Voir pp. 10 et
ilnoquaffuc domo imm bcne arnuiUis, qui niclius (sic) sit ihi in armis ; chaque maison fournira un homme bien armé, celui qui connaîtra le mieux le métier des armes ».
Les Viguiers sont maîtres de la force armée, comme ayant la haute police sur toute l'étendue du territoire : aussi les appelLe-t-on, même encore, juges d'épée. Voici comment M. Castillon explique l'origine de leurs pouvoirs militaires : a Les comtes de Foix, qui étaient les « premiers suzerains de la vallée d'Andorre, avaient « sur ce pays, comme il était fort commun sous le « régime féodal, la haute et basse justice... Or ces fonc- « lions de juge ne pouvaient s'exercer qu'autant que le (( délégué du suzerain avait le pouvoir de faire com- (( paraître devant lui les hauts et bas justiciables, c'est- (( à-dire les criminels et autres. Pour cela, il était « investi du droit de commander à la force armée ; « d'où le titre de juges d'épée que prenaient les « Viguiers. Ceux-ci, jouissant par leurs souverains « des mêmes prérogatives que leurs prédécesseurs, ont « continué d'être chefs ou commandants des gardes na- « tionales de la Vallée \ »
Anciennement, l'organisation était la suivante : il y avait par paroisse un capitaine et deux lieutenants qui s'appelèrent d'abord dauurs. puis desenen (dizainiers, c'est-à-dire chargés de commander à dix hommes) ; si l'état des forces l'exigeait, on nommait des dizainiers supplémentaires. Ces fonctions étaient annuelles ; chaque année, le Conseil général en désignait les titulaires et, avant 1866, ce choix se faisait en même temps que celui des consuls, c'est-à-dire un peu avant le 25 décembre ; on le soumettait ensuite à l'agrément des représentants des coprinces. Pour assurer le bon fonctionnement de cette milice, les Viguiers devaient en passer
1. H. Castillon (d'Aspct) ; Histoire de la Vallrc rt lirpnhlif/tic d'Andorre, p. 75.
la revue annuelle, avec, comme assesseurs, les deux consuls de chaque paroisse; l'usage en avait fixé l'époque et le lieu : c'était dans la semaine qui suit la Pentecôte et sur la grande place d'Andorre- la-Vieille. Chaque militaire se présentait avec son fusil et la quantité de munitions fixée par la coutume ; en cas de contravention, soit que les hommes ne vinssent pas, ou qu'ils n'eussent pas la quantité voulue de poudre et de balles, ou que les armes fussent mal entretenues, les Yiguiers avaient le droit de frapper les coupables d'une amende ou même d'un certain temps de prison {ce dernier cas était fort rare). Il ne s'agissait plus ici des citoyens andorrans, si attachés à leur antique liberté, mais de soldats, coupables de manquements à la discipline.
Outre cette grande revue annuelle, qui avait lieu d'après les ordres donnés aux capitaines des paroisses par les Viguiers, si ceux-ci le désiraient, ils pouvaient inspecter les troupes d'une commune déterminée. Quand les Yiguiers étaient absents, ils étaient remplacés par les bayles, qui sont leurs lieutenants dans le commandement de la milice. Les Syndics, les consuls et les Conseillers généraux ont le droit d'employer des miliciens pour assurer l'ordre public et les capitaines des paroisses doivent les leur fournir sur simple réquisition; ils en rendent compte ensuite aux Vigueries.
Le service militaire n'est pas dur en Andorre ; en temps ordinaire, les soldats n'ont qu'à maintenir la paix publique. A ce titre, ils sont chargés de l'arrestation de ceux qui troublent le bon ordre, de la garde des prisonniers et de faire escorte aux autorités. On voit que la milice andorrane est une espèce de gendarmerie ou de police plutôt qu'une véritable armée et elle ne prendrait ce caractère que si le pays était envahi par l'étranger ; même dans ce cas, l'appel de la force
armée se ferait difficilement, car c'est aux représentants des deux pays qui l'entourent que l'Andorre a confié le commandement de ses troupes.
A raison du peu de lourdeur de ce service et conformément au principe andorran que toutes les fonctions publiques sont gratuites, les militaires en service ne sont pas plus payés que les fonctionnaires de l'ordre politique ; mais, de même que l'Etat entretient à ses frais le Conseil général pendant la durée de ses sessions, de même, lorsque l'armée était appelée à Andorre-la-Vieille pour la grande revue de Pentecôte, la Vallée prenait à sa charge toutes les dépenses entraînées par ce déplacement, c'est-à-dire la nourriture et le logement des miliciens. En 1863, comme les recettes du budget avaient été insuffisantes par suite de la mauvaise récolte du seigle, le Conseil général obtint des Viguiers qu'ils ne passeraient pas leur revue annuelle.
Quand on employait les militaires pour arrêter ou garder les délinquants, on leur allouait une compensation aux frais de ces derniers ; il en est de même aujourd'hui. En temps ordinaire, ils n'étaient pas rétribués et devaient fournir à la fois leurs armes, leurs munitions et leurs vivres ; leur situation était analogue au XII*' siècle : l'accord de 1176' dit que les Andorrans combattront les ennemis de l'évèque, le premier jour en se nourrissant à leurs frais, una die cum nostro cibo, et les autres jours aussi longtemps qu'ils pourront vivre sur l'ennemi, aliis rero diebus, quibns nos vobiscum ease volneritis, st(d)imus robiscum, quamdiu super inimieos vestros cibum accipere poterimus.
IL Ce qu'est l'armée aujourd'hui.
La revue annuelle des troupes andorranes n'est plus passée par les Viguiers depuis 1882, époque de la