Proc.-verb. (ibid
2. Cf, art. 9 du projet de convocation arrêté avec le ministre le 3 septembre (V. plus haut, chap. 11, 2 3.
Rebutés dans leurs avances aux colons blancs, les mulâtres se tournèrent vers la Constituante, et ils arguèrent naturellement de leur tentative de conciliation. Une députation, menée par de Joly, vint, dans la séance du 22 octobre, lire une adresse demandant une représentation dans l’Assemblée pour les noirslibres et propriétaires : «Les citoyens de couleur, dit l’orateur, ont eu la générosité de députer auprès des blancs, de leur proposer le pacte qu'ils viennent soumettre à votre justice, el ils ont eu la douleur de se voir repousser avec le mépris dont on les a toujours accablés. » Il termina en annonçant une souscription de six millions représentant le quart de leurs revenus, « pour l’acquit des dettes de l'Etat! ».
La réponse du président Fréteau fut encourageante. IL dit « qu'aucune partie de la nation ne réclamerait vainement ses droits auprès de l’as-
.semblée de ses représentants et que ceux qui semblent éloignés de ses regards par les préjugés relatifs à la différence d’origine en seront rapprochés par ces sentiments d'humanité qui caractérisent ses délibérations et animent ses efforts. » Mais il s’en fallait qu’il y eût cause gægnée. Les
4. Arch. parlem., IX, 416; Proc.-verb., n° 105, p. 1-10, t. VI, Discours de Joly et réponse du président Fréteau. — M. Brette (II, 346) dit que cette adresse fut le premier manifeste des noirs libres. Ce ne fut pas leur premier acte; la démarche auprès des colons de l'hôtel Massiac à une aussi grande valeur. Ils apportaient d’ailleurs le cahier de doléances ou de revendications, déjà communiqué aux colons blancs, puisqu'il fut rédigé les 3, 8, 12 et 22 septembre (Arch. colon., collection Moreau de Saint-Méry, t XVI -broch.min-80 de 45 p., sn d°).
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députés coloniaux et les colons de l'hôtel Massiac, pour rompre le courant de sympathie qui semblait se manifester eurent recours à deux moyens différents. Ils firent faire d’abord une diversion par les noirs affranchis. Ceux-ci vinrent, le 28 novembre, réclamer une représentation, s’il en était accordé aux mulâtres; car, dirent-ils, le nègre sorti d'un sang pur doit être classé avant le mulâtre ou sang mêlé. Ils laissèrent voir d’ailleurs quels étaient leurs inspirateurs, en sollicitant ouvertement les bons offices des députés de Saint-Domingue, « leurs patrons et protecteurs naturels ! ». Les rivalités de classe, si ardentes aux îles, envahissaient ainsi le sanctuaire législatif, et l’argument des colons, prétendant que la plus petite concession sur l’état des personnes entrainerait une révolution, prenait aux yeux des députés toute sa valeur. C’est, du moins, ce qu'espéraient les auteurs de cette diversion. Mais ils ne s’en tinrent pas là. Pour affaiblir la requête des mulâtres, ils traitèrent les requérants d’individualités sans mandat. Ceux-ci durent adresser au Comité de Vérification une lettre établissant leurs qualités?. Ils n’eurent pas de peine à démontrer que leur mandat était aussi valable que
1. Arch. parlem., X, 329. Ils offraient une contribution volontaire de 12 millions au lieu des 6, offerts par les mulâtres. — Le procès-verbal ne mentionne pas cette adresse, mais elle est confirmée par les écrits de Raimond (Véritable Origine des Troubles de Saint-Domingue, in-12, 55 p., 1792, Arch. colon., coll. Moreau de Saint-Méry, t. CI) et de Grégoire (Mémoire en faveur des Gens de couleur, 1189; — Bibl. nation., Lk 9/10); le Monileur du 29 novembre (réimpression, II, 259) la reproduit.