PRÉFACE XIII
momentanément aux préoccupations qui, jusqu'alors, les avaient divisés en quatre groupeB hostiles les uns contre les autres. Cette tendance se révélait même dans les entretiens privés de ceux que leurs précédents avaient liés à la souveraineté élective, c'est-à-dire au gouvernement qui était alors imposé à la France par la force des choses. Chez la majorité de ces hommes, il n'existait aucune idée préconçue en faveur de la tradition ou de la nouveauté : pour eux, il s'agissait surtout de chercher, dans le présent comme dans le passé, les éléments de la réforme qui guérirait les maux de la patrie. Chacun était d'ailleurs placé sous l'influence de débats pacifiques, quoique contradictoires ; et tous s'acheminaient ainsi vers un régime nouveau, où le pouvoir appartiendrait aux plus sages et aux plus modérés. J'ai dit dans ce livre comment cette union bienfaisante a été rompue par l'acte de violence qui a ramené l'empire (VI, § II), et comment l'Empereur, malgré ses convictions personnelles, a échoué dans les efforts qu'il a faits pour restaurer les deux premiers principes de la Constitution essentielle (Document annexé , § 3). Au moment où les classes dirigeantes découragées me demandent de nouveau les conseils qu'elles n'ont pas suivis
Xnr PRÉFACE
en juin 1871 (La Paix sociale après le désastre) , je répète ici que la réforme ne se trouvera que dans le retour à Tesprit de paix.
Enfin, je réponds aux appels réitérés qu'on me fait depuis 1865 : je fonde avec Taide de mes amis , au moment où j'écris ces lignes , la presse périodique de notre école ; mais cette nouveauté ne portera ses fruits que si les quatre partis réformistes 5 revenus , comme en juillet 1848 , à Tesprit de paix et d'union, nous accordent un concours immédiat. Ce concours nous est indispensable pour créer, avec l'ampleur suffisante , une vraie Revue sociale. Dès l'origine de notre publication, qui n'est encore que bi- mensuelle, il doit se manifester par l'abandon de nos déplorables habitudes d'antagonisme social et d'indifférence pour la chose publique.
A ce point de vue, je réclame de tous les partis réformistes les avertissements dont notre conseil de rédaction a besoin pour réprimer, chez nos premiers rédacteurs, les dernières traces de l'esprit de violence incarné, en quelque sorte, dans notre race depuis deux siècles. Je demande spécialement , sous ces divers rapports , aux hommes prépondérants de chaque parti, d'accorder à notre personnel de rédaction les