‹ La constitution essentielle de l'humanité: exposé des principes et desChapitre 81 sur 103 · ALLEMAGNE · texte numérisé non relu

ALLEMAGNE

Extrait de la Revue trimestrielle allemande (Deutsche Vierteljahrschrift', 1865, Hefl IV, 2, Nr. cxii).

M. le docteur Schaeffle, professeur à l'université de Tubingen, et depuis ministre du commerce de S. M. Tempereur d'Autriche, commence son article en exprimant sa surprise. Il s'étonne de ne pas trouver, dans la Réforme sociale, écrite par un Français, « des théories enfantines, mal digérées, prétendant a improviser le bonheur de l'humanité, la transfor- (( mation de la société... , des mots vides, des phrases a brillantes... , un plan de réforme bâclé en une « heure » ; mais bien , tout au contraire , « le résultat « mûri d'une foule d'études de détail , fondées sur l'ex- « périence et les faits, » aussi opposées <( à l'esprit de « réaction qu'à l'esprit de révolution >. M. Schaeffle, abordant les opinions propres aux Autorités sociales, fait honneur à M. Le Play de la manière dont il expose leur doctrine, de l'érudition abondante et sûre qu'il apporte à l'appui de ses propositions. Il se montre particulièrement touché de la partie relative à la famille, d II est rare, dit -il en terminant, de renconfic trer un écrivain adonné aux questions sociales, qui ft soit à la fois le partisan de l'industrie et d'une recc ligion positive, l'adversaire de la phraséologie scep- « tique et de la corruption intellectuelle, le défena seur des forces morales, et enfin le partisan de la « méthode expérimentale, dans la critique du matéa rialisme moderne. Il est plus rare encore de trouver

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<( un auteur chez lequel ces sages principes soient le <( résultat de trente années d'étude. »

M. le docteur Schaefïle place à la fin de son article une longue énumération des réformes réclamées dans Touvrage qu'il analyse. Comme M. Le Play, il pense que, pour sortir du cercle vicieux où elle est placée, la France doit les accomplir dans leur ensemble. Il pense aussi que, dans cette transformation nécessaire, il faut faire une part à l'action du temps ; et il loue M. Le Play d'avoir déclaré que le changement des institutions devait marcher de front avec la rectification des idées et le perfectionnement des mœurs.

Opinion émise par M. Wilhelm Roscher, dans l'ouvrage intitulé : Geschichte der national Œconomik in Deutschland; grand in-S®, 1875; Munich, chez Oldenbourg.

M. W. Roscher, conseiller intime de la cour de Saxe, ancien recteur de l'Université de Leipzig, y professe depuis un demi -siècle l'économie politique. Il s'est acquis en Allemagne une haute renommée ^ en donnant pour bases à son enseignement l'étude de l'histoire et l'observation des peuples contemporains. L'ouvrage cité ci -dessus fait partie d'une collection en quatorze volumes publiée par 1* Académie royale de Munich sur l'histoire des sciences en Allemagne. L'auteur critique les écrivains qui s'inspirent avec exagération de l'esprit de nouveauté. Il s'applique surtout à mettre en lumière ceux qui, dans leurs travaux, pratiquent la vraie méthode des sciences

modernes et respectent la tradition. Il signale Gentz comme le plus pratique et Adam Muller comme le plus spirituel. Il loue chez le savant suisse, C.-L. de Haller, la droiture et la direction logique des idées , la ténacité et Ténergie avec lesquelles il a combattu , pendant un demi -siècle, le contrat social de J.-J. Rousseau, le naturalisme avec les autres théories matérialistes, et, en général, les dangereuses nouveautés importées du dehors dans son pays. M. W. Roscher termine ce long exposé par cette conclusion :

a C'est en vain qu'on chercherait aujourd'hui en (L Allemagne une œuvre de réforme aussi importante « et aussi logique que celle qui fut accomplie par de « Haller jusqu'en 1854. Les hommes de tradition n'y « ont rien produit qui puisse être comparé à la Réc( forme sociale, publiée en 1864, par M. F. Le Play, <c qui est à la fois un esprit profond, modéré et pra- « tique. »

FRANGE Les Nouveaux Lundis, par Sainte-Beuve.

