‹ La contagion: comédie en cinq actes, en proseChapitre 85 sur 96 · ACTE CliNQUlÈME. ' \t · texte numérisé non relu

ACTE CliNQUlÈME. ' \t

L UCIEN, tombant sur une chaise.

Je n'en puis plus I Je n'assiste depuis ce matin qu'à des choses terribles.

- ANNETTB.

Oh! mon Dieu!

LUCIEN

D'Ëstrigaud et Gantenac viennent de se battre.

TENANCIER

Âh!

LUCIEN

J'étais témoin de d'Estrigaud avec Saint-Julien. Nous étions per^adès qu'il ne s'agissait que d'un petit duel entre amis, et nous faisions d* avance le menu du déjeuner, avec Bragelard.

Annettk.

Bragelard ?

LUCIEN

Oui, un jeune chirurgien, neveu de Navarette, dont Raoul a payé l'éducation. Gantenac, de son côté, avait aussi amené son médecin, en sorte que Raoul disait en riant : Nous ne manquerons pas d'écuyers tranchants. Ça n'a pas été. long de rire! Au bout de quelques passes, d'Estrigaud est touché en pleine poitrine; par un mouvement automatique, il envoie sa riposte qui traverse Gantenac et le tue raide.

ANNETTE

C'est épouvantable !

LUCIEN

Nous portons Raoul dans le fiacre... Mon cher, dit-il à Bragelard, il ne s'agit pas de me traiter en enfant... ditesmoi la vérité. J'ai beaucoup de choses à faire avant de mourir. — On ne risque jamais rien de se mettre en règle, répond tristement Bragelard. — Compris, dit R^aoul en souriant... — Alors il nous raconte qu'il a perdu huit cent mille francs à la bourse d'hier...

If8 LA CONTAGION.

AN NET TE

11 jouait à la baisse?

LUCIEN

Oui, et il y a eu un franc de hausse.

AN NETTE, à part.

Ah ! je comprends.

LUCIEN

11 se disposait tranquillement à se brûler la cervelle, quand Navarette arrive chez lui. Elle devine son dessein ; elle se jette à ses pieds en pleurant : Tout ce que j'ai me vient de toi, reprends ton bien! — Et, nous disait Raoul, elle me suppliait avec de tels emportements de tendresse et d'éloquence que ma résolution se fondit, et j'acceptai, me promettant de tout lui rendre, et au delà, quand la fortune reviendrait à moi... Elle ne reviendra plus! ajoutat-îl avec un triste sourire... Saint-Julien et moi.nous pleurions comme des enfants. — Que faire, cependant? reprit Raoul... elle a déjà engagé sa signature... la voiU sans ressources. L'instituer ma légataire universelle, c'est à peine acquitter ma dette d'argent. . . mais qui acquittera ma dette de cœur ? Je veux au moins que la pauvre fille ait le droit de porter le deuil de l'homme qu'elle a tant aimé... Préparez tout, mes amis, pour un mariage in extremis^ et faites vite, car je sens que j'ai peu de tempsà moi. — Nous l'avons laissé à sa porte avec Bragelard, et nous avons couru à la rflairie. Quand les formalités furent remplies : — Embrasse-moi, me dit Raoul... Je te recommande ma veuve. — Je suis brisé.

TENANCIER

Ne te désole pas ; il y a dans ton récit plusieurs circonstances qui me donnent de l'espoir.

Hélas!

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