ACTE TROISIÈME
ANNETTE
Mais c'est bien pire, monsieur! que va penser de moi votre valet de chambre?
d'estrigaud.
Absolument rien ; c'est sa consigne chaque fois qu'il me vient des curieuses.
ANNETTE
Il vous vient des curiosités de toute espèce; je n'entends pas que cet homme, qui sait mon nom, se méprenne sur la mienne. ( Eiie sonne. )
d'estrigaud.
Que faites-vous?
ANNETTE
Vous allez lui dire que sa consigne ne me concernait pas.
QUENTIN, entrant avec un papier sur un plateau d'argent.
C'est le cours de la bourse que monsieur, demande. d'estrigaud.
Oui, mêliez ça là. (Quentin pose le papier sur la table, à droite.)
Ne vous avais-je pas dit de fermer ma porte? .
QUENTIN
Oui, monsieur le baron.
Eh bien, c'est par erreur^ Vous laisserez entrer comme à l'ordinaire.
QUENTIN
Tout le monde?
d'estrigaud.
Hé oui , tout le monde.
QUENTIN
Bien, monsieur le baron, (n sortj
d'estrigaud.
Êtes-vous satisfaite?
Maintenant, je m'en vais.
d'estrigaud.
Pas tout de suite , ou ce drôle croira qu'on peut entrer parce que vous n'y êtes plus.
ANNETTE
C'est vrai... mais s'il arrive quelqi^'un?
d'estrigaud.
Il n'arrivera personne; la consigne a dû descendre jusqu'à la loge du concierge, qui ne sait pas votre nom, lui. Sacrifiez encore cinq minutes à l'opinion de M. Quentin, et permettez-moi d'en profiter pour moi-même. Aussi bien ai-je une explication à vous donner.
Sur quoi, mon Dieu? (Elle s'assied près de la table.)
d'estrigaud.
Sur la rareté de mes futures visites. Je serais désolé que vous pussiez l'attribuer à un pur caprice. Votre frère sort d'ici. Il trouve mes assiduités compromettantes, — ce sont ses propres expressions, — et il me prie de les suspendre.
ANNETTE
De quoi se mêle-t-il? Ne suis-je pas d'âge à me conduire?
d'estrigaud.
Sans doute ; mais ce n'est pas à moi de le lui dire : je suis trop son ami pour lui résister sur un point si délicat.