‹ La Constitution du Généralat de Pascal Paoli en CorseChapitre 28 sur 33 · AUTRES SERVICES PUBLICS · texte numérisé non relu

AUTRES SERVICES PUBLICS

a) Les Finances.

L'administration des finances était des plus simplifiées ; l’intérieur du pays qui échappait aux Génois était d’une extrême pauvreté et il n’y avait pas ou presque pas d'impôts. Aussi les revenus de l'Etat étaient-ils fort modiques, ils se composaient de :

1° Le revenu du sel qui était monopolisé par l'Etat ;

2° La vente du papier timbré, depuis 1762 :

3° Les revenus de l'imprimerie qui avait été fondée à Cervione et qui publiait, en même temps que les manifestes, décisions de la Consulte, les édits du Suprêème Conseil et des Juntes et une Gazrtte du Royaume de Corse:

4° La pêche du corail et le revenu des étangs de la côte orientale qui étaient loués (pour la pêche) à des particuliers ;

5° Les condamnations pécuniaires ;

6° Les confiscations des biens ou des revenus des ennemis ou des gens dévoués à Gênes ;

7 Le produit des impôts ; ceux-ci comprenaient :

a) Un impôt fixe de deux francs par feu ;

b) Une taxe proportionnelle, une fois donnée, dont

le taux varia à trois reprises, semble-t-il.

Elle fut établie par la Consulte de 1762 à raison de un franc pour 1.000 franes de fortune (1).

La Consulte de 1767 établit la même taxe, mais elle en exempla ceux qui ne possédaient que 2.000 francs de fortune et ordonna que la maison où l’on habitait ne serait pas comprise dans l’évaluation de la fortune (2).

Enfin, quand il s’agit de faire face à la guerre contre la France il faut encore plus d'argent. L'Assemblée de 1768 voteune contribution deun franc pour1.000 francs, sur les biens frugifères seulement (3).

Ces taxes paraissent n'avoir été levées qu’exceptionnellement et il n’y a pas trace qu’elles aient été payées plus d’une fois chacune ; on les ordonnait pour faire face aux dépenses nécessitées par les événements extérieurs (prise de l’île de Capraja en 1767 et guerre contre la France en 1768). Les biens d'église n’en étaient pas exempts ; la Consulte de 1768 les taxa même à 10 pour 1000 au lieu de 4 pour 1.000 (4).

1) Bull., t. 68, p. 25.

2) Bull., t. 68, p. 281.

(3) Plusieurs Consultes prescrivirent des exemptions totales d’impôts pour ceux qui avaient eu un père, frère ou fils mort pour la patrie, (4) L’église nationale était très patriote dans son ensemble. Paoli s’adressa plus d'une fois à elle pour des dons gratuits et elle ne manqua jamais d'y faire droit. Quand on décida la frappe des monnaies d'argent et de billon on se servit des cloches et des calices des églises que les curés donnaient, ne conservant qu’une cloche et qu'un calice dans chaque paroisse (Cambiaggi). Le clergé fit don aussi du tabernacle de l’église de Tomino qui était en argent ciselé (Bull., t. 68, p. 72).

La plupart de ces revenus étaient employés au payement des armées, des munitions, de la troupe soldée (à partir de 1762), à la construction et à la réparation des forteresses, enfin, à tout ce qui se rapportait à la guerre ‘et à la marine.

Les impôts et les taxes étaient levés au début par les Podestats et envoyés aux Intendants généraux des finances (au nombre de deux) ; puis la Consulte de 1762 créa dans chaque piève un sous-intendant des finances qui devint chargé des perceptions et des payements (1). Tous ces fonctionnaires étaient nommés par le Suprême Conseil dont ils recevaient des ordres et des instructions.

On se servait en Corse de monnaies italienne, française et anglaise. La Consulte de 1761 décida de faire frapper des monnaies avec les armes nationales, la tête du Maure orné du bandeau. Elle ordonna qu’elle seule serait acceptée dans les payements et institua dans chaque province et même dans la plupart des pièves des changeurs qui draïîneraient la monnaie étrangère et fourniraient à sa place la nouvelle. On fabriqua ainsi des pièces de cuivre de un demi-sou, de deux sous, et de quatre sous, et des pièces d'argent de dix et de

vingt sous (2). On défendit sous les peines les plus

H)EBUTTEAPIGS p.160; (2) La Bibliothèque nationale (galerie des médailles) en possède un certain nombre.

sévères à la Consulte de 1762 de les porter hors du

royaume.

b) L'Université de Corte.

