U PAIX SIGNALEE COMME LE CRITERIUM DU BONHEUR
de rétendue. Ce sentiment est le principe de la science : il se révèle, dans la vie usuelle, par le dévouement à la paix sociale, et il élève à la dignité de maître ceux qui en sont pénétrés.
Tout homme généreux arrivera à la même conclusion, s'il veut bien prendre la peine de chercher la lumière au moyen de la méthode que j'ai appliquée à Tétude des deux sciences. Il pourra, en effet, vérifier Texactitude des faits qui établissent cette conclusion et qui sont exposés dans les gros ouvrages que je résume dans ce petit livre. Il n'est pas même nécessaire d'étendre ce travail , comme je le fais depuis un demi-siècle, à des centaines de localités. Il suffit que l'observateur concentre ses investigations, dans son voisinage, sur deux sortes de familles signalées par l'opinion publique, l'une, comme modèle de paix, l'autre comme exemple de discorde.
Il existe un autre moyen d'arriver à la connaissance de M même vérité : c'est de se reporter à l'histoire des sociétés qui ont été célèbres par leurs prospérités ou leurs souffrances. Ceux qui ne veulent pas étendre ainsi le cercle de leurs recherches et qui prennent uniquement dans la religion la distinction du bien et du mal , pourront constater que les rites de leur culte proclament journellement les bienfaits suprêmes de la paix.
L'observation comparée de la paix ou de la discorde au sein des sociétés , de la vertu et du vice chez les individus , du bien ou du mal dans les institutions, soulève des questions qui, au premier aperçu, semblent insolubles. Toutes les sociétés prospères ont vu dans la paix le bien suprême; mais les individus sont portés au mal et à la discorde par une tendance innée. Les grandes nations, qui figurent dans l'histoire comme les modèles de l'humanité, ont toutes compris qu'elles avaient un puissant intérêt à instituer des hommes d'élite, chargés de réprimer cette tendance par leur exemple et leur autorité. Comment donc est-il toujours arrivé que ces mêmes nations ont obéi tôt ou tard à une inspiration contraire? Pourquoi certaines races, jadis classées comme modèles, sont-elles maintenant acharnées à la discorde? Pourquoi détruisentelles avec une sorte de fureur les institutions et les hommes qui autrefois avaient en charge les seiTices de paix? J'indique dans ce livre la réponse fort simple que donnent à ces questions l'histoire et les faits contemporains. Les hommes chargés de ces hautes fonctions se sont corrompus dans la richesse, la science et la force. Ils ont employé pour opprimer le peuple l'autorité qui ne leur avait été confiée que pour le servir.
La science résume donc, dans les trois axiomes
suivants, renseignement donné par la méthode sur les sociétés, les individus et les institutions. <t La paix sociale est le critérium du bonheur. > € Les « bons » sont ceux qui apaisent la discorde; les a méchants j>, ceux qui la font naître, i € Le « bien > c'est le bonheur dans la paix et raccord des âmes; le « mal 3> c'est l'inquiétude dans l'antagonisme et la haine. 2>
Comment les contrastes de paix et de discorde mettent en lumière les principes de la Constitution essentielle.
Pendant les premières années que je consacrai à l'observation méthodique des sociétés, je n'aperçus pas aussi promptement que je le désirais la lumière que j'allais chercher. Je ne me décourageai pas cependant à la vue des obstacles. Je voulais savoir comment les races humaines se procurent le bonheur. Or, en parcourant d'abord la France et les pays voisins, je rencontrai habituellement un mélange inextricable de bien-être et de malaise, de paix et de discorde. Ces grands phénomènes sociaux offraient d'ailleurs, dans leurs détails , une diversité infinie , selon la tradition des races, la nature des sols, des climats et des productions spontanées , l'organisation des travaux et les moyens de subsistance,
En voyant cette complication, je compris que la méthode scientifique appliquée à Tétude des sociétés ne pouvait donner les prompts résultats que m'avait fournis son application à Tétude des minéraux. Toutefois, confiant dans la méthode, je poursuivis mon analyse sociale avec la persuasion que la lumière se ferait tôt ou tard dans mon esprit. Cet espoir ne fut pas trompé. Les doutes que mes sept premiers voyages m'avaient laissés furent même levés plus tôt que je ne l'avais prévu. Cette transformation commença à se produire dans mes idées en 4837, quand j'eus abordé les contrées orientales de l'Europe, sur les frontières de l'Asie contiguës au bassin de la Caspienne. Elle fut ensuite achevée par deux autres voyages accomplis dans le pays d'Orenbourg, dans les monts Ourals et dans les steppes asiatiques qui s'étendent vers l'Orient. En vivant au milieu des races simples de ces régions, je constatai que le bonheur dont elles jouissaient était le résultat de la soumission aux principes qui faisaient le fond de leur constitution patriarcale , et qui s'y montraient à la fois nécessaires et suffisants. Cette conclusion jeta dès lors une lumière complète sur les jugements relatifs aux races compliquées de l'Occident : les peuples prospères étaient ceux qui, avec d'autres formes, restaient soumis aux mêmes principes; les peuples souffrants étaient ceux qui les avaient violés.