‹ La construction de l'universChapitre 2 sur 12 · VUI · texte numérisé non relu

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PRÉFACE

rinde. Je suis devenue Hindoue tout en acceptant pleinement et entièrement la Théosophie telle qu’elle est enseignée par les Occultistes, et il n’y a eu là aucun changement, sauf que j’ai gagné une vision toujours plus claire, une connaissance toujours plus étendue et une satisfaction de plus en plus profonde depuis que j’ai embrassé ces enseignements en 1889.

Annie Besant.

Lutlhiaiia, février 181H.

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La première impression que les grandes Écrilures de la nation hindoue produisirent sur la pensée européenne fut une impression étrange et saisissante. Un conllit d’opinions s'éleva entre les penseurs européens sur 1 origine et la valeur de eette ancienne littérature; d'une part on y reconnaissait une profonde philosophie; d'autre part la découverte d’une pareille philosophie chez des peuples legaidés comme moins civilisés que leurs critiques donna lieu h de nombreuses controverses au sujet de l’origine de ces livres et des influences qui avaient présidé à leur conception. Même aujourd hui que la prolondeur .de leur philosophie est admise, que la grandeur et la sublimité de leur pensee ne sont plus mises om doute, on rencontre des hommes comme

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le professeur Max Müller, qui ont consacré leur vie à l’étude de ces livres, et qui cependant parlent des Védas comme du bégaiement d’un peuple enfant, niant la possibilité d'y découvrir aucune espèce de doctrine secrète, dissimulée sous le voile du symbolisme ou de l’allégorie. Les penseurs occidentaux me paraissent incapables de comprendre qu’une race, tout en étant dans l'enfance, peut avoir des Instructeurs divins ; qu’une civilisation, tout en étant à l’âge de sa croissance, peut grandir sous la direction de (]eux qui sont spécialement illuminés par l’Esprit divin. C’est pourquoi les penseurs occidentaux ne pouvaient reconnaître la valeur des Ecritures ; ils n’ont vu cet ancien peuple qu en masse, sans comprendre la noblesse dés Instructeurs, des Guides qui se tenaient au-dessus. En s’efforçant de découvrir aux Ecritures une origine purement humaine, ils ont pitoj^ablement échoué dans leur analyse; car dès lors qu’on rejette le divin, la croissance d une nation devient incompréhensible; lorsqu on méconnaît la divinité dans riiomme, on ne peut acquérir aucune notion exacte de philosophie, de religion ni de civilisation.

Dans ces conférences je veux essayer de justifier les Écritures hindoues, quelque imparfait que soit cet effort, et de prouver qu elles renferment la philosophie la plus pro-

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fonde et la science la plus large en môme temps que la religion la plus encourageante;, que la science occidentale commence à peine à fouler le sentier si clairement tracé par elles; que les connaissances qui commencent à poindre en Occident grâce à Tobservation du monde extérieur peuvent être acquises plus rapidement en étudiant les écrits de ceux qui observaient Tunivers du dedans et non du dehors. Aussi lisons-nous que dans la chambre du Lotus, située dans le cœur, et dans son espace rempli d’éther, on peut découvrir tout ce qui se rencontre dans le monde extérieur.

« En lui existent à la fois le ciel et la terre, Agni et Vayou, le soleil et la lune;... et tout ce qui existe dans cet univers (i)... » est là,, de sorte que l’homme, en découvrant son Esprit, découvre par là même tout ce qui existe dans le Cosmos. Et ceci n’est pas seulement très poétique, c"est scientifiquement exact; car en développant réellement les . yeux de TEsprit, les yeux qui voient à travers tous les voiles de la nature extérieure,, nous pouvons acquérir des connaissances à la fois plus exactes et plus profondes que par les seules observations des yeux de la chair.

Dans cette direction, nous avons été puis-

(1) Chûiidogyopanishad, VIÎI, I, 3.

