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les illusions de la matière qui renvironne.
La description de cette grande hiérarchie provoque une question et c’est ici que la difficulté commence pour nous. Pourquoi y a-t-il une différence entre les étincelles manifestées? Pourquoi, quand elles s’élancent du feu éblouissant, y en a-t-il qui apparaissent comme de sublimes Dévas, et d’autres comme des Dévas d’un rang inférieur? Pourquoi certaines sont-elles comme hî centre autour duquel l’homme sera construit, d’autres encore comme le centre du grain de sable, ou le centre des atomes dont le grain de sable est composé? Comment peut surgir, de cette unité dont vous nous avez parlé, une possibilité de différenciation dans la manifestation?
La première choseà comprendreestquecette différenciation existe en fait. Elle est visible entre les Dévas, les hommes, les animaux, les végétaux, les minéraux et les forces élémen-* taies qui nous entourent. Nous lisons que les Fils de la Lumière sont les Dévas les plus élevés ; ils sont, comme je l'ai dit, les constructeurs de rUnivers. Mais les livres sacrés nous parlent de certains d’entre eux appelés les Fils du Feu. Quels sont ces Fils du Feu? Ce sont les Instructeurs de l’humanité en bas ége, Ceux dont je parlais hier comme ayant instruit la race en son enfance ; Ils lui ont donné les Védaset toutes les Ecritures saintes ;
CONSTRUCTION DE l’ UNIVERS
Ils l’ont guidée dans scs premiers elTorls vers la civilisation ; Ils sont, au sens bien réel du mot, les Instructeurs des hommes. Qui sontils? Ce sont des Flammes qui ont emporté avec elles 5 cette étape de la manifestation, cette intelligence hautement développée qui les qualifiaient pour devenir les instructeurs de ces étincelles et qui se sont incarnées dans les hommes ordinaires. Mais c’est entre les hommes incarnés, entre les Kouméras et les êtres humains qu’on nous laisse soupçonner une étrange différence. Pourrons-nous découvrir ce que cela signifie? Des cycles de manifestalions viennent du grand Souflle et y retournent, la Lumière devient Ténèbres et des Ténèbres émerge de nouveau la Lumière ; des âmes sont différenciées dans la matière, puis des hommes remontent vers leur source, et ils sont libérés. Ils s’en vont, « pournejamais revenir », est-il dit. S’ils ne reviennent jamais pourquoi ces ditïérences dans des Manvantaras, comme le nôtre? C’est là un point de 1 enseignement secret qui a été certes perdu de vue, parce que la lettre seule des ouvrages publiés voile la vérité au lieu de l’exprimer. Que dit rOupanishad au sujet de Bralnnan?
« Il est caché dans les Oupanisliads qui sont cachés dans les Védas (i). »
(1) Slîvetâshvataropanishad, V. 6.
LE FEU
Si VOUS voulez trouver Brahman, il ne faut pas s’en tenir à la lettre des Oupanisbads, mais découvrir l’intention secrète qu'ils contiennent. Voilà le point où un Gourou devient nécessaire. C’est pourquoi il a été dit (i) que si un homme désirait trouver Brahman, il devait chercher à découvrir les grands (Maîtres), et les servir, car les mots seuls de l’Oupanishad ne lui révéleront pas le Dieu qui y est caché ; la Flamme déjà développée est nécessaire pour que l’étincelle puisse brûler haut et devenir elle-même une Flamme. Cherchons maintenant le sens caché dans ces mots « pour ne jamais revenir».
L'étincelle se développe dans l’homme (en employant le mot homme j’ai en vue toute l'humanité moyenne) : cette étincelle se développe par Tapas, pa^ la combustion. Par quelle combustion ? Par l’ardeur de la connaissance. Telle est la signification réelle de Tapas, et dans cette « aiisterity » comme on le traduit constamment en anglais, il y a l’action de la connaissance qui brûle et qui purifie ; et ce qu’elle brûle, ce sont les enveloppes extérieures de l’homme où réside l'épaisse ignorance ; et à mesure qu’elles se trouvent ainsi brûlées l’une après l'autre par le feu de la connaissance, la Flamme se manifeste davan-
(1) Kathopanishad, T. III, 41.
tage et commence à connaître sa propre nature. Cette étincelle qui était étouffée dans la matière devient la Flamme qui s’est ellemême libérée de la matière, et quand cette libération est complète, elle devient une avec sa source. Si vous prenez plusieurs llainmes et les mettez en contact, elles se réunissent pour n’en former qu’une, car leur substance est une et Indivision qui existait entre elles a disparu. Continuons cet exemple et poursuivons cette pensée, qui nous permettront de concevoir la vérité, très obscurément sans doute, car pour la concevoir clairement il faut que vous soyez devenus elle-même, vous ne pouvez rien comprendre tant que vous n’êtes pas un avec ce que vous cherchez à saisir. La connaissance humaine est séparativité, mais la Sagesse Divine est unité, et c’est seulement quand disparaît la forme extérieure d^ la Flamme qu’elle peut s’immerger dans TUnité. Elle n’est pas perdue : elle a gagné immensément, grâce aux nombreuses flammes qui sont redeviennes une seule Flamme, et c est là la libération : anéantissement des limites qui nous séparent et élargissement dans la connaissance intégraleinfînie et sans limites, voilà l’essence de la connaissance elle-même. Mais est-ce « pour toujours » dans toute l’acception du terme? Ne « revient-on jamais » du Nirvàna ?
LE FEU
Ceux d’entre vous qui ont étudié sérieusement, à la lumière projetée sur ces vérités par ceux qui savent, ont appris qu’un cycle succède à un autre, que chaque cycle est pris successivement comme limite, et que chaque période de non-manifestation est en corrélation avec la manifestation qui précède et celle qui suit. De même que le jour et la nuit sont pris comme symboles de manifestation et d’obscuration ; aussi vous avez la manifestation et l’absorption planétaires ; puis la résurrection planétaire précédant une nouvelle absorption ; et ainsi de suite jusqu’au moment où le système solaire passe en un Pralaya proportionnel à sa durée ; mais il se réveille à nouveau après cette suspension de manifestation, et rapporte, dans cette nouvelle période d’activité, tout ce qui a été recueilli dans la précédente.
Lorsque nous avons étudié une leçon pendant le jour, nous en sommes inconscients durant la nuit, mais la connaissance subsiste, et quand nous nous éveillons le lendemain, nous retrouvons en nous cette connaissance acquise la veille ; lorsque la planète a traversé sa période de Pralaya, elle ramène dans la manifestation suivante tout ce qu’elle avait acquis au cours de la précédente ; lorsque le système solaire, après une longue vie, a franchi l’interminable période de son obscu-
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ration il émerge à nouveau sur un plan supérieur, et devient un système solaire d'un type plus élevé. 11 n’en saurait être autrement quand nous nous occupons de l'ensemble du Cosmos, du Manvantara au sens le plus absolu du mot, et du Pralaya qui lui succède : lorsque toutes les Flammes n'en font plus qu'une et que toute diiïérenciation s’est évanouie, il existe encore comme un fil de feu attaché à chaque Flamme ; et quand recommence la différenciation, c’est sur ces fils de feu qu'elle agit : ils s'avancent lentement vers l’extérieur, attirant avec eux les Flammes hors du sein de l’Unité ; elles en sortent avec ce fil d’individualité que ne saurait détruire aucun Pralaya, aucun Nirvûna, quelle qu’en soit la durée.
Le Un et le Tout sont redescendus dans la manifestation, et les différences qui existent entre ces étincelles qui émergent sont des différences développées graduellement dans les Manvantaras précédents et conservées même pendant la destruction apparente. Le «jamais » s'applique à la durée du cycle et ne suppose pas la fin absolue. Je n'ai pas de terme pour vous faire comprendre même faiblement le sens que je cherche à exprimer. Estil seulement possible de trouver un mot pour rendre un état qui n'est pas du tout un état, el que je ne puis que symboliser par cette
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image de Tunion de beaucoup de Flammes en une seule, union qui implique cependant la faculté pour chaque Flamme de se retirer en emportant avec elle son Karma individuel ! Elle est immergée dans le Feu central ; mais ce qu'on a appelé le fil d’or persiste et réserve à fétre en Nirvâna la possibilité d’une croissance future.
La vie de Brahman n’est pas semblable à la vie de I homme. Sa Vie renferme, pour ainsi dire, les vies infinies qu’il a engendrées, et chacune d’elles n’est qu’un clin d’œil pour cette vie qui est éternelle. Il respire et son aspiration aspire les Flammes et son expiration les expire ; mais pour Lui tout cela ne dure pas plus qu’un mouvement de paupière, et ce qui pour nous représente des millions d’années, n est pour Lui que l’instant le plus court que nous puissions imaginer. De ce point de vue que peut être le Nirvûiia, que peut être la séparation de conscience, que peuvent signifier nos dénominations de Manvantaras et de Pralayas?...
C'est le Feu infini lançant ses Flammes dans l'Espace et les recueillant de nouveau dans son sein, pour les renvoyer encore en ondulations sans fin ; d’où la possibilité, dans chaque nouveau cycle, de manifestations divergentes : car chacune rapporte dans le Manvantara suivant tout ce qu’elle avait
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amassé dans rinterininable Manvantara précédent. Nous commençons donc à comprendre que comme la conscience peut passer dans 1 état Turîya et revenir ensuite dans la limitation, de même cette conscience infinie du Cosmos peut rentrer en elle-même, puis se manifester de nouveau. De même que nous ne perdons pas l'expérience acquise, mais que nous la rapportons dans une nouvelle manifestation, ainsi ce qui est vrai au sens minuscule doit être également vrai au sens transcendant, doit être également vrai de TUnité Indestructible : Sa vie éternelle s’enrichit en quelque sorte par les innombrables expériences d’incalculables Manvantaras. Cette évolution toujours grandissante nous paraît être une croissance : ce qu elle Lui paraît être à Lui-même, personne que Lui ne peut le savoir.
^'oyons maintenant dans nos propres Lcriaires les allusions faites à ce mystère, et ce qu’on nous dit de celui qui sera Indra dans le prochain Manvantara, de l'être qui fut adombré par Vishnou, qui après la fin de cette adombration entra dans une autre phase de conscience, et qui doit reparaître dans un autre Manvantara pour en être la force directrice. Vous devez commencera saisir le sens de ce passage de l'Écriture où il est dit que des êtres de grande dévotion disparurent au
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sein des eaux, demeurèrent dix mille ans au fond de Tocéan, plongés dans la méditation, puis revinrent peupler la terre (i). Que sont toutes ces paroles, sinon les efiforts des Maîtres pour vous faire comprendre — si vous voulez développer votre intuition en écoutant — la signification intime de ces symboles, de ces nuits et de ces jours, de ces périodes alternatives d'activité et de méditation ? car Pralaya est la méditation du tout : puis, celui-ci, sortant des eaux, revient peupler le Cosmos.
