‹ La contagion: comédie en cinq actes, en proseChapitre 10 sur 96 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

trempé, va ! 11 dit souvent : La vie ne vaut pas qu'on Taccepte sans conditions; tant qu'elle se laissera mener à grandes guides, j'y consens; le jour où elle m'obligera à trottiner, bonsoir!

Et il est homme à le faire comme il le dit.

TENANCIER

Vous croyez cela, vous autres? Pour que vous vous laissiez prendre aux grands mots, il suffit donc qu'ils soient malhonnêtes? C'est pitoyable. — Au surplus, que ce monsieur se tienne ou non parole, peu m'importe. Je ne veux pas que mon fils reste sur une pente au bout de laquelle on peut entrevoir la liquidation par le suicide. Tu as vingthuit ans, c'est le bon âge pour se marier...

LUCIEN

Oh! père!

TENANCIER

Le mariage est la rupture la plus naturelle avec la vie que tu mènes. Mon notaire et ami, M. Duperrou, me propose un parti très-convenable : jolie figure, bon caractère, 500,000 francs de dot...

LUCIEN

J'ai bien le temps de penser à cela.

TENANCIER

Mais moi, je me fais vieux, et j'ai hâte de revivre dans tes fils.

LUCIEN

Si tu n'as pas assez de petits-enfants, fais convoler ma sœur; c'est l'état des femmes....

ANNETTE

Merci bien. J'ai satisfait à la loi du recrutement.

TENANCIER

Tu es pourtant trop jeune pour rester veuve.

ANNETTE

Et pour me remarier donc ? — Non, j'ai une belle fortune, de beaux enfants, le meilleur des chaperons, qui est mon père... que m'apporterait le mariage? Rien! et il me prendrait ma liberté et mon titre de marquise. — Mauvaise affaire !... — Revenons à ce jeune garçon, qui n a pas, lui, d'objection sérieuse.

LUCIEN

Pardon, j'en ai une.

TENANCIER

Laquelle ?

LUCIEN, se tournant vers sa sœur.

Je ne me soucie pas d'avoir des gredins de fils qui m'apporteraient tous les ans vingt mille francs de dettes, et à qui je n'aurais pas le droit de faire de la morale pour mon argent. Me vois-tu leur disant : Sont-ce là, messieurs, les exemples que vous a donnés... votre grand-père? Votre grand-père était un homme sérieux, qui a édifié sa fortune par son travail ; un homme vertueux, qui a le droit d'être sévère aux peccadilles de la jeunesse, parce qu'il ne les a pas connues, parce qu'il n'a jamais aimé que votre grand'mère...

TENANCIER

C'est bien, en voilà assez. On perd son temps à parler raison à un fou.

LUCIEN, bas à sa sœur.

Sésame, ferme-toi.

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