CHAP. V
Les grammairiens français et les impersonnels.
La grammaire française est née au XVP siècle. Les premiers essais sont intimement liés aux tentatives faites pour échapper à l'influence classique et constituer une langue française indépendante du latin. «C'est à la nécessité de régler l'usage général de la langue vulgaire, que nous devons les œuvres de nos premiers grammairiens», dit Livet'. Et il continue: «A les examiner même, ce sont moins encore les Français qu'ils veulent instruire, — l'usage, si puissant en fait, semble leur suffire comme règle — mais les étrangers».
Or, si les grammairiens se sont proposé de codifier le français tel qu'il était parlé par les classes élevées et surtout à la cour, et s'ils ont composé leurs œuvres dans le but pédagogique d'apprendre aux étrangers comment devait se parler le français, on s'attendrait à ce que la nouvelle science grammaticale eût contribué, par l'examen méthodique auquel elle soumettait la langue, à fixer et à régler l'usage. Il n'en a rien été cependant au commencement. Les premiers grammairiens n'étaient que des orthographistes et des lexicographes qui ne s'occupaient guère de la syntaxe et qui tout spécialement ne s'intéressaient pas aux questions qui font le sujet de la présente étude. Ce n'est que plus tard que la construction devient le sujet d'une étude grammaticale proprement dite. En revanche, les grammairiens, même les plus anciens, sont d'un esprit spéculatif et s'adonnent à des considérations théoriques, qui au point de vue scientifique sont de très peu de valeur, il est vrai, mais qui n'en sont pas moins dignes d'observation. Le il toujours invariable des locutions impers, n'a pas laissé d'attirer l'attention des grammairiens, et en prenant pour point de départ cette particularité, ils se prononcent de manières
' Op. cit. p. 2.
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diverses sur la nature de ces locutions. Quoique cette question ne rentre pas dans le cadre de cette étude, il m'a paru d'un certain intérêt de rapporter aussi les opinions qu'ils émettent à cet égard. Ce n'est du reste quen citant ces témoignages que je pourrai donner au lecteur une idée d'ensemble sur la manière dont la construction impers, a été conçue par les grammairiens français et établir l'importance qui au point de vue syntaxique doit être attribuée à l'œuvre grammaticale.
Le premier qui, au XVP siècle, mérite vraiment le nom de grammairien, est Jacques Dubois, dit Sylvius', dont l'œuvre grammaticale date de 1531*. I! se prononce^ d'une manière assez curieuse sur la construction impersonnelle qui est identifiée par lui avec les tournures où on fait fonction de sujet. Les vrais impersonnels ne semblent pas exister pour lui. Voici ses propres mots: «Les modes expriment nos sentiments; ils sont les mêmes en français qu'en latin et en grec: indicatif, impératif, optatif, conjonctif, infinitif. L'impersonnel, ajouté par quelques-uns, n'est pas un mode, mais un verbe qui a des modes sans avoir de personnes, nous le rendons par hom ou l'honi avec un verbe défini».
Après vient, comme grammairien de quelque importance, Louis Meigret*, dont il a été question plus haut^. Ce qui fait le principal intérêt de son œuvre, c'est qu'avec lui paraissent les premiers écrits en français sur la langue française. L'ouvrage principal de Meigret, paru en 1545, a pour titre «Traité touchant le commun usage de l'Escriture françoyse» et ce n'est qu'un traité d'orthographe. En 1548, il publia ensuite sa grammaire, dans laquelle il donne l'application de ses idées orthographiques. Nulle part il n'aborde la question des impersonnels ni de la construction de l'inf. Il en est de même de Jacques Pelletier^ qui en
' Cf. LivET, op. cit. p. 1 ss., Stengel, op. cit. p. 20.
' Palsgrave (15.30), étant Anglais et ayant composé son œuvre dans cette langue, je n'ai pas cru le devoir citer ici. D'après lui, «verbes imparsonalles be suche as through al theyr tenses hâve but the thyrde parson singular onely». Cet énoncé, op. cit. p. 83, est complété par un autre encore plus clair, op. cit. p. 129: «verbes impersonals be suche as betokenyng doyng will bave none other nominative case before them but onely il, by reason wherof they hâve neyther nombre nor parson, but one onely worde in every of theyr tenses suche as il requireth».
' Op. cit. p. 35.
* Cf. LivET, op. cit. p. 49 ss. Stengel, op. cit. p. 20.
* Cf. ci-dessus p. 48.
' Cf. LivET, op. cit. p. 143 ss.