Les mondes sont ainsi peuplés par Tordre que Brahmû donne à quelques-uns de ses fils d’aller donnera la terre sa population; car toujours en Brahmâ, le troisième Logos, il y a le Mot irrésistible qui projette au dehors ses enfants évolués.
Ces fils de Brahmâ, ces Bisliis qui ont à accomplir Tœuvre de la création doivent venir de quelque part, car vous ne pouvez avoir de création, à moins qu’elle n'ait été lentement préparée auparavant. Ceux dont nous parlons aujourd’hui comme Instructeurs du présent Manvantara, irontdansle prochain Manvantara vers des systèmes bien plus élevés que les
(1) Les dix Prachelasas, fils de Pràcliînabarhis; voir le Vishnou Pourâna, liv. I, ch. XIV, XV. Voir aussi les Brahmâ Soùtras, Adhyj^ya III, Pada III, Soûtra 32, avec le commentaire de Shrî Shankarâchârya.
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systèmes planétaires que nous connaissons ; tandis que les vainqueurs de riiumanilé actuelle, ceux qui maintenant font évoluer Télincelle en Flamme, ceux qui par Tapas, par le feu de la connaissance, brûlent Tignorance et sont en train de devenir des Flammes vivantes, reparaîtront dans le prochain Manvantara comme Fils du feu ; non plus comme de simples étincelles projetées, mais comme des Flammes suffisamment développées pour Construire et instruire les races futures.
En quittant ces hautes régions je me hasarderai à suggérer à ceux d’entre vous qui viennent ici non seulement pour y chercher un amusement, mais avec le désir d’apprendre, qu’ils feront bien de méditer cette pensée v pendant des jours, des semaines et des mois, jusqu'à ce qu'elle devienne une réalité pour eux; il n'y a pas d’autres moyens de pénétrer au cœur des choses. Vous ne pouvez recevoir de moi que la forme extérieure; j’ai beau faire des efforts pour que mon esprit parle au vôtre, tout comme ma parole à vos oreilles, c'est dans votre cœur seulement que vous trouverez la véritable force de l’instruction et de la pensée, et, en la méditant, vous développerez ce qui est caché en elle.
Passons à une question plus simple que je vais maintenant traiter pour le inonde en général et non pour les intimes, question
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qui est plutôt un argument qu’un sujet de méditation, qui vous sera utile dans le monde où vous vivez et auquel nous devons essayer de donner quelque lumière sur la pensée intérieure. Je vous ai dit, dès le début, que la science reconnaît l'identité de la lumière et du son, et qu'il peut être utile, pour justifier aux yeux du monde les Ecritures, d’indiquer les nombreuses expériences faites dans le monde scientifique, au cours desquelles du son a été produit avec de la lumière et de la lumière avec du son.
Ainsi voici une expérience faite par quelques-uns de nos savants les plus consciencieux (i); ils ont découvert qu'en prenant une certaine quantité de matière colorée, et en projetant sur elle différents rayons de lumière, un certain rayon en tombant sur cette substance colorée lui fera produire un son. On peut donc dans l’univers physique engendrer littéralement du son par la couleur, qui est de la lumière; en mettant une couleur dans un ballon en verre et en y projettant un rayon de lumière, vous entendrez se produire un son très bas. Vous aurez ainsi transformé un rayon lumineux en une onde sonore. Cette expérience du monde matériel est assez instructive pour que l’esprit s’y arrête. Si
(l) Expérience de Bell. Voir les Grands Initiés, p. 22.
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quelqu'un dans son ignorance vous parle des Ecritures en s’en moquant, prouvez-liii que la science occidentale en revient à cette notion de l'identité.
Quand vous lisez dans un de vos livres que pour communiquer avec un Déva inférieur il faut lui parler en couleurs et non en langage articulé, qu’est-ce que cela signifie ?... Cela signifie, pour quiconque a étudié la corrélation du son et de la couleur, que si vous parlez au cerveau humain par des mots articulés qui mettent en mouvement l’air le plus grossier, vous parlez au Déva pluséthéré par la couleur qui met en vibration la matière astrale dont son corps est formé. De sorte que ce qui est une parole sur le plan physique est couleur et lumière sur le plan astral.
Sachant que chaque son a sa couleur, si vous avez à communiquer avec un Déva qui n’a pas de Sthûla Sharîra, pas de corps visible qui réponde aux lourdes vibrations de l’air, vous devez engendrer des couléurs au lieu de produire des sons, car le langage des Dieux inférieurs est le langage des couleurs ; elles contiennent pour eux ce que nous appelons une idée articulée, une idée sur le plan mental. Ce que la parole est dans le monde physique, la couleur l’est dans^ le monde astral. Quand vous lirez qu'il faut parler au Déva dans le langage des couleurs, on vous dira :
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« C’est un non-sens enfantin, une folle superstition ; il n’y a ni Dévas, ni langage des couleurs, vous êtes tout à fait fou et vous parlez comme on le faisait dans l’enfance de la race ; c’est du fétichisme, et vous n’employez tous ces mots que pour cacher votre ignorance de la réalité. » Si les personnes qui parlent ainsi en savaient un peu plus, elles qui ne font que commencer à apprendre, elles découvriraient que le langage des couleurs est une réalité : et la première notion de ce fait a été donnée par cette expérience, faite à Paris, où, en projetant de la lumière sur des objets colorés, on a produit du son.
Les personnes qui possèdent la clairvoyance ou vision intensifiée, n’ont pas plustôt entendu une note qu’elles voient une couleur: l’expérience est à la portée de tous ceux qui ont développé le sens astral de la vision ; et beaucoup de gens le développent actuellement en Occident. Il y a une chose étrange dont je n'ai pas entendu parler dans les Indes, mais qui est connue en Égypte ; c’est que quelquesuns des anciens livres égyptiens, vous l’ignorez peut-être, étaient écrits en couleurs et non en caractères uniformes comme Pest pour nous le Sanscrit, ce véritable langage des Dieux. Les anciens Égyptiens avaient appris la manière de les interpréter avec l’aide de leurs prêtres Initiés qui étaient réellement de
grands Adeptes comme les Adeptes de l’Inde: et, remarque très importante, lorsqu’on ordonnait de transcrire un Livre Sacré, si les couleurs étaient altérées le moins du monde, on punissait de mort le copiste. A une époque plus récente, les Egyptiens se souvenaient seulement que cet usage des couleurs leur avait été transmis parles grands Prêtres. On n’avait plus conservé que la coutume; quant au sens qu’elle cachait il avait complètement disparu. L’intention réelle était celle-ci : tandis que le premier venu lisait les formes écrites, TAdepte lisait les couleurs ; ce qui formait un sens, par la combinaison seule des lettres, en donnait un autre à l’initié, par la couleur que possédait chaque lettre. On pouvait ainsi publier un livre qui fournissait aux profanes une connaissance simplement écrite ou parlée, et qui réservait le sens occulte à l’adepte, qui, en le lisant, faisait plus attention aux couleurs qu’aux formes et pour qui chaque lettre successive, avec sa propre couleur, prenait une signification mystérieuse. De cette façon les secrets de l’antiquité étaient conservés pour l'Initié, qui était capable, une fois l'Initiation subie, de recourir à cette ancienne connaissance et de la faire sienne ; et cela existe encore aujourd’hui, mais naturellement ^ous le sceau du secret. Le langage des couleurs est un des stades de l’entraîne-
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ment. Quand le disciple lit en couleurs et reçoit ses enseignements par la sensation des diverses couleurs, il apprend à les utiliser pour le contrôle des forces que notre littérature connaît sous le nom de Dévas.
Vous trouverez de même des allusions aux sept langues de Feu — aux sept langues de Flamme — que l’homme doit comprendre.
Lw Prashnopanishad contient une description de la vie se divisant elle-même en airs vitaux (i). 11 est dit de l’un de ces derniers qu’il contient sept Flammes. — Dans la Mundakopanishad (!^),vous trouvez « sept langues de feu vacillantes » ; chacune d’elles a un nom particulier, et plusieurs de ces noms sont ceux de couleurs. Cela vous donne la clé de ce passage, si vous le méditez, au lieu de chercher à le comprendre par une argumentation intellectuelle. La clé de ce passage est dans la couleur des flammes, et le fait que la vie les distribue dans tout le corps, est un symbole qui fait connaître à notre pensée cette signification cachée: que la vie, Prâna, est la force active d’Atmê, qui possède sept pouvoirs et devient une septuple force dans l’homme. Chaque langue de Feu devient un des « principes » de rhomme, et lorsqu’ils sont réunis
(1) Prasna, III, 3, 5.
(2) Munclaka, I, II, 4.
dans son cœur, la flamme unique d’Atmâ est
obtenue. ,
Je pourrais ainsi vous expliquer le sens de bien des symbolismes, comme celui du feu familial et d’autres feux qui doivent être connus par tous ceux d’entre vous qui réfléchissent.
Pourquoi les « Deux fois nés» doivent-ils étudier les Védas? Ce n’est certainement pas pour se rendre capables de répéter une sloka après l’autre ; si l'étude journalière des Védas est un devoir pour le « deux fois né », c’est que par l’élude on arrive à la connaissance. Si les cinq feux dont parle l’Ecriture sont représentés dans sa maison même par le feu familial, c’est qu’il doit savoir quelque chose de ce qu’ils signifient et se rappeler quelquesuns des faits cachés. Pourquoi un feu est-il toujours allumé dans la maison et sert-il a allumer les autres? Pourquoi ne doit-il être allumé que par les nouveaux mariés et ne jamais s’éteindre tant qu'ils restent tous deux dans cette vie terrestre? Ce feu symbolise l'ancien idéal du mariage hindou. Il rappelle que dans le monde spirituel, lorsque les deux redeviennent un, lorsque les deux aspects de la nature représentés par l'homme et la femme vont se réunir, ils formeront un seul espi U , et c’est seulement lorsqu’ils sont unis qu’ils deviennent un Feu; aussi le feu extérieur
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allumé par eux deux est-il le symbole de ruiiion en Esprit qui les rend un, non afin qu’ils puissent trouver des satisfactions sensuelles, mais de manière à ce qu’ils puissent devenir ce Prajûpati, le créateur du monde futur. Tel est l'idéal hindou du mariage, le mariage le plus idéal que le monde ait jamais connu. Il a pu se dégrader, il a pu déchoir: mais voilà l’idée qui explique cette coutume des mariages, accomplis dans la jeunesse, avant que les passions ne soient éveillées, afin que les corps ne puissent prendre aucune part à cette union des âmes et des Esprits. Telle est la grande vérité sur laquelle se fondait la coutume; et la coutume a survécu à la connaissance, disparue depuis longtemps. Car les esprits des hommes qui se réincarnent viennent ici-bas pour croître spirituellement et non pour éprouver de simples jouissances physiques ; aussi les Esprits qui devaient s’unir ne devaient pas se rencontrer sous l’impulsion dès passions de la jeunesse, passions qui parlent par les sens et non par l’Esprit, qui attirent les corps l’un vers l’autre sans égard à la faible affinité des âmes qu’il renferment.
