‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la race (volume 2)Chapitre 103 sur 163 · BS SYMPTOMES RECENTS DE SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

BS SYMPTOMES RECENTS DE SOUFFRANCE

Un peuple élevé par la vertu aux plus hauts degrés de la prospérité est, par cela même, me- Q^cé 4ws son prpch^in avenir. Le d^ger esk

déjà grave, quand cette prospérité ofîré pour principaux symptômes la richesse et la puissance. Alors, en effet, il est à craindre qiie l'égoïsme des riches et Torgueii des gouvernants ne sachent plus se contenir; et il devient nécessaire que les gens de bien se concertent pour conjurer l'extension du mal.

L'Angleterre semble aujourd'hui toucher à une telle Biluatlott. Elle l'emporté maintenant par sa richesse , ses cultures littéraires et sa puissance sur les peuples qui, dans le passé, ont préludé à leur propre cort'uplion, puis à leur décadence, en sUrpassanlleurs contemporains. Â la Vérité, grâce aux pouvoirs modérateurs de sa constitution , elle est moins portée que ne l'étaient ces anciens dominateurs du monde à faire, àù dehors, abus de ses forces. Elle réprime d'ailleurs, chez elle, les désordres sociaux dès qU*ils se màniîtestent; et chaque livre du présent ouvrage témoigne de cette aptitude exceptionnelle pour les réibrmes. Mais, comme je l'ai indiqué dans la côtièlusion de l'ouvrage (XII, iv), si l'Angleterre Càlttie certaines souffrances physiques avec une louable sollicitude, elle se laisse envahir par deux èrt*eurs qui propagent dans les esprits et les cœUrsle principe du mal actuel. Ces erreurs sont les « faux dogmes de la science et du travail ». ïi résulte de là que lés réformes, opérées depuis i 830 avec tant d'énergie, loin d'être des

remèdes décisifs, ne sont pour la plupart que des palliatifs insuffisants. Je suis même conduit parfois à y voir un danger et, tout au moins, à concevoir des doutes touchant le choix des moyens employés par les nouveaux réformateurs.

DOUTES SUR l'efficacité DES REMÈDES DEMANDÉS A LA CENTRALISATIOIiï

Les Anglais procèdent moins qu'autrefois aux améliorations sociales , à l'aide de coutumes naissant dans chaque localité par le perfectionnement des idées et des mœurs. Ils agissent surtout au moyen de lois écrites émanant du gouvernement de l'État. Le résultat définitif de cette nature de réformes est d'attribuer à de nombreux fonctionnaires , salariés par le trésor public, l'autorité qui était précédemment exercée par de simples particuliers ou par des magistrats , personnellement intéressés aux progrès locaux, et servant leurs concitoyens à titre gratuit. Ces nouveautés introduisent souvent en Angleterre les habitudes de « centralisation ». Elles ont la même origine que sur le Continent : elles prennent, en beaucoup de cas, les mêmes caractères; et il est à craindre qu'elles n'entraînent les mêmes conséquences. La transformation qui s'accom-

plit en Angleterre peut être souvent considérée comme une nécessité , parce qu'elle est opposée à un mal dérivant d'une corruption sociale. Elle le guérit rarement; et souvent elle donne, à la cause première de la corruption, un caractère plus contagieux. Au fond, dans ces changements qui absorbent aujourd'hui la sollicitude des hommes d'État de l'Angleterre, les faits nouveaux sont la corruption et la contrainte , plus habituellement que le progrès et la liberté. J'ai souvent signalé , dans ce qui précède , le danger que peuvent entraîner pour l'Angleterre les méthodes de centralisation : les publications récentes des réformateurs anglais viennent journellement le rappeler à ma pensée*.

