‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la raceChapitre 101 sur 190 · GH. 1" — LÀ LOI MORALE ET LA RELIGION · texte numérisé non relu

GH. 1" — LÀ LOI MORALE ET LA RELIGION

Les Anglais ne considèrent point la loi morale comme le produit de la sagesse humaine. Us y voient une révélation directe de Dieu , enseignant aux premiers hommes la distinction du bien et du mal, et complétant, pour l'espèce humaine, l'immense bienfait du liBre arbitre. Ils ne s'épuisent donc pas en vains efforts, comme le font les révolutionnaires du Continent, pour abolir le Décalogue et soumettre les peuples à de nouvelles lois de leur invention. Les classes dirigeantes repoussent sans hésiter ces nouveautés. Elles constatent, en effet, journellement que les défaillances morales de leurs enfants et de leurs subordonnés ne proviennent pas des imperfections de la loi suprême. Elles reconnaissent qu'il faut attribuer ces défaillances aux erreurs et aux vices qui empêchent la plupart des hommes d'en pratiquer les commandements.

Dispensés des efforts inutiles et dangereux qu'entraîneraitlarecherche d'une meilleure loi suprême, ils donnent un plus fructueux emploi au temps que laisse disponible la conquête du pain quotidien. Fermement attachés aux principes du bien , ils appliquent leur esprit d'initiative à perfectionner les moyens de les mettre en pratique. Encore

nouveau. On voit reparaître des hommes orgueilleux, qui attribuent à la seule sagesse de Phomme les succès qui n'ont été obtenus qu'avec le concours de Dieu. (Voir la Réforme sociale, 11 , i à vu ; et ci-appès TÉpilogue de 1875.)

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ont-ils soin, dans cette partie de leur tâche, de faire appel à la tradition plutôt qu'à l'esprit de nouveauté. Se conformant aux trois premiers commandements du Décalogue , ils ont toujours appuyé sur la religion leur vie privée, comme leur organisation politique.

A aucune époque de son histoire , l'Angleterre n'a été exempte des maux que provoquent, en religion comme en toutes choses, l'orgueil, Tégoïsme et les autres formes de corruption. La doctrine de Pelage, dès la seconde période (432), celle de Wiclef, vers la fin de la troisième (1387), agitèrent fortement les esprits ; mais l'unité de foi ne fut réellement brisée que lorsque Henri VIII rompit avec la cour de Rome (1531). A certains égards, cette scission religieuse différa, par son origine comme par ses résultats, de celles qui se produisirent vers la même époque en Ecosse, en France et dans les États allemands. Cependant l'histoire de toutes ces révolutions offre encore plus d'analogies que de contrastes. Les grands traits de cette histoire sont partout les mêmes. Dans le principe, on trouve toujours la corruption du clergé , les intrigues politiques des souverains , les convoitises excitées chez les laïques par les richesses accumulées dans les égUses et les abbayes. Dans lés conséquences, apparaissent d'abord les guerres religieuses , avec leur cortège habituel de ruines et de massacres , puis le

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scepticisme développé, à la vue de ces maux, dans les âmes dévouées à la patrie. L'Angleterre a profondément souffert de ces désordres sociaux. Plus encore que les nations du Continent , elle a cherché le remède dans la diversité des formes religieuses et multiplié ainsi les motifs d'antagonisme. Cependant elle semble avoir mieux réussi que ses émules à restaurer la paix sociale et à conserver la foi du christianisme. Les Anglais atteignent ce but , à la fois par une institution traditionnelle et par une sage pratique d'origine récente. En premier heu, ils rangent le maintien du culte officiel au nombre des devoirs que le roi s'engage à remplir lors de son avènement; et par là ils relèvent dans l'estime des peuples le respect dû à la rehgion. En second lieu, ils tolèrent de plus en plus les cultes dissidents ; et ils se persuadent que ce contact n'est pas complètement inutile.

En Angleterre , comme ailleurs , il arrive souvent que les dissidents se montrent , en science et en vertu, supérieurs à ceux que la loi écrite déclare orthodoxes. Ceux-ci sont depuis longtemps amenés par les comparaisons de ce genre à modérer leurs prétentions; et ils s'appuient moins qu'autrefois sur leur alliance avec les gouvernants pour opprimer leurs rivaux. Cette direction juste et féconde imprimée aux idées et aux mœurs a singulièrement contribué, dans l'ère

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actuelle de réforme (II, vi), à faire vivre en paix tous les cultes , sans affaiblir les croyances qui en sont la base. Anglicans et dissidents comprennent mieux que jamais la responsabilité qu'impose aux classes dirigeantes l'acquisition de la richesse : tous tiennent à honneur de fournir d'abondantes ressources aux corporations de bien public vouées à la propagation de la loi morale, soit dans la mère patrie (VI, nr), soit dans le reste du monde ( VII , v) .

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