‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la raceChapitre 146 sur 190 · LA FAMILLE-SOUCHE ET LA PROSPÉRITÉ DE LA NATION · texte numérisé non relu

LA FAMILLE-SOUCHE ET LA PROSPÉRITÉ DE LA NATION

La famille est partout l'image réduite de la nation. Les principaux traits de son histoire reflètent sur celle de la race entière. La famille instable des Bretons, malgré ses brillantes qualités, n'a pu laisser que son nom aux îles qu'elle a peuplées la première. Cette race héroïque n'a pas été, il

Papplication des lois qui prohibent Tacquisition ou la possession des immeubles en mainmorte. Voir l'Annuaire dé législation étrangère , 1. 1®*", 1872, p. 3.

' La congrégation catholique des Lazaristes prend ellemême rinitiative des sages restrictions opposées par la loi anglaise aux corporations perpétuelles , en ce qui touche la possession des immeubles. Invités à diriger beaucoup d'œuvres de bien public , en France et à l'étranger, les Lazaristes exigent ordinairement que les immeubles auxquels ces œuvres se rattachent restent la propriété des fondateurs.

est vrai, complètement expulsée : elle a longtemps conservé quelque indépendance; mais elle ne s'est relevée qu'en renonçant à la lutte et en perdant sa nationalité. La famille -souche des paysans saxons, angles et danois, a seule constitué l'Angleterre: elle a élevé ce majestueux édifice en créant la propriété personnelle , fondée elle-même sur les domaines patrimoniaux. Les clans bretons, au contraire, ne s'étaient point incorporés au sol : ils s'étaient bornés à l'exploiter, parle pâturage, sous un régime de propriété collective ; et ils n'avaient créé la propriété personnelle que pour des parcelles dont la possession était instable, comme l'existence même de la famille.

La famille -souche rurale n'a pas toujours, comme au temps d'Alfred le Grand, présidé aux destinées de l'Angleterre : elle a subi des modifications profondes; mais aujourd'hui encore, comme elle le fit à l'origine, elle prend une grande part à ses succès. Les Normands qui , après la conquête , divisèrent l'Angleterre en fiefs pour se les partager, étaient des soldats et non des agriculteurs, comme les nobles saxons qu'ils dépouillèrent. Ils s'attribuèrent en partie les produits du sol que les vaincus cultivaient comme bordiers, tenanciers ou vassaux ; mais ils employèrent surtout leur activité pendant plus de trois siècles à guerroyer sur le Continent. Les familles-souches

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féodales de TÂngleterre n'étaient pas. mieux orga^ nisées que celles de la France : eUes durent leurs principaux succès aux divisions de l'ennemi, aux talents de trois grands princes et surtout à leurs solides archers, qui étaient recrutés parmi les rejetons des paysans anglo-saxons. Ceux-ci, malgré le régime d'aînesse importé par les seigneurs normands, se perpétuaient, avec leurs coutumes, sous le régime de l'autorité paternelle et du testament.

Ces guerres prolongées introduisirent d'ailleurs, au sein de la noblesse féodale, une corruption d'où sortirent successivement la perle des conquêtes continentales , la guerre civile des Deux-Roses, l'extermination de la plupart des familles et enfin, sous les Tudors, l'avènement de nouvelles familles dirigeantes, animées d'un autre esprit. Cette transformation s'accomplissait au moment où la société anglaise se constituait définitivement, après la lente fusion des Bretons, des Saxons, des Angles, des Danois et des Normands ; où les paysans et les classes moyennes des campagnes ou des villes reprenaient, dans la vie publique, l'influence que le testament leur avait conservée dans la vie privée, au milieu d'une longue oppression; où enfin les familles de la noblesse, abandonnant le droit d'aînesse, adoptaient, pour la transmission de leurs biens, laia)re coutume des Anglo- Saxons. Fortifiés par cette réforme,

plus flexibles que rancienne noblesse sous la pression des éyénements , progressivement enrichis, sous Henri VIII et ses successeurs, par les spoliations du clergé , par les faveurs de la cour, par les révolutions politiques, puis par le régime parlementaire qui, après 1688, favorisa la suppression des pâturages communaux et des petits domaines de paysans, les propriétaires ruraux acquirent peu à peu la situation influente qu'ils possédaient presque exclusivement au dernier siècle , et qu'ils gardent encore en partie. Depuis 1815, la famiQe-souche, ainsi affermie, mais réduite en nombre dans la vie rurale, s'est, dans la vie urbaine, multipliée par la fondation d'une multitude de domaines commerciaux et manufacturiers. C'est dans l'existence de chacune de ces lamilles que se trouve l'explication du trait dominant de l'activité nationale. Si l'Angleterre, malgré ses étroites limites, envahit une grande partie du monde, c'est que ses familles -souches produisent, sur leurs divers domaines, d'innombrables rejetons : c'est que ceux-ci, formant un courant continu d'émigration, fournissent à toutes les mers et à toutes les parties de l'Empire britannique, des marins, des soldats, des marchands et des colons ^

