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CONSEQUENCES FUNESTES DES TROIS DOCTRINES

des sociétés. Malheureusement, ils n'ont point eu l'occasion de constater les défaillances morales qui sont trop souvent la contre -partie des aptitudes intellectuelles. Ils ignorent que la source incessante du mal est précisément l'abus de la richesse et de la force, produits habituels de l'intelligence.. Par la pente naturelle de leur esprit, ils concluent donc à une série logique d'erreurs , savoir : à la perfection originelle de l'homme, au progrés continu des sociétés, puis enfin au mépris de la tradition, à la révolte contre la Constitution essentielle de l'humanité.

C'est ainsi que naissent et se développent les erreurs desquelles dérive la souffrance de notre temps. Malgré leurs talents et leurs bonnes intentions, les maîtres des trois doctrines suscitent progressivement , dans le cercle croissant de leur influence, des idées, des sentiments, des mœurs et des institutions qui n'ont jamais pu se concilier avec le bonheur ou , en d'autres termes , avec la stabilité et la paix d'une race d'hommes. Ils provoquent l'avènement d'un ordre de choses où la négation de la vérité se montre déjà plus dangereuse que ne le fut, dans le passé, la révolte contre la vertu. Le mal actuel se manifeste d'ailleurs par des caractères saisissants : toutes les activités sociales se privent elles-mêmes des satisfactions que procurent les deux besoins es

sentiels de rhumanité ; les familles dirigeantes deviennent indifférentes ou rebelles à la loi morale ; le peuple s'insurge contre les principes qui, de tout temps, lui ont assuré le pain quotidien.

Heureusement, les hommes qui déchaînent ainsi la souffrance possèdent parfois les aptitudes nécessaires au rétablissement de la prospérité. Les plus habiles ont acquis la partie légitime de leur renommée en pratiquant «la méthode scientifique 3>, celle qui a pour base Tobservation des faits spéciaux que a la science d doit grouper harmonieusement sous une même formule générale. Voués à l'étude de la matière, ils offrent, depuis un siècle, un concours précieux au développement matériel des sociétés humaines. Toutefois, plus les savants s'élèvent en s'attachant aux phénomènes physiques et en appliquant leurs découvertes au service du pain quotidien, moins ils sont aptes à remplacer les hommes qui savent gouverner les sociétés prospères. Souvent étrangers aux sciences naturelles, les meilleurs gouvernants, après avoir acquis méthodiquement la notion simple de la Constitution essentielle, ont consacré leur vie à rechercher comment, pour établir le règne de la paix, il faut modifier les coutumes, selon l'état des mœurs et la nature des lieux.

L'UNIVERSITÉ DE Lk RÉFORME SOCIALE

Gomment sera constituée rUniversité de la réforme sociale.

Depuis quatorze siècles , l'histoire de l'Europe a démontré que les classes dirigeantes , appuyées sur l'autorité paternelle et le Décalogue , trouvent dans la religion la force prépondérante qui assure aux sociétés le bonheur fondé sur la paix. Les races qui , au v^ siècle , se partagèrent l'empire romain, furent tout d'abord placées dans cette heureuse condition. Elles comprirent que les rites du christianisme conserveraient à leurs familles le respect envers le père et la mère, et qu'ils développeraient la soumission à Dieu, en même temps que l'obéissance aux autres commandements de la loi suprême. Sous cette influence, l'occident de l'Europe retrouva en partie , dès le xo siècle, la prospérité que lui avait parfois procurée le gouvernement des Romains. Les peuples reconnaissants prodiguèrent les richesses aux ministres de la religion, qui étaient les principaux auteurs de cette prospérité ; et dès lors commencèrent pour l'Église les épreuves qui aboutirent au schisme du xvi® siècle.

Pour remédier à la corruption de la classe dirigeante, du clergé et des gouvernants, la

France , dès le xii© siècle , appela la science à son aide : elle fonda l'université de Paris (1200). L'institution établie en toute indépendance, recrutée parmi des hommes tels que saint Thomas d'Aquin (1227-1274) et Albert le Grand (1205- 1280), jeta tout d'abord un grand éclat. Elle fut imitée par les autres États européens, à mesure qu'ils sentirent le besoin de réprimer le développement des mêmes maux.

La crise du xvp siècle eût été évitée par les Églises de France et des autres États européens, si les clergés eussent écouté les enseignements donnés dans les Universités par Jean Gerson* (1363-1429) et ses émules, si d'ailleurs les femilles dirigeantes avaient eu la sagesse de repousser les convoitises décevantes de la politique. Toutefois , les maux déchaînés par cette crise se trouvèrent guéris en Europe vers le milieu du xviP siècle. Assurément la rupture de l'unité religieuse se faisait encore sentir; mais, par compensation, la paix rétabhe entre les cultes rivaux

* « De notre temps, le pape et ses cardinaux méprisent la crainte et l'amour de Dieu ; ils aiment mieux complaire aux princes, aux rois et aux autres puissances pour obtenir des bénéfices," des évéchés et l'accomplissement de leurs autres demandes, quelque injustes qu'elles soient, plutôt que de plaire à Dieu , que de suivre les règles de la justice , que de veiller à l'exécution des saints statuts de la primitive Église. » Traduit du traité de Jean Gerson sur les Dommages causés à Venipire romain par la corruption des Pontifes, Joannis Gersonii Opéra omnia, Anvers, édit. 1706, p. 197.

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