‹ La construction de l'universChapitre 3 sur 12 · IV · texte numérisé non relu

IV

<( iiichangeable Vishnou rAna.

du Vishnou-Pou-

Or, sur Cela, sur cet inchangeable Vishnou, •on ne peut rien dire, on ne peut rien penser. La pensée et la parole n’ont plus rien a voir dans cette région, car nous ne pouvons commencer à penser et à parler que lorsque la manifestation se produit et que de ces ténèbres insondables s'élance le premier tressaillement, qui est la Lumière, la possibilité de l’existence manifestée.

Et maintenant nous arrivons dans les Ecritures à la première de toutesles manifestations, à ce qui est désigné, remarquez-le bien, tantôt comme manifesté et tantôt comme nonmanifesté ; non-manifesté en soi-même, mais manifesté en tant que générateur. Car notre pensée plonge, pour ainsi dire, vers Brahman, bien que Brahman lui-même soit insaisissable pour la pensée humaine. Et nous trouvons Brahman, ou son équivalent, désigné dans ces deux grandes sources d étude, les Oupanishads et les Pouranas, comme triple en luimême, quoiqu'il ne se manifeste pas directement comme triple ; c'est rUnité, mais avec une triplicité intérieure, latente et repliée sur elle-même, qui apparaîtra graduellement et successivement dans ses manifestations et rendra possible Tunivers dos choses. Brahman lui-même est essentiellement triple : et,

LE SON

soit que vous le considériez, avec la Taittirîyopanishad, comme « Vérité, Connaissance et Infinité », soit que vous le désigniez par cette série qui nous est plus familière : « Existence, Béatitude et Pensée », en réalité, sous des mots différents c'est la même conception, « Sat-Chit-Ananda », selon la formule bien connue du Suprême, et qui est simplement un synonyme de Texpression employée dans rOupanishad en question. Qu'est-ce après tout que Satyam, Gnyânam, Anantam (i), sinon des termes divers par lesquels l’homme s’efforce en vain de représenter des réalités ; et qu’importe qu’il emploie Tune ou l’autre de ces formules? Ce qu’il faut bien saisir, •c’est que ces réalités se trouvent en puissance dans la première Émanation, c’est que le commencement du Cosmos n’est que le développement en manifestation de cette triple force latente, ou le passage de la potentialité à l’activité.

Nous trouvons dans le Vishnou Pourêna un passage exprimant la même pensée de la trinité latente ; la première manifestation de Vishnou est Kala, le Temps, qui n’est ni Matière ni Esprit, mais subsiste après que tous deux ont disparu en lui. Vous vous rappelez qu’il est dit dans le second chapitre du Vish-

<1) Taittinyopanishad, Bralimànanda Vali, r* anuvàka.

CONSTRUCTION DE l’uMVERS

non Pourâna que PradhAiia est Tessence de la Matière, Poiirousha, ressence de TEsprit, et que lorsqu’ils disparaissent, la forme de Vishnou, qui est le Temps, persiste ; voilfi le concept du Temps sans commencement ni fin, qui se tient pour ainsi dire en arrière des manifestations subséquentes, les relie et les rend possibles.

Puis nous arrivons à la seconde étape, qui dans ce Pourâna est désigné sous le nom de Pradhcina-Pourousha, essence de la Matière et essence de l’Esprit ; c’est le Deux sorti de rUn, et cela représente la manifestation, et c'est pour cela que Brahman est représenté comme étant à la fois manifesté et non manifesté. En lui-même il est non manifesté ; mais il est manifesté lorsque les Deux sortent de rUn, et cette dualité rend le Cosmos possible.

Nous pouvons trouver dans bien d’antres livi*es de nombreuses expressions qui rendent cette même pensée de dualité, sur laquelle Subba Rao a tant insisté. Tous les penseurs regretteront la mort de ce philosophe, dont P-œuvre aurait si puissamment contribué à cette unification de la pensée occulte et de la pensée publiée. Moûlaprakriti et Daiviprakriti ne sont que des termes différents pour désigner ce que la pensée grecque a nommé le imgos. On nous donne aussi le mot « Vyaya », extensible, qui représente l’unique caracléris-

lu: son

tiqué de ProdliAna ; ou ue peut pas encore commencer à décrire, parce qu’il n’y a ])as encore d’attributs évolués, mais il y a Tunique caractérislique de Texteusibilité, qui implique toujours une possibililé de forme, ce qui va prendre des apparences multiples ; et il y a aussi ce qui doit apparaître dans la forme, Pourousba, ce modeleur qui travaille la Pradliitna, et rend ainsi possible le déploiement de Tunivers manifesté. Il y a enfin, toujours d'après le \ ishnou-Pourîtna, la ti-oisième étape, le Mahat, qui sera la force de contrôle et de direction, qu’on pourra appeler le Législateur, qui, en toute circonstance, guideia l'évolution de Tunivers suivant une ligne harmonieuse, raisonnable, et jusqu’au bout. Je ne puis m’empêcher ici de vous faire remarquer ([ue je viens de me servir d’une pensée récemment émise par le professeur Huxley. Dans Evolution and Efhics (p. 35), il parle d’une intelligence qui « pénètre Tunivers », et dont il a fini par reconnaître l’existence, après avoir pendant tant d'années professé Tagnosticisme. Cette Intelligence dont il est obligé d'admettre la qualité pénétrante est essentiellement la même chose que Mahat, la conception fondamentale d'une intelligence sans autres limites que celles qui lui sont imposées par le fait même de la manifestation.