LES ERREURS DES LETTRÉS , OU LA PRINCIPALE CAUSE DES SOUFFRANCES DE l'oCCIDE^NT

Jusqu'à ce jour, au surplus, les Anglais, en marchant vers la centralisation , ont évité beaucoup d'excès commis sur le Continent; mais ils ont fait peu d'efforts pour supprimer la cause principale de la restriction apportée ainsi à leurs vieilles libertés. Cette cause est la fausse direction imprimée aux idées et aux mœurs, c'est-à-

* Voir, à la fin de ce tome, la Pièce II des Documents annexés.

dire aux sources mêmes de la coutume , par trois classes de lettrés européens. Les premiers, étrangers pour la plupart aux coutumes du. travail, prétendent cependant en èdicter les lois : exagérant la notion de la liberté,' ils déclarent que les maîtres ne sont nullement ténus dé remplir envers leurs ouvriers les devoirs de protection et de contrôle, fixés par la tradition de tous les peuples prospères. Les seconds, voués plus directement aux inventionâ que font èclore les cultures spéciales d6 l'esprit, veillent gouverner le monde sans le secours de la tradition : bien qu'ils proclament rexpérience comme la souirce delà certitude, ils regardent comme non avenus les faits les plus éclatants de l*histoire , ceux qui démontrent la constante souveraineté de la loi divine; et ils déclarent que cette loi, enseignée aux temps d'ignoranoe , ne saurait désormais se maintenir eii présence des lumières que multiplie journellement l'étude des forces physiques et du monde matériel. Les troisièmes, enfin, condamnent d'une manière plus absolue l*ordre traditionnel de Thumanité : se fondant syr l'erreur des deux autres et sur ses funestes conséquences, ils concluent, avec le lourd fanatisme de l'ignorance et de la haine, à la destruction des sociétés actuelles ^

* Voir, à la fin de ce tome, la Pièce I des Documents

[ annexés^

LE RÔLE DE l'ANGLETERRE DANS LA GUÉRISON DE l'oCÇIDENT

tendant le voyage que je fis en 1829 , comme êlève-ingéniem^ au milieu des mines et des forêts de TAÎlemagne, j'eus une première révélation de ces erreurs par des contacts fréquents avec la jeunesse des universités. Je vis ensuite les mêmes germes de désorganisation sociale se propager en France, parmi mes condisciples, au milieu de rèbranlement qu'imprima aux esprits la révolution de 1830. Je ne tardai pas à en apercevoir le danger; mais, dès 4836, époque de mon premier voyage en Angleterre, je me consolai de ces tristes prévisions, car j'entendis chaque joui: l'expression du respect témoigné aux vérités traditionnelles , par les savants et les autres classes •

dirigeantes de la société (XII, iv). A ce spectacle imprévu, je conçus l'espoir que les Anglais garderaient, avec le dépôt de ces vérités, les moyens de salut dont s'éloignait le Continent. Depuis quinze ans, il est vrai, ma confiance en une prochaine réforme s'ébranle à mesure que l'esprit de tradition recule devant les nouveautés que je viens de signaler; mais je compte toujours sur un succès définitif, assuré par le concours de l'Angleterre. Cette généreuse nation ne se lais*-

sera pas désorganiser par de nouveaux dogmes qui ne sont que les orgueilleuses manifestations d'une fausse science. Elle a conservé, avec la paix intérieure, la lucidité d'esprit qui s'est obscurcie, au milieu des révolutions et des guerres, chez les nations riches et lettrées du Continent : elle est donc, mieux que celles-ci, en mesure de restaurer les voies qui aboutissent aux suprêmes vérités. Elle dirigera la force souveraine des « faits » et de la « méthode expérimentale 3), contre les faux savants qui prétendent tirer, des connaissances acquises sur l'huître et le singe , la compétence nécessaire pour diriger les sociétés humaines. Elle s'associera, dans les conditions fixées par son propre génie , à l'œuvre de ceux qui , dans plusieurs contrées de l'Occident, se concertent pour fonder sur la vraie science « l'Union de la paix sociale :s^.

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