885. Cf. n° 13913. Les mémoires faits à Madrid pour répondre aux questions de Napoléon sur l’armée, la marine, les finances, etc., sont mêlés aux différentes pièces sur les affaires d'Espagne que l’'Empereur reçut à Bayonne en mai et juin 1808; Arch. nat., AF 1v 1608 et 1609. Les renseignements sur les finances ne furent pas recueillis sans peine, à en juger par les rapports de La Forest à Champagny, des 19, 23 mai et 12 juin 1808: Corr. La Forest, L. 1°, p. 22-26, 38-41, 97-80. Le 19 mai, La Forest remit un véritable questionnaire très détaillé sur les finances, valès, dette, intérêts, emprunts, à une commission de hauts fonctionnaires financiers espagnols (Questionnaire et réponses dans le carton AF 1v 1608.) Il s’en servit pour rédiger avec Fréville son rapport du 11 juin à Murat (tbid.)