Sainte-Beuve, dès l'apparition des Ouvriers européens et de la Réforme sociale, a consacré à ces ouvrages plusieurs articles , insérés plus tard dans les Nouveaux Lundis (t. IX, 1867, p. 61 à 201).

Il décrit en détail les nombreux voyages, les longs travaux et la méthode de M. Le Play, « esprit exacte a sévère, pénétrant, exigeant avec lui-même... , l'un « de ces hommes rares $ Chez qui la conscience en

«c tout est un besoin de première nécessité, et dont le « plus grand plaisir comme la récompense est dans <( la poursuite même d'un travail... »

Il félicite l'auteur d'avoir pris pour point de départ de ses travaux cette forte constitution de la famille « où l'ouvrier a la propriété de son habitation, où « la mère de famille n'est pas obligée d'aller travailler « chez les autres, où elle siège et trône, en quelque « sorte, au foyer domestique, où elle est souveraine nement respectée, où les vertus naissent, s'en- « tretiennent, se graduent d'elles-mêmes autour « d'elle... »

Il approuve, en admirant leur précision analytique, « ces monographies exactes et complètes qui ne « laissent rien à désirer et qui sont d'excellentes es- « quisses à la plume. Jamais la statistique n'avait ce encore été traitée de la sorte ni serrée d'aussi près , c( de manière à rendre tous les enseignements qu'elle « contient, et rien que ce qu'elle contient. Doué d'un <( esprit de suite , de ténacité et de patience incroyable, « obstiné et même acharné à mener son idée à fin et « à la pousser aussi loin que possible, M. Le Play, « en rassemblant les éléments du problème social , a « fait un premier ouvrage qui, sans parti pris, est un ce modèle et qui devrait être une leçon pour tous les <L réformateurs, en leur montrant par quelle série « d'études préparatoires, par quelles observations et ce comparaisons multipliées, il convient de passer ce avant d'oser se faire un avis et de conclure. »

Après les Ouvriers européens, Sainte-Beuve étudie la Réfoi^me sociale. Il s'étonne parfois que l'auteur

voie certaines réformes dans le retour au passé. Néanmoins il nomme M. Le Play « un Bonald rajeuni , pro- « gressif et scientifique... Il est, dit-il, d'une géné- « ration toute nouvelle; il est l'homme de la société « moderne par excellence, nourri de sa vie, élevé a dans son progrès , dans ses sciences et dans leurs « applications, de la lignée des fils de Monge et de « Berthollet; et s'il a conçu la pensée d'une réforme, « ce n'est qu'à la suite de l'expérience et en combicc nant les voies et moyens qu'il propose avec toutes « les forces vives de la civilisation actuelle, sans préa tendre en étouffer ni en refouler le développement. <c Toutefois il a vu des plaies, il les a sondées, il a et cru découvrir des dangers pour l'avenir et, à cera tains égards, des principes de décadence si l'on n'y « avisait et si l'on n'y portait remède; et non seule- « ment en bon citoyen il pousse un cri d'alarme , non « seulement il avertit, mais en savant, en homme ce pratique, muni de toutes les lumières de son temps a et de tous les matériaux particuliers qu'il a rassem- « blés, au fait de tous les ingrédients et des mobiles <c sociaux, sachant tous les rouages et tous les res- « sorts, il propose des moyens précis de se corriger ft et de s'arrêter à temps. »

Sainte-Beuve explique ensuite comment l'auteur a été conduit souvent à voir la réforme dans le retour à la tradition nationale. A ce sujet, il dit : « La revoie lution française, en s'attaquant aux désordres des « règnes antérieurs, et du même coup à tout l'ordre « ancien, a dû faire appel à la passion plus encore « qu'à la vérité. Aujourd'hui les abus que l'on combat-

« tait alors ont en partie disparu : la passion et sur- « tout les erreurs que la passion a propagées subir sistent encore. 11 s'agit, selon M. Le Play, de purger « le corps social de ces restes de levain irritant. Il « s'agit de renoncer à quelques-unes des idées qui, c( mises en avant dans la lutte, n'étaient que des « armes de guerre. »

Ne pouvant aborder chapitre par chapitre l'examen des moyens de réforme, Sainte-Beuve loue du moins l'auteur, en ce qui touche la famille, d'avoir voulu relever parmi nous <( la statue du respect ». Il est enfin complètement gagné par les citations qu'il extrait de la Réforme sociale, au sujet de la tolérance, et dit : « Je ne sais pas de plus belle page de moralité « sociale à méditer. »

Lettres de Montalemhert à M. A. Cochin (10 octobre 1864) et à un ami (8 janvier 1866).

