CHAPITRE PREMIER
Aperçu de l'Histoire de Monaco et de ses Princes, des origines à 1817.
C’est au 8 janvier 1297 que remonte la souveraineté des Grimaldi sur Monaco. Chassé de Gênes déchirée par les luttes intestines des Gibelins et des Guelfes, François Grimaldi, aidé de quelques chefs de ce dernier parti, s’emparait dans la nuit de la forteresse génoise de Monaco, s’y établissait et y jetait les bases d’une seigneurerie indépendante. Reconnus souverains par l’ancienne métropole en 13.9, dès 1338 les Grimaldi sont une force avec laquelle il faut compter ; leur marine est redoutable et rançonne par le droit de mer les navires passant à sa portée. Dès cette époque se manifeste netle et
tenace au milieu des vicissitudes les plus diverses, qui vont jusqu’à l'exil (1357), leur volonté d’affermir leur indépendance et d'agrandir leur seigneurerie (1), C'est ainsi qu’ils acquièrent Menton en 1346, Castillon en 1348, Roquebrune en 1356.
Au xv° siècle, conscient de sa faiblesse, Monaco se tourne vers ses puissants voisins et conclut avec eux des traités d'adhœærentia, traités entre puissances inégales en vertu ‘lesquels le plus fort s'engage sous certaines conditions à soutenir le plus faible. C’est une sorte de protectorat, mais à temps. Le 5 août 1424 c'est avec Florence, le 23 février 1447 avec Gênes, le 19 décembre 1448 c’est avec la Savoie. Ce dernier traité est très particulier : c’est un acte d’inféodation par deux contrats nolariés. Par le premier, Jean Grimaldi fait donation entre vifs au Duc de Savoie de la moitié de Menton et de Roquebrune, et, par le deuxième, le Duc lui inféode ces mêmes lieux. Le Duc s'engage à fournir une pension, Jean des hommes d'armes. C’est un véritable protectorat. Mais si Jean est seigneur vassal de Menton et de Roquebrune, il est seigneur souverain de Monaco. Cet acte capital dans l'histoire de Monaco devait engendrer bien des difficultés (question de
1. Moncharville, Monaco, son histoire diplomatique, la question des jeux, p. 15-17 ; Farnet, Les relations douanières entre la France et la Principauté de Monaco, p. 20-21. Organisation constitutionnelle de la Principauté de Monaco, 1911, p. 14-15.
l'investiture...) jusques et surtout en 1848-1860 (1). Puis viennent les guerres d'Italie. Protégé de Louis XII, héritier des Visconti, Lucien se voit sur le point d’être dépouillé par celui-ci de ses domaines et ce n’est qu’en 1511 qu'il recouvre de son puissant allié la plénitude de sa souveraineté. Durant ce xve siècle ce petit État n’a pu subsister que grâce à des prodiges d’habileté de ses princes, tour à tour diplomates ou guerriers, et au courage de ses habitants (2). |
Avec la lutte entre François [er et Charles Quint, l’éclipse momentanée du prestige français et le développement de la puissance espagnole, les seigneurs de Monaco s’éloignèrent de la France pour se rapprocher de l'Espagne. Le protectorat espagnol qui devait durer en 1523 à 1640 n’est pas un fait isolé. Charles Quint, qui encerclait la France de toutes parts, devait être tenté par la forteresse de Monaco qui lui faciliterait l'invasion de la Provence. Les Grimaldi, avec leur sens politique, devaient chercher des garanties dans sa protection. Augustin, mécontent de la faveur dont jouissaient en France les assassins de son frère Lucien, entama des négociations avec Charles Quint. Les délégués de l’empereur arrachèrent à ceux des Grimaldi un traité qui