94 Hilding Kjellman,
1545 publia un «Dialogue de l'orthographe et prononciation françoise»; c'est un pur traité d'orthographe, qui au point du vue syntaxique manque absolument d'intérêt.
Plus important pour les questions qui font le sujet de la présente étude est Pierre Ramus'. Son ouvrage intitulé «Grammaire de P. de la Ramée, lecteur du Roy» et qui parut en 1572, est divisé en deux livres, dont l'un est consacré à l'étymologie, l'autre à la syntaxe. Surtout dans la dernière i>artie nous trouvons des opinions intéressantes qui portent bien la marque du temps. Ramus apporte le premier une distinction entre les constructions personnelles. «Le verbe est divisé doublement,» dit-il», «par la différence de la personne, en personnel et en impersonnel». Et cette construction impers, n'est pas seulement celle correspondant au latin currittir = on court; il entend par là l'acception vraiment impers. Voici ses propres termes*: «Le verbe latin impersonnel de voix active est expliqué par i7, et de voix passive par on, comme oportet, il faut, convemt, il convient, antatur, on ayme, cœnatur, on souppe». «Personel», dit-il à un autre endroit*, «c'est celuy quiest côiugue par trois personnes, côme ayme, aymes, ayme; impersonel qui est côiugue seulemèt par la troisiesme personne côme FaulU Chault.
Le pronom impers, il est défini de la manière suivante*: «//, est suppost indéterminé de la tierce personne des verbes Estre & Falloir comme «7 est bon, il est nécessaire de hic vitire. Il fault bien viure. Le semblable est deuat i a, N y a, comme II y n infinis hommes meschàs; Il n y a homme au mode hièviuant*.
Les mêmes points de vue se retrouvent dans les ouvrages grammaticaux — destinés comme ceux de Ramus à l'enseignement — qui ont pour auteurs Jean Garnier et Jean Pillot'. Toujours sous l'influence des traditions latines ces deux grammairiens prêtent au français deux sortes de verbes impers: l'impersonnel actif marqué par il, comme il faut, et l'impersonnel passif marqué par on. «Ces verbes se conjuguent comme tous les autres mais ils n'ont que la troisième personne, il faut, il fallait .... on chanta^ on a chanté»^.
' Cf. LivET, op. cit. p. 176 ss., Stemoel, op. cit. p. 25.
' Op. cit. p. 170.
' Op. cit. p. 78.
* Op. cil. p. 155.
' Cf. LivET, op. cit. 318 ss.
' Sur cette discussion voir aussi Benojst, op. cit. p. 32.
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C'est dans la deuxième moitié du XVI" siècle que l'inf. avec de s'impose définitivement dans les phrases impersonnelles, et il est très significatif que c'est Garnier qui, d'une manière indécise, il est vrai, constate en 1558 pour la première fois l'emploi prépondérant de cette construction. Il se prononce de la manière suivante 1; «L'infinitif est très souvent précédé de la préposition de comme: ce n'est pas honte d'apprendre, mais c'est honte de ne rien savoir. Il continue: «Les Français n'ont ni gérondifs ni supins comme en la langue latine. Ils rendent les gérondifs en plaçant devant l'infinitif présent diverses prépositions: de, pour, ou par le participe présent et la préposition en: ainsi il est temps de faire (faciendi), etc.
Les plus importants traités composés, au XVP siècle, sur la grammaire française sont dus à Robert Estienne et à Henri Esti- ENNE* son fils. Ils se composent d'une part d'études grammaticales, d'autre part de lexiques; ces derniers contiennent diverses constations sur la nature des impersonnels; l'autre partie donne une énumération des verbes impersonnels en usage à l'époque et en enregistrent la construction. On y retrouve p. ex. l'observation déjà faite par d'autres grammairiens sur la division des locutions impers, en impersonnels actifs et passifs. Voici ce qu'en dit Robert Estienne': «Une dernière classe de verbes est celle des verbes nommez impersonels, a cause qu'ils n'ont ne personnes ne nombres; c'est-à-dire, quand on en use, on ne scait de qui c'est qu'on parle, ne si c'est a une ou plusieurs personnes: seulement ont les modes et les temps distinguez, et sont tierces personnes. Ils sont de deux sortes en latin». Donc ils sont de deux sortes en français: car, évidemment, les deux langues n'en font qu'une. «Les uns finissent en -t, pour lesquels expliquer et rendre en fraiiçois on prépose il, comme oportet, il fault: oportuit, il a fallu; les autres se terminent en -tur; à tels, pour les exposer en françois on prépose on, comme amatur, on aime, dicitur, on dit. En laquelle manière de parler quelquefois ils prend la place de on, comme ils disent, pour on dit».
