CH. III — LA FEMME ET LE MARIAGE
les institutions qui confèrent de préférence aux hommes la propriété des immeubles^ (xn), enfin par le judicieux régime de travail qui attribue à l'homme Tadministration de Tatelier et à la femme celle du foyer.
C'est surtout dans Finstitution du mariage que se montre, pour les deux époux, l'inégalité des droits et des libertés. En ce qui concerne le gouvernement extérieur, la coutume prescrit à la femme une obéissance , à défaut de laquelle la situation sociale de la famille serait sans cesse compromise ; mais, en ce qui concerne le gouvernement intérieur, les mœurs exigent du mari une déférence indispensable à l'ordre et à la paix du ménage. Les filles reçoivent rarement par héritage les immeubles qui déterminent le rang occupé par la famille dans la société ; mais cette coutume ne peut être considérée comme un trai-
* D'après la coutume, les biens meubles de la femme mariée, antérieurs au mariage ou acquis, devenaient la propriété du mari ; il avait également la jouissance et Padministration des biens immobiliers , et même la libre disposition des gages ou salaires gagnés par la femme. Ces prescriptions étaient éludées fréquemment dans les classes aisées. Un acte du 9 août 1870 (33-34 Vie t., c. 93) modifie la coutume : désormais les gages et salaires de la femme mariée demeurent sa propriété particulière , ainsi que les biens meubles ou les revenus des immeubles acquis par elle dans une succession ah intestat. L'opportunité d'une telle réforme ^st un indice de la désorganisation qui se produit J depuis 1864 , dans le personnel des ateliers de travail.
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t88 LIVRE CINQUIEME — LA FAMILLE ET SON DOMAINE
tement défavorable; elle constitue pour le sexe faible un avantage et non une injustice. Sous ce régime, les filles appartenant à des familles égales en vertu, mais inégales en richesse, peuvent toutes prétendre à faire des mariages à leur gré. Dans tous les rangs de la société elles s'élèvent sûnsi par leurs qualités personnelles. L'opinion encourage l'utile émulation que cet état de choses entretient parmi les filles : elle condamne sévèrement, chez les hommes, comme un acte d'indélicatesse , la recherche systématique des riches héritières. Dans une société où la richesse est souvent prise en trop haute estime, il existe peutêtre à cet égard des coupables; mais ils ne réussissent qu'en dissimulant leur désir, comme ils le doivent faire pour tout autre sentiment honteux. Les parents , non moins que leurs filles , pensent que les unions doivent être fondées sur l'affection et la communauté des goûts : tous s'accordent à proscrire « les mariages de raison » qui prévalent trop souvent dans les contrées où les filles concourent comme héritières, au partage des immeubles , dans des conditions d'égalité avec leurs frères.
Conformément à ces opinions universellement reçues les filles, conseillées par les parents, sont autorisées par l'usage à étudier personnellement le caractère et les sentiments de ceux qu'elles pourraient accepter comme époux. Dans cette re-
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