‹ La contagion: comédie en cinq actes, en proseChapitre 68 sur 96 · ACTE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME

NAVARKTTK.

Accep teriez-vous ?

ANDRK.

Pardieu! avec ivresse... mais c'est un rêve!

D'Estrigaud va vous faire la proposition tout à l'heure, et vous aurez votre argent demain si vous voulez.

ANDRE/ avec enthousiasme.

Dites à Valentine que je reste, que je l'adore, qu'elle ne vendra ni ses bijoux, ni ses voitures... Je ne veux pas que mon amour la mette à pied !

NAVARETTE

Je conçois cela. Rien ne doit être plus humiliant pour un homme que de faire déchoir sa maîtresse.

ANDRÉ

C'est inadmissible ! Arracher Valentine à son atmosphère de luxe, décrocher ce tableau de son cadre I quelle brutalité I

NAVARETTE

Mais vous ne pourrez pas suffire au train qu'elle mène avec vos pauvres petites vingt-cinq mille livres de rente.

ANDRÉ

J'entamerai le capital, parbleu! je doterai largement ma sœur,. et je mangerai le reste.

NAVARETTE

Valentine ne le souffrirait pas. Une femme de cœur ne peut accepter que le superflu de l'homme qu'elle aime.

ANDRÉ

Eh bien ! je lui dirai que j'ai cent mille livres de rente, et ce sera la vérité pendant deux ans.

NAVARETTE

Quelle folie !

ANDRK.

C'est la sagesse ! Sardanapale est le seul qui ait eu le sens commun. L'homme qui a pleinement vécu, ne fût-ce qu'une heure, meurt plus plein de jours à trente ans que l'octogénaire qui n'a rien connu de la vie.

NAVARETTE

Avec de pareils appétits, il vous faudrait une fortune de plusieurs millions.

ANDRÉ

Je n'en serais pardieu! pas embarrassé!

NAVARETTE

La voulez- vous?

ANDRÉ,- riant.

Ardemment. Faut-il signer un pacte avec le diable? Donnez-moi une plume et de l'encre... rouge.

NAVARETTE

11 ne faut pas tant de choses; il suffit de refuser les offres de Raoul.

ANDRÉ

Je ne comprends plus du tout.

NAVARETTE

Êtes-vous homme à reconnaître un bon avis par une entière discrétion?

Sans doute.

NAVARETTE

Je vais trahir mon vieil ami d'Estrigaud pour vous que je connais depuis une heure tout au plus. No prenez pas la peine de vous en étonner, et quand on vous rend service, n'ayez pas la curiosité de demander pourquoi. Me donnez-

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