C’est pour cela qu’on étudiait l’horoscope, qui jette quelque clarté sur la nature de la vie réservée à l’Esprit incarnateur. C’est pour cela qu’avaient été instituées les bases de
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l’union maritale dont un acte symbolique existe encore dans votre mariage actuel. Quand arrive le moment où les deux époux doivent se voir, un rideau est disposé entre eux de façon à ce que leurs yeux seulement puissent se rencontrer. Car c’est dans l’œil qu'habite l’Esprit et c’est celui-ci qui doit parler de l’un à l’autre, à l’exclusion de tout autre magnétisme. Tel était 1 idéal que représentait le mariage antique, et c’est pourquoi les mariés allumaient ensemble le feu, symbole de leur union spirituelle; voilà pourquoi, tant que les Esprits restaient unis extérieurement et intérieurement, ce feu ne devait jamais s’éteindre. Si la femme mourait la première, l’époux lui donnait le feu afin qu’elle pût l’emporter dans le monde de l’au-delà et qu elle pût, comme un Esprit, venir plus tard au devant de lui, portant le feu dans sa main; il devait alors reconnaître cet Esprit comme le Sien, afin que là-haut encore les deux âmes n’en forment qu’une.
Tel est le symbolisme que renfermait le plus saint de tous les mariages ; aujourd'hui l’Occident s’en moque, et quelquesjeunesgens parmi vous, aveuglés par l’ignorance, voudraient le ravaler au niveau inférieur de l’idée occidentale, au lieu de le relever vers la pureté de l’ancien idéal etderendre à l’Inde ce qu’elle possédait jadis, c’est-à-dire des hommes et des
LE FEU
femmes dont vous ne pouvez trouver d’équivalent à notre époque : dans notre ancienne littérature se rencontrent, en effet, les types les plus nobles, les plus purs et les plus glorieux du genre féminin, des modèles comme vous ne pouvez en trouver dans les annales d autres nations, ni meme dans ces peintures d'imagination inspirées par le poète ou par le rêve de l’enthousiaste.
Vous connaissez maintenant la signification des feux qui vous sont si familiers ; ils vous enseignent la méthode de la réincarnation et vous avez pu vous rendre compte que chaque symbole a un sens pour l’Ame qui sait voir.
Ainsi, Frères je confie à votre pensée ce que j'ai si imparfaitement exprimé dans cette conférence, et je termine en priant pour vous et pour moi ces Êtres Suprêmes qui sont les Feux du Cosmos, dont nous sommes issus et vers lesquels nous retournerons ; a(in que nous, simples étincelles qui voudraient devenir des Flammes, nous puissions par nos aspirations monter vers Eux afin, que la Flamme, en s'allumant dans nos propres cœurs, puisse allumer à son tour le feu dans d autres Ames. Alors les grands Dieux de notre terre hindoue, regardant d’en haut, verront encore une fois les Feux monter vers le ciel, non pas ces feux du foyer qui nous
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restent comme symboles, mais ce Feu de l’Esprit dont l’aspiration nous élèvera à leurs pieds; alors l’Inde redeviendra ce qu’elle doit être, la véritable Lumière du monde et la fdle des Dieux. Peuple antique, futurs enfants des Dieux ! Oui, quand l’amour brûlera comme un Feu dans chacun de vos cœurs, cette flamme immense atteindra leur trône !
LE YOGA
11 est avéré que depuis les temps les plus reculés et à travers les noiiibreuses civilisations qui se sont succédées, rhomine, à quelque religion qu’il appartint, a toujours ^spiré aux régions supérieures, l’Esprit qui est en liai n’a cessé de reclierclier runion avec la Divinité. Peu importe la forme de la religion à laquelle appartient le croyant, peu importe le nom sous lequel il adore la Déité, peu importe, en ce qui concerne la lutte intérieure, ^la voie par laquelle il cherche à exprimer ou à manifester ses aspirations, le fait capital est l’existence de cette aspiration. Elle est pour le monde un témoignage constant de la réalité de l’Esprit et de la vie spirituelle, le seul témoignage, puis-je dire, de l existence de la Divinité dans l’univers et dans l'homme. Et de même que l’eau se fraie un passage à ti avcrs tous les obstacles pour
CONSTRUCTION DE l’ UNI VERS
atteindre le niveau de sa source, de même TEsprit de riiomme s’efforce sans cesse de s élever jusqu’à la source d’où il émane. S il ne venait pas de la Divinité il ne tenterait pas de l’atteindre, s’il n’était pas issu de la Déité il ne s’efforcerait pas de s'y réunir. Et ce qui témoigne de façon certaine et persistante de la divine origine de l’homme, c’est la tendance irréfutable de celte aspiration incessante vers le Divin, de ces efforts continus pour y arriver. Ce ne sont encore que des tâtonnements : nous y trouvons néanmoins la preuve incontestable de ce que nous avons avancé déjà, car cette preuve a été continuellement fournie. Oui, nous le répétons aujourd’hui, l’étincelle peut redevenir flamme. Flamme à son origine, de nouveau elle s’épanouira dans la Flamme, quelques entraves qu’elle ait eu à subir dans le cours de l’évolution.
Le terme « Yoga », connu de tous, signifie « union ». En un seul mot il exprime. tout ce que l’Esprit peut désirer, car dans ce mot « union » sont comprises toutes choses, puisque toutes choses viennent de la Divinité. Ainsi l’union avec la Divinité comprend la possession de tout; elle veut dire toute connaissance, toute force, toute pureté, tout amour; et te mot unique qui exprime cette union désigne l’aspiration la plus élevée
LE YOGA 81
qu’un homme soit susceptible d’éprouver.
Je vous l’ai dit, toutes les relig^ions renferment cette aspiration. Si nous prenons pour exemple la plus connue en Occident, la religion chrétienne, nous y trouvons les mêmes aspirations vers l’union, aspirations pratiquées avec tant de méthode dans la plus ancienne de toutes, la religion hindoue. La différence entre ces deux religions réside surtout dans la méthode. Dans toute l’étendue de la Chrétienté les aspirations se font jour, mais, en règle générale rentraînement y est à peu près inconnu. La religion catholique a fourni, il est vrai, un certain nombre d’individualités ayant quelque connaissance de la façon dont l’union doit être sollicitée, mais en considérant la Chrétienté dans son ensemble on y voit Taspiration plutôt que l’effort soutenu et délibéré. Néanmoins dans « la \'ie des Saints » on trouve parfois la description d’un état que l’on peut atteindre et ceux d'entre vous qui ont étudié le sujet, en reconnaîtront l’identité avec celui de Samûdhi, cet état bien connu de nous, où la conscience s’élève ou plutôt se concentre à l’intérieur, et sort de Tétai normal pour entrer dans l’état divin. Bien qu’il ait été atteint dans ce cas par la pure force de la dévotion, ce iTen est pas moins une preuve que dans chaque religion la possibilité de Tunion existe. A cela en vérité il n’est rien d’étomiant,
CONSTRUCTION DE l’ UNIVERS
puisque toutes les âmes sont une dans leur essence ; peu importent donc les divisions extérieures produites par les différences d’origine et de religion. Ce témoignage persistant de Tunité cachée sous les différentes croyances me semble avoir son importance parce qu il tend à renverser ce mur de la séparativité qui constitue une barrière si réelle en ce qui concerne la spiritualité ; séparation qui à un certain point de vue est cependant inévitable, tant que nous restons dans la sphère purement intèllectuelle.
Mais ce que je voudrais établir et ce qui peut être établi par le raisonnement et l’expérience, c’est rimmense avantage que possède la religion hindoue, parce que le loga y est compris dans sa méthode tout aussi bien que dans son objet. Ce n est pas seulement parce qu’il aspire à ce que les Chrétiens appellent la « Vision béatifîque », c’est encore parce qu’il enseigne une méthode par laquelle cette vision peut être obtenue ; de telle sorte que l’homme du monde peut apprendre, dans une large mesure, à employer dès cette vie les moyens qui le rendront capable, en une future incarnation, d’avancer dans le \ oga, tandis que ceux qui sont déjà prêts pour un plus grand progrès peuvent, en recevant quelques instructions spéciales, apprendre graduellement la manière d’arriver jusqu’au Divin.
LE YOGA
11 est clair que dans une conférence publique comme celle-ci le côté intérieur du Yoga doit être absolument passé sous silence. Dans le sens le plus strict le Yoga n’est jamais enseigné autrement que de bouche abouche, ou de Gourou à sbishya, car ce n’est pas un sujet à traiter à la tribune et à discuter publiquement. La discussion ne trouve pas place dans le vrai Yoga, car elle est du domaine de l’intelligence, et non de celui de l’Esprit; par contre, c’est à l’Esprit qu’est du le Yoga, et non à l’intelligence. Nous pouvons traiter à la tribune ses phases préliminaires ; mais tout ce qui toucbe au cœur intérieur du Yoga est réservé à ceux qui, ayant compris que l’on peut atteindre à la vie spirituelle, la cbercbent de toute leur âme. Ils ne font pas comme des dialecticiens dans l’arène intellectuelle, ni comme des raisonneurs qui se croient aussi avancés que celui qu’ils se donnent pour maître ; mais ils s’attacbent à leurs frères plus avancés dans les questions spirituelles, pour s’instruire en silence et avec soumission, pleins de reconnaissance pour chaque rayon de lumière qui leur arrive ; ils ne discutent pas la lumière, parce que l’Esprit en eux a entrevu la source d’où elle émane.
Je vais m’efi’orcer de vous montrer les stades préliminaires qui graduellement qualifient un
CONSTHUCTION DE L LMVEKS
homme qui cherche à s’instruire dans le Yoga. Et pour cela je vous indiquerai ce que vous pouvez trouver vous-m^me dans vos propres Shaslras : les degrés qui conduisent à la porte du temple ont été révélés au public, si je puis m'exprimerainsi; mais à binlérieur du Temple vous devrez vous diriger seul pour y rencontrer votre Maître. On ne peut vous montrer que le sentier conduisant à la porte, mais dès que vous avez résolu de le parcourir vous pouvez vous y engager.
Pour comprendre le côté intellectuel du processus de l union il vous tant connaître votre propre constitution. C’est le premier pas. La constitution de rhomme, h vrai dire, consiste en très grande partie dans les instruments au moyen desquels il peut se trouver lui-même. Nul cependant ne peut franchir les degrés préliminaires s’il ne sait se servir de ces instruments, car avant de pénétrer dans le sentier il y a certains obstacles à surmonter. Et ces obstacles sont dans votre nature, dans votre constitution. Ces obstacles extérieurs doivent être détruits avant qu'un progrès réel ne puisse être fait vers le Yoga. Le premier pas à faire, c’est de comprendre intellectuellement votre constitution, de l’étudier et la connaître au point de vue de la théorie, puis de la pratique. La constitution de l’homme peut être envisagée, en effet, dans
ses relalions avec les différentes régions de Tunivers, ou selon la manière pratique dont l’homme peut utiliser ses véhicules quand il désire explorer ces régions. Ces deux sortes d’analyses peuvent être différentes, et nous devrons en étudier les relations réciproques.
Je vous ai dit que les divisions sont d’abord théoriques, puis pratiques. La division théorique la plus complète que vous puissiez connaître est la division septuple de l’homme que donnent tous les livres usuels de Théosophie. Vous la retrouverez dans vos Shastras, mais non sans quelque difficulté, parce qu’ils insistent parliculièrement sur la quintuple division qui est celle du développement actuel de rhomme ; les deux stades les plus élevés y sont laissés de coté, parce que l’homme ne peut pas encore les atteindre, étant donné sa condition ordinaire actuelle; on a jugé alors qu’il n’était pas désirable de créer une confusion dans le mental en donnant une division que la pensée ne pourrait concevoir. On y a semé cependant des allusions permettant à ceux qui ont dépassé riiumanité ordinaire de saisir la connaissance qu'ils peuvent assimiler. \'ous y trouverez ainsi, des allusions telles que les « sept langues de feu >?, les sept voyelles, Agni traîné dans un chariot par sept chevaux ; le grand serpent, celui que l’on représente gé-
néralement avec cinq tètes, y est parfois dépeint comme en ayant sept. En claerchant toujours, vous trouverez de temps à autre une allusion à quelque chose au delà des cinq, au delà de la quintuple constitution de riiomme symbolisée par le pentacle, la lettre M, le signe Makara du zodiaque, le crocodile. — Si vos facultés intuitives vous permettent de saisir ces allusions dans vos Shastras, vous y verrez que les symboles sont (donnés comme réalités pratiques à étudier, mais qu il y a quelque chose au delà.
Dans la septuple constitution nous avons Atmâ désigné par le Soi, qui, par un développement graduel, s’épanouit à travers les enveloppes successives qui ne sont que ses propres différenciations. Puis on nous parle de Bouddhi comme de l’ànie spirituelle; de Manas comme derâmerationnelle ou humaine; de Kàma comme de l’ànie animale, renfermant les désirs et les passions; de Pràna comme du principe de vie circulant à travers le corps éthérique que, malheureusement, on a appelé Linga Sharîra, terme ayant une signification ditlérente dans les Écritures Hindoues — et eù dernier lieu du corps lui-même, bthula Sharîra, la portion physique et matérielle de 1 homme. Voilà la division septuple de rhomme, ou les six avec Atmâ comme septième : Atmâ étant réellement le tout, mais se
différenciant lui-mônie dans sa manifestation.
« Cela voulut, je me multiplierai. »
Mais arrivons à la division la plus familière à la plupart d'entre vous, celle qui considère l'homme comme Atmâ s’entourant de cinq enveloppes différentes. Cette classification est extrêmement lumineuse parce qu elle permet dans chaque cas de concevoir l’enveloppe comme un voile du vrai Soi, de sorte que le processus du \oga consistera à débarrasser le Soi de ses enveloppes l’une aprèsl’autre jusqu’à ce qu’il reste seul comme il l’était primitivement.
D’après cette classification, le corps est ' l'enveloppe de nourriture, Y Annamaya Kosha^
Le Prânainaya Kosha est représenté dans la nomenclature théosophique par le corps éthérique et par Pràna, parce que le corps éthérique n’est que le véhicule de Prâna. Ensuite vient une double division qui corrobore la dualité de Manas démontrée dans les livres théosophiques : elle réunit le Manas intérieur et Kàma, éléments qui périssent après la mort et passent plus tard en Dévaloka : la Mânomaya Kosha comprend donc, outre le Manas inférieur, certains éléments kâmiques, tels que les passions et les désirs, concourant à former un corps qui persiste durant l’existence en KamaLoka. L’enveloppe qui contient les pouvoirs de discernement mental est la Vi-
CONSTRUCTION DE l’uNIVERS
gnyânamaya Kosha \ ce terme est extrait de Gnyûnam, connaissance, avec le préfixe Vi qui signifie le discernement, l’analyse, fopération qui consiste à découper et détacher toutes les parties subdivisibles de la connaissance, celle-ci devenant essentiellement une connaissance de discernement; aussi ce terme est-il à l’occasion employé pour désigner les soixante-quatre sciences. Ce Koslia représente donc ce que les Théosophes appellent Manas, la faculté de discernement dans l’homme, mais dépourvue de 1 aspect raisonnement qui appartient au Manas inférieur. La dernière des enveloppes, le véhicule de béatitude, 1 Anandamaya Kosha, est Bouddhi, car Bouddhi est essentiellement la félicité suprême.
Supposons qu’au lieu de cette classification qui envisage 1 homme comme une entite sextuple, vous vouliez connaître comment rhomme s’envisage lui-même quand il veut porter ses investigations dans les différentes régions de l’univers, vous ne pouvez y arriver par une division sextuple ou septuple. Les enveloppes, toutes ne sont pas séparables et il faut recourir à la division triple; aussi les pratiques du Yoga ne comprennent-elles que trois divisions. Les Upâdhis dans lesquels les différents véhicules ou principes peuvent agir sont au nombre de trois. Le plus inférieur est le Sthûlopûdhi ; il comprend le
LE YOGA
corps physique, mais c’est essentiellement un corps éthérique, car le corps physique peut être laissé de côté, n’ayant d’autre rôle à jouer, dans l’opération qui nous préoccupe que celui d’un obstacle à supprimer. Les organes véritables des sensrésidentdanslecorps éthérique, et leurs revêtements extérieurs, qui nous semblent si réels, apparaissent seuls dans le corps physique. Vient ensuite le Sûkshmopâdhi ou le subtil Upâdhi, qui est quelquefois appelé le Linga Sharîra, ou Linga Deha ; je trouve fâcheux que la nomenclature théosophique applique ce terme à un Upâdhi inférieur, le corps astral ou éthérique. Ce Sûkshmopâdhi est, en effet, le véhicule des principes kàmiques et manasiques, et c’est en lui que la conscience peut acquérir la connaissance pratique de tout le plan psychique. Enfin le Kâranopûdhi, l’enveloppe réelle d’Atmâ dans Bouddhi-Manas, correspond h l’Anandamaya Kosha, au corps permanent dans lequel vit, durant tout le Manvantara, ce que nous appelons rimmortelle Triade. Telles sont les trois divisions pratiques du Yoga; elles correspondent aux trois plans de l'Univers manifesté : — Le plan astral dont le plan physique n’est pour ainsi dire que la manifestation extérieure, de sorte qu’au point de vue pratique le physique et l’astral peuvent être regardés comme un seul plan. C’est à ce
CONSTRUCTION DE l’ UNIVERS
plan qu'appartient le Sthûlopâdhi. — Puis le plan psychique de runivcrs, comprenant les passions, les désirs et aussi l’intellecL A ce plan appartient le Sûkshinopùdhi. — Enfin la région supérieure ou plan spirituel auquel appartient le Kàranôpâdlii.
Ainsi les trois Upâdhis correspondent aux trois régions de Tunivers : la région astrale et physique, les deux en un ; la région psychique supérieure et inférieure; et la ré^gion spirituelle, la plus élevée. Le ^oga emploie cette division pratique parce que la conscience peut séjourner sur l'un ou l'autre de ces trois plans, et sur chacun elle doit, pour ainsi dire, avoir un corps — véhicule serait un terme préférable — dans lequel elle puisse habiter. Le Yoga n est possible que par l existence des Upâdliis; la conscience s en enveloppe pour agir sur les trois grands plans du Cosmos manifesté. Le Yoga développe ces Upûdhis et les soumet au contrôle du Soi. 11 peut alors séjourner dans run ou l'autre, chercher l'expérience sur les différents plans, et unifier le tout car le processus de manifestation de runivers n’a d autre but que le développement de cette unité de conscience, C'est pour l’Ame seule, disent les Écritures, que runivers existe. Un bon Karma est tout ce qui plaît à Ishvara, le mauvais est tout ce qui lui déplaît, car Ishvara, 1 Esprit
Suprême, est un avec l’Esprit dans l’homme. Le développement de ces üpâdhis assure donc l’union parfaite, permet à l’Esprit de traverser à volonté tous les plans de l’univers et de posséder sur chaque plan de conscience 1» connaissance qui lui appartient particulièrement.
Ici une question se pose ; Comment ces plans et ces üpâdhis sont-ils en corrélation avec ce que l’on appelle les états de conscience, ou les conditions d’Atmà ? Les Shastrasemploient différents termes selon que le sujetestenvisagé au point de vue d'Atmû etde& conditions qu’il assume, ou selon qu’il est étudié au point de vue extérieur, sous forme d’états de conscience. Les états de conscience sont au nombre de trois : la veille, le rêve, le sommeil profond ; en employant les termes techniques, nous dirons ; .Jâgrat, la conscience normale dans la vie éveillée ordinaire ; — Svapna. l’état de conscience dans ce que nous appelons le rêve; — Sushupti, le sommeil au-delà du rêve. 11 existe encore un quatrième état, celui de Turîya, mais ce n’est pas un état de conscience dans la manifestation : c'est l’extension dans le tout de la conscience limitée : aussi reste-t-il en dehors de cette question des véhicules, car dans cet état Atmâ existe en tant qu’Atmâ ; il a rejeté chaque enveloppe successivement jusqu’à ce
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qu’enfin il se soit retrouvé lui-même. Donc, aussi longtemps que nous nous occupons des Upâdhis et des enveloppes, nous nous trouvons en présence des trois Upâdhis seulement, et l’état de Turîya, où aucune limitation n’existe, se trouve écarté. L homme peut Tatteindre, mais il n’y porte aucun véhicule! C’est l’état de la libération. C’est le stade que franchit le Jîvanmukta ; mais alors, de deux choses Tune : ou le Jîva passe définitivement en dehors de tous les véhicules, ou bien, passant dans cet état en tant que Jîva pur et simple, il retourne au véhicule en quittant cet état : le véhicule ne peut y être emporté, car il est au-delà de toute limitation, il est le Un et le Tout. Mais retournons à la Mândùkijopanishad^ si courte et pourtant si précieuse pour celui qui la médite et en cherche le sens intérieur, et nous verrons qu’il n’y est pas question des états de conscience, mais des conditions d’Atmà. D'abord vient l’état de Vaishvânara qui correspond à l’état de veille dans lequel Atmâ connaît le monde extérieur. On dit qu’il est alors en contact avec les corps extérieurs, et c’est la caractéristique de cet état. Naturellement Atmâ se trouve là dans le Sthûlopâdhi, le plus inférieur des trois véhicules. Il sort de cet état pour passer dans celui de la splendeur* c'est la condition de Taijasa. Atmâ y étudie le côté intérieur des
LE YOGA
objets; dans ce cas son Upâdhi est le Sûkslimopüdhi, il habite le monde intérieur. 11 passe de là dans l’état de la connaissance, Pragnyâ. Là on dit que la conscience est uniforme, que sa nature est la félicité et sa bouche la connaissance.
Voici une explication lumineuse et digne de votre plus sérieuse attention. Sa nature est la félicité, ce qui implique la présence de l’Aiiandamaya Kosha. Sa bouche est la connaissance, ce qui suggère, si vous voulez y réfléchir, la présence de ce qui n’est pas, mais peut devenir le mot parlé, la potentialité de la parole, car la parole appartient au plan inférieur. Sa bouche est la connaissance : la bouche existe, mais sa nature est la félicité. Quand Atmà sort de cet état, il descend dans le royaume de la parole et la bouche peut articuler le son, mais sur ce plan il n y a* pas de langage. Là se trouve la potentialité du son, mais non le son lui-même. Puis il y a le quatrième état, dont on ne dit rien, sinon des négations, car il est indescriptible. C’est Atmà en lui-même, c’est Brahman en luimême. C’est le mot Sacré, en une seule syllabe, non plus en tant que lettres séparées. Vous connaissez les trois lettres A. U. M. ; chacune d’elles est en corrélation avec une des conditions d’Atmà; mais à la fin le mot est prononcé en un seul son ; car Atmâ est
redevenu le Un, et aucune séparation de lettres ne peut plus exister. Rien que par cette explication extérieure vous pouvez voir combien Ton peut apprendre dans ce livre. Et ce n’est qu’une explication extérieure. Il vous faut découvrir vous-même le sens caché dans ees suggestions successives. En le considérant sous cet aspect, il vous placera sur le chemin du Yoga. Car il vous donne les trois étals, les trois degrés, les trois conditions d’Atmâ.
Quelle est la voie pratique pour arriver à ce résultat? Nous pouvons nous en former quelques notions, bien vagues cependant, quand elles sont présentées d’une façon si imparfaite. Examinons les stades préparatoires où toute celte connaissance théorique peut prendre une certaine extension pratique; nssez du moins pour permettre, comme je le disais en commençant, à l’homme de ce monde, astreint à des devoirs familiaux, à des obligations sociales et nationales, de se préparer lui-même à la vie réelle. Ainsi limité, le problème est à la portée de notre examen, et nous pourrons même y joindre des allusions à ce qui existe au-delà car il est de toute impossibilité, pour un homme de se lancer de la vie ordinaire dans la pratique du vrai Yoga. Le tenter serait s’exposer à des chutes inévitables, car, en commençant, quelle que
LE YOGA
puisse être l’inlensilé de son désir, 1 homme n’aura jamais la résistance nécessaire pour soutenir les chocs qui suivent l'enthousiasme du premier bond sur la voie qui mène à la vie spirituelle. Nous ne pouvons faire un pas soudain sans qu’une réaction également soudaine se produise, nous ne pouvons faire un saut en hauteur sans ressentir une secousse en retombant.
C’est pourquoi la prudence des anciens Sag*es ne leur permettait pas d autoriser un homme à entrer tout d un coup dans la voie ascétique. La defense était formelle, sauf exceptionnellement pour une âme avancée qui, en se réincarnant, montrait dès sa naissance des capacités rares. La vie ordinaire était à cette époque une vie sagement graduée, riiomme pouvait prendre juste la somme de religion que l impulsion intérieure lui dictait. La^ie était pieuse et les cérémonies religieuses Raccompagnaient durant tout son cours, aussi un homme pouvait-il dépenser dans les cérémonies la quantité d energie spirituelle qu’il voulait. Il pouvait les répéter comme de simples devoirs de foi me aj ant pour but de lui rappeler la vie de l’au-delà ; il pouvait les accomplir avec quelque dévotion, et être ainsi conduit a faire un pas en avant, ou enfin il pouvait s’y livrer de tout cœur, et elles devenaient alors une véritable
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préparation à la vie postérieure. Quand la vie de Grihastha était passée el que chaque devoir avait été accompli, le père de famille pouvait franchir un nouveau degré et vivre en ermite ou en ascète, parce que par des pratiques de plus en plus graduées, il s’était lui-méme préparé à trouver un Gourou et à mener une vie vraiment spirituelle.
Les premiers pas dans la voie du Yoga exigeaient Tabandon des chemins du vice. C'est une étape rebattue, une vérité banale dans toutes les religions, mais le fait qu'elle est banale ne la rend pas moins vraie. Et puisque nul Yoga n’est possible sans cela, sauf le Yoya qui conduit à la desiruction, pour faire le premier pas il faut purifier sa vie, ne plus commettre de mauvaises actions. Quiconque n’a pas abandonné ses mauvaises habitudes et n’arrive pas à subjuguer ses sens et son intelligence, ne pourra pas tiouver Atinâ. Telle est donc la première étape et la plus ordinaire ; tous ceux à qui vous direz que c’est uno nécessité préliminaire diront en haussant les épaules : « Naturellement », mais ils ne la pratiqueront pas. Sans cela cependant aucune pratique du Yoga n’est possible.
Rien n’est possible, sinon en paroles, tant que rhomme n’a pas commencé à purifier sa vie, tant qu’il n’est pas sincère dans ses pensées et dans ses paroles, tant qu'une ten-
LE YOGA
lation étrangère peut l’entraîner à s’écarter du sentier de la droiture, tant que toutes ses pensées et ses désirs ne seront pas tournés vers la justice, et qu’après chaque chute il ne cherchera pas à se relever, tant qu’il n’aura pas fait au moins un effort pour se former un idéal de vertu et n’aura pas cherché à mettre cet idéal en pratique. Tout cela, dis-je, est un lieu commun qui fait partie des enseignements de toutes les religions, mais c’est ce qu’il y a de plus difficile à mettre en pratique au début. Pour la grande majorité des hommes qui ne veulent pas admettre cette règle, le \oga est et ne peut être qu’un mot; essayer de le pratiquer équivaudrait à essayer de courir avant d’avoir appris à marcher, et le seul résultat possible est celui qu'obtient un enfant trop pressé de courir, il tombe et retombe jusqu’à ce qu'il ait appris à être prudent.
J'ai fait ces observations parce qu’il y a bien des pratiques que l’on peut remplir sans s’assujettir à une vie pure, mais elles produisent plus de mal que de bien. Il est beaucoup plus facile d’ouvrir un livre sur le Yoga et de mettre en pratique pendant quelques minutes, une heure ou deux, et même un jour, une règle quelconque qui s’y trouve recommandée, que de s’observer journellement et de purifier sa vie à tous les instants. C’est beaucoup plus facile mais bien moins utile,
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car la discipline du corps et du mental est le premier stade dans la pratique du Yoga. La vie peut fournir différentes méthodes de discipline et lorsqu’un homme est vraiment résolu à discipliner son corps et son mental, il se tracera des règles définitives d'après les exigences de sa vie journalière. Peu importe quelles sont ces règles pourvu qu’elles soient inoffensives; mais une fois ces règles tracées il devra les observer scrupuleusement. 11 systématisera sa vie pour ainsi dire, il fixera certains moments pour raccomplissement des choses qu'il a décidées et il les fera au moment précis et à Theure dite. Par exemple il fixera une heure pour son lever : mais quand cette heure sonne, peut-être négligera-t-il d’obtempérer à l’ordre ; il se sent paresseux, mal réveillé, que sais-je? 11 est en soi-même indifférent qu'il se lève un quart d’heure plus tôt ou plus tard, mais ce qui importe c’est que, du moment qu’il s’est tracé une règle, il la suive. La volonté se fortifie à exécuter ce que l’on s'est proposé de faire, surtout lorsque l’on n’y est pas disposé et nul progrès n’est possible dans le Yoga, si la volonté n’est pas forte, si le corps et le mental ne lui obéissent pas. Ce pouvoir de la volonté peut être considérablement accru dans la pratique de la vie quotidienne. Une fois le mental et le corps soumis, assouplis à l’obéissance, peu impor-
LE YOGA
tent les tentations de paresse ou autres qui peuvent se présenter, le premier pas sur la voie est accompli : tous deux sont soumis à quelque chose qui est au-dessus d’eux.
En fortifiant sa volonté l’homme prépare rinstrument de son futur progrès. Il y a aussi la question de nourriture, elle n’est pas vitale, mais elle a une grande importance. Certains aliments sont défendus à ceux qui mènent une vie spirituelle. La nourriture doit être en rapport avec le but poursuivi. Il ne peut être donné de règles générales, elles sont différentes selon le but que la vie se propose et différents aussi doivent être les aliments que Ton prend pour nourrir et conserver le corps. Ainsi un Brahmine de jadis, c’est-à-dire un homme qui, ayant fait des progrès dans la vie spirituelle, désirait aller plus vite et plus loin, devait suivre des règles très sévères en ce qu’il devait faire et ne pas faire. On lui prescrivait de n’absorber que des aliments possédant la qualité sattvique, parce que dans ce corps qu’il cherchait à purifier, il ne devait pas introduire des aliments de qualités rajasique ou tamasique, qui l’auraient entraîné vers la matière au lieu de l’élever au-dessus. Il est vrai que le corps est la partie la plus inférieure de notre être, mais ce n’est pas une raison pour le négliger. Si l’on veut monter il est important d’alléger son poids.
Il est certain que le poids ne nous aide pas h monter, mais son allégement rend Pascension moins difficile. C’est la seule règle à observer vis-è-vis du corps ; il ne peut pas nous aider dans notre vie spirituelle, mais il ne peut nous retenir en bas. Aussi est-il nécessaire d'atténuer autant que possible son influence, de là futilité des observances extérieures. S il n'y a pas autre chose que cette extériorité, s'il n'est pas question de monter plus haut, il est absolument inditTérent que le corps soit lourd ou léger, puisqu’il doit toujours rester sur la terre et qu’il ne retient rien sur le terrain qui le porte. Attachez une pierre à un poteau, peu importe le poids de cette pierre, puisque le poteau n'a pas de tendance à s’élever ; mais tixez un quartier de roche à un ballon, à mesure que vous diminuez le poids de la pierre le ballon tend à s’élever jusqu’au moment où la force ascensionnelle étant la plus forte, l’aérostat s élance dans l’espace entraînant le rocher dont il est parvenu à vaincre la résistance. C'est ainsi que doivent être envisagés le corps et les observances extérieures. C est pourquoi lorsque l’esprit est libre, toutes les formes extérieures deviennent indifférentes. Les rites et les cérémonies de la religion qui lient fàme encore esclave, deviennent inutiles dès qu'elle a atteint la libération, car alors rien ne peut
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plus la tenir. Les rites de la religion, semblables à des ailes, veulent, en dépit du poids, enlever l’ànie vers les hautes régions, mais que le poids s’évanouisse, l’ûme est libre et n'a plus besoin d’ailes, elle est dans sa propre atmosphère, elle y trouve l’équilibre; descendre et s'élever sont pour elle dépourvus de sens, car elle est au centre de ce qui est le Tout.
Je dis cela pour guider le jugement de ceux qui veulent juger leur prochain. Il serait bien préférable de ne pas songer à le juger. De quel droit l’un de vous porterait-il un jugement sur l’un de ses frères ? Que connaissez-vous de son Karma ? Que savez-vous de sou passé, des conditions de sa vie, de ses luttes intérieures, de ses aspirations et de ses fautes ? Jugez-vous vous-mêmes, mais ne jugez pas les autres, car lorsquc'vous condamnez quelqu’un sur les apparences et d’après son observance ou sa négligence des règles extérieures, vous vous faites plus de mal personnellement que vous ne pouvez lui en faire. 'V’ous jugez dans la sphère la plus inférieure et vous dégradez, vous obscurcissez votre propre sphère par cette tendance au manque de bonté et de compassion.
Un grand nombre de règles extérieures ont été ordonnées et pratiquées pour cet entraînement du corps ; quelques-unes sont utiles, les* autres très dangereuses. Prenons, par
CONSTRUCTION DE l’UMVEBS
exemple, une pratique très utile, quand elle est observée modérément, surtout dans un pays comme celui-ci où des milliers de générations l’ont exercée, ce qui constitue une longue hérédité physique; elle est connue sous le nom de Prùnàyâma, le contrôle du souffle, et aucun Brahmane ne l’ignore. Cette pratique a pour but bien défini d’éloigner tous les objets extérieurs et de retirer l'ûme des sens pour la porter vers l’Esprit, résultat qui est te premier degré de la pratique du Yoga. Le contrôle physique des sens et l’arrêt du souffle sont réellement des allégements de poids, ils facilitent au mental la possibilité M;le se retirer du monde physique. Si cependant ces conseils, qui ont été publiés jusqu à un certain point, sont mis subitement en pratique par des étudiants non préparés par l'hérédité physique, ou suivis avec la persistance et l’énergie occidentale, sans guide, la pratique en peut devenir très dangereuse car poussée au delà d’un certain point, elle peut affecter sérieusement les organes et occasionner des maladies et la mort. 11 n’est jamais prudent de la poursuivre très loin ; même pour vous. Asiatiques, elle est dangereuse, à moins que vous ne soyez entraînés par quelqu’un qui la connaisse et puisse vous indiquer le moment où elle devient pernicieuse; mais, pour l’Européen, il est toujours impru-
LE YOGA
dent de s’y livrer, parce que son hérédité physique ne s y prête pas, et que son entourage physique et psychique ne l’a pas préparé à une pratique qui agit sur la vie physico-psychique ; elle peut être extrêmement dangereuse pour lui et s’il veut commencer l’entraînement physique il doit débuter d’une façon différente. Voilà encore un cas où il serait injuste de porter un jugement sans prendre ces circonstances en considération. Pouvezvous blâmer un homme parce qu’il s’abstient d’une chose qui peut produire chez lui un dangereux épanchement de sang aux pourrions ? Voudriez-vous donc le priver du revêtement physique dans lequel, plus sagement entraîné, il aurait conservé la possibilité de progr^esser.
Cette pratique est poussée plus loin encore dans le Hatha Yoga, elle est portée à sa plus extrême limite par certains ascètes qui adoptent certaines postures particulières, comme d’étendre le bras et de le tenir immobile jusqu’à ce qu’il se dessèche, ou de fermer la main jusqu’à ce que les ongles croissent dans la chair, ou de regarder le soleil, ou de plier le corps en deux, etc. Ces pratiques ont-elles^ ou non, quelque valeur? Pourquoi sont-elles adoptées? Quel est leur but et vers quoi tendent-elles? Il serait injuste de dire qu’elles n’ont aucune valeur. A une époque comme
CONSTRI CTION DE l’uNIVERS
la nôtre, elles ont au moins Tutilitéde témoigner de façon constante et permanente de la force d'une aspiration intérieure qui domine toute passion charnelle, toute tentation physique, pour chercher quelque chose de supérieur. En jugeant ces actes, il serait juste de ne pas perdre de vue le service qu'ils rendent à l’humanité : dans un monde où la plupart courent après les biens terrestres, ambitionnent l’argent, les places, la puissance, la renommée, il n’est pas sans utilité que quelquesuns méprisent ce que les autres hommes ont la folie de rechercher ; il est bon qu ils proclament par leur existence toute de tortures, la réalité de*4’Ame humaine et la grandeur de ce quelque chose qui est au-dessus des angoisses physiques. Aussi je ne crois pas qu'il soit permis de parler légèrement de la folie de ces hommes, alors. meme que l'on ne partage pas leursidées, qu'on losdésap])rouve. Dans tous les cas, il faut reconnaître combien forte est cette dévotion qui permet de meurtrir le corps pour rechercher l'âme. Cette méthode fait fausse route, je le crois, mais toute trompeuse qu'elle est, elle est encore plus noble que la soif vulgaire des objets fugitifs ; il vaut mieux graviter vers un but élevé, quitte à tomber en route, que de courir après les choses purement terrestres et de tout perdre pour des biens éphémères.
LE YOGA
Un autre côté de la question reste à envisager, le fruit que cette pratique produira dans une future incarnation. Il est vrai que, par cette méthode, ils n’atteindront jamais le plan spirituel, ni les plus hautes sphères de Texistence, mais il est également vrai qu’ils lui doivent d^avoir développé une puissance de volonté qui, à leur prochaine incarnation, les portera loin sur la voie. Et combien ne devonsnous pas être frappés de la force de volonté déployée par ces hommes surtout à Tépoque où cette posture n'était pas encore devenue automatique, durant cette première période où la torture était de tous les instants. C’est alors que Pâme se développe, c'est alors qu’ayant payé son tribut à la souffrance elle a droit d'en réclamer le prix. Ceux qui ont ainsi peiné pour acquérir la force de la volonté, verront cette force redescendre en eux dans leurs vies futures. Il se peut que cette force de volonté étant alors éclairée par la dévotion, qui leur avait fait choisir un tel genre de vie, Tunion des deux leur ouvre la voie qui conduit à la Connaissance. Si dans la présente incarnation ils ne réussissent pas à atteindre l’Esprit, dans une autre incarnation la dévotion combinée avec la volonté les portera bien plus loin que ceux qui se croient sages parce qu’ils ne sont pas fanatiques. Eb ! oui, je le crois franchement, ce sont des fana*
CONSTRUCTION DE l’üNTVERS
tiques. Et si vous me demandez : <( Devonsnous les imiter? » Je vous répondrai : « Non. » Si j’ai fait mention de leurs pratiques, c’est pour faire justice des frivoles moqueries et des futiles railleries de gens qui restent bien loin derrière eux et qui n’ont pas encore reconnu la possibilité même d’une vie spirituelle, ni essayé de. la vivre.
Je veux maintenant dire un mot d’un autre genre de vie qui, sans tortures corporelles, éloigne riiomine de la société de ses semblables et le pousse à se retirer dans les forêts. On a prétendu que c’était là une vie égoïste : cela peut être vrai dans bien des cas, mais pas toujours. Ces existences qui ont un but spirituel ont leur côté utile pour la masse ; elles maintiennent dans le pays une atmosphère spirituelle et l’empêchent de tomber aussi bas qu’il eût pu le faire sans elles. Ces solitaires entretiennent la tradition d’une vie spirituelle, ils en démontrent la réalité qui, un jour, se manifestera par des actes. Si l’Inde possède encore des facultés qui permettent d’espérer une renaissance, elle le doit surtout à ces reclus des forêts et des jungles ; ils ont entretenu une atmosphère spirituelle dans laquelle se produisent des vibrations destinées à entrer en contact avec les sens externes de Phomme.
Quelle est la vérité cachée dans le Hatha
LE YOGA
Yoga ? C'est que le corps sera Tobéissant serviteur de l’Esprit dès quela croissance sera complète. Lecorpssesera développé selon certaines lignes particulières pour mettre à la disposition de l’Esprit les organes par lesquels il pourra agir sur le monde de la matière ; ces pratiques entraînent le corps, elles mettent en activité certains centres, certains Ghakrams, et ces centres serviront d’organes à la vie intérieure. Ce sont les organes par lesquels la vie intérieure peut agir sur l’univers malériel et produire ce que nous appelons des phénomènes. Ceux-ci ne peuvent être produits par l’Esprit agissant directement du plan suprême sur le plan infime que nous connaissons comme matière, par l’Atniâ agissant directement sur l’univers matériel ; l’abîme est trop profond, il doit être comblé. Si l’on veut diriger l’univers physique et ses lois, il est nécessaire de développer certains organes matériels ainsi que des organes astrals en rapport avec le corps, qui, mis en contact, en bas avec l’univers physique, en haut avec le mental et l’Esprit, permettra à celui-ci d’agir de là-haut sur les plans inférieurs, de produire les résultats physiques qu’il désire.
LeHatha Yoga est la reconnaissance decettc vérité et sa mise en pratique sur le plan inférieur. Il agit d’abord sur le corps et
CO^S^RUCTION DE l’uNIVERS
développe un grand nombre de ces organes qui commandent à ces forces intérieures. Il maîtrise le corps et le rend plus apte à répondre aux vibrations subtiles. Le Ilatha Yoga permet à celui qui le pratique d’obtenir, assez facilement, certains pouvoirs sur les forces de l’univers. Il réveille le corps astral et met en vibration les centres astrals de façon à permettre, là aussi, Tacquisition de pouvoirs d’ufi caractère encore plus extraordinaire au point de vue du monde.
Mais ces pouvoirs sont mauvais en ce sens qu’ils commencent par les plans inférieurs et stimulent les organes physiques et astrals sans produire une action correspondante sur le mental et l’Esprit. La limite de leur action est bientôt atteinte. C’est un stimulant artificiel au lieu d’une évolution naturelle. Pour persister d’une vie à une autre, ces organes doivent être excités par en haut et non par en bas ; et les pratiques du Hatha Yoga stimulent par en bas ; il en est de même dans l’hypnotisme; on commence par paralyser les sens extérieurs et on aboutit à une atrophie, à une paralysie permanente. Pratiqué longtemps, le Hatha Yoga rend le Raja Yoga impossible en cette incarnation. C’est pour cela que les plus sages de nos livres s’élèvent contre lui. Il faut donc rechercher le Raja Yoga et rejeter le HathaYoga : je ne
LE YOGA
veux pas dire qu’il faille renoncer absolument aux pratiques physiques, ni que ces pouvoirs psychiques ne doivent pas être évolués à un moment donné; mais ils doivent être évolués comme résultat naturel du développement de l’Esprit et non comme résultat excité arlificiellement, par le corps d’abord, et dans la suite par la forme astrale. Commencer par cette fin, c’est se limiter au plan psychique ; commencer par les moyens spirituels c’est réunir tous les plans en un. Telle est la différence essentielle entre les deux Yogas. Le Raja Yoga est plus difficile et plus lent, mais il est certain, ses pouvoirs se transmettent d’incarnation en incarnation, tandis que par le Ilatha Yoga on ne peut progresser au-delà du plan psychique.
Je veux vous exposer une ou deux données générales qui se rapportent à ces pratiques et dont on peut faire usage dans la vie quotidienne. Il est dit dans V A itareyopanishacl que riiomme, après avoir été formé, a été vitalisé par les Dévas. Et alors l’Ame suprême posa cette question : « Comment y entrerai-je ? » Et elle J entra à l’endroit où les cheveux se partagent sur la tête, c’est-à-dire par le Brahmarandra, au sommet du crâne. Elle s’établit à demeure dans trois places, l’anl droit, l’organe intérieur, et le cœur ; l’œil droit, pour les sens; l’organe intérieur pour le cerveau et la
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pensée ; le cœur, pour le soi intérieur ; — et elle y pénétra successivement, dans Væil d’abord, c’est-à-dire dans les sens, puis dans l’organe intérieur, c’est-à-dire dans le mental, et enfin dans le cœur où elle habite définitivement.
Voilà la tonique de toutes les triples divisions que je vous ai données au début. Et chacune de ces divisions appartient à l’une ou à l’autre des différentes phases et conditions dont je vous ai parlé. Lorsque nous commençons à pratiquer le Yoga, ces divisions forment les étapes à parcourir dans ce monde, avant de trouver le Gourou. Ces premières étapes, tous ici vous pouvez les franchir, et cet entraînement vous facilitera les suivants. En cherchant l’Ame, occupez-vous d’abord des sens ; créez une image mentale sur laquelle vous vous concentrerez jusqu’à ce qu’aucune excitation ne puisse vous en détourner. C’est concentrer le mental en lui-même et le libérer du joug des sens. Pourquoi Thomme ne se livrerait-il pas journellement à cette pratique? Pourquoi ne s’appliquerait-il pas à retirer à volonté son mental des sens, à le replier et à le limiter ainsi en lui-même? Tous les grands penseurs le font d’instinct. Lisez la vie des intellectuels qui ont donné au monde les grandes œuvres littéraires, vous verrez que lorsqu'ils étaient absorbés par les grands
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problèmes intellectuels, ils oubliaient leuicorps ; ils passaient des journées entières à penser, négligeant de prendre leurs repas; les nuits meme s écoulaient dans l'oubli des besoins du corps, dans l’oubli du sommeil^ et cela parce qu ils avaient détaché le mental des sens pour le concentrer en lui-même.
C’est ainsi que procède toute pensée fructueuse, toute méditation sérieuse. La méditation cependant est quelque chose de plus élevé encore, ^lais c’est là le premier pas à faire pour détacher l’Ame des sens; autrement elle se répand sans cesse à l’extérieur. Si vous voulez la ramener vers son centre intérieur, commencez par maîtriser les sens, ou vous nepourrez aller plus loin. Au point de vue de la vie journalière même, cette concentration qui est recommandée par les livres anciens comme stade préliminaire du Yoga, est également une condition indispensable à l’eflicacité de tout travail d’esprit. L’homme qui a le don de se concentrer peut dominer le monde intellectuel ; l'homme qui est capable de ramener toutes ses pensées au même point devient pénétrant a dit Patanjali ; celui-là fera de réels progrès intellectuels. 11 ne vous est pas possible de faire passer un large objet à travers un obstacle; taillez-le en pointe, il le traversera ai.sénient. Il en est de même pour le mental : éparpillé à travers les sens,.
il est diffus, et aucune force de propulsion ne peut lui faire franchir les obstacles ; aiguisez-le, sa force inhérente le poussera a travers Tobstacle. Ainsi la concentration est une condition de succès, même pour les questions intellectuelles ordinaires.
Ce résultat obtenu, nous arrivons à la seconde phase, celle de Svapna. La condition du mental est ici de se fixer sur les objets internes, c’est-à-dire que l’attention est fixée sur les concepts et non sur les objets qui leur donnent naissance. Vous ne vous arrêtez plus sur ce qui est du corps physique, niais sur ce que vous en avez retiré dans votre mental, et vous étudiez les objets intérieurs, qui sont les concepts, les idées, les déductions et les pensées abstraites recueillies dans le monde extérieur. Plus rexécution de ce qui précède vous est facile, plus vous approchez du stade complet, de Svapna, et lorsque vous raccomplirez réellement bien, vous aurez parcouru une étape sérieuse dans le ^oga. Car vous aurez acquis le pouvoir d amener Pâme dans l'organe intérieur, et dès lors de nouveaux progrès sont possibles. Le degré suivant qui est encore dans les limites de Svapna, consiste, non seulement à pouvoir retirer le mental en lui-même, mais encore à l y maintenir en empêchant l’intrusion des pensées que vous ne désirez pas. En admettant que vous
ayez garanti le mental contre rintrusion des excitations extérieures et que les sens ne puissent plus vous faire sortir de cet état de concentration, les pensées le pourraient peutêtre encore : le mental n'est peut-être pas complètement garanti contre cette intrusion ; il est à Tabri de toutes les excitations venant de l’extérieur ; il peut même être assez fort pour qu’un homme vous touche sans arriver h vous faire sortir de votre état d’abstraction parfaite ; mais peut-être n'est-il pas assez ferme en lui-même pour échapper à l’atteinte d’une idée, alors qu’une sensation ne peut plus rien sur lui. Une pensée peut le déranger sur son propre plan. A ce degré de concentration il faut que vous soyez capables de tuer les pensées. Au moment où vient une pensée inutile, elle doit être rejetée. Vous la tuerez par une action délibérée, c’est-àdire que vous la repousserez quand elle se présentera. Mais comprendre sa présence, prouve déjà une lacune dans la concentration : et ce seul fait prouve qu’elle est encore susceptible de faire une impression sur vous. Vous devez apprendre à rejeter toute pensée qui se présente. Vous obtiendrez ce résultat par un long exercice, et si vous faites cela durant des mois et même des années, à la fin l’effort deviendra automatique, vous aurez ainsi formé dans votre esprit un pouvoir répulsif, et ce
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pouvoir agira de lui-ineme dès que vous vous retirerez dans le centre de voire être ; alors les pensées venant de rextérieur se heurteront contre ce pouvoir et se retireront d’ellesmèmes.
Une roue tournant très rapidement est une figure frappante de ce pouvoir; quand elle tourne lentement, tout objet lancé contre elle peut l’arrêter; si au contraire elle tourne vite, elle rejette l’objet, et la force de répulsion est proportionnelle à la rapidité de sa révolution. €e pouvoir devient automatique, et de même -que vous vous êtes affranchi des excitations des sens, vous vous libérez de l’atteinte du mental ; c’est-à-dire que le mental se concentrant en lui-même rejette automatiquement tout ce qui voudrait y pénétrer. Telle est la situation que vous vous êtes maintenant assurée. 11 y a là encore un avantage temporel, car le mental, lorsqu’il est pleinement concentré, ne s’use pas, ne laisse pas pénétrer les pensées inutiles. 11 ne les prend pas en considération, ne leur permet pas de gaspiller son énergie et d’éparpiller ses pouvoirs. Lorsqu’il n’a pas à agir, il reste vide de pensées. Au lieu de remplir le rôle d’une machine affairée toujours en mouvement et soumise à l’usure, c’est une machine qui travaille et s’arrête, absolument à volonté, exactement selon les désirs de l’Ego.
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Au delà de cette étape aucun progrès n'est possible sans l'aide d’un Maître; j’entends un progrès conscient, car il peut y en avoir d’inconscients, le Maître peut être là sans que vous le sachiez. Tout en ignorant que quelqu’un vous aide, vous pouvez encore faire un progrès d'un certain genre, mais par un autre moyen que par la connaissance.
Si vous désirez parcourir le sentier de la connaissance, il vous faut trouver votre Maître. Mais il est au monde quelque- chose de plus fort que la connaissance, c'est la dévotion. Car la dévotion c’est l’esprit luimême. Je vous ai indiqué tout ce qui est faisable consciemment, mais vous pouvez faire autre chose encore qui peut vous aider. C’est d’ouvrir à deux battants les portes de votre Ame, atin que le soleil de l'Esprit y puisse pénétrer, la purifier et ^illuminer sans que le moi inférieur s’en mêle. La dévotion, <î’est l’ouverture des fenêtres de l’Ame. Cê n’est pas une action, c’est une attitude. Posséder la dévotion, c’est comprendre qu’il existe quelque chose de plus grand quç nous, de plus élevé, de plus sublime, et que notre attitude vis-à-vis de « Cela » ne doit pas être une attitude de critique ou d’étude, mais simplement une prosternation. Nous tombons en adoration et nous restons silencieux, écoutant si une voix ne se fera pas entendre. Par ce
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moyen le progrès est possible dans la profondeur la plus intime de l’Esprit, car la dévotion ouvre la voie à la lumière.
Les exercices dont je vous ai parlé consistent à déchirer une enveloppe après l’autre, jusqu’à ce que nous puissions consciemment reconnaître la lumière. Au fur et à mesure que les voiles sont enlevés celle-ci semble plus brillante. En réalité elle ne brille pas davantage : la lumière est là ; c’est nous qui, de l’extérieur, ne savons pas la reconnaître a l'intérieur. Venant du dedans, la dévotion brise toutes les enveloppes et la lumière alors resplendit ; elle ne peut en effet que resplendir car la splendeur est sa qualité; c’est nous qui l’obscurcissons et l’empêchons de briller. C’est pourquoi nous trouvons quelquefois chez un homme ignorant une connaissance spirituelle bien supérieure h la connaissance intellectuelle acquise par un homme de génie. Le dévot voit le cœur des choses. Pourquoi? Parce que la lumière intérieure a jailli au dehors; la dévotion lui ayant ouvert les yeux, la lumière y pénètre, et son regard plonge avec le rayon jusqu’au fond du sanctuaire. Seule, la connaissance ne pourrait ouvrir les enveloppes l’une après 1 autre. Pour que l’homme puisse se trouver lui-même, l’amour aussi est nécessaire; il brise alors successivement les enveloppes, et à la (in il
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peut dégager la voie qui conduit aux Pieds du Seigneur.
Ce résultat est possible partout pour peu que riiomine arrive à se séparer lui-même des choses terrestres, et pour cela point n’est besoin de se réfugier au désert, ou dans la jungle. Aucun renoncement extérieur n’est exigé : ce qu’il faut, c’est le renoncement plus intime de TAme à tous les objets des sens et du monde. C'est à cet éloignement de toutes les jouissances d’ici-basque Shri Krishna fait allusion quand il pailc de la dévotion. La méditation c’est l’Ame tout entière ouverte au Divin, laissant pénétrer la lumière divine en dépit des obstacles accumulés par le moi. Aussi signifie-t-elle renoncement, détachement de tout ce que l’on possède, attente de la lumière qui va surgir dans ce vide; elle signifie encore qu’il ne faut pas s’attacher aux fruits des actions. Tout ce que vous faites, faites-le parce que vous êtes dans le monde et que votre devoir est d’y accomplir des actes. Shri Krishna a dit: o J’agis toujours. » Pourquoi ? Parce que s'il n'agissait pas, la révolution de la roue s’arrêterait. Il en est de même pour le dévot. Il doit accomplir ses actions extérieures parce qu’elles servent d’exemples aux autres hommes, parce que son Karma l’a placé dans le inonde où leur accoinplisseincnt s’impose. Mais ce n’est pas
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iai qui les accomplit. Une fois la dévotion atteinte, les sens et le mental se tournent vers leur but, mais les sens et le mental pas le Baktà. Celui-ci est le Soi, reconnu comme Seigneur. Il est en adoration perpétuelle, tandis que ses sens et son intelligence travaillent dans le monde extérieur et intérieur. Il n’est attaché à aucune des actions qu’exé- <îutent ses sens, et lorsque ceux-ci accomplissent leur travail c’est avec la plus grande perfection. Quand son mental agit dans le monde extérieur et y remplit sa lâche dans le travail humain, ce n’est pas lui qui agit, car il est toujours prosterné aux Pieds de son Seigneur; tandis qu’il est en adoration les choses extérieures peuvent suivre leur cours, elles n’ont pas le pouvoir de l’enchaîner à leurs œuvres. Pour atteindre ce résultat, il faut pratiquer avec fermeté le détachement, l’indifférence aux résultats, pourvu que le devoir soit accompli. Il faut faire abandon de l’avenir entre les mains des puissantes forces qui opèrent dans Puni vers. Elles demandent simplement que nous leur donnions les matériaux dont elles pourront se servir tandis que nous restons un avec elles. Pour arriver à <5ela, il faut être pur et avoir toujours le cœur fixé sur la seule réalité. Le Baktâ est toujours à l’intérieur, dans le cœur, dans le tabernacle, tandis que le mental et les sens
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sont occupés dans le monde extérieur. Telle est le véritable Yoga, il n’a point d’autre secret.
11 est vrai, cependant, qu’à un certain moment la connaissance est à nouveau requise et le disciple doit alors apprendre de son Gourou à devenir le coopérateur conscient des forces spirituelles. La dévotion rend cette coopération possible avant qu’il en ait conscience, mais la coopération consciente implique la connaissance. Elle signifie que le Gourou prend le shishya par la main et lui apprend à se purifier de plus en plus, à rester sans tache malgré le contact des actions qu’il accomplit. La coopération consciente est une joie absolue, elle seule rend la vie digne d’être vécue.
Je ne croirais pas devoir vous retenir sur un pareil sujet, si je n’espérais communiquer à certains d’entre vous quelques pensées de dévotion qui leur rendront plus accessible et plus praticable la voie qui mène au sanctuaire intérieur. Après avoir traité le côté intellectuel des enveloppes de l’Ame, des régions de l’univers, des états de conscience et des méthodes de progrès, je ne croirais pas avoir rempli mon devoir, si je vous laissais sur ce plan intellectuel. C’est pourquoi je hasarderai quelques mots sur ce que peut être- le Yoga, indépendamment de sa forme
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extérieure, et dans son essence même. Je me laisse entraîner à vous dire, — au risque d'entendre quelques-uns d’entre vous m’accuser de folie ou de fanatisme, — que la dévotion est la seule chose qui donne la sécurité, la force, qu’elle seule ouvre la voie de cet être intérieur où la Divinité est manifestée. 1^ vaut mieux adorer dévotement, même dans l’ignorance, que de refuser toute adoration.
U est préférable d’offrir une fleur, ou une simple feuille à quelque dieu de village, comme le plus pauvre des ignorants, que d’être un grand génie intellectuel, que le monde honore, mais trop orgueilleux pour se courber devant rien de plus haut et de plus grand que son intelligence, trop convaincu de sa force intellectuelle pour plier le genou devant la vie spirituelle. L Esprit, cependant, est au-dessus de 1 intelligence, autant que l’intelligence est au-dessus des sens. La vie spirituelle est une vie supérieure ù toutes et nous pouvons tous la pratiquer, car l'Esprit est au plus profond du cœur de chacun de nous, et nul ne peut nier sa présence en tout homme. Cultivez doncen vous le respect, le l'espect pour tout ce qui estnolrle, cultivez l’adoration, l’adoration pour tout ce qui est divin. Quand le corps et les sens viendront à vous manquer, quand le mental se brisera et ii aura plus rien a vous donner
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alors, l’Espril Eternel, qui est la vie de votre vie, l’Ame de votre âme, se fortifiera de plus en plus, parce que le corps et le mental auront péri ; alors il s’élèvera pour se retrouver lui-même. Que dis-je ! 11 n'a pas besoin de s’élever, il est là-haut, déjà et toujours. Il se retrouvera devant les Pieds de son Seigneur là où n’e.xistent ni illusion, ni séparation, ni peine, là où tout est félicité. Car l’essence vraie de la Divinité est amour et joie et c’est là l’héritage de l’Esprit; héritage plus grand que toutes les choses que peut donner le monde transitoire.
LE SYMBOLISME
Le symbolisme peut être considéré comme la langue universelle des religions. Il faut entendre par là qu’en présentant certaines formes extérieures à des personnes versées dans cette langue on évoque aussitôt à leur esprit certaines idées déterminées ; de même que l’on peut avoir une langue idéographique lisible pour chaque individu dans son propre idiome, de même que le nombre, qui en arithmétique représente une idée définie, diffère suivant le langage employé lorsqu’il est traduit en mots. Ainsi, à toutes les époques, les hommes qui ont étudié les religions ont eu un langage commun grâce auquel ils pouvaient communiquer entre eux, quelque fut le pays ou la religion de celui qui voyait un symbole, il comprenait aussitôt le sens du signe que lui transmettaient ses frères Initiés, et ce signe était pour lui aussi clair que
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s’il avait été écrit dans sa propre langue.
Il ne peut y avoir de plus grande preuve de runité fondamentale des religions que Tidentité de leurs symboles. Lorsque dans un temple hindou, vous rencontrez les mêmes symboles que parmi les ruines les plus antiques de 1 extrême-Occident; lorsque vous voyez dans les cathédrales et les églises chrétiennes d’aujourd’hui les mêmes symboles que dans les ruines et les. temples de l’Orient; lorsqu en Asie, en Amérique, en Europe et jusque dans les îles de l’Océan Pacifique vous retrouvez toujours les mêmes symboles, vous êtes obligés de reconnaître que les peuples qui les employèrent, possédaient les mêmes connaissances, les représentaient de la même manière, gardaient la même vérité et révéraient la même idée.
L’étude du symbolisme nous permet de puiser dans le passé lesconnaissances aujourd’hui perdues. Nous pouvons recueillir ainsi quelque grande vérité capable de renforcer notre pensée, et reconnaître, sous le voile symbolique des anciennes Écritures, la vérité que nous avons reçue par une autre voie. Dans les livres anciens, écrits par de Grands Sages, de Divins Instructeurs, nous pouvons découvrir les secrets de la connaissance spirituelle mis à l’abri des révolutions, des hasards de la vie, et mis a la portée de tout