PRÉLIMINAIRES
Aperçu de l’histoire de la Corse
1° Jusqu'à la Conquête romaine.— La Corse a de tous temps, par sa situation au milieu de la Méditerranée, excité les convoitises des peuples avoisinant cette mer. Placée au centre de la vaste nappe d’eau formée par la mer Tyrrhénienne, le golfe du Lion et la Méditerranée occidentale, elle offre en temps de paix, par ses rades abritées des vents, un asile sûr aux navires allant de France ou d'Italie dans l'Afrique septentrionale ou à ceux qui partis de France ou d'Espagne se dirigent vers l’Orient. En temps de guerre, sa possession assure aux flottes qui l’occupent un avantage stratégique fort important, car elle forme une menaçante avant-garde contre l’Afrique du Nord et les trois Etats latins. Aussi son histoire est-elle toute faite des luttes soutenues sur son sol entre les
peuples qui se disputaient l’hégémonie du commerce
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méditerranéen, et à la faveur desquelles elle essayait de conserver ou de conquérir son indépendance.
Elle parait avoir été colonisée par les Phéniciens, puis par les Phocéens qui s’y établirent avant de parcourir la Gaule méridionale et de trouver à l’est de l'embouchure du Rhône la gracieuse hospitalité de Gyptis. Après que les Etrusques y eurent détenu une courte domination, elle goûta une relative indépendance. Le commerce de Carthage s’étendait alors sur toutes les rives baignées par la Méditerranée : la Corse lui donnait des soldats et était son amie et son alliée. Cependant Rome convoitait déjà d’étendre son empire hors de l'Italie: de tous côtés, la puissance de Carthage lui barrait la route, et Les alliés de sa rivale furent ses premières victimes. La conquête de la Corse fut néanmoins très pénible : trois consuls successivement furent chargés de la diriger ; elle paraissait accomplie en lan 231 avant J.-C., mais un demisiècle plus tard, une insurrection éclata, immédiatement réprimée, bientôt suivie de deux autres, dont la dernière amena enfin la soumission définitive (1) de l’île. Les Corses y furent vaincus dans une bataille qui leur coùta plusieurs milliers de morts ; en revanche,
le consul romain victorieux mourut de joie (2), en
(1) 164 av. J.-C.
(2) M. Turentius Talna, receptis litteris decretas ei a senatu supplicationes nuntiantibus, intento illas animo legens, caligine