A un autre endroit*, R. Estienne développe sa théorie sur la flexion des impers, dans des termes qui font preuve d'une
' Cf. LivET, op. cit. p. 316.
' Cf. LivET. op. cit. p. 331 ss.
' Grammaire p. 00. Cf. Livet, op. cit. p. 426.
* De Gallica verborum declinatione. Cf. Livet, p. 470.
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conception très juste de l'individualité de ces locutions. Le verbe impers, à la voix active est selon lui conjugué de cette manière: Il ennuyé, il ennuyait, il a ennuyé ou ennuya, il avait ennuyé, etc.; et la manière de le conjuguer par nombres et personnes est celle-ci: // m' ennuyé, il V ennuyé, il luy ennuyé, il nous ennuyé, il vaus ennuyé, il leur ennuyé, etc. Ce dernier passage constate, on le voit, Timportance constitutive qui dans les locutions impers, doit être attribuée au datif*.
Pour nous, ce qui rend surtout intéressant le lexique de Robert Estienne, c'est qu'il enregistre la construction d'un grand nombre d'impersonnels. On y trouve, construits avec l'inf. précédé de de seul, il appartient, il advient, il est besoin, il ennuie, il fait mal, il fait beaucaup, il semble bon, il souvient. Il convient et il suffit présentent l'inf. avec de et l'inf. purj pour il sied enfin, il cite des exemples de l'inf. avec de et aussi avec à. D'après le lexique, il y aurait donc un certain flottement dans la construction de l'infinitif, faisant partie de ces phrases; d'autre part, ce témoignage est intéressant en ce qu'il renferme la première ébauche des règles qui fixeront un jour la construction de l'inf. dépendant d'une locution impers.
Voilà tout ce que nous apprennent les grammairiens du XVI» siècle; jusqu'ici la question qui nous occupe surtout dans cette étude, celle de la construction de l'infinitif, est à peine effleurée. Les grammairiens ne sont pas encore arrivés à discuter les questions de syntaxe. En revanche, on a fait attention, à la particularité des impersonnels et on a essayé d'en déterminer le caractère; à cet égard, la division en verbes impers, actifs — il faut — et en verbes impers, passifs — on aime — est significative; il en ressort qu'on est toujours dépendant de la grammaire latine; quand il s'agit de caractériser en français il faut et on aime, on part des formes correspondantes du laliYi oportet et amatur. Il est enfin intéressant de constater que la déclinaison insolite des impersonnels — il m'ennuie, il f ennuie, etc. — a déjà attiré l'attention des grammairiens.
C'est pendant la période de transition entre le XVl" et le XVII' siècle que lemploi de la prép. de dans les phrases impersonnelles gagne plus de fixité et de régularité. Voilà un fait que j'ai attribué en partie à l'influence croissante des grammairiens.
' Cf. Kjellman, Construction p. 50.
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Et en effet, on verra qu'à partir de 1600, la construction de la phrase va attirer de plus en plus l'attention de ceux-ci. Non seulement, ils s'intéressent à la classification des impersonnels, mais leur influence s'exercera aussi pour fixer et régler la construction de l'inf., faisant partie des phrases impersonnelles. Dans ce qui suit, je me bornerai donc essentiellement à faire ressortir les témoignages qui à ce dernier point de vue sont dignes d'observation. Je mentionne d'abord Charles Maupas (1607)^ Après une énumération des impersonnels qui étaient en usage de son temps — liste très complète, mais dressée d'après des règles absolument incompréhensibles — , il nous apprend* que «les impersonnels de voix active se construisent pour la plus part avec 1) le datif de la
personne <fc le génitif ou ablatif de la chose 2) Et encore avec
la préposition de devant un infinitif: Il me desplaist de vous importuner 3) Aussi avec la conjonction que*. Et il continue: «De ces trois sortes se construisent ceux-cy: il ennuyé, il couste, il fasche, il desplaist, il tarde, il soucie, il grieve, il importe, il poise, il démange, il cuist, il souvient, il suffît, il chaud, il prend bien ou mal.... De la seconde & troisième façon: il me profite d'estudier ou Que i'estudie, ainsi il duist, il nuist, vient à point, à propos, il sert, il appartient, il plaist: Que vous plaist-il faire ou que nous facions.
