SCÈNE VII
ANNETTE, D'ESTRIGAUD.
ANNETTE
Voilà une charmante personne, pleine de tact et de véritable distinction. Je suis enchantée de la connaître. Savez-vous, cher baron, que son éducation vous fait le plus grand honneur?
d'kstrigauo.
Mal joué; marquise. Je marque une école.
ANNETTE, assise sur le canapé de droite.
Comment cela?
D^ESTRIGAUD, s'appuyant au dossier du canapé.
Votre billet était un piège, n'est-ce pas? vous vouliez me mettre en présence de Navarette, jouir dç ma confusion et me cribler de ces demi-mots qui sont le triomphe
des femmes? Eh bien, il ne fallait pas casser les vitres; vous venez de perdre tout votre avantage. Vous autorisez des explications que je n'eusse jamais osé aborder de front et dont je sentais que j'avais grand besoin.
ANNETTE
Mais cela s'explique de soi ; après avoir vu mademoi- Navarette, on ne peut s'étonner du goût que vous avez pour elle.
d'estkigaiîd.
Certes! c'est une liaison si plausible, que personne n'a soupçonné qu'elle en cachait une autre.
ANNETTE
Une autre?
d'estrigaui).
Qui a duré cinq ans, avec une femme dont la situation exigeait les plus grands ménagements et dont la réputation n'a pas été effleurée, grâce à ma pauvre Navarette.
Cette dame s'accommodait du partage?
d'estrigaud.
Elle savait, à n'en pouvoir douter, que depuis longtemps Navarette n'est qu'une amie pour moi.
ANNETTE
Et mademoiselle Navarette acceptait ce rôle de paravent? d'estrigaud.
Il a tant de compensations! D'abord, il lui laisse toute la liberté compatible avec les vraisemblances dont j'ai besoin; ensuite il lui fait dans son monde une position trèsenviée, permettez-moi cette fatuité; enfin il lui constitue une riche sinécure.
ANNETTE
En somme, c'est un expédient assez dispendieux.