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samincnl aidés par celle dame russe, celle gronde Inslruclrice que nous connaissons sous le nom ddléléna Pélrovna Blavatsky*. Ce qui peut déterminer sa valeur pour le monde, ce n'est'pas de savoir si elle élait ou non capable d’accomplir certaines actions miraculeuses, si elle était une magicienne extraordinaire ou une simple prestidigitatrice. Ce n’est pas sur ces points que ta poslérilé basera son jugement. A mon avis, ces soidisant merveilles, sont choses assez insignifiantes, et bien qu’intéressantes à certains points de vue, je considère leur importance comme relativement minime.

Sa réelle valeur consiste en ce qu’elle nous a révélé le secret de. la Connaissance antique,, en ce qu’elle a mis entre nos mains les clefs gréce auxquelles nous pouvons nous-incrnes ouvrir les portails du sanctuaire intérieur, en ce qu’elle est venue, instruite dans les choses de l’Esprit et prête à nous expliquer comment .nous diriger personnellement dans la voie tracée par elle, de façon que ceux qui auront appris cette philosophie ésotérique, a])pclée aujourd’hui Théosophie, puissent trouver dans les Védas et les PourAnas des instructions qui l’estent cachées aux lecteurs ordinaires. . .

C’est ainsi qu’elle a agi en grande Instructrice ; car elle a joué le rôle que remplissait

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tuiirefois le Maîire envers son disci[)lc ; elle lions monlre le sens profond des Ecrilures, nous ouvre la voie du progrès spirituel, et nous rend ainsi capables de nous élever jusqu’à rantique sagesse des temples.

Pour justifier ce point de vue, je prendrai certaines doctrines des anciennes écritures hindoues, et j’essayerai de vous montrer à quel point elles se trouvent éclaircies et facilitées parla lumière qu"y projette la lecture des volumes, de la Doctrine secrète. Je me servirai également des résultats les plus avancés de la Science moderne, pour vous faire voir comment la Doctrine secrète, qui est en réalité renseignement le plus ancien de rinde, s’appuie d’un C(jté sur ce qu’en Occident nous appelons la Science, et de l’autre côté sur les Ecritures de l’Orient; celles-ci à leur tour deviennent plus intelligibles, plus cohérentes, et leurs apparentes contradictions s’eiïacent, lorsqu’on les examine à la lumière de ces doctrines secrètes dont une partie seulement a été donnée au monde.

Je ne puis, dès le début, traitei* cette queslion de la construction de l’Univers, au ])oint (le vue de la science telle qu’elle est comprise en Europe ; caria science européenne ne s’occupe pas du commencement des choses. Elle prend la manifestation déjà i)arvenue à un point donne, et par conséquent ne nous dit

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rien du premier bourgeonnement de l’iinivers •dans l’existence ; elle ne s’occupe aucunement •de ce qui précède le moment où la Matière revêt une forme appréciable par les sens physiques, ou du moins capable de fournir un point d'appui aux échafaudages de Fimaginaiion, qui se conforme au plan des sens physiques. Tyndall a parlé du rôle de l’imaginalion dans la science, de sorte que nous pouvons rester dans les limites scientifiques tout ■en avançant au-delà des limites actuelles des sens. On a renoncé à prétendre, comme on le faisait il y a une trentaine d’années, qu il Ti’y ait de vrai que ce qui peut être perçu par les sens. Les progrès de la science ont renversé cette affirmation. Mais elle soutient encore que rien ne peut être compris dans son domaine en dehors des concepts fournis par rintclligence d’après les faits recueillis parles sens; de sorte qu’en traitant de l’existence du Cosmos manifesté, votre pensée ne devrait pas dépasser des conceptions matérielles ou déjà appuyées sur des phénomènes matériels bien observés. Autrement dit, vous pouvez aller plus loin que l’agrégat de matière visible et poser, en principe, l’existence de Fatome, qui est invisible, et ne peutêtre perçu que par un etTort. d’imagination scientifique; mais il ne vous est pas permis d’aller au-delà de (*e que cette imagination peut construire

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avec les malériaux fournis par les seps. Il est vrai que Crookes s’est occupé de la cons- Iruction de l’atome : mais encore n’est-il pas allé plus loin que le prolyle ou matière originelle. La science ne veut pas aller au-delà : elle refuse de pénétrer davantage l’origine des choses et de se demander si l’on pourrait concevoir un développement et une évolution antérieure à ce protyle. Pour explorer ces origines, nous ne pouvons nous appuyer que sur la Doctrine secrète et sur les Écritures ; il faut attendre d’être un peu plus avancés dans notre raisonnement pour appeler à notre aide la critique scientifique.

