ACTE TREMIER
ANNETTK.
Si j'ai un conseil à te donner, c'est de n'opposer à ses remontrances qu'un silence respectueux.
LUCIEN
Sois tranquille, je te passe parole. Tâche de détourner un peu sur toi le cours de son indignation.
ANNETTE, s'appuyant sur le dossier de la bergère.
Je ne suis pas montée pour autre chose.
Baisez ce frère I (n lui tend son front qu'elle embrasse.) TienS !
je ne te connaissais pas ce bracelet.
ANNETTE
C'est ton amî d*Eatrigaud qui me Ta envoyé.
LUCIEN
Eh bien ! il ne se gêne pas !
ANNETTE
Ce sont des médailles romaines... objet d'art.
LUCIEN
C'est vrai, cela peut s'offrir, et s'accepter. — Brrr ! IV faudra que je fasse cadeau à papa d'une voie de bois. Il fait des feux de pauvre.
ANNETTE
Frileux !
LUCIEN
Tu en parles à ton aise, toi ! Tu sors de ton appartement bien chaud... un étage à monter... moi, je viens de chez moi, à travers les frimas.
ANNETTE
De chez toi? si matin !
LUCIEN
Est-ce assez correct, hein? — II. faut dire qu'hier on m'avait intenté une sc^ne à trente-six carats*
ANNETTE
Qui cela. On?
LUCIEN
Une personne qui m'est... horriblement chère.
ANNETTE
Je m'en doute bien. Gomment s'appelle-t-elle pour le moment?
LUCIEN
Curieuse!
ANNETTE
As-tu peur de la compromettre?
LUCIEN, imitant la voix de son père.
Non, madame, mais un frère ne doit pas initier sa sœur aux mystères de nos Phrynés modernes.
ANNETTE
Voyons, papa; je ne suis plus une ingénue.
LUCIEN, même jeu.
Il n'importe. L'oreille d'une honnête femme doit ressembler à son corps; après la pureté, la chasteté. Du moins était-ce ainsi de mon temps.
ANNETTE
Tu m'ennuies. Tu te fais trop prier.
LUCIEN
Aurélie Briat, vingt-deux ans, taille d'un mètre cinquante, signes particuliers...
ANNETTE
Assez! assez!