ACTE CINQUIÈME
TENANCIER
Ton droit est supérieur au mien, ma Qlle. Puisses-tu ne pas te tromper !
ANNETTE
Rapporte-t-en à la clairvoyance maternelle ; mon honneur est celui de mes enfants. Reste le côté véritablement grave de ma situation, auquel j'ai réfléchi toute la nuit, et dont je voulais causer avec toi. — Ma réputation est à la merci d'une femme plus que légère, n'est-ce pas ? D'autre part, je suis répandue dans une société avec laquelle je sentirais le besoin de rompre, quand même je ne serais pas exposée à y rencontrer journellement M. d'Estrigaud; mais je veux une rupture naturelle qui ne donne lieu à aucun commentaire...
TENANCIER
Eh biep, ces deux faces de la situation te conseillent le même expédient...
L'absence, n'est-ce pas?
TENANCIER
Oui.
ANNETTE
Je vais partir avec mes enfants pour ma villa du lac de Côme; au bout d'un an, je serai oubliée de mes brillantes relations, et je rentrerai sans bruit dans ce monde bourgeois pour lequel je suis faite, et dont je n'aurais jamais dû sortir.
TENANCIER
Que tu me charmes, mon enfant, de parler ainsi ! qu'il y a de bon sens et d'honnêteté dans ta résolution I
, ANNETTE
Seulement, pauvre père bien-aimé, il faut un motif à ce départ précipité, et je n'en vois qu'un de plausible... ta santé.
TENANCIEB.
Eh bien, je vais tomber malade, c'est entendu.
ANNBTTE.
Cette espèce d'exU ne t'effraye-t-U pas un peu?
TBNANCIRâ.
Un exil!... avec toi et mes petits-fils!... miûs je partirais tout seul, s'il le fallîdtl
ANNBTTE.
Mon frère te manquera bien.
Ah! ce qui me tourmente, c'est de le laisser plongé dans Tamitié de ce gredin...
ANNBTTE.
Sois sûr que leur amitié ne sera pas longue, je m* en repose sur M. d'Estrigaud. N'ayant plus d'espérance du côté de la sœur, il n'a plus intérêt à cultiver le frère.
TENANCIER
C'est juste... Je me demandais aussi quelquefois à part moi quel plaisir il pouvait trouver dans le commerce d*un homme relativement si jeune...
ANNETTE
11 n'en trouvera plus.