Montalemhert écrit dans sa première lettre : « Je lis <( le livre de Le Play, et j'en suis émerveillé... Il n'a <K pas paru de livre plus important et plus intéressant (( depuis le grand ouvrage de Tocqueville sur la décc mocratie; et Le Play a le mérite d'avoir bien plus ik de courage que Tocqueville, qui n'a jamais osé bra- « ver un préjugé puissant... Il faut que vous lui ren- « diez pleine justice, et que nous adoptions son livre « comme notre programme, sans nous arrêter aux c dissentiments de détail, qui pourront être assez « nombreux. 3)

Après Une année de cruelles préoccupations, Moti»-

talembert reprend la lecture de \8l Réforme sociale, et il écrit à un ami : « Sachez que je vis depuis plus d'un ce mois en communication intime avec Le Play. En recc venant de mon voyage en Espagne , je mé suis mis ce à relire la Réforme sociale... Aujourd'hui je la lis, ce je Tannote, je m'en imbibe goutte à goutte, à raicc son de quatre pages par jour; je suis arrivé ainsi ce à la fin du premier volume, où j'ose croire que rien ce ne m'a échappé; et, cette lecture achevée, je n'héa site pas à dire que Le Play a fait le livre le plus a original, le plus utile, le plus courageux et, sous ce tous les rapports, le plus fort de ce siècle. Il a, a non pas plus d'éloquence que l'illustre Tocqueville, «e mais beaucoup plus de perspicacité pratique et sura tout de courage moral. Oui, ce que j'admire surtout ce en lui , c'est le courage qui lui a permis de lutter à ce visage découvert contre la plupart des préjugés doce minants de son temps et de son pays , comme il l'a ce fait très spécialement dans son excellent chapitre ce sur l'enseignement, et partout où il confesse si netce tement la chute originelle de l'homme, cette docce trine qui répugne si profondément à l'orgueil serce vile de nos contemporains. C'est par là, encore plus ce que par sa prodigieuse science des faits et son rare ce talent d'exposition, c'est par la noble indépendance ce de son esprit et de son cœur, qu'il sera vraiment ce grand dans l'histoire intellectuelle du xix« siècle. »

Nota. — Il eût été facile d'allonger ces citations, notamment en y faisant figurer par extraits quelques-unes des études publiées dans les deux mondes au moment de la mort de F. Le Play ; on en trouvera des fragments dans la revue La Bé forme sociale,

Régime adopté» en 1881, par l'école de la paix sociale pour la vente des ouvrages de sa Bibliothèque.

Si , comme l'enseignent les maîtres de notre école , la Bibliothèque sociale doit être pour l'Europe entière un instrument de paix, les partisans de la réforme ont le devoir de la propager autant que possible. Le premier moyen qui s'offre à la pensée est de distribuer gratuitement les ouvrages qui la composent; le second et le plus efficace consiste à réduire, autant que possible, le prix de vente de ces ouvrages, soit pour les hommes qui veulent les propager dans les foyers domestiques de leur voisinage, soit pour ceux qui aspirent à pourvoir de cet instrument de paix leur propre foyer. Je vais indiquer dans ce paragraphe comment Técole de la paix sociale fait aujourd'hui un nouveau pas pour se rapprocher du but. Je dirai , dans le paragraphe suivant, les motifs qui nous portent à penser que la revue bi- mensuelle, dont le premier numéro a paru le 15 janvier, nous mettra

années 4882 et 1883. Nous nous bornerons à rappeler ici trois travaux importants consacrés à faire connaître Le Play et son œuvre : l'un a pour auteur le grand historien de l'Italie , Cesare Cantù; il a paini dans la Rassegna nazionale, et La Bé forme sociale l'a reproduit (l»»* février 4884); le second est le discours de réception de M. le marquis de Pidal à l'Académie royale des sciences morales et politiques de Madrid (1887); le troisième, dû à M. H. Higgs , a été publié par le Quarlerly Journal of Economies, Harvard University (Cambridge, États-Unis), tome lY, p. 4^8, 1894. — (Note de la seconde édition,)

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