Il vaut, il faut, il convient avec un inf. pur. . . .' // manque, il reste avec la conjonction que & verbes conjonctifs ou avec De & inf.: il reste que vous faciez ou il vous reste de faire vostre devoir.
Il tient, quand il signifie envie ou volonté, il a les prépositifs & après soy ordinairement De & un infinitif: il ne me tient pas d'estre marié; il ne leur tiendra plus désormais d'aller à la guerre ....
Il fait bon, mauvais, beau, sur, dangereux, etc. tirent un inf. pur après eux.
Plus avec les adjectifs substantifiez: il est expédient, licite, raisonnable. Et toutes ces formulés ont en suite la conjonction Que avec verbes finis, principalement si le propos varie de per-
' Op. cil. p. 261. Cf. Stengel, op. cit. p. 33.
* Op. cit. p. 261.
' Ici est cité entre autres l'exemple : il s'ensuivra à vous d^endurer.
H. Kjellman: Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 7
98 Hiiding Kjellman,
sonne, ou la préposition de avec verbe infinitif quand il n'y a point variation de personne».
Plus bas*, Madpas cite un certain nombre de verbes personnels marquant «volonté, pensée ou permission» et qui sont suivis de l'infinitif pur, ainsi que des verbes «portans deffense ou empeschement», etc., et qui veulent la prép. de devant l'inf.; dans le premier groupe, il cite il faut; dans le dernier, comprenant aussi des verbes tels que ie m'esjouis, ie me fasche, l'ordonne, i'excuse et bien d'autres, nous trouvons à la fin le seul impersonnel il suffit. «Rangez ici», ajoute-t-il, «force impersonnels que vous avez cy devant en leur propre chapitre.»
Ce témoignage clair et irréfutable est bientôt suivi d'autres, dont je ne veux citer que celui d'ANTOiNE Oudin (1632)*. A propos de la prép. de, celui-ci s'est prononcé de la manière suivante*: «Le verbe estre la veut aussi lorsqu'il est construit avec ces
mots: aisé, fasché, marry C'est un plaisir de dormir, c'est
un contentement de boire frais, c'est une grand'peine de voir mourir, il est bon de penser à soy, il est à propos de s'informer, .... il est permis de discourir, il est temps de faire».
Oudin prête un sens double aux tournures il est aisé de faire et il est aisé à faire*. La première est selon lui impers., tandis que dans l'autre l'adjectif se rapporte à un sujet déterminé, qui peut être sous-entendu. Oudin a certainement tort. Dans ce qui précède, j'ai cité bien des phrases indubitablement impers, présentant la deuxième construction*. Celle-ci peut donc être impers, aussi bien que l'autre. Pour l'expliquer, j'ai eu recours d'une part au sens de l'adjectif, tendant à marquer un rapport qui doit être exprimé par à, d'autre part à une influence analogique exercée précisément par les cas très fréquents où se rencontre la construction personnelle qu'OuDiN a voulu voir dans la deuxième de ces tournures.
Oudin a consacré tout un chapitre à la construction des impersonnels de voix active*. Je me permets de le citer mot à mot: «Ceux-cy se construisent avec le datif de la personne & le génitif de la chose: il arrive, aduient, appartient, couste, cuit, convient,
' Op. cil. p. 299.
' Cf. Stenoel, op. cit. p. 38.
' Op. cit. p. 242.
♦ Op. cit. p. 245.
» Cf. plus haut pp. B7, 67, 74, etc..
* Op. cit. p. 249.
Construction de l'inf. dit sujet logique en français. 99
duit, desplaif, ennuyé, eschet, fascJie, importe, manque, nuit, profite, plaist, souuient, sert, suffit, tarde, tient^ . . . . Et si on les pose devant un infinitif, ils se lient par le moyen de la préposition de: il me plaist de vous dire; il me suffit de vous aduertir.
Plus bas il ajoute*: «Ji commence & il reste se construisent dans les impersonnels par l'entremise de la prép. à: il commence à pleuvoir; il reste à discourir. Il fait bon, beau, mauuais, se ioignent simplement à un infinitif: il fait beau aller, il fait bon dormir, il fait mauuais dormir la niiict*.
Nous pouvons nous en tenir à ces témoignages qui nous rappellent, en général comme dans plusieurs détails, les règles de la grammaire moderne. Ils nous ont menés vers le milieu du XVII" siècle et ils se multiplieront dans les œuvres grammaticales postérieures. Chifflet, Dhuez, d'Aisy, Des Pepliers, Buffier, tous reproduisent les mêmes règles sous une forme plus ou moins explicite. Si l'usage leur sert de point de départ, les théories qu'ils exposent n'en ont pas moins dû exercer une forte influence régulatrice.
