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« ne le sont nos recrues françaises après un an d’ins- « truction, d'exercices et de fatigues (1). » Cela paraît très vraisemblable, car, outre que la discipline devait y être fort rigoureuse (2), les soldats corses avaient tous ou presque tous participé à des expéditions plus ou moins importantes contre des tours gênoises. Pommereul est bien loin d’ailleurs d’être suspect de bienveillance à l’égard des insulaires.
La levée en masse contre la France. — Cependant cette petite troupe qui suffit à peu près aux exigences de la lutte contre Gênes, de 1762 à 1768, devait être trop peu importante pour assurer la liberté au pays. Quand les rapports avec la France se tendirent et qu'une méfiance légitime à l'égard du gouvernement de Louis XV s’empara de la plupart des corses, on dut aviser aux mesures à prendre contre l’envahisseur éventuel. La Consulte du 22 mai 1768 décidait d'augmenter le nombre des soldats autant que les finances le permettraient, el d'exercer les milices avec la même discipline que les corps permanents. Mais déjà les
(1) Pomimereul, Hixtoire de l'Ile de Corse, p 128 ets
(2) La consulte de 1762, qui avait prescrit la formation des deux régiments, avait décrété dans son article premier :
« Il faudra que ces deux régiments soient disciplinés avec la plus grande exactitude ; à cet effet on devra les instruire et les diriger d’après les ordonnances les plus rigoureuses » ; « si vuole « che questi reggimenti siano disciplinati colla maggior esatezza ;
ce percid istruiti e governali colle ordinanze pit rigorose. » Bull., t. 16, p. 426.
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troupes françaises avaient débarqué dans l’île. Devant l’obstination de Paoli et du pays à ne pas se soumettre à ces nouveaux maîtres, la guerre devient inévitable : des escarmouches ont lieu entre Français et nationaux, puis une bataille sanglante où le comte de Chauvelin trouve une résistance inattendue. Il faudra remettre au printemps prochain la fin de la campagne. Une Consulte a lieu, la dernière que Paoli ouvrit comme général de la Nation. Elle décida que tous les hommes valides de seize à soixante ans seraient armés de quarante charges de fusil. Jls seraient groupés par paroisses en compagnies se composant chacune d’un capitaine, un lieutenant, deux sergents, trois caporaux et trente soldats : les hommes en surnombre, lorsque toutes les compagnies que pouvait fournir une paroisse élaient levées, formaient des fractions-à la suite. Les deux tiers des hommes composant ainsi ces milices, devaient en principe rester dans leur pays pour la défense éventuelle du territoire, jusqu’au moment où le général les appellerait sur le front de bataille; l'autre tiers devait immédiatement être groupé en une armée. Paoli en était nommé généralissime avec Gaffori et Abbatucei comme lieutenants généraux. Mais la valeur d'un petit peuple n’a jamais suffi à le faire triompher d’un puissant ennemi ; dans cette lutte inégale, la Corse devait être vaincue. Battu à la bataille de Ponte-Novo, sentant peut-être la con-
fiance de la nation s’ébranler, voyant les adhésions à
la France se faire chaque jour plus nombreuses, Paoli quitte la Corse et se retire en Angleterre avec une poignée de patriotes irréductibles.
Les autres objets ressortissant à la querre. — Paoli s’occupa aussi de la marine. Il s'aperçut vite que la prise des forts qui restaient aux Gênois était difficile pour les insulaires ; d'autre part, un blocus rigoureux empêchait les transactions des nationaux de se déve lopper, et Le besoin de trouver des débouchés pour les bois, les châtaignes et les huiles se faisait sentir ; c’est pourquoi la Consulte de Casinca, du 20 mai 1760, décida, pour défendre les intérêts de l'île, et aussi pour gêner le commerce de son ennemie, de faire armer en course des galères qui porteraient le drapeau national: la tête de Maure avec un bandeau. Un habile corsaire, Perez, fut nommé grand amiral. Plusieurs provinces eurent à cœur de faire construire à leurs frais un ou plusieurs navires. La bannière nationale fut immédiatement reconnue par plusieurs États ; en particulier, le royaume de Naples, le grand-duché de Toscane, l'Empire, la France et l'Angleterre ; de nombreuses prises furent faites, et Paoli veillait à ce qu'elles fussent attribuées selon les règles alors admises en Italie (1).
De la guerre ressortissaient aussi la construction
des canons, la fabrication de la poudre et des muni-
(4) Voy. lettres de Paoli, Bull, t. 46. p. 249, 250, 350.
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tions. Les canons provenaient soit de prises faites aux Gênois, soit d'achats opérés en Italie, en particulier en Toscane. L'activité du général s’étendait à ces matières ; dans une longue lettre, du 40 mars 1761, il donne (1) de longs détails sur la construction des canons et sur la manière de réparer ceux qui ont été pris aux Gênois. Dans une intéressante lettre, du 14 juillet 1762, il donne des instructions précises sur la manière de faire sauter une tour et il ne néglige aucun des détails que les officiers du génie actuels s’attachent à observer lorsqu'ils sont chargés d'opérations analogues. « Un baril de poudre est plus que suffisant « pour faire sauter la tour de Caldano..... Afin qu'il « fasse tout son effet, il faut fermer portes et fenêtres. « On le place au fond de la tour, dans un trou que « l’on à pratiqué dans le dallage; on le recouvre de « matériaux, puis on place sur lui une ou plusieurs « grosses planches sur lesquelles on dresse quelques « poutrelles appuyées au mur et à la voûte. — Avec
« ces précautions, l'effet est infailliblement sûr » (2).
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(2) « E più che sufficiente un barile di polvere par far saltare in aria la torre del Cadano.. Perchè il barile di polvere faccia il suo effetto, si chiudono bene le porte e le finestre. Il barile si pone nel fondo, sfossando il pavimento, accio venga ad essere coperto ; indi vi si pongono sopra una © più tavole sopra delle quali si drizzano alcuni pontelli dalla parte della muraglia, e della volta. Con queste precauzioni l’effetto e infallibilmente sicuro.…. » Bull., MAC p 5378.
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d) Les Négociations et relations diplomatiques.
C’est avec raison, qu'elles étaient confiées au général. — À côté de la direction de tout ce qui se rapportait à la guerre, le général avait dans ses attributions les négociations avec les puissances et ce qui avait trait à la politique extérieure. Assurément, il n'était pas maître de la diriger à sa fantaisie ; les Con-
sultes, dans leurs réunions annuelles indiquaient le
sens dans lequel il fallait l’orienter et prescrivaient au
besoin la rédaction et la mise au jour de tels actes diplomatiques qu'elles jugeaient utiles, adresses aux puissances européennes, lettres au roi de France, réponses au Sénat ligurien, et que nous aurons l’occasion de citer à leur place. Mais si Paoli trouvait dans l'approbation des représentants du peuple une force nouvelle et une confiance plus grande dans l’excellence de ses vues, il est hors de doute qu'il eut le soin, l'honneur et la responsabilité des relations de la Corse et de l’Europe.
Le général était le seul élément permanent du gouvernement : il était naturel qu'à lui revint l’action diplomatique qui exige une direction continue, une suite dans les intentions et les idées que le Conseil d'Etat, dont les membres étaient très souvent renouvelés, n'aurait pas pu apporter. Elle exige aussi la
discrétion, parfois le secret et, à ce titre encore, elle