‹ La contagion du choléra-morbus de l'Inde dénoncée et démontrée par les faits et le raisonnementChapitre 11 sur 15 · MOYENS PROPHYLACTIQUES ET PRÉVENTIFS CONTRE LA PROPAGATION DU CHOLERA · texte numérisé non relu

MOYENS PROPHYLACTIQUES ET PRÉVENTIFS CONTRE LA PROPAGATION DU CHOLERA

Efficacité des lazarets et des cordons sur les cotes maritimes. L’inefficacité fréquente des cordons sanitaires de terre tient à la grande difficulté des moyens d’exécution. ^^ature de la contagion et de l’infection miasmatique. Un des élémens essentiels de son existence , c’est l'eau en vapeur. Toutes les contagions miasmatiques naissent , se propagent et se reproduisent avec rapidité dans les lieux humides; elles s’éteignent, ou leur action est suspendue dans un air sec, chaud ou froid. Moyens de désinfection. On a trop accordé cette propriété au chlore , qui en jouit à un faible degré; il ne peut, d'ailleurs, être dégagé au chevet des malades. Les gaz acides minéraux sont les meilleurs désinfectans. Manière de dégager les gaz nitrique et hydrochlorique. Série de faits qui prouvent l’efficacité désinfectante de l’acide nitrique. Moyens désinfectans hygiéniques contre le choléra et plan général de désinfection pour le détruire.

Je ne parlerai point ici de toutes les mesures de police sanitaire qui sont du ressort du gouvernement, telles que l’établissement des lazarets et

des cordons. De toutes les institutions de la cmlisation , il n’en est aucune, à mon avis, qui ait été plus éminemment utile, qui ait rendu de plus signalés services à l’humanité tout entière. Ce sont les lazarets et les intendances sanitaires des côtes de la Provence qui nous garantissent, depuis si long-temps, des irruptions de la peste orientale, et nous ont préservés jusqu’ici de l’invasion de la fièvre jaune; c’est là que ces deux fléaux viennent se briser constamment comme les vagues de la mer.

Mais est-il aussi facile de se garantir sur les frontières de terre par des cordons militaires que sur les côtes maritimes? Le simple bon sens suffit pour résoudre cette question. Pour que cela fût possible, il faudrait que les communications de nation à nation, de province à province, n'eussent lieu qu’au moyen de défilés faciles à garder, ou de ponts établis sur de grands fleuves de séparation, et c’est ce qui, physiquement, n’a pas lieu; aussi, dès l’instant où le choléra fit irruption en Russie, il était facile de prévoir qu’il nous arriverait infailliblement par nos communications terrestres avec le nord de l’Europe. Contagionistes ou non contagionistes, tous les médecins ont eu la même crainte et exprimé la même prévision.

Eh bien ! ce n’est cependant pas ainsi que le choléra s’est introduit parmi nous ; c’est par les

provenances maritimes qu’il a éclaté à Siinderland et qu’il a parcouru ensuite la Grande-Bretagne, au moyen de la navigation intérieure de cette île; c’est aussi de cette dernière contrée qu’il a été incontestablement importé parmi nous, de la manière dont j’ai dit plus haut, ou par toute autre voie jusqu’à présent inconnue.

Quoi qu’il en soit , ce singulier fait semble en révéler deux autres non moins remarquables ; savoir : que la garde des côtes maritimes pour la police sanitaire a été mal faite en Angleterre et en France, probablement par suite de l’incrédulité à la contagion, si favorable à l’activité du commerce, et, en second lieu, que le fléau perd beaucoup de sa puissance et de sa fureur par son séjour dans l’intérieur des terres; mais qu’il se retrempe en quelque sorte et reprend toute sa cruelle énergie par son contact avec les eaux de la mer.

On remarquera, en effet, que la maladie a été en général beaucoup plus meurtrière dans les endroits où elle a débarqué directement, comme à Sunderland, Paris, ou bien dans les ports de mer, comme à Saint-Pétersbourg , qu’à Varsovie, Berlin , Vienne , Londres , le mal n’y étant arrivé par terre qu’après deux ou trois mois, etc., eu tenant toutefois compte, dans cette manière de voir, des mesures sanitaires employées dans ces

différentes villes, ce qui, au reste, va trouver son explication.

Je passe actuellement au principal objet que je me suis proposé d’éclairer dans cet écrit, celui de faire connaître la théorie de la contagion ou de l’infection miasmatique et les moyens de la détruire efficacement , le tout fondé sur l’observation des faits.

De la contagion et de V infection miasmatique.

Quels que soient la cause et le mécanisme de la formation des maladies contagieuses, il est certain que le fait existe , et qu’il est des maladies qui, une fois nées chez un individu, ont l’incontestable faculté d’être transmises à d’autres. Les plus incrédules ennemis de la contagion n’ont pas osé la contester pour les maladies à principes contagieux fixes, telles que la syphilis, la gale , la petite-vérole , la rougeole , etc. , parce qu’il y a là, selon eux, une matière évidente, celle d’un liquide infecté, d’un exanthème apparent. Il résulterait de là qu’il faudrait toujours le contact de la matière solide ou liquide de la contagion pour qu’un individu sain en éprouvât l’influence. Or , c’est ce qui est tout-à-fait contraire à l’observation; car les individus qui n’ont

eu aucun rapport avec les malades contaminés n’en prennent pas moins la maladie.

Je donne en ce moment des soins à un enfant de trois ans, atteint de la petite-vérole, et qui a présenté dans les prodromes du mal des convulsions, un état comateux, tous les signes de la fièvre cérébrale, contre laquelle j’ai employé la thérapeutique la plus active, et dont l’éruption vient de se prononcer depuis hier, 19 juin i832, au bout de quatre jours de l’apparition de la fièvre.

Or, il résulte des renseignemens que j’ai pris des parens, que le père, appelé Couard , fondeur sur métaux, était allé, quinze jours auparavant, dans une famille où il y avait des enfans atteints de la variole , et qu’il s’y était peu arrêté , sans les toucher en aucune manière.

Comment, dans ce cas, de même que dans tous ceux analogues, s’est fait le transport de la maladie à une distance de plus de deux cents pas? si ce n’est par le moyen des vêtemens du père , auxquels se seront vraisemblablement accrochés des embryons ou des germes varioleux voltigeant dans l’atmosphère , qu’il aura transmis à son enfant susceptible d’en être impressionné?

■ Ces faits -là sont si multipliés pour la variole et la rougeole, qu’il est inutile d’en citer davantage pour en faire ressortir la vérité. Les méