CHAP. II
Le quinzième siècle.
Si j'ai fixé en 1400 le début d'une nouvelle période dans l'histoire des constructions des verbes impers., ce n'est pas parce qu'une modification décisive serait intervenue à cette date dans la structure générale de ces constructions. La lutte établie entre l'ancienne construction fondamentale et les forces analogiques qui tendent à la modifier, est en effet âpre et longue, et le développement de l'usage moderne ne va que très lentement. Pour le mettre en lumière dans tous ses détails, je passerai en revue un grand nombre d'écrivains appartenant aux XV", XVI' et XVII» siècles, et je soumettrai à un examen approfondi l'emploi qu'ils font des phrases impers, dont fait partie un inf. En procédant chronologiquement, mon examen portera d'abord sur le XV' siècle et je commencerai par Christine de Pisan, dont les œuvres appartiennent en réalité à ce siècle autant qu'au précédent.
Christine de Pisan.
Œuvres poétiques Le livre des fais du sage Roy Charles V.
Par rapport à la lexicographie, il y a d'abord à signaler que nous trouvons chez Christine à peu près les mêmes locutions impers, dont s'étaient servis les auteurs du XIV' siècle. Il estuet tend à disparaître; c'est la dernière fois que se présente ce verbe toujours impers.; t7 besoigne, il abelit, il atalente, il appent, il vient mieux, il monte, il avance et il membre sont déjà tombés en désuétude. Pour la première fois, nous rencontrons ici l'expression c'est à qn^; je désigne par là la locution impers, syno-
' Sur l'origine de celle construction voir Kjellhan, Construction p. 234. Cf. aussi ib. p. 59.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 9
nyme de il appartient qui sous sa forme primitive se trouve dans l'exemple suivant:
Chr. de Pisan III 212. i ^ vous est du reffuser
Assez et de me estre fiere, Mais non pas de me ruser De Vamour, ma dame chiere
L'inf. substantivé de notre exemple fait ressortir le caractère primitif de la construction qui me semble correspondre à celle des phrases bien connues du type suivant:
Rose 14929 Maugré sien Vestuet séj orner A tous jors en prison léans, Car du retorner est néans.
Beaum. JBl. 1696 Cor voient bien que c'est noians Des or mais de son demeurer.
Chr. de Pisan I 22. u Et de dire ne se peut taire, Que néant seroit du retraire;
La phrase doit être analysée de la manière suivante: «C'est à vous quelque chose qui vous incombe concernant le «me dire non» et le «me traiter hautainement», mais non pas pour ce qui est de me tromper; vous pouvez bien me refuser et me traiter d'une manière hautaine, mais il ne vous appartient pas de me tromper.»
Christine et les autres écrivains appartenant au XV* siècle construisent ces tournures avec l'inf. précédé de de. La structure grammaticale de notre exemple est très favorable à cette construction; il semble en effet très naturel qu'un énoncé est à vous = c'est à vous quelque chose qui vous incombe soit uni à l'action dont il s'agit, dans un rapport qui en fasse l'objet de l'obligation exprimée par le prédicat, et c'est tout à fait dans les règles qu'en ce cas la forme primitive de la construction soit l'inf. substantivé.
La structure de l'expression s'écartant définitivement des locutions impers, en général s'oppose à l'analogie des verbes impers, simples, surtout du synonyme il appartient^. En ce qui concerne la construction de l'inf., l'expression s'est jointe aux phrases du type sbst. + cop. + inf., le datif à vous représentant l'idée d'un
• Cf. Kjellman, Construction p. 104 ss.
10 Hilding Kjellman,
vrai substantif; comparez les phrases suivantes, dont notre construction a pu facilement subir l'analogie:
Desch. M. M. 1628 Et dure chose a toy sera
De garder ce que un chascun voite
Christ, de P. III 254. 9 A moy mêmes sera chose moult forte
De m'en tenir ....
Myst. 11172 Nostre matière principalle
Est de l'enterrer, vous et moy
Al. Chart. 430 troj) i)ZMs legiere chose est à nous si fortunée que nous sommes de le dechasser
Le développement postérieur de l'expression vient à l'appui d'une telle analogie. La prochaine fois que nous trouvons cette construction, chez Al. Chartier, elle garde encore, il est vrai, la même forme:
Al. Chartier 500 Aux amans est de bien seruir 687 A vous est de le conforter.
Mais bientôt elle revêt la forme nouvelle suivante:
Farces 15 col. 2 Aussi j'ay fait mon fait devant; (Test à toy de faire.
Myst. 10485 C'est a vous de Vexecuter
15071 Frère, c'est a moy de honorer Ton digne nom en chacun lieu
16458 Prendrez; c'est a vous de choisir
C'est donc la construction emphatique qu'a prise cette tournure, évidemment à cause du caractère substantif du prédicatif à «OMS. De même que: mon devoir est de . . . se transforme dans la phrase emphatique: c'est mon devoir de . . . de même: à moi est de . . ., en subissant l'analogie de cette construction, prend la forme: ccst à moi de . . ., de bonne heure figée et gardée encore de nos jours.
Par ce développement, l'expression s'écarte donc formellement d'un côté du verbe impers, simple synonyme, il appartient, de l'autre de la locution composée il est en qn. Les deux tournures: il est en vous de le faire et c'est à vous de le faire, qui ont cela de
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 11
commun que le prédicatif est un pronom précédé d'une préposition, diffèrent par le rapport entre le sujet et le prédicat; le phonème en vous représentant une idée adjective, il forme en qualité de prédicatif avec le verbe être une locution impers. C'est dans ce fait qu'il faut chercher l'explication de la manière différente de construire ces tournures.
Il me poise = il m'est désagréable, appartenant à la classe des verbes impers, qui désignent un sentiment ou un acte de volonté. Gomme ses synonymes, il se construit avec l'inf. précédé de de, marquant l'origine ou l'objet du sentiment. Ce verbe est d'un usage fréquent dans l'ancienne langue, mais il ne s'y rencontre jamais avec l'inf. Voici notre exemple:
Christ, de Pisan III 197. t> Et de si long séjour faire il me poise
Certainement.
Il chiet et il escJiiet. Dans la prose de Christine, ces deux verbes sont employés de deux manières différentes. L'emploi le plus remarquable se trouve dans l'exemple suivant:
Christ, de P., Roy Ch. II 53 Comme souventefoiz avenist que le roy Charles s'esbatoit et desrevoit avecques ses familiers, entre les autres propoz, chut à parler de dissimulacion
Ib. II 59 Une fois, devant le roy Charles, cheut à parler de seigneuries
Ib. II 38 Une fois, devant le roy Charles, en la j)résence d'aucuns barons de Bretaigne, escheut à parler, entre pluseurs choses, de la duchiée de Bretaigne. Ib. II 58.
Cet emploi unique de il chiet, toujours au temps du prétérit, rappelle fortement la construction analogue: il vient + sbst. ou inf., dont nous avons fait la connaissance dans l'ancien français', p. ex.:
Al. 47 Quant vint al faire, donc le font gentement.
De même que venir est employé dans les phrases de ce type sans rapport avec l'idée d'une personne accomplissant l'action exprimée par l'inf., cheoir est ici d'un emploi impers, absolu. Le verbe n'est pas accompagné du datif, qui près des verbes impers, en
' Cf. Kjelluan, Construction p. 210 ss.
12 Hilding Kjellman,
général fait fonction du sujet réel de l'idée verbale. Avec l'inf. parler, il chiet indique que la conversation tombe sur un certain sujet; il cheut à parler de seigneuries = il tomba au point où l'on commença à parler de seigneuries. La préposition exprime donc ici un rapport de direction des plus marqués.
Dans l'autre cas, il chiet est employé dans des compositions: il chiet en matière, il chiet à propos, où il fait fonction d'une simple copule. Ex.:
Christ, de P., Roy Cli. I 27(> chiet à propos et me vient au devant ramentevoir ceulx qui, les temps passée, bien se sont gouvernée.
Ib. II 13 £t, pour ce qu'il chiet à propos de lois establir si comme il est contenu ou livre préalégué du Bégime des Princes
Ib. II 132 Puisqu'il chiet en matière de parler des poètes.
Ces locutions, exprimant toutes les deux l'opportunité d'une certaine action, doivent être rangées au nombre de celles qui désignent la convenance ou l'obligation, telles que «7 affiert, il appartient, il siet, etc. Notre premier exemple reproduit la construction ordinaire de ces locutions impers., l'inf sans préposition; dans ce passage, la construction fondamentale' l'a donc emporté, tandis que dans les deux derniers, l'inf. a subi l'attraction du subst. faisant partie de l'expression, ce qui a amené la construction prépositionnelle.
Il me semble
Christ, de P., Roy Ch. I 383 et leur sembla avoir trouvé qui d'oiseuse les gardera
C'est la première fois que se présente l'emploi impers, proprement dit du verbe sembler. Dans l'ancien français, nous trouvons, il est vrai, des exemples de il semble + inf. du type: il semble y avoir beaucoup de monde; mais dans ce cas, l'emploi impers, du verbe fini, dû à l'assimilation que par rapport à sa fonction lui a fait subir l'inf. proprement impers., n'est que secondaire. Dans noire exemple, au contraire, nous avons affaire à une vraie locution impers, caractérisée par ce fait que l'idée de la personne ajoutée au datif est représentée comme le sujet de
' Cf. oi-dessus p. 6.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 13
l'action de l'inf. Dans cet emploi, le verbe se joint à ceux qui expriment un certain fond de connaissances tels que croire, présumer, etc.; construits avec l'inf. pur dès les débuts de la langue, ils gardent toujours cette construction. La phrase citée équivaut à des expressions telles que: ils croyaient avoir trouvé . . . où toute construction autre que celle qui présente l'inf. pur, est exclue par rapport à l'idée du verbe fini. Aussi est-ii très rare de trouver l'inf. prépositionnel près du verbe impers, analogue sembler.
Enfin, nous trouvons ici pour la première fois la locution impers, il reste, si commune dans la langue moderne, ex.:
Christ, de P., Roy Ch. II 135 si reste encore à parler nomméement du bien qui en vient
Christ, de Pisan III p. 168 Et encore, ma très chiere dame, reste a parler des perïlzet dongiers qui sont en tel amour
Ce verbe se range parmi ceux qui ont proprement la valeur d'une simple copule, tels que il est, il y a et il fait. Il exprime l'existence, après retranchement d'une ou plusieurs parties, d'une chose qui doit être faite, ou d'une question qui doit être abordée. Le sens de l'expression dépend uniquement de la construction de la phrase, c'est-à-dire du rapport dans lequel se trouvent le verbe fini et l'inf. subordonné. L'acception de ce verbe diffère de celle de il y a et il est essentiellement en ce qu'elle exprime ce qui est ou ce qu'*7 y a de reste, quand quelque chose est ôté ou quand une partie de l'action est achevée. Cette différence sémantique étant sans impoi'tance pour la construction de l'inf., il reste doit être construit organiquement de la même manière que les locutions analogues, c'est-à-dire avec l'inf. précédé de à. Dans les deux cas, l'inf. désigne l'idée à laquelle se réfère cette idée d'existence, soit entière, soit après retranchement d'une partie. La prép. exprime une idée de direction portant sur l'action de l'inf. Les constructions: j'ai à faire cette chose, il y a à faire cette chose, cette chose est à faire, il est à faire cette chose, cette chose reste à faire, il reste à faire cette chose, formant ensemble un groupe, ont cela de commun que le sens du verbe fini n'importe en rien, tandis que la construction décide du sens de la phrase. Dans ce groupe, des analogies étrangères n'ont pu exercer que très peu d'influence; aussi la prép. à garde-t-elle encore de nos jours sa place dans ces constructions impers.
14 Hilding Kjellman,
Quant à la proportion entre les différentes constructions de l'inf., il y a d'abord à signaler la supériorité marquée de l'inf. sans prép. *; cette observation s'applique surtout à la prose de Christine, où il est d'une fréquence tout à fait inconnue aux périodes antérieures. Elle s'applique aux verbes impers, simples — en prose il plaist p. ex. n'est jamais suivi d'un inf. prépositionnel, tandis que les oeuvres poétiques présentent entre l'inf. pur et l'inf. précédé de à la proportion de 34: 15; mais elle s'applique surtout aux locutions composées, prés desquelles cette construction est d'autant plus remarquable qu'elle n'est pas employée par les auteurs qui écrivaient vers la fin du siècle précédent. Ni Froissart, ni Deschamps ne présentent un seul exemple de l'inf. pur dans les phrases du type: sbst. + cop. + inf. On se demande si c'est là un trait appartenant au style personnel de Christine qui en effet était née à Venise de parents italiens et dont la langue pouvait donc présenter des traits italiens, ou bien si cet usage doit être regardé comme le prélude de la construction qui, sous l'influence du latin et de la Renaissance, remportera au siècle suivant une victoire temporaire. Etant donné qu'il y a d'autres indices d'une telle influence, je suis enclin à adopter cette dernière hypothèse qui se concilie bien avec le fait que c'est surtout la prose de Christine qui se distingue par l'inf. sans prép. Plus conservatif, le vers a pu se soustraire à la nouvelle tendance, et il a pu maintenir plus facilement les constructions prépositionnelles de l'époque antérieure dans les cas où la versification demandait l'emploi d'une prép. Les phrases du type: sbst. + cop. + inf. présentent les constructions suivantes:
vers
prose
l'inf. pur
l'inf. précédé de à
l'inf. précédé de de
Dans les œuvres poétiques, la construction du type c'est, il est + sbst. + inf., c'est-à-dire les nouvelles tournures emphatique
' HCller, op. cil. p. 62, indique que l'inf. pur «comme sujet> se trouve près de certains verbes impers., tels que il appartient, il convient, il plaît, il semble, il soufist, il estuet, il est + adj., sans toutefois nous donner aucune idée de la proportion entre les diverses constructions. De même, il cite des exemples, tous puisés dans la prose de Christine, où une locution impers, est suivie d'une proposition infinitive (voir ci-dessous p. 16). Tous les exemples cités par MOller se retrouvent dans mes tableaux statistiques.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 15
et impersonnelle, est prédominante; tandis que l'usage linguistique du livre du Roy Ctiarles favorise la construction ancienne, qui doit être ramenée ici à la même influence latine dont il a été question ci-dessus. Les tableaux suivants font ressortir la manière dont Christine de Pisan se sert de ces constructions:
vers prose
l'inf. précédé de de
c'est, il est + sbst. + inf.
est + sbst. + inf.
inf. + est + sbst.
sbst. + est + inf.
l'inf. pur
c'est, il est + sbst. + inf.
est + sbst. + inf.
inf. + est + sbst.
sbst. + est + inf.
En vers, l'expression adj. + cop. + inf. présente l'inf. sans prép. dans 6 (10) cas; il faut y ajouter la tournure il est bon assavoir dont j'ai noté 5 exemples, tandis que l'inf. précédé de à et l'inf. précédé de de se trouvent 2 et 4 fois respectivement. En ce qui concerne cette construction, la prose a été sujette à la même influence savante qui a été constatée pour les tournures du type: sbst. + cop. + inf. ; l'inf. pur y est la règle générale, il n'y a que l'exemple suivant qui présente un inf. prépositionnel:
Christ, de P., Roy Ch. I 288 Bon me semble à parfaire l'entenciun de nostre œuvre que distinctement soit traictié des bonnes meurs
Dans la prose de Christine, la construction moderne de la forme il est + adj. + inf. n'est pas représentée, ce qui est aussi conforme à l'usage latin. Voici le tableau des différentes constructions en prose:
inf. pur inf. précédé de à
est + adj. + inf. 10 —
adj. + est + inf. - 5 1
inf. + est + adj. 7^ —
Dans les œuvres poétiques, il n'y a que les deux exemples suivants qui présentent la tournure moderne:
' Il faut y ajouter deux cas présentant la proposition infinilive.
16 Hilding Kjellman,
Christ, de P. I 99. 5 Est il a tous nécessaire
De parvenir au souverain repaire
Christ d. P. II 147 1181 Devant juge ne pense mie a taire
Ces grans raisons et comment neccessaire Il lui estait de soy d'elle retraire
Dans l'exemple suivant, Tinf. seul est d'une autre construction :
Christ, de Pisan I 116. is II ne m'est mie legier
Joyeux dite faire a plenté
Il faut enfin remarquer l'emploi de l'inf. pur dans des propositions infinitives subordonnées aux locutions impers, qui nous occupent ici. C'est une construction qui paraît être restreinte aux œuvres en prose et qui témoigne de l'influence savante qui s'est fait valoir dans la prose de Christine. Selon MCller*, la proposition infinitive se trouve aussi près des verbes exprimant la volonté et la perception ainsi que près de ceux signifiant '^penser* et «dire». Voici les exemples de cet usage à la forme impers.:
Christ, de P., Roy Ch. I 273. n comme il soit de bonne coustume ancienne et comme redevable, les roys estre conseilliez par les prêtas du royaume. Ib. I .376. »4.
Ib. I 259 Comme il soit voir, nature humaine, pour cause de sensualité, estre encline à plusieurs vices. Ibid. II. 15.
Ib. I 266. 16 si avient, aulcunefoiz par accident de froidure ou gellée, ycelluy vin nouvel cueilly estre vert, cru et mal protiffitable
Ib. II 131. »9 il convient toute envie de luy estre eslongniée. Ib. I 321.
Ib. II 119.1» comme il appert, Dieu estre fin de tout
Je tiens aussi à attirer l'attention sur les tournures suivantes, présentant, devant l'infinitif, le que qui parla suite est devenu d'un usage si fréquent:
Christ, de P., Roy Ch. I 317 n'estoit point de neccessitê que, à la perfection et entérinité du corps ressuscité de Jhcsu-Crist, ravoir tout le sang respendu.
' Cf. op. cit. p. 61 et suiv.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 17
Christ, de P. I 232. 27 se dolente
Vie est qu'amer ou très joieuse et saine.
L'inf. précédé de à n'a rien de remarquable; toutefois, l'emploi de cette construction est plus restreint que dans la langue ancienne, ce qui est dû à la consolidation mentionnée ci-dessus. Enfin, l'inf. précédé de de a fait quelques conquêtes dans le groupe des locutions impers, marquant la nécessité, l'obligation ou la convenance; un certain nombre de ces verbes qui n'étaient pas inaccessibles à toute influence analogique, présentent des exemples de l'inf. précédé de de; cette construction se retrouve près de il appartient, il affîert, il siet ainsi que près de la combinaison c'est à qn, dont je viens de parler.
Les locutions impers, marquant un sentiment ou un acte de volonté présentent toutes, à l'exception de il plaist, la même construction, qui, prés de ces verbes, doit être regardée comme organique et qui se rencontre déjà pendant la période ancienne. Près de il vaut mieux, l'inf. suivant le que comparatif n'est précédé de de, obligatoire de nos jours, que dans deux exemples sur huit.
Charles d'Orléans, Poésies.
La langue de Charles d'Orléans ne présente rien de remarquable par rapport à la construction de l'inf. subordonné à nos locutions. Notons toutefois un exemple de la tqurnure il n'y a que + inf. pur:^
Charles d'Orl. II 50 Car il n'y a que tout amer
Je tiens aussi à attirer l'attention sur le fait que l'auteur ne semble pas employer impersonnellement les verbes servir, nuire et ennuyer qu'on trouve souvent dans l'emploi personnel, l'inf. faisant fonction de sujets ex.:
Charles d'Orl. II 142 II convient que trop parler nuyse II 142 Beau chanter si ennuyé bien.
La tournure sbst. + cop. + inf- présente la forme moderne dans la plupart des cas; 22 exemples sur 27 sont du type c'est,
' Cf. Kjellman, Construction p. 228 ss.
' De même que Cliristine de Pisan, Charles d'Orléans emploie la proposition infinitive. D'après NobdstrOm p. 54, l'usage en est pourtant assez restreint. Il n'y a pas d'exemples de cette construction près d'une locution impers.
H. Kjellman: Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 2
18 Hilding Kjellman,
il est + sbst. + inf. précédé de de. Il n'y a que deux exemples présentant cette forme et où l'inf. soit construit d'une autre manière:
Charles d'Orl. II 129 C'est privé martire, Plus penser que dire.
II 171 Ce n'est que ancienne querelle A recommencer de plus belle.
Ici, l'inf., faisant partie d'un refrain, dépend proprement d'autres expressions qui demandent cette construction. Ces exemples n'entrent donc pas en ligne de compte.
La forme ancienne, shst. + est •♦ inf., se trouve dans 4 cas, dont l'exemple suivant présente l'inf. pur
Charles d'Orl. I 163 Comme mon intencion
Est vous servir et amer.
Dans les exemples suivants nous trouvons une construction apparentée à celle du type il est + sbst. + inf. précédé de de:
Charles d'Orl. I 145 En lui seul est de tous maulx amender;^
II 266 Qu'il nest pas en puissance d'ame De tourner ailleurs mes espris.
La construction adj. + eop. + inf. ne se trouve qu'une seule fois, mais alors sous sa forme moderne:
Charles d'Orl. II 60 II n'est pas bon de trop enquerre
Les forces analogiques agissant en faveur de l'inf. précédé de de sont donc très puissantes. Aussi, cette construction a-t-elle pu se développer près de certains verbes impers, simples qui ne l'avaient pas originairement. Ainsi, il plaist présente un nombre assez considérable d'exemples de l'inf. précédé de de, la proportion entre les trois constructions étant 35: 5: 13; même prés de il vaut mieux, le premier inf. est précédé de de dans le passage suivant:
Charles d'Orl. I 8 Revenge toy, se tu vaulx riens pour guerre; Ou à elle il vault mieulx de toy rendre
Une place à part revient à l'inf. précédé de de qui se trouve dans l'exemple suivant:
Charles d'Orl. II 64 Or est de dire: laissez m'en paix
' Cf. plus bas p. 29.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. ]9
A côté de la construction organique
Charles d'Orl. II 80 Tousjours est à recommencer
qui est encore en pleine vie et qui a ses origines dans l'ancien français, ex.:
Rose 15793 Car sans dire est-il à entendre Que ce n'est fors en hone guise
les tournures construites avec l'inf. précédé de de sont assez fréquentes au cours des XV' et XVP siècles. Voici les exemples que j'ai notés avec cette construction:
Myst. 2642 Avant, frère, que dictes vous? QiC est-il de faire? Ibid. 5872.
7001 Fére Taré, je vous diray
Qu'il est de faire a mon advis. Ibid. 7862.
Cent Nouv. I 129 Or ça, qu' est-il de faire?
Il 55 Je vous promectz que le rat est prins; mais il nous fault adviscr qu'il en est de faire. Ibid. I 23, 139, 199, 203, 215 II 57, 75, 154, 180.
Commynes 1 41 On eut en conseil qu'il estoit de faire
I 112 Mais à qui que ce soit est bien de craindre de mettre
son estât en hasard d'une bataille
II 176 et si est bien de noter que
II 297 mais il est de croire que N. S. leur en oustoit le vouloir.
II 351 car on les tint en leurs navires par long temps à si grant extrémité de vivres qu'i^ n'est de croire.
Rab. Garg. 1 38 Les lavant doncques premièrement en la fontaine, les ]}elerins disoient en voix basse l'un à l'autre: iQu'est-il de faire»? Ibid. I 18, 20, 28.
Cette construction est donc en somme restreinte aux tournures du type qu est-il de faire et il faut en chercher l'explication dans la forme de l'expression^. On ne pourra guère constater
' Sur la confusion de que et de quHl et la forme qu'i voir Huguet, op. cil. p. 115 et suiv.
' Le seul qui à ma connaissance se soit prononcé sur cette construction est Tœnnies qui, dans son mémoire consacré à la langue de Commynes, en dit
20 Hilding Kjellman,
de différence de sens entre les deux constructions; dans les deux cas, l'acception est celle du part. fut. pass. latin en -ndtim. Je présume que la préposition est due à une attraction formelle exercée sur l'inf. par le pronom introduisant la phrase. Au lieu de voir dans le pronom l'objet de l'inf., on a compris le que interrogatif qui s'était assimilé au verbe fini, comme prédicatif; l'inf. y a été ajouté en régime indirect et d'une manière toute naturelle la préposition marque ce qui était l'objet de l'idée verbale de la phrase. Je vois donc dans la phrase qu'est-il de faire? un développement de la question qu'est-il? Notre construction semble d'autant plus naturelle qu'on a dû s'habituer à cette époque à
faire précéder de la prép. de l'inf. des phrases impers, du type
qu'il est temps de faire et qu'il est bon de faire, tandis qu'on
construit avec à l'inf. faisant partie de la phrase pers. voilà une chose qui est possible à faire. Cf. aussi les tournures suivantes présentant un certain rapport formel avec celle qui nous occupe ici:
Commynes II 16 rien n'est d'estimer
Myst. 7519 Mais je croy que vous ne sçavez Que c'est que de beauté de dame
Myst. 14366 Considérez
Quel bien c'est que d'avoir lignye.
Chr. de Pisan II 60»64 Si faisons conte
Que c'est d'amer, de quoy vient n'a quoy monte.
Marot I 150 Mais que me vault d'aller tant devisant?
La tournure qu'est il de faire, s'étant figée sous cette forme, a pu exercer ensuite une influence analogique sur celles dont la
p. 41 : «La langue actuelle exige l'inf. avec à après le verbe être pour exprimer la nécessité et la possibilité. Commines fait usage de l'inf. avec à et de celui avec de.» Tœniiibs ne fait donc pas attention à la forme de la construction; il est vrai que Commynes en fait un usage plus libre que ses contemporains; toutefois, il faut observer qu'en dehors de cet auteur l'inf. avec de est restreint aux phrases interrogatives et c'est certainement méconnaître la nature de la construction que de ne pas tenir compte de ce fait si important pour l'explication de l'emploi anormal de l'inf. Comme il arrive si souvent avec les monographies de syntaxe qui se proposent surtout d'enregistrer les exceptions, et qui se bornent à l'étude d'un seul écrivain, l'observation de Tœnnies est dans ce cas sans valeur pour l'examen du phénomène pris dans sa généralité.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 21
structure n'était pas de la même façon favorable au développement de l'inf. précédé de de. Les exemples tirés de Comniynes doivent être expliqués de cette manière. L'exemple trouvé dans Charles d'Orl. pourrait être analogique aussi ; si, à cause de l'ancienneté de cet exemple, on hésite à l'expliquer par l'analogie en question, on pourra toujours dériver la prép. des tournures bien fréquentes dans la langue ancienne: Or + inf. précédé de de^, ex.:
Clig. 6650 Or del bien faire et del cerchier Et sus et jus et près et loing
Ren. I 588 Or del mangier, si iron hoivre.
Pour l'usage de Charles d'Orl. cf. en outre les tableaux statistiques*.
Alain Chartier, Œuvres, vers et prose.
Alain Chartier emploie il vaut plus dans le même sens que il vaut mieux; c'est un emploi occasionnel que je n'ai pas retrouvé ailleurs, ex.:
Al. Chart. 495 Se vostre mal vous vient d'amours, Ou du trait d'ung plaisant regart, Ou de refus dont Diex vous gart?
Car plus vauldroit tenir prison.
760 Tlus me valait l'amer ainsi, En aucune honne espérance, D'auoir en aucun temps mercy, Que d'estre Roy de toute France.
' Voir ScHiiFER, op. cit. p. 193 et la littérature qui y est citée.
' Nordstrom, op. cit. p. 54, qui s'applique surtout à enregistrer les différences de l'usage moderne, fait observer sur la construction de l'inf. près de il plaist qu'on voit l'inf. pur et l'inf. précédé de la prép. de et qu'outre ces constructions qui appartiennent aussi à la langue moderne, on trouve aussi la prép. à. Il constate aussi l'emploi de l'inf. pur près des verbes il convient, il sert et il sied. Or, il plaist précédé de à est aussi peu remarquable que il convient avec l'inf. sans prép., les deux constructions représentant ;iu XV« siècle l'usage normal de ces verbes, tandis que l'inf. pur près de il sert et il siet est une véritable dérogation à l'usage normal de ces deux verbes. Au point de vue historique, de semblables observations qui n'ont en vue que d'enregistrer les différences de l'usage moderne et qui ne tiennent aucun compte de l'emploi ordinaire des verbes en question sont donc sans aucune valeur. C'est là une inexactitude commune à la plus grande partie des monographies de syntaxe, qui ne sont pas de nature à nous éclairer d'une manière précise sur l'emploi de l'inf. subordonné à ces verbes.
22 Hilding Kjellman,
La construction est cçlle qu'on trouve près de il vaut mieux. Le dernier exemple présente l'usage naissant de faire précéder de de l'inf. qui suit le que comparatif (< qiiam).
Au groupe de locutions impers, marquant une appréciation, appartiennent aussi il profite et «7 sert que j'ai trouvés ici pour la première fois avec un inf. Profiter semploie impersonnellement de temps en temps aux XV" et XVI' siècles; dans le français moderne, cet emploi ne se recontre plus. 11 ne ressort pas avec certitude de la forme de l'exemple de Ghartier que je citerai plus bas, si l'on doit y voir une construction personnelle avec l'inf. postposé faisant fonction de sujet ou bien si la soudure du verbe fini et de l'inf. s'est opérée d'une façon si complète qu'on peut parler d'une construction impers'. Voici l'exemple en question:
Al. Chart. 414 Pleust à Dieu que bien fust escript en vos souuenances, combien prouffite à V exa,ulcement de seigneurie sçauoir saigcment départir le guerreâon des bons
(= «de quel profit il est de savoir » ou bien «de
quel profit est le savoir »)
La construction est conforme à celle des exemples suivants présentant l'expression que vaut? avec un inf. :
Al. Chart. 272 que vaut taire aux perilsans leur meschance?
299 Que vaut à tort amasser, Et poure peuple lasser
Il paraît très probable que cet emploi de il vaut + inf. a servi de modèle à la construction que présente le verbe profiter dans l'exemple cité. De même que il vaut, il profite employé impersonnellement devait se construire organiquement avec l'inf. précédé de à marquant le domaine — dans ce cas l'art de savoir bien récompenser — dans lequel se fait valoir l'idée de profiler. En traitant de l'ancien français, cependant, j'ai fait ressortir que cette relation entre les membres de la phrase ne s'était pas toujours développée, mais que la construction était souvent celle que présente notre exemple. Étant donné l'usage restreint qu'avait en général à cette époque l'inf. avec à, étant donnée aussi la tendance de considérer le point de vue formel plutôt que le sens du verbe fini pour la construction de l'inf, on ne s'étonnera pas de ne pas trouver celte construction de l'inf. près de il profite ni
' Cf. Kjellman, Construction p. 38 et suiv.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 23
près de il sert, dont la construction organique est aussi l'inf. avec à. Ghartier présente aussi un exemple impers, de ce verbe:
Al Chart. 743 Le fol, qui loyaultê dessert,
En ensuiiiant ma loyal queste, le te diray de quoy il sert De veiller, de rompre sa teste, De faire en vain mainte requeste
Par rapport au sens, il sert est bien conforme à il prouffîte dans l'exemple précédent. Mais tandis que, sous l'influence de valoir, ce verbe impers, s'est rattaché au groupe de locutions construites avec l'inf. sans prép., il sert a cédé à la tendance opposée d'introduire l'inf. avec de près des verbes impers, en général. A mon avis, la construction prépositionnelle n'est due qu'à cette tendance, ce qui est d'autant plus vraisemblable qu'il s'agit d'une locution nouvelle et qu'il n'y avait pas de tradition plus ou moins difficile à abandonner. Il est vrai que servir se trouve aussi construit personnellement avec un inf précédé de de, ce qui, senible-t-il, aurait pu donner naissance à la construction correspondante près de la locution impers, il sert plus rare. Cf.:
Desch. M. M. 11282 Tu ne sers que de faire annoy. Rose 21770 Quel ne sert pas de gens tuer Ne d'eus faire en roche muer
Cependant, j'ai peine à croire à cette analogie. Au point de vue de la syntaxe, les deux infinitifs sont d'ordre tout différent. L'inf. avec de qui fait partie de la construction pers. correspond dans la phrase impers, au complément substantif précédé de de, c-à-d. dans l'exemple cité à de quoy. Transformez la phrase impers, en pers. et l'inf. fera fonction de sujet, le complément substantif précédé de de gardant sa forme originaire. A mon avis, la différence qu'on peut donc constater dans les rapports des compléments inf. avec le verbe fini s'oppose à ce qu'on puisse admettre l'analogie en question.
Aux locutions impers., marquant une appréciation, appartient aussi il coûte que je n'ai pas ti-ouvé avant Al. Chartier et qu'il construit avec l'inf. organique précédé de à, ex.:
Al. Chartier 573 La court sa chance
Et si luy couste à sçauoir sa meschance
Dans le même sens que il chaut et il tient Chartier emploie occasionnellement la locution impers, il tourne:
24 Hilding Kjellman,
Al. Ghartier 493 Disait celui qu amours tenait En telle pensée amoureuse, Que de dancer ne luy tournait, Ne de faire chère ioyeuse
Le sens de la phrase est qu'il [ramoureux] ne se souciait ni de danser ni de faire mine joyeuse. La construction ne demande pas d'explication.
Ghartier emploie aussi impersonnellement le verbe demorer^ qui dans le même sens que il reste* et avec la même construction se trouve dans le passage suivant:
Al. Ghartier 387 Si demeure à declairer la qualité des sacrifians.
Enfin, on trouve chez Ghartier occasionnellement une locution impers, il affiz (du verbe affttier < affectare ou verbe dénoniinatif formé sur le subst. afîz < affectus)'. En vertu de cette étymologie, la locution il m'affiz a le sens de il m'atalente, il me plaît. L'exemple suivant le présente coordonné à ce dernier verbe et construit comme celui-ci:
Al Ghartier 614 Plus luy plaist & mieulx luy affiz En une mettre Son cueur que par tout s'entremettre
Si on pouvait faire l'observation pour Ghristine de Pisan que, près des locutions impers, présentant l'inf. pur aussi bien que l'inf. prépositionnel, l'emploi de celui-là est plus fréquent en prose qu'en vers, il n'en est pas ainsi d'Alain Ghartier, dont la langue est sous ce rapport moins sujette à l'influence savante qui a été admise pour Christine. Il est vrai que tous les exemples notamment de il affiert et il suffit présentant l'inf. pur sont tirés de ses œuvres en prose, et voilà un fait qui porte à croire que l'inf. sans prép. se présenterait principalement en prose. Mais si l'on regarde les cas où ces verbes sont accompagnés d'un inf. avec de, on constatera que la majorité de ces exemples se trouvent aussi en prose. Il ressort plutôt de ces constructions, comparées à celles de il
' Dans l'ancienne langue, ce verbe s'emploie avec un inf. substantivé dans le sens de tarder, ex.:
Tr. 22113 Moût li demore l'avesprer
E qu'il fuat termes de Valer.
* Cf. ci-dessus p. 13 et ss.
' FœRSTER, Yvain 70 Rem. et Meïsr-LCbke, Elymol. WOrterb. affectus.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 25
plaist et aux expressions shst. + cop. + inf. et adj + cop. + inf., que cet auteur construit à peu près de la même façon, soit qu'il fasse des vers ou qu'il écrive en prose. La seule différence qu'on puisse observer à cet égard, c'est qu'en vers les constructions sont un peu plus variées, ce qui, à cette époque de flottements, doit être attribué aux hasards de la versification.
La combinaison sbst. + cop. ■^• inf. présente 37 exemples de l'inf. avec, de, pour 8(17) cas de l'inf. sans prép. et 6 cas de l'inf. avec à. Voici le tableau de ces constructions:
inf. pur inf. avec à inf. avec de il estl , , . n .
c'est/ "^ ^^^^- + '"^- 4 3 21
sbst. + est + inf. 2 2 9
inf. + est + sbst. 9 1 7 '
est + sbst. + inf. 2 — —
La combinaison adj. (part, adv.) + cop. + inf. présente 10 cas de l'inf. avec de, pour 5 (7) cas de l'inf. pur et 3 cas de l'inf. précédé
de à. De ces exemples, 7 sont de la forme il est bon \j | le faire. L'inf. avec de a donc une position assez forte; aussi s'est-il introduit analogiquement dans bien des cas où il n'est pas organique. Il se présente près de tous les verbes marquant une obligation ou une convenance tels que il appartient, il affiert et il siet, ainsi que dans l'expression c'est à qn + inf. où il est de règle. Par analogie, on le trouve aussi près de il eschiet (= il arrive) qui présente l'exemple suivant:
Al. Ghartier 509 Et puis qu'ainsi m'est escheu,
D'estre à mercy entre voz mains, Si m'est au cheoir mescheu.
La tendance opposée se manifeste près de il plaist; sur 27 cas de ce verbe impers., les constructions prépositionnelles ne sont représentées que par un exemple chacune. Il y a lieu de remarquer aussi à cet égard l'exemple de il profite relevé ci-dessus; de même les 3 exemples suivants du verbe impers, il suffit près duquel l'inf. avec de est la construction organique:
Al. Ghartier 354 Ne souffisoit il pas laisser faire nature sans la parforcer?
412 Pensez que riens ne souffist vouloir le salut S liberté
publicque, & désirer la confusion de son ennemy. 438 Mais il ne souffist pas entièrement les auoir
26 Hilding Kjellman,
Signalons enfin que, près de il vaut mieux, il n'y a pas d'exemple de Tinf. prépositionnel après le que comparatif, ce qui est au contraire le cas près de il vaut plus^.
François Villon, Œuvres.
Villon fait un usage très restreint de verbes impers, construits avec un inf.; aussi y-a-t-il très peu à dire là-dessus. Les forces analogiques qui tendent à créer un emploi uniforme de l'inf. sans prép. ont fait sentir leur action, comme le prouve l'absence totale d'inf. prépositionnel près de il plaist ainsi que l'exemple suivant avec il couste, présentant aussi la construction fondamentale:* Villon 130 16S Et qu'il ne liiy coustc une noix, Faire au soir cent fois la faffée En despit d'Auger le Danois.
Par contre, l'inf. avec de Ta emporté dans la combinaison shst. + cap. + tuf., 10 exemples de cette construction présentant rinf. prépositionnel, tandis que l'inf. pur se trouve dans un seul cas. De ces exemples, 9 sont du type emphatique ou impers. c'est, il est + sbst. + inf; un seul, celui de l'inf. pur, présente la forme sbst. + est j- inf.
Mystères du Viel Testament.
Le seul verbe impers, que je trouve ici pour la première fois avec un inf., est il répugne appartenant aux locutions impers, marquant un sentiment ou un acte de volonté:
Myst. 14912 Je ne luy puis tenir quelque rancune. Tenir il répugne.
Se bonne fortune L'a en honneur mis
' Edeiï constate, op. cit. p. 9.5, que Chartier se sert de l'inf. pur dans plusieurs cas où le français moderne emploie l'inf. avec de. 11 signale d'abord les combinaisons ahst. + être + inf. et adj. + être + inf., en déclarant que la construction est rare, sans toutefois indiquer que la construction prépositionnelle n'est pas plus commune. Parmi les verbes impers, proprement dits qui ont la même construction, il cite ensuite il appartient, il plaît, il convient, il affiert et il suffit; que ce soient des verbes dont l'emploi et la construction soient bien différents, cela n'a pour lui aucune importance.
Eder ne connaît pas de verbe impers, suivi d'une proposition inflnitive, construction qu'il a trouvée souvent près des verbes actifs.
* Stimming, Villon p. 288 ainsi que Reichel p. 84 ss. font mention de cet emploi de l'inf. pur près de certains verbes impers.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 27
Vu le rapport sémantique qui unit ce verbe à il plaist. la construction est toute naturelle.
Sur 57 cas notés qui présentent la construction shst. + cop. + inf., il n'y a que 5 exemples de l'inf. sans prép.; dans un seul «xemple, où. l'inf. a un sens temporel qui a certainement déterminé la construction, l'inf. est précédé de à;
Myst. 12048 A voir les fruits par tout espars C'est ung terrestre paradis.
Les phrases présentant l'inf. avec de se groupent de la manière suivante:
*l ®fH + sbst. + inf. 37 cas
c est
sbst. + est + inf.
inf. + est + sbst.
est + sbst. -t inf.
Les constructions emphatique et impers, prédominent donc fortement. Des 1 1 exemples présentant la forme sbst. + est + inf., la plus grande partie — 8 exemples — sont des locutions figées remontant au vieux français, telles que temps, force, saison, mestier, besoin est + inf., p. ex. :
Myst. 5887 Force m'est de lesser le monde. 10413 II n'y a que remédier, Saison est de Vexpedier, Car jamais il ne me voyrra. Va. 8655.
La construction adj. + cop. f inf. précédé de de l'a emporté définitivement; j'en ai noté 13 exemples sur 3(5) cas présentant l'inf. pur et un seul cas présentant l'inf. avec à;
Myst. 5827 Bon est a voir que nous avons Obtenu sa miséricorde;
Dans la partie du texte que j'ai étudiée, la forme nouvelle il est + adj. + inf. est employée dans 10 cas sur 17 (19). A cet égard, l'usage est donc encore loin d'être établi.
Quant à l'extension de l'emploi de l'inf. avec de près des impers, simples, il convient de faire ressortir que il plaist se rencontre 6 fois sur 31 avec cette construction. De plus, les Mystères présentent la construction c'est à qn toute développée sous sa forme moderne, c'est à qn d« + inf., ex.:
28 Hilding Kjellman,
Myst. 10483 Père, vous sçavez la façon De sacrifice présenter; C'est a vous de Vexecuter.
15071 Frère, c'est a moy de honnorer Ton digne nom en chacun lieti.
16458 Avisez quelle région
Prendrez: c'est a vous de choisir.
Par contre, le synonyme il appartient n'a que l'inf. pur.
Dans d'autres cas encore, l'emploi de l'inf. avec de est bien établi, témoin il reste qui se trouve dans ce texte avec l'inf. précédé de de, construction tout exceptionnelle pour ce verbe construit généralement avec l'inf. précédé de à, ex.:
Myst. 10063 Or sa, nous sommes arrivez
Sus le mont; père, vous sçavez Ce que plus il reste de faire.
10810 II reste de cheminer fort
Tant que je soyc par delà;
6607 Ne reste que d'avoir courage^;
Dans le dernier cas, l'emploi de la prép. est justifié par le que < quant qui précède et qui, comme nous l'avons constaté plus haut*, a déjà une tendance à amener l'inf. avec de. A comparer les exemples analogues:
Enf. Og. 4626 Aprestè furent, n'i ot que dou monter
Myst. 7907 c'est parlé."
On en est rompu et foullé;
Il n'est tel que d'estre a par çoy.
Pour les deux autres exemples, on ne peut pas admettre cette analogie. Ils s'appuient plutôt sur des phrases telles que
' Il y a un quatrième exemple de ce verbe suivi d'un inf. qui cependant n'est pas tout à fait certain:
Hyst. 4388 II reste de terre couvrir
Le corps, que la beste sauvage Ne sortisse hors du boscage » Cf. p. 21.
' Cf. ToBLEB, Verm. Beitr. I p. 20, où il donne un grand nombre d'exemples de cette construction, fréquente surtout dans la langue ancienne. Cf. aussi Kjellman, Construction p. 232.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 29
Myst. 7001 Fére Taré, je vous diray
Qu'il est de faire a mon advis
dont la construction représente dans ce texte la forme générale de l'expression il est + inf., prise dans le sens d'une obligation.
Les Cent Nouvelles Nouvelles.
Dans ce texte de prose remarquable, le verbe impers, il meschiet, familier déjà à la langue ancienne, est construit pour la première fois avec l'inf.:
Cent nouv. I 295 J'ay bien scéu que n'a guères, en la ville d'Arras, avait un g bon marchant auquel il mescheut d'avoir femme espousée qui ....
Ce verbe appartient au même groupe que le verbe simple il chiet ainsi que il avient et il arrive dont il diffère pour le sens en ce que l'occurrence qu'il dénote est de nature fâcheuse. De même que près des autres verbes de cette classe, la construction organique serait l'inf. avec à'. Dans ce texte, cependant, le verbe est suivi de l'inf. avec de, construction se retrouvant aussi occasionnellement près de il avient et qui doit être attribuée à l'analogie agissant en faveur de cette construction de l'inf.
Je signale aussi la locution impers, il est en qn, signifiant je peux, je suis capable, dont je viens de relever aussi un exemple dans Charles d'Orl.^ p. ex. :
Cent nouv. I 70 Ne plorez plus, mon fih, respond le maistre, et si me dictes qu'il vous fault, et je vous asseure, s'en moy est de vous aider, je m'y emploiray comme je doy.
l ] 18 II est en vous de vous garir et sauver, et ne vous fault que tendre la main et requerre ayde
I 241 Ma bonne voisine, il seroit bien en vous de me faire ung service et un tressingulier plaisir.
' Cf. ScHMiDT, op. cit. p. 58. M. ScHMiDT énumère p. 57 ss. les locutions impers, dont la conslruction ne répond pas à celle qu'ont adoptée les mêmes verbes dans la langue moderne ou dont la construction lui paraît remarquable sous d'autres rapports. Bien entendu, il ne se prononce ni sur le rapport qu'ont ces constructions avec l'usage général de cette époque, ni sur l'origine des modes de construction dont il fait mention. Cependant, l'exposé de M. ScHMiDT est des plus instructifs sur la syntaxe descriptive.
" Voir plus haut p. 22.
30 Hilding Kjellman,
La construction de l'inf. doit avoir subi l'analogie de phrases telles que c'est à moi de + inf., il est en ma puissance de + inf., qui se trouvent dans ce texte ainsi que dans d'autres de cette époque; cf.:
Cent nouv.I 170 et ne fut onques en sa puissance de tirer sa dague
II 112 mais il n'estait en sa puissance de soy ravoir
I 147 Mon oncle, mon amy, vous savez qu'il est à moy, la mercy Dieu, qui swj/s seulle héritière de monseigneur mon père, de vous faire beaucop de biens
I 171 Et quand elle vit qu'elle n'aroit point son panier percé, et qu'il n'estait pas à l'aultre de seulement mettre sa lance en son arrest. . .
L'analogie en question ressort nettement des deux dernières tournures, qui, à mon avis, sont dues à une contamination, s'étant opérée entre les constructions c'est à moi de + inf. et il est en moi de + inf. Pour la forme, ces phrases ont été influencées par celles qui sont formées sur l'expression c'est à qn; le sens en est pourtant celui qui revient à l'autre construction.
Avec la construction sbst. + cop. + inf., l'inf. avec de se trouve dans 60 cas; il n'y a que 4 exemples de l'inf. pur, tandis que l'inf. précédé de à n'est pas représenté dans ces phrases. Voici le tableau des constructions:
inf. pur inf. avec de
il est 1 ... ,
ç.ggj I + sbst. 4 mf. 1 30
sbst. + est + inf. 3 17
est + sbst. + inf. — 13
Les constructions emphatique et impers, se trouvent donc dans la grande majorité des cas; le grand nombre d'exemples présentant l'ancienne forme sbst. + est t- inf. est cependant remarquable ; ici encore, nous avons souvent affaire à la vieille formule force moy est + inf. dont j'ai noté en tout 15 exemples:
Cent nouv. I 44 force luy fut le charetoH avec liiy et sa femme en son lit héberger
I 44 Force luy fut d'obéir
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 31
La construction suivante mérite une remarque spéciale:
Cent nouv. I 249 et est ce à faire à vous de dire tant d'heures?
= «est-ce à toi, est-ce ta besogne de faire tant de prières?»
A mon avis, on doit voir dans le terme à faire le subst. affaire bien que décomposé dans ses éléments par le sentiment de l'étymologie. L'expression pourrait être expliquée aussi par un développement de la locution c'est à qn, dont elle aurait pris la construction de l'inf. La première hypothèse est appuyée par le fait que le français moderne garde l'expression sous la foi"me c'est affaire à qn de + inf., p. ex.:
Maeterl. Marie Magdel. II 3 (p. 103) Cest affaire aux esclaves de findiquer la route qui ramène au sépulcre.
La construction adj. + cop. + inf. présente aussi l'inf. avec de dans la plus grande majorité des cas. Sur 22 exemples en tout, l'inf. pur ne se trouve que 4 fois et l'inf. avec à dans un seul cas :
Cent nouv. II 206 et à l'occasion de ce, son maistre l'amoit tant, qu'il ne seroit pas legier à compter combien il en estoit assoie.
Aux 17 cas présentant l'inf. avec de, il faut ajouter 2 exemples, où l'inf. dépend de la tournure est + part, (mal fait).
La forme moderne il est + adj. + inf. avec de se présente dans 10 cas; il est + inf. construit d'une autre manière dans 3 exemples; dans 5 cas, nous trouvons la vieille construction adj. + est + inf, p. ex.:
Cent nouv. II 94 le mary, pensant en soy mesmes, puis qu'elle avoit encommencé à faire la folye que fort seroit de l'en retirer
Dans 3 exemples, le pronom faisant fonction de sujet formel est ce au lieu du il régulier, ex.:
Cent nouv. I 184 c'est bon de nous eoueher de bonne heure.
Pour terminer, quelques observations sur la construction des verbes impers, simples.*
' La construction dite proposition inflnitive est très répandue dans les Nouvelles. Cf. Schmidt p. 56 où n'est cependant eité aucun exemple de cet emploi de l'inf. près d'un verbe imper».
32 Hilding Kjellman,
L'inf. avec à se trouve encore près de il convient dans l'exemple suivant:
Cent nouv. Il 243 il se tenoit tout seur que ma nature me contraindroit à briser ma continence, et que par nécessité me conviendrait à converser avec homme.
Il advient présente aussi la même construction dans un exemple où ce verbe impers, a le sens de «seoir», «aller bien», s'adaptant très bien à ce rapport sémantique avec l'inf. subordonné:
Cent nouv. II 61 et Lien hiy advenoit à recevoir gens
Employé dans le sens de «arriver», il demande pourtant l'inf. avec de:
Cent nouv. I 1 46 e^ s'i'i nous advenoit meschef ou d'estre prins ou destroussez de biens.
Quand M. Schmidt* prétend qu'à l'exception des deux exemples cités de i7 convient et de i7 advient, «ist bei den unpers. Verben auch der Inf. mit à vor dem Inf. mit de verschwunden», cette assertion ne me semble pas tout à fait exacte. Il est vrai que parmi les locutions impers, qui ont été construites auparavant avec à et l'inf. et qui ont perdu cette construction, il n'y a que il convient et il advient qui présentent encore des traces de l'usage primitif. Mais en dehors de ces exemples, l'inf. avec à se trouve aussi avec il fait — construction si fréquente dans l'ancien français:
Cent nouv. I 173 Or ne fait pas à oublier que la bonne damoiselle luy voulut monstrer ung prisonnier
Cette même construction se trouve encore dans des phrases formées à l'aide des locutions impers, il vient, il reste, il est, et il y a. Enfin, dans bien des cas p. ex. près de il convient et il plaist, ce n'est pas l'inf. précédé de de, mais l'inf. pur qui a pris à cette époque la place de l'ancien inf. avec à.
M. ScHMiDT prétend en outre* que dans les Nouvelles «der Infinitiv mit de bereits die Oberhand zu erhalten scheint», assertion qui ne peut non plus être acceptée sans réserve, cette construction ne se trouvant jamais près de verbes impers, très fréquents tels que il convient et «7 plaist, tandis que d'autres ne le présen-
' Cf. p. 29 Rem. 1.
' Op. cit. p. 57.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 33
tent que par exception. Cependant, l'inf. précédé de de paraît plus populaire dans ce texte que dans ceux que nous avons étudiés auparavant. Ainsi, l'inf. avec de se trouve près de il appartient, il chiet (en propos),^ il meschiet et il avient. Même il vaut mieux présente cette construction dans l'exemple suivant:
Cent nouv. I [17 Si vous prions toutes ensemble que vous ne nous e)<pergnez en rien qui soit des liens de vostre église, car mieulx nous vauldroit, et plus cher l'aymerions, de jierdre la plus part de noz Mens temporels que le prouffit cspirituel que vostre présence nous donne
Il est étonnant qu'on ne trouve jamais il plaist suivi d'un inf. avec de, tandis que les autres locutions impers, appartenant à la même classe présentent toutes cette construction, il desplaist et il tarde 2 fois, il grève et il ennuie 1 fois.
Sous l'action de l'analogie, il prouffitc que A. Chartier construit avec l'inf. pur*, se présente dans les Nouvelles avec l'inf. précédé de de. Il en est de même de il loist, locution si fréquente dans la langue ancienne, où cependant elle ne se trouve avec l'inf. prépositionnel que par exception:
Cent nouv. 1118 Et ne dit pas nostre bon père saint Augustin qu'il ne loist à personne de soy oster la vie ne tollir ung sien membre?
L'analogie opposée a influencé la construction de il suffit qui, outre des exemples réguliers présentant l'inf. avec de, offre deux cas de l'inf. pur et, si mon interprétation est juste, aussi l'inf. précédé de en^:
Cent nouv. II 238 En bonne foy, ainsi feray-je, mais que je puisse; en non trespasser le conseil de mon mary il me souffist largement = «il m'est suffisant dans l'action de suivre les conseils de mon mari = il me suffit de suivre 1. c. d. m. m.»
' Même sens que la locution il chiet à propos employée par Ctiristine de Pisan, voir plus haut p. Ii2.
» Cf. ci-dessus p. 21.
' C'est aussi l'avis de M. Schmidt, op. cit. p. 63; selon lui, c'est le seul cas d'un inf. précédé de en que présentent les Cent Nouv. Nouv.
H. Kjellman: Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 3
S4 Hilding Kjellman,
Voilà un des exemples extrêmement rares où un verbe impers, est construit avec un inf. précédé d'une préposition autre que de ou à.
Je liens aussi à signaler l'exemple suivant de il fait + inf. sans prép, qui me paraît assez remarquable":
Cent nouv. I 222 Et fait assez penser que
A mon avis, c'est le résultat d'une contamination entre cela fait penser que et il fait à penser que. La dernière de ces deux constructions qui appartient proprement à l'ancien français, n'est pas inconnue à l'auteur des Nouvelles*.
Philippe de Commynes, Mémoires.
