‹ La constitution de l'Angleterre considérée dans ses rapports avec la loi de Dieu et les coutumes de la paix sociale, Précédee d'apercus sommaires sur la nature du sol et l'histoire de la raceChapitre 68 sur 190 · CH. IX — LES CAMPAGNES ET LES VILLES · texte numérisé non relu

CH. IX — LES CAMPAGNES ET LES VILLES

réputée excessive. Elle est en contradiction formelle avec les meilleures traditions du genre humain. Elle tranche complètement avec Tordre de choses au milieu duquel la race anglaise s'est formée. Ce mouvement anormal a été jusqu'à présent irrésistible , parce qu'il se lie à un développement de richesse et de puissance qui enivre surtout les esprits sensibles aux satisfactions matérielles ; mais celles-ci sont loin d'être acquises à toutes les classes de la population. Le régime nouveau offre déjà les écueils contre lesquels les grandes races commerçantes ont échoué à toutes les époques de l'histoire ' : il provoque entre les riches et les pauvres un état habituel d'antagonisme. Depuis 1830, ce fléau devient peu à peu le trait dominant des rapports sociaux dans les villes et les agglomérations manufacturières. Depuis 1848, il commence à se répandre dans les campagnes. Ce mal exige de promptes réformes; car s'il s'étendait davantage, il pourrait avoir des résultats désastreux eu présence de l'organisation donnée depuis le siècle dernier à la propriété rurale (iv). En effet, le sol n'est plus cultivé ni par les grands propriétaires opérant avec le concours de leurs domestiques ^ et de leurs tenan-

2 La Réforme sociale, 31, vi; 83, ii; 62, v. z=z ^ Ce mot est pris ici dans le sens qu'il avait encore au xvii® siècle ; il désigne les personnes de toute condition, attachées en permanence à la maison d'un patron.

dbyGoogk

ciers, ni parles races de paysans -propriétaires que les poëtes anglais ont célébrés *. Il est livré à des fermiers dont les descendants, quand ils s'enrichissent, se détachent facilement de la terre et sont peu enclins à contracter avec les ouvriers ruraux des rapports permanents. Beaucoup de propriétaires, il est vrai, subordonnent le régime des baux à ferme à la conservation de ces rapports traditionnels ; mais tous n'ont pas cette sagesse. Ceux qui oublient le plus les devoirs du patronage * n'ont qu'une préoccupation : échapper autant que possible aux soucis de la propriété et en tirer le plus fort revenu, avec le système des baux à longs termes. C'est cet abandon de la tradition nationale qui introduit maintenant dans les campagnes le système des grèves

* Dai)s un poëme publié en 1769 , à Tépoque de corruption indiquée au livre II , Goldsmith exprime en traits charmants les regrets que lui inspire la désorganisation sociale qui s^opère sous ses yeux depuis cinq ans. Il oppose les pratiques qui font le bonheur des populations à celles quï créent ou accompagnent la richesse de quelques-uns. Il déclare que des seigneurs , fruits d'une institution factice , ne sauraient remplacer une vieille et solide race de paysans.

« 111 fares the land , to hastening ills a prey, « Where wealth accumulâtes , and men decay :

« Princes and lords may flourish , or may fade ; « A breath can make them, as a breath bas made, « But a bold peasantry, their country's pride, « When once destroy'd , can never be supplied.

( Le Village abandonné. ) = ^ La Réforme sociale, bO, v.

dbyGoogk

Page 1