« La gloire, dit Voltaire, n’était pas chez lui (Paoli) celle de combattre, il était plus législateur que guerrier; son courage était dans l'esprit. » La guerre fut, en effet, pour Paoli une nécessité, mais elle n'était pas pour lui un plaisir : ce qu'il aurait préféré c’eût été le calme de la paix dans lequel il eût pu donner libre cours à tous les projets qu'il faisait pour civiliser et policer son peuple. Il dit un jour dans sa retraite qu’à côté du Paoli législateur qu'il aurait aimé être, il aurait fallu pour la Corse un Paoli guerrier. » ;

Depuis longtemps, il murissait l’idée de fonder en Corse une Université afin de retenir dans leur pays tous les jeunes gens des familles aisées qui allaient sur le Continent chercher les leçons de tant de maîtres éminents qui professaient en France et en Italie. Il avait déjà répandu en Corse l'instruction qui lui paraissait indispensable à un peuple libre et jaloux de se diriger sans autres conseils que ceux de sa propre raison. Des écoles étaient déjà ouvertes dans presque tous les villages lorsque fut fondée l’Université de Corte : elle ouvrit ses portes le 3 janvier 1765 : On y enseignait d’après les statuts votés par la Consulte de 1764 :

« 4° La Théologie scolastique et dogmatique où les

principes de la religion et les doctrines de l’église catholique seront expliqués avec brièveté et exactitude. Le professeur fera aussi une leçon par semaine d'histoire ecclésiastique ;

2° La Théologie morale dans laquelle on donnera les préceptes et les règles les plus certaines de la morale chrétienne, et, un jour par semaine, on fera une conférence sur un cas pratique se rapportant aux matières enseignées ;

3° Les statuts civils et canoniques où on montrera l’origine et le véritable esprit des lois pour leur meilleur usage ; À

4 L’éthique, science très utile pour apprendre les règles de bien vivre et la manière de se bien guider dans les différents emplois de la société civile ; elle comprendra aussi la connaissance du droit naturel et du droit des gens ;

5° La philosophie suivant les systèmes les plus plausibles des philosophes modernes. Le professeur donnera aussi les principes de la mathématique ;

6° La rhétorique » (1).

(4) 40 La Teologia scolastico-dommatica ove i principi della religione e la dottrina della Cattolica chiesa saranno spiegati con brevità e sodezza à il professore farà altresi una lezione per settimana di storia ecclesiastica ;

20 La Teologia morale in cui si daranno i precetti e le regole piü sicure della Cristiana morale e un giorno per settimana si farà la conferenza di nn caso pratico relativamente alle materie nsegnate ;

Peu après il y eût de nouvelles créations de chaires et, en particulier, on nomma un professeur de « fisica », c’est-à-dire de sciences de la nature. Paoli assistait lui-même chaque année aux distributions des récompenses et encourageait les élèves par de fréquentes visites à l’Université. Pommereul fait le plus grand éloge des maîtres qui y enseignaient : « J’y ai connu, dit-il, des penseurs aussi sages que profonds; j'ai vu Voltaire, Locke, Montesquieu, Helvetius, Hume et J.-J. Rousseau orner leur bibliothèque

et faire leurs délices (1). »

c) Etat intérieur de la Corse sous le généralat de Paoli.

Malgré la guerre presque continuelle qui troublait le pays, la Corse connut, avant l’annexion à la France, de belles années de paix publique et de tranquillité intérieure auxquelles elle n'avait pas été habituée.

Paoli avait réussi à faire l’union de tous sous l'égide

30 Le Istitute civile e canonica ovesi mostrerà l’origine e il vero spirito delle leggi per il miglior uso delle medesime ;

4 L'Elica, scienza ulilissima per apprendere le regole del buon costume e Ja maniera di ben guidarsi nei differenti impieghi della società civile e comprenderà altresi la cognizione del diritto della natura e delle genti ;

50 La filosofia secondo i sistemi più plausibili dei moderni filosofanti e il professore darà altresi i principi della matematica ;

60 La rettorica.

Cambiaggi, t. 4, p. 106 ets.

(1) Pommereul, p. 74.

de la patrie ; les rivalités, les luttes terribles de famille à famille qui étaient devenues en Corse un état de choses permanent, diminuèrent dans des proportions énormes. La population augmenta considérablement, d’une façon qui paraît à peine croyable : à la Consulte de 1763, les curés présentèrent les registres de la population et on constata que depuis 1753 elle s'était . accrue de 30.000 habitants (1).

L'agriculture recevait de la part du général des soins de tous les instants ; on nomma dans l’île deux délégués à l’agriculture chargés de veiller à ses intérêts et de régler son impulsion. Paoli introduisit en Corse la pomme de terre dont il vulgarisa la culture; il écrit le 18 avril 1768 à son ami, le médecin florentin Cocchi :

« Hier j'ai fait planter les pommes de terre... Je les mettrai en circulation en prenant soin de m'en faire servir tous les matins à ma table (2). »

L'industrie, qui n’existait pas en Corse, fut mise en honneur par l'exploitation de plusieurs mines de plomb et de cuivre. Le commerce, à la faveur de la guerre de corsaires que menait Perez contre la Répu-

blique, se développa avec une grande ampleur. C'est

(4) Bull., t. 68, p. 109, Arrighi, Jacobi.

(2) « leri ho fatto piantar le patate... le metterd in credito procurando averne ogni mattina alla tavola. » Bull., t. 12, p. 87.

Ses ennemis l’appelaient par dérision « generale delle patate »

pour l’augmenter que Paoli fonda le port de l'Ile- Rousse qui devait exporter les huiles de Balagne et remplacer, pour les nationaux, les ports de Calvi et d’Algajola occupés par les Génois ou les Français.

Et aujourd’hui la petite ville de l’Ile-Rousse, la dernière venue parmi ses sœurs de Corse, mais non la moins agréable ni la moins pittoresque, s élève blanche et gaie en face de la mer bleue et de ses rochers de

granit rouge.

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