A ces indications générales, viennent s'en ajouter d'autres d'une nature un peu diiférente. A propos de la construction des différents verbes impers., j'ai cité à plusieurs reprises les remarques de Vaugelas. Le célèbre grammairien a consacré plusieurs paragraphes à la construction des locutions qui font l'objet de la présente étude. La méthode est, non pas de poser une règle générale, mais de vouloir établir, dans les cas spéciaux qu'il traite, ce qui doit être regardé comme l'usage correct. C'est de ce point de vue qu'il juge les différentes constructions, condamnant celles qui ne lui semblent pas bonnes, recommandant les autres qu'il accepte. L'expression «parler Vaugelas» témoigne de l'influence qu'il a exercée sur ses contemporains, et à partir de son temps la plupart, de ses recommandations se retrouvent dans les manuels
' A propos de ce verbe impers., Oudin fait p. 253 l'observation suivante: «Et remarquez en passant une fausseté de Grammaire que j'ai rencontrée en mon Autheur que veut que l'imp. il tient signifie enuie ou volonté & forme des phrases barbares que voicy: il ne me tient pas d'estre marié, pour: te n'ay pas enuie. ce qui n'a iamais esté bon en nostre langue>. La dernière observation n'est pas juste; l'usage, condamné par Oudin, existait dans l'ancien français, bien qu'il paraisse tombé en désuétude au XVIIe siècle. Cf. Kjellman, Construction p. 185; voir aussi plus haut p. 47.
» Op. cit. p. 252.
100 Hilding Kjellman,
de grammaire ainsi que chez Ménage et d'autres, qui par des séries d'observations semblables à celles de Vaugelas luttaient pour le maintien du bon usage.
Si «parler Vaugelas» était très important pour quiconque voulait bien parler, «parler Malherbe» ne l'était pas moins. Bien que cet écrivain n'ait fait qu'effleurer' la question des impersonnels, il faut certainement le ranger parmi ceux qui ont contribué à fixer l'usage, sa langue ayant servi de modèle à toute la France contemporaine.
Je cite, en dernier lieu, parmi les dictionnaires celui de R. EsTiENNE dont je viens de parler déjà. Je signale aussi les lexiques de Palsgrave, de Nicot et de Cotgrave qui renferment bon nombre d'expressions impers., il est vrai, mais qui semblent pourtant d'un intérêt médiocre, comme sadressant principalement aux étrangers. C'est seulement le dictionnaire de l'Académie qui est vraiment important à cet égard. A partir de sa publication, en 1694, il est resté le véritable code du langage; plus qu'aucun autre il a contribué à régler et à fixer la construction des locutions et des verbes qui ont fait le sujet de cette étude.
' D'après Bbunot, Doctrine de Mallierbe p. 446, Malherbe a fait, dans son célèbre commentaire sur Desportes, quelques remarques sur la construction des impersonnels. Ainsi il a recommandé de faire suivre les locutions impersonnelles faites avec il têt d'un infinitif précédé de de, en citant à l'appui de celte règle l'exemple: Il est en votre pouvoir de n'aimer rien que vous. Si au contraire on ne se servait pas de la forme impersonnelle, on n'avait que faire de la préposition, p. ex.: l'aimer rien que votts est en votre pouvoir. La même construction doit se présenter près de l'expression: ce m'est grand honneur ainsi que dans la phrase; il est impossible d'avoir, tandis qu'on dirait: c'est chose impossible à avoir. Malherbe recommande enfin de construire aussi lu locution que sert? avec l'inf. précédé de de.
Tableaux statistiques.
Tableaux statistiques.
Christine de Pisan, Œuvres poétiques, vol. I — III. inf pur à de
faut
estuet
convient ....
affiert
appartient . . .
'est à qn ....
siét
messiet
vaut mieux I .
ne vaut rien .
vaut peu (petit) que vaut? . . . .
vaut
plaist
desplaist . . . .
ennuie
poise
chaut
tient
il suffit
souvient . . . .
reste
il me semble. . .
sbst. + eop
adj. -f cop
il est bon assavoir
rien + cop
il est grief . . . .
il est tart
il vient en volenté il fait + adj. . . .
quant est
c'est( + inf.préd.) que c'est
fl)"
iso
ps
' I. 18. 19, 66. 8, 264. 50. 3, 282. 30 II. 30. 37, 79. 1001, 190. 1031.