Du moins, pour que ce raisonnement soit complet à notre propre point de vue, je veux rapidement comparer l’origine des choses d’après les Shastras et d’après le livre intitulé la Doctrine secrète ; nous pourrons ain3i constater, je l’espère, que l’exposé méthodique présenté dans ce livre est d’un secours inappréciable au sein de la profusion quelque peu confu.se avec laquelle les Shastras noijs présentent les aspects divers de l’évolution. Car il faut .vous souvenir que des voiles ont été jetés à dessein sur ces Écritures mises entre nos mains. En les lisant successivement, nous ne pouvons pas toujours nous faire une idée suivie de l’ensemble ainsi présenté par fragments; aussi gagnerons-nous beaucoup

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de temps en jetant un coup d’œil rapide sur ’ cet ensemble ; ensuite, dès que nous trouverons un fragment, nous pourrons le mettre à sa véritable place- dans 1 édifice que nous nous efforçons de construire ; le plan architectural que nous a positivement fourni 'Mme Blavatsky nous évitera Finconvenient ' de conserver nos connaissances à Fétat fragmentaire.

Voyons d’abord comment les Shastras nous décrivent Forigine des choses : il y a ici une dilïérence entre les Pourànas et les Oupanishads. Les premiers donnent plus de détails, grâce à leurs descriptions successives, tandis que les seconds fournissent un point de vue plutôt philosophique que cosmologique, surtout lorsque, prenant pour point de départ FEsprit de Fhomme, ils indiquent la manière de le relier à sa véritable source. Il en résulte une différence dans la façon dont cos deux grandes divisions des Shastras représentent Funivers, et je veux vous indiquer une divergence particulièrement embarrassante pour le lecteur, qui se demande parfois s’il est possible de concilier les deux systèmes.

Tout d’abord, — si je puis employer un paradoxe apparent, qui est cependant une vérité, ■ — je dois dire que dès « Forigine des choses » la pensée se trouve repoussée encore plus loin ; car (f origine des choses » signifie

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manifesioLioii, diflféreiicialioii, et le mot « choses » lui-même implique rexisteiicê maiiirestée. Or avant le manifesté, il doit y avoir rUnique ; la science européenne le reconnaît elle-même et déclare avec raison que cette unité est in^criftable et que le phénomène seul peut être soumis à Tanalyse; cependant Texistence de ce qui est au-delà du phénomène est rarement contestée, sauf peut-être dans quelques petites écoles qui voient dans TUnivcrs un chaos de phénomènes changeants, sans comprendre l unitc fondamentale à laquelle ils se rattachent tous. En géjiéral lors- (jiie la science devient philosophique, TUnité est posée en |)rincipe comme inconnaissahle et insaisissable par la pensée humaine. Mais la philosophie hindoue possède une conception plus profonde encore de l’uni vers, car ce que la pensée humaine ne peut atteindre se trouve encore, pour ainsi dire, à la limite extérieure de la manifestation ; et en arrière de cette limite, au-delà même de Brahman, — qui est représenté comme invisible, intangible, insaisissable même par la pensée, qui ne peut être prouvée! dont la seule preuve réside dans la croj^ance de l’àme, — plus loin que tout cela, la pensée hindoue pose encore en principe ce qui n’a pas de nom, ce qui ne peut être dési- ' gné que par une épithète, « l’au-delà de Brahman » le Para-Brahman de la philosophie,

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