‹ La Constituyente et les ColoniesChapitre 97 sur 146 · Arch. parlem., X, 329; — cf. Raimont, op. cit · texte numérisé non relu

Arch. parlem., X, 329; — cf. Raimont, op. cit

celui des députés des colons blancs, élus comme eux en France ; ils tenaient leur pouvoir d’une réunion de 80 citoyens, dont le procès-verbal avait été dressé par un notaire du Châtelet, quand 36 personnes seulement avaient concouru à l’élection des députés de Saint-Domingue, La Martinique et La Guadeloupe. La réponse était victorieuse. Aussi les députés coloniaux ne cachèrent-ils pas leur dépit. Cocherel, en leur nom, invectiva dans une brochure le Comité de Vérification, qui était favorable à la requête! ; et, jetant le masque, il mit en demeure l’Assemblée non seulement de repousser la demande des mulâtres, mais de déclarer nettement que «le décret des Droits de l'Homme ne peut convenir à la constitution des colonies ? ». C'était trop hardi. Revenant à la charge plus tard’,

1. Il avait décidé d'accorder deux représentants aux mulâtres, et Grellet de Beauregard (tiers-état de Guéret), — les Archives parlementaires, XXV, 731 disent Brevet de Beaujour (tiers état d’Angers), — fait un rapport favorable, que l’obstruction des colons blancs empêcha toujours de déposer ; cf. Discours de Grégoire du 1{mai 1791, et son Mémoire précité, et les brochures de Raimond et de Cocherel.

2. Les Archives parlementaires, X, 333, ont fait, à ce propos, une singulière confusion, que M. Brette a relevée dans son article du 14 octobre 1895 dans la Révolution (t. XXIX, p. 338-341). La brochure de Cocherel,ay ant pour titre: Observation sur la Demande des Mulätres, est une réponse au Mémoire pour les Gens de couleur de Grégoire, qui parut en décembre 1789 ; elle ne peut donc être que de janvier 1790. Mais le Moniteur, qu'on venait de fonder, avait publié, le 28 novembre 1789, un factum de Cocherel sous le titre : Opinion sur l’Admission des Mulätres aux Assemblées provinciales. Les Archives parlementaires ont pris une production pour l'autre et transformé le tout en discours prononcé.

3. Séance du 29 décembre; Arch. parlem., XI, 40 ; Proc.verb., n°162, p.18, t. X.

il atténua la formule et demanda que le roi fût prié d'envoyer aux colonies une proclamation « qui détruirait les faux bruits que des esprits inquiets ont eu la coupable témérité d'y répandre ». En même temps, il lançait une accusation et une menace, bien faites pour rendre hésitants les plus téméraires. Îl accusa les Amis des Noirs de vouloir « l'abandon des colonies », et il s’écria: « Certes, les colons sont Français ! Mais si, délaiseés, dédaignés, repoussés, ils cédaient, à la vue d’un pavillon étranger, au sentiment si naturel de leur conservation, à qui faudrait-il s’en prendre? »

A toute cette agitation, la Constituante n’opposa qu'une décision négative. Elle refusa, le 26 novembre, de créer le Comité colonial demandé par les colons eux-mêmes. Certains affectèrent de prendre ce refus pour une adhésion tacite à la thèse des blancs !; l’Assemblée aurait ainsi marqué son intention de remettre le pouvoir constituant aux colons dans les colonies. L'Assemblée, nous l'avons vu?, avait simplement voulu laisser entière la question coloniale, dans l'intention de s’en occuper plus à loisir : ce n'était qu'un moyen dilatoire pour écarter l’obsédante question des noirs.

Mais elle n'échappa pas aux sollicitations du dehors. De fréquentes adresses reprirent la cause différée. Le 5 janvier 1790%, 200 électeurs de la sénéchaussée de Bordeaux demandent « qu'il soit

1. Cocherel, Discours du 29 décembre ; — Arch. parlem., XI, 40.

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