‹ La Constitution du Généralat de Pascal Paoli en CorseChapitre 4 sur 33 · LUE · texte numérisé non relu

LUE

apprenant que le Sénat avait décidé, à l’annonce de la soumission de l’île, d'offrir des actions de grâce aux Dieux du Capitole (1) ; tant on redoudait l’ardeur belliqueuse et la vaillance des insulaires ! Alors commença pour la Corse une ère de tranquillité et de calme intérieur pendant laquelle, selon Pline et Ptolémée, elle ne cessa de prospérer et de s'enrichir; de nombreuses villes s’élevèrent, qui firent avec l'Italie et la Gaule Méridionale un important commerce de bois et de miel.

2° Jusqu'à la fin du moyen âge. — Avec les invasions des Barbares, la Corse suivit le sort de tout le monde civilisé de l’époque : elle connut aussi de nombreux et de tristes jours de dévastation et de pillages. Les Vandales les premiers la conquirent (457 après J.-C.); chassés parles Romains, ils reviennent à la charge et conservent l’île jusqu’au jour où les armées de Justinien essayèrent de relever le prestige du nom romain. Réunie à l'empire byzantin (534) elle eut à souffrir encore des invasions des Lombards et des débarquements des Sarrazins.

Charlemagne la comprit dans son empire, mais ses

orta ante foculum collapsus mortuus humi jacuit, quem quid aliud quam nimio gaudio eventum putemus. (Valère Maxime, liv. 9).

(4) Les supplications n'étaient accordées que très rarement ; c'était un honneur supérieur au Triomphe.

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successeurs ne purent la préserver des fréquentes incursions des Maures d’Espagne et des Sarrasins. Dans les siècles qui suivirent, en Corse, où comme ailleurs, plus peut-être qu'ailleurs à cause de sa pauvreté, le peuple sentait le besoin d’être protégé, où le sol âpre et rude offrait tant de positions inaccessibles, véritables nids d’aigles, une nombreuse féodalité se développa. C'est alors au xI° siècle que se leva en Corse le premier souffle de liberté dans la guerre de l'indépendance menée contre l’ambitieux et conquérant Comte de Cinarca, par le premier héros populaire corse, Sambucuccio d’Alando. Il refoula son adversaire dans sa seigneurie et donna à la partie cismontaine (1) septentrionale et orientale de l’île (moins le cap Corse), une organisation politique et sociale où les communes formaient entre elles une sorte de gouvernement fédératif librement élu par elles (1007). Cette région débarrassée du joug de la féodalité s’appela désormais

« Terra del comune » ou « Terre du commun » (2).

(1) La ligne de partage des eaux de la Corse qui suit approx mativement une direction N.-N- O—S.-S.-E. divise l'ile en deux régions qu’on appelle généralement cismontaine (pour celle qui est au nord et à l’est) et transmontaine (pour celle qui est au sud et à l’ouest — ou bien encore l’en-deça-des-monts et l’au-delà-desmonts.

(2) Nous ne croyons pas qu'il faille écrire « Terre des communes » ou « Terre de commune». La vraie dénomination « Terra del comune » signifie : « Terre où aucun n’est maitre, appartenant à tous ».

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Une soixantaine d'années plus tard, sur les instances du pape qui excipait d’une donation que lui avait faite Charlemagne, les Corses se déclarèrent sujets de l'Eglise Romaine. Le Saint-Siège donna l'investiture de sa nouvelle possession aux évêques de Pise qui pendant près de trois siècles l’administrèrent sans parvenir à y empêcher les luttes intestines et à s’y opposer à l’accroissement constant de l'influence de la République de Gênes. En 1347, celle-ci acquit la domination de l’île, mais les querelles des seigneurs ne faisaient qu'y augmenter, excitées et favorisées par le gouvernement gênois : celui-ci inaugurait déjà la néfaste politique qui l’empêcha toujours de conserver la souveraineté dans l’île; au lieu de s'attacher à guérir ce malheureux pays des terribles luttes fratricides que les barons et les comtes soutenaient entre eux et qui déchiraient les familles, il les attisait et les rendait plus violentes encore en prenant parti et en soutenant l’une ou l’autre cause. Aussi vers le milieu du xv° siècle une notable partie de l’île était-elle perdue pour lui: plusieurs pieves (1) restaient fidèles à Gênes, mais d’autres ne reconnaissaient que certains seigneurs locaux, tandis que presque toute la région

de l’au dela-des-monts se disait soumise au roi

(1) Les « pièves + élaient des circonscriptions territoriales de l'étendue moyenne de nos cantons en pays de montagne : les villages s’y groupaient entre eux suivant le relief du sol, le cours des vallées et les communications géographiques naturelles.

sérApte

d'Aragon qui depuis de longues années avait de solides alliances dans le pays. En 1453 une assemblée d’habitants de la « Terre du Commun » résolut de déférer le gouvernement à la célèbre compagnie gênoise de Saint-Georges.

3° La.domination génoise jusqu'en 1729. — C'était une association commerciale et financière fondée au milieu du xi° siècle qui possédait des flottes, signait des traités avec les États de l’Europe, instituait des tribunaux, exerçait en un mot tous les attributs de la souveraineté. Plus puissante et plus indépendante aussi que ne le furent plus tard les compagnies coloniales des xvn° et xvin° siècles, la compagnie de Saint-Georges était un État dans l'État gênois, elle formait à côté du gouvernement des doges une république, mais sans ambitions politiques contraires aux siennes : les membres de la banque de Saint-Georges souvent en désaccord pour les affaires intérieures de la République de Gênes se retrouvaient cependant unis pour celles de leur association dans laquelle ils ne s'occupaient que du gain matériel et de la prospérité commerciale de leurs entreprises.

Il ne semble pas qu'ils en firent une excellente avec l'acquisition de la Corse.

Après quelques années de tranquillité, l'insurrection se levait de toutes parts, présentant les mêmes caractères qu'aux siècles précédents : des ambitions de

seigneurs indigènes voulant régner en maîtres dans

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l'île, des querelles armant l’une contre l’autre des régions entières, avec presque toujours un levain de haine contre l'étranger, un ferment de guerre pour l'indépendance qui augmentait encore l’âpreté de la lutte.

À la faveur de ces troubles, le duc de Milan, François Sforza, en 1464, se fit reconnaître souverain de l'île, mais avec une autorité très atténuée et presque purement nominale : il ne tenait que les places fortes et les vrais chefs étaient les seigneurs insulaires.

La Compagnie de Saint-Georges parvint cependant, vingt ans après, à recouvrer sa dominalion pour la perdre encore pendant les guerres que le roi de France, Henri Il, soutenait contre l'Empereur et ses alliés : la Corse fut française de 1554 jusqu'au traité de Cateau-Cambrésis (1559), et peu après, la Compagnie gênoise cédait à son gouvernement ses droits sur l’île.

À la voix de Sampiero dont tous les Corses s’enorgueillissent comme de leur héros le plus pur et le plus vaillant peut-être, le pays se souleva : il allait, malgré la répression terrible qui s’ensuivit, être délivré de ses oppresseurs lorsque son valeureux chef mourut de la main d’un traître (1568). La Corse était vaincue et pendant un siècle et demi elle allait gémir sous le joug de ses tyrans : on éloigna les Corses de tous les emplois administratifs, judiciaires ou militaires et

en 1634 on décida que les vicaires et les curés eux-

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