Ges trois phases, exposées d'une façon si claire et si précise dans le Vishnou-Pourâna, sont assez difficiles à suivre dans les Oupanishads; mais je tiens à dire, avant de quitter leur exposé dans le Pouràna, que ces Trois ne sont que le développement de TUn, du Satchi^ânanda qui se trouve latent dans le premier. Vous les différenciez dès que vous les considérez comme Trois. Le premier est alors Sat, la pure existence. Que peut être le second, qui est double, sinon Ananda ? car la félicité implique la dualité. Et qu’est-ce que Mahat, sinon Chiten manifestation ? C’est donc bien par un procédé de déploiement, comme je vous le disais, que tout ce qui est latent dans l’Un devient manifesté dans le Trois. Ce développement est un peu voilé dans les Oupanishads; elles ont une tendance à passer directement du Brahman, en qui tout est latent, à l’Esprit dans riiomme, qui est Brahani dans le cœur, le Logos de l ame individuelle; on trouve néanmoins çà et la des passages indiquant que les Oupanishads contiennent des traces de la même pensée que celle qui a été plus complètement développée dans les écrits pouràniques.

Dans la Mundakopanishad, il est dit que de Brahman procède la Vie, — qui est Ananda, — et l’Esprit, qui est Chit ; puis viennent les cinq éléments, l’éther, l’air, la lu-

mière, etc. (i). C’est en somme la même succession, mais Tauteur s’y arrête moins, son objçt principal n’étant pas d’exposer le développement du Cosmos. On trouve également dans la Brihadûranyakopanishad la trinité « Vie, Nom et Forme » ; la Vie d’abord, d’où procèdent les Deux et qui est cachée par le Nom et la Forme, ce qui revient à dire que le Premier est voilé par sa double manifestation. La Kaihopanishad présente encore la même idée dans la série de recherches tracées pour ceux qui veulent s’élever vers FEsprit; après le passage de Vanas à Buddhi et de Buddhi à l’Atinâ, on trouve au delà d’Atmâ le Non-manifesté, puis encore au-dessus la grande ùme appelée Pourousha. On arrive ainsi à cette constatation très suggestive qu’entre l’Esprit qui est en l’homme et ce au delà de quoi il n’y a rien, on ne trouve qu’un degré, le « Non-manifcsté ». Quel dessein se cache sous cette exposition non plus triple, mais unique ? C’est de montrer à ceux dont les yeux sont ouverts l'Unique interposé entre l’Esprit dans l’homme et Ce qui est inconnaissable; car le Logos de l’âme est unique, et unique est le Rayon dont le reflet dans le cœur est l'Esprit; ainsi l’Oupanishad^ se proposant de nous faire découvrir l’uiiité de PEs-

(1) Mundaka, II, î, 3.

CONSTRUCTION DE l’uNIVERS

prit avec son Seigneur, laisse de côté loul ce qui n’est pas le Logos unique auquel appartient l'Esprit; le Cosmos disparaît lui-mème avec sa multiplicité quand l’Esprit recherche sa propre source.

Si maintenant l’on abandonne les Ecritures proprement dites pour continuer cette esquisse d’après la Doctrine Secrète — c’est-càdire d'après l'ouvrage qui porte ce nom, — la simplicité et la clarté avec laquelle y sont présentés ces renseignements compliqués fait l'effet d'un fil conducteur au milieu des (lifRcultés des textes hindous. Basé sur les memes fondations que les Shûstras, cet enseignement pose d'abord en principe 1 existence de Parabrahm, dont on ne peut rien dire, puis nous présente les trois Logos: le mot Logos est employé parce qu il est mieux connu en Occident, et parce qu il a une signification particulière par rapport à la construction de r Univers, ainsi que je le montrerai en parlant du Son. Le mot Logos lui-même implique le Constructeur, puisque le son proféré est le grand Constructeur de toutes les formes manifestées. Puis on nous trace la succession de ces trois Logos, identiques, sous un autre nom, à l'ancienne Trimoûiti que nous avons étudiée dans les hxritures : d’abord le premier Logos, qui n’apparaît que pour disparaître, et que 1 on appelle le Non-

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