ACTE QUATRIEME
VOUS votre parole d'honneur d'enfouir dans un secret absolu la révélation que je vais vous faire?
ANDRK.
Je vous la donne.
NAVARKTTK.
D'Estrigaud vous achète votre concession cinq cent mille francs pour la revendre trois millions.
ANDRK.
Bah!
NAVARETTE
Faites le marché vous-même, et vous voilà trois fois millionnaire.
ANDRÉ
Trois fois millionnaire ! cent cinquante mille livres de rente... à moi? ce n'est pas possible !
NAVARETTE
Vous n'o-vez qu'à étendre la main.
Mais alors je suis aussi riche que le baron !
NAVARKTTE.
Et plus solidement.
ANDRÉ
Je peux avoir un hôtel comme le sien, des laquais comme les siens...
NAVARETTE
Et des attelages alezan brûlé, et une loge à l'Opéra.
ANDRÉ
Et des maîtresses dans Tor et la soie, et des douzaines de chemises de batiste !
NAVARETTE, souriant.
Et des parfums dans vos mouchoirs.
ANDRÉ
Je marîeniî ma sœur à qui elle voudra... Trois millions!... Oh! chère Navarette, comment vous témoigner ma gratitude ? Ne disiez-vous pas à table que vous aviez envie d'une bonbonnière à Yille-d'Avray? permettez-moi de la mettre à vos pieds.
NAVARETTE
Merci mille fois, cher monsieur. Mais votre reconnaissance n'a qu'un gage à m'offrir, c'est le secret. Je ne me dissimule pas l'énormité de mon procédé envers Raoul.
Bah ! il n'a que ce qu'il mérite. — Ah ! s'il m'offrait loyalement la moitié du marché, je me ferais scrupule de lui souffler l'affaire; mais un dixième! c'est trop peu. Monsieur le baron, tant pis pour vous! vous n'aurez rien. Cent cinquante mille livres de rente au fils de mon père!... c'est à crever de rire.
NAVARETTE
Vous ne me demandez même pas le nom et l'adresse de l'acquéreur.
ANDRÉ
Que ce soit le diable en personne...
NAVARETTE
Encore faut-il pouvoir vous aboucher avec lui.
AND^RÉ
Eh bien?
NAVARETTE
Sir James Lindsay...
ANDRÉ
Lindsay ? J'aurais du m'en douter... Ah ! mille millions de tonnerre !