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Le problème du grand atelier dépend surtout de cette dernière condition : il est tout résolu quand le patron, habitant la localité et prenant part avec sa famille au travail commun, se croit responsable du bien-être de tous et assure, par son exemple, le respect de la loi divine. Des ateliers organisés sur ces bases existent enqore en Occident et même en Angleterre. Les meilleurs types peuvent être observés dans les régions du Nord et de l'Orient, où l'exercice des arts minéralurgiques et forestiers est lié à diverses occupations agricoles ^. L'excellence de ce régime est décelée par la paix sociale qui règne sans aucun concours de la force publique. Le caractère le plus apparent de cette paix est l'absence de tout débat relatif à la fixation des salaires^. Enfin, cette entente elle-même est due à un système de subventions * et à des coutmnes locales qui règlent naturellement la rétribution des familles en raison des besoins fondamentaux de l'existence, limités comme le salaire par la tradition.
• Les Ouvriers européens : Forgeron et Charpentier de rOural (Russie septentrionale); Forgeron de Danemora (Suède septentrionale) et Fondeur du Buskerud (Norwége méridionale). — Voir aussi UOrganisation du travail, § 22. = ♦ L'Organisation du travail, % 21 ; 2« pratique de la Coutume des ateliers : entente complète touchant la fixation du salaire. = * Les Ouvriers européens, p. 26 : Considérations sur les trois catégories de subventions et sur leurs produits. — La Réforme sociale, 50, viii.
L'autre catégorie de grands ateliers européens constitue « le régime des engagements momentanés D. Ces nouveaux établissements n'ont point encore complètement détruit les coutumes qui conservent la paix sociale; mais ils les abandonnent chaque jour, sous Une impulsion qui a son principal foyer en Angleterre ( IV, vi) et qui se communique incessamment aux autres contrées. Dans les cités manufacturières, où l'intensité du mal croit avec l'agglomération des ouvriers et l'activité de la concurrence, les familles sont de plus en plus jetées hors des conditions du bien-être matériel et de l'ordre moral. Les ateUers qui devancent les autres dans ces habitudes de désorganisation, ramènent au milieu de la vie sédentaire les plus détestables formes de la vie nomade. Les patrons, même résidants, ne connaissent plus leurs ouvriers : les rapports des deux classes sont devenus éphémères; ils se nouent et se rompent chaque semaine, sous l'inspiration d'intérêts dominés par le hasard, souvent par la haine ou l'envie. Sous ce triste régime, le salaire est fixé, non en raison des vrais besoins des familles, mais par les vicissitudes du commerce et par les débats de l'offre et de la demande des bras ^ Il est plus
* M. Richard Cobden, l'un des plus célèbres continuateurs d'Adam Smith, a ramené les rapports du patron et de l'ouvrier, en ce qui touche les salaires, à la formule sui-
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élevé que sous le précédent régime, et néanmoins il est insuffisant : en eflfet, il ne comprend plus les bienfaisantes subventions fixées par la coutume ; et il est soumis à de continuelles variations. Quant à l'ouvrier, il souffre lorsque, privé d'un bienveillant contrôle, il ne sait plus contenir ses appétits ^ On s'explique donc que l'antagonisme existe toujours, au moins à l'état latent, entre le maître et l'ouvrier; qu'il éclate périodiquement sous forme de révoltes ou de chômages forcés (strikes)] enfin que le recours à la loi écrite et à la force armée devienne un moyen habituel de gouvernement^.
vante : « Quand deux ouvriers courent après un maître, les « salaires baissent ; quand deux maîtres courent après un « ouvrier, les salaires haussent. » C'est, comme on le voit, réduire à une formule bien simple, mais peu exacte, le difficile problème de la paix sociale. (Cobdbn, cité par Garnier, Traite d*éœnomie politique , p. 463.)
' Le8 Ouvriers européens, p. 152 : Armurier de la fabrique rurale collective de Solingen. — Bulletin de la Société d'économie sociale, t. IV, p. 1 : Sur le contraste qui se manifeste souvent entre les élévations du taux des salaires et Famoindrissement de la moralité ou du bienêtre , chez Touvrier ou sa famille , par M. A. Rondelet, zn * Toutefois , au milieu de leurs aberrations , les ouvriers anglais semblent avoir moins perdu que ceux du Continent le respect de la tradition. Ils ne désirent point les révolutions ; et ils sont prêts à profiter des réformes. — « Un « orateur anglais des Trades- Unions résumait ainsi sa « propagande : Je puis dire tout ce qui me passe par la « tête, attaquer n'importe qui et n'importe quoi, sauf la « reine et le christianisme; si je parlais contre eux, mon
Jusqu'à ce jour, cette nouvelle forme de guerre sociale a plus sévi dans les ateliers des grandes manufactures que dans les grandes propriétés rurales. Divers symptômes donnent lieu de craindre qu'il n'en soit pas toujours ainsi®. D'ailleurs, si comme on doit l'espérer, un changement survient dans les idées qui égarent maintenant les
« public me jetterait des pierres. » (Taine, Notes sur V Angleterre, p. 238.) — Sur le Continent, et particulièrement en France , les prédications que recherchent certaines populations urbaines sont, au contraire, celles qui ne tiennent compte ni des traditions les plus vénérables , ni des faits les plus évidents du temps actuel. Dans le compte rendu d'un discours fort applaudi à Marseille, au commencement de décembre 1869, on lit : « Aidez-nous, libres penseurs de « Marseille, à abolir la religion. Les protestants, les juifs, « les mahométans et tous les autres déistes végètent dans « la misère et Tobscurité ; mais ce quUl faut avant tout dé- « truire, c'est le catholicisme. Le Christ n'est qu'un des- « pote qui s'est fait tuer pour donner plus de poids à ses « doctrines. Que l'on ne nous parle plus de ce cadavre, « nous n'en voulons plus. (Applaudissements.) » — On n'a point à s'étonner que ces odieuses doctrines aient engendré en 1870 et en 1871 des dissensions civiles et des crimes sauvages dont on chercherait vainement des exemples dans l'histoire des peuples non « civilisés ».
® Cette crainte est justifiée par les grèves de journaliers [strikes) qui ont éclaté en 1874 dans plusieurs districts ruraux , renommés par la perfection de leur agriculture. Les renseignements que j'ai pu me procurer semblent indiquer que le mal sévit surtout dans les fermes à long bail , et non sur celles où les propriétaires veillent personnellement, sous le régime des baux at wUl, au bien*ôtre et à la stabilité des ouvriers. — F. L-P.