En ce qui concerne l'usage des verbes impers, chez cet auteur, il convient de signaler d'abord que dans la partie de son œuvre que j'ai étudiée, il n'y a aucun exemple de la locution il convient + inf, Commynes se servant toujours de il faut pour exprimer une nécessité générale, sens commun à ces deux verbes impers.
Signalons aussi l'emploi des constructions suivantes appartenant proprement à Tancienne langue:
Comm. II 16 Et si ung prince n'est loé de ceste vertu sur toutes les aultrcs, qui vient de la grâce de Dieu seullemcnt, quelque autre bien que l'on en sceust dire, rien n'est d'estimer
Comm. I 443 Et quant ce vient à se deffendre, on veoit venir ceste mute de loing
En général, les constructions qui nous intéressent ici sont conformes à celles que présentent les auteurs contemporains. Dans la combinaison shst. + cop. + inf., l'inf. avec de l'emporte de beaucoup sur les autres constructions ; sur 62 exemples en tout, il n'y a que 4 exemples de l'inf. pur et 3 exemples présentant l'inf. avec à. La forme nouvelle est bien prépondérante, comme cela ressort du tableau suivant:
' Cité par M. Schhidt p. 62 sans aucune explication. ' Cf. ci-dessus p. 32.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 35
inf. pur
inf.
avec à
inf
avec de
il est 1 .
c'est } + sbst. + mt.
sbst. + cop. + inf.
inf. + cop. + sbst.
cop. + sbst. + inf.
La combinaison adj. + cop. + inf. présente 20 cas de l'inf. avec de, pour 4 exemples de l'inf. avec à et 2 (3) exemples de l'inf. pur. L'inf. avec à s'est maintenu dans les phrases il est bon à penser {entendre, dire) ainsi que dans la construction:
Comm. I 443 Toutesfoyz, puis qti'il y a paiement, il serait, bien aisé à y mettre ordre
Gomme je l'ai indiqué plus haut, ce sont les phrases formées à l'aide des adjectifs bon, facile, aisé, etc., qui se sont opposées le plus longtemps à l'influence analogique s'exerçant en faveur de la construction aujourd'hui définitivement établie. Voici le tableau de ces constructions:
inf. pur
inf. avec à
inf.
avec de
il est + adj. + inf.
cop. + adj. + inf.
inf. + cop. + adj.
adj. + (cop.) + inf.
En somme, Commynes emploie donc les différentes constructions dans la même proportion que les Cent Nouv. Nouv. Dans ces deux textes presque contemporains, l'emploi de la forme ancienne adj. + est + inf. est très restreint. Comme l'a indiqué M. Horning', l'usage moderne est donc complètement établi vers la fin du XV« siècle.
Les verbes impers, suivants ont subi l'influence analogique des constructions composées:
il appartient ne présentant que des exemples de l'inf. avec de; il grève, dont j'ai relevé l'exemple suivant:
Comm. I 306 II greva beaucop au Eoy de dissimuler de ceste parolle
' Op. cit. p. 258.
S6 Hilding Kjellman,
t7 sert:
Comm. II 66 Ailleurs ay parlé de ceste matière; mais il servait encores d'en parler icy
il me semble, dont cet exemple présente un élargissement inusité de l'emploi de l'inf. avec de:
Comm. I 182 Or, semblait il bien au Roy d'estre au dessus de ses affaires.
Pour ce qui est enfin des constructions des différents verbes simples, il convient de signaler que il desplaist se présente avec l'inf. précédé de à, construction qui à mon avis est due à l'analogie du verbe simple et dont il n'y a que très peu d'exemples même dans le vieux français; voici l'exemple en question:
Comm. I 232 II me desplaist à dire ceste cruaulté.
Commynes fait un grand usage de la proposition infinitive qu'on trouve près des verbes actifs connaistre, cuider, dire, estimer, croire, désirer, espérer, juger, prétendre, etc. ' Voici encore un exemple de cette construction près de il semble^:
' M. Stimiiino, op. cit p. 214, caractérise de cette manière les constructions qui nous occupent ici: «In Bezug auf den Inf. ist zu constatieren, dass Commines viel hâufiger den reinen Inf. gestallet, als die heulige Spraclie dies zuISsst. So findet er sich nocli manchmai als Subject zu être mit einem Adjektiv oder Adverb>. L'étude que je viens d'entreprendre coiiflnue bien cette explication assez générale, il est vrai, mais qui donnait, il y a déjà 40 ans, une idée assez claire de l'usage du XV« siècle. Quand il continue, cependant: «Auffallend ist dieser Gebrauch in Fâllen, wo der reine Inf. eine Ergâiizung des Adjectifs oder Partieipiums ist». il ne veut probablement pas dire que cet inf. pur, de même que celui dont il vient de parler, soit uti liéritage de l'ancien français. Cette construction ne remonte pas à la langue ancienne; elle tient en réalité à une tendance tout à fait nouvelle dont les premières traces paraissent au commencement du XV« siècle. Elle ne pourra s'expliquer que par l'influence croissante de la tradition latine et on s'étonne qu'elle ne se soit pas encore imposée aussi dans la construction des locutions impers. Il s'agit de constructions telles que:
Cent nouv. 1 14 Troj) bien eut il content 'pour pitié et aumosne luy
faire quelque gracieuse aide d'argent I 81 et de fait eut bien le courage luy demander à faire I 200 fay la charge de par monseigneur vous dire en bref la cause Comm. VII 15 (éd. Buchok) par condition que .... il fussent tenus les rendre I 163 et eussent esté très contens attendre encore auleuns jours ' Tœnnies cite aussi cet exemple; cf. op. cit. p. 38.
Construction de l'inf. dit sujet logique eu français. 37
Comm. I 95 car j)ar ce moyen il luy semblait le Roy estre ajfoihli de la tierce partie.
Il ressort de l'emploi que fait Commynes des locutions impers. + inf. qu'avec des exceptions importantes il écrit une langue qui est sous ce rapport essentiellement moderne. Il y a entre lui et les écrivains qui ouvraient le XV" siècle une différence assez grande. Ceux-ci employaient encore assez souvent l'inf. précédé de à dans la tournure suhst. + cop. + inf., tandis qu'à la fin de cette époque l'inf. avec à ne se rencontre que dans des cas exceptionnels. Au début du siècle, la construction ancienne du type folie est de le faire était en pleine vigueur et la tournure adj. + est + inf. n'avait pas encore revêtu sa forme impers, moderne. Tout cela s'est modifié au cours du siècle qu'embrassent jusqu'ici mes recherches. Les verbes impers, simples ont suivi le même développement. A part des exceptions isolées, l'emploi de l'inf. avec à s'est restreint aux cas où on le trouve dans la langue actuelle, et l'inf. pur a vu envahir son domaine par son concurrent plus heureux, l'inf. avec de, qui s'est introduit dans beaucoup de cas où il n'est pas organique. Mentionnons surtout à ce sujet il appartient, il plaist, il grève et il ennuie, il vaut mieux, il loist, il me semble, il sert et il avient qui présentent tous vers la fin du XV' siècle des exemples de l'inf. précédé de de. En effet, cette construction semble en train de prendre la place prépondérante qu'elle a dans le français d'aujourd'hui, et à ne regarder que ces expressions, on s'attendrait à constater bientôt un usage tout moderne. Il n'en sera pourtant pas ainsi. Au début du siècle qui suivra, des influences nouvelles vont interrompre le développement que nous avons suivi jusqu'ici, et la construction des locutions impers, prendra à partir de cette époque un aspect tout à fait nouveau. C'est à l'étude de ces influences et à ce qui en est résulté que sera consacré le chapitre suivant.
Au XV» siècle, ces constructions ne se présentent que par exception tout en devenant plus usitées vers la fin de cette époque; cf. Schmidt op. cit. p. 60. Elles méritent d'être citées en tant qu'elle dérivent d'un développement qui atteindra son apogée dans la première partie du XVI« siècle et qui alors se retrouvera aussi dans la construction des locutions impers.