* M. Léon Faucher, qui fut minisire en France après la révolution de 1848, avait étudié TAngleterre dans les années qui précédèrent cette catastrophe. Il avait été frappé, comme

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Ces familles-souches attachées au sol de l'An* gleterre par leurs établissements agricoles, commerciaux et manufacturiers, ne comprennent plus, comme au temps d'Alfred le Grand, la nation tout entière. Elles ne peuvent exploiter leurs vastes domaines qu'avec le concours d'une po-

je le fus à la même époque, des dangers qu^offrait dans les campagnes comme dans les villes la multiplication rapide de populations nomades, étrangères à tout esprit de tradition. Il écrivait à cette époque : « Les laboureurs, loin de « s'attacher à la terre qui les nourrit , contractent les habi- « tudes errantes des ouvriers de fabrique... Ils ne conte naissent plus les sentiments qui localisent les souvenirs. ... ; « nulle part les occupations ne sont moins héréditaires ; et (( Tesprit de tradition , en se fixant dans les régions supé- « Heures, semble avoir abandonné les classes inférieures « de la société... Les districts agricoles de l'Angleterre « n'ont pas toujours présenté cet aspect... Cette révolution « s'est accomplie dans les campagnes à la même époque « où s'élevait la grande manufacture. Pendant que l'in- « dustrie remplaçait le travail en famille par celui des « ateliers , l'agriculture convertissait les champs en pâtu- « rages... et détruisait les chaumières... Les hommes étaient a remplacés par le bétaiL.. L'Angleterre possédait encore « dans le siècle dernier une race de paysans dont elle était « fière... Chaque famille possédait alors quelque chose : le (c moindre laboureur occupait une maison et un champ d'un « acre..., sans compter son droit de pâture et d'affouage « sur les terrains communaux. » {Études sur l'Angleterre, tome II, p. 65.) — Voir ci-dessus, livre I®**, chapitre ix, note 4. — Depuis l'époque où l'ouvrage de M. Léon Faucher a été publié, ces plaies sociales se sont étendues avec la même rapidité que les « progrès » de l'agriculture; mais jusqu'ici on n'y a opposé que des palliatifs insuffisants. — F. L-P.

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pulation beaucoup plus nombreuse et dénuée de toute propriété foncière. Dans leurs rapports avec leurs indispensables auxiliaires, ces familles s'inspirent de deux sentiments opposés. Les unes, qui forment malheureusement la majorité, estiment qu'elles ont rempli les devoirs de leur condition quand elles ont payé le salaire débattu et leur part de la taxe des pauvres. Elles ne se croient pas moralement tenues d'épargner aux ouvriers les souffrances de la vie nomade et du dénûmeat périodique, aux temps de chômage.

Les autres ne pensent pas pouvoir échapper à ces obligations : elles attachent en permanence au foyer ou à l'atelier de la famille toutes les classes de serviteurs et d'ouvriers ; elles attribuent à chaque famille auxiliaire la propriété ou tout au moins l'usufruit perpétuel d'un foyer. Elles n'ont jamais à débattre contradictoirement le taux des salaires. Au milieu des éventualités les plus fâcheuses et les plus imprévues, ce taux se modifie, en quelque sorte spontanément; et il assure toujours aux intéressés le minimum de bien-être fixé par l'esprit de charité et de tradition. Ces véritables patrons conservent, en un mot, à leurs auxiliaires , la dignité de la famille-souche ; et ils veillent autant que possible à ce que les rejetons des bons serviteurs émigrent au dehors , comme leurs propres enfants, dans les meilleures conditions de succès.

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L'avenir de la race anglaise et le sort des nations manufacturières de l'Occident dépendent beaucoup du développement qui sera donné, par les classes dirigeantes, à l'une ou à l'autre de ces deux tendances opposées.

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