‹ La Constituyente et les ColoniesChapitre 104 sur 146 · HIT · texte numérisé non relu

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Le plus grave en cela fut que la victoire du 24 septembre donnait à la guerre civile, déjà allumée à Saint-Domingue, un nouvel aliment. Ce que l’on avait prédit arriva. Pour s'être interdit le concours des noirs libres contre les noirs esclaves, les colons eurent à combattre les uns et les autres; et ils songèrent sérieusement à se donner aux étrangers.

De Blanchelande, depuis la journée du 4 mars, n'avait pu rétablir son autorité. Réfugié au Cap et s'appuyantsur l’Assemblée provinciale du Nord, il voit partout ses ordres méconnus. Les paroisses ne s’empressent pas de nommer leurs députés à l’Assemblée coloniale, qui doit se réunir à Léogane le 20 mars, ou « affectent de choisir les membres de l’ancienne assemblée de Saint-Marc, qui sont encore en France ». La municipalité de Port-au- Prince, validée, malgré son origine insurrectionnelle, refuse de laisser embarquer un régiment sur les navires désignés par le gouverneur et l’embarque elle-même à plus grands frais sur un navire de commerce ; elle refuse, par crainte des mulâtres du Mirebalais, de laisser partir deux compagnies des régiments d'Artois et de Normandie,

désignées pour aller tenir garnison aux Cayes: elle donne l'exemple aux autres municipalités d’usurpations de pouvoir, telles que la nomination aux emplois royaux et l'administration des caisses publiques. « Par suite de ces désordres, écrit le gouverneur, les impôts ne rentrent pas, les affaires sont suspendues, les bateaux sont arrêtés, et, par conséquence, les droits d'octroi, qui sont les prineipales ressources de la richesse publique, ne sont pas perçus. » En somme, deux partis sont en présence jusqu'au 1° juillet 1791 : « L'un qui veut exécuter intégralement les décrets nationaux ; l’autre qui tient toujours pour les doctrines de l’Assemblée de Saint-Marc et qui a pour organes le Moniteur colonial et le Courrier national ; ce dernier parti domine partout, sauf au Cap, où domine l’Assemblée provinciale, appuyée de la force publique f.

La situation n’est pourtant pas aussi compromise qu'elle le paraît. De Blanchelande lui-même le reconnaît. « Le nombre des paroisses, dit-il ?, qui semblent donner cette majorité (hostile) n’est pas ce qu'il faut voir. La plupart des dissidentes ne sont représentées à ce moment que par un très: petit nombre de citoyens, dont beaucoup non actifs, employant des étrangers, des gens sans aveu et sans état, tandis que la plupart des propriétaires aisés, occupés à leurs ateliers ou à leurs affaires, préférant leur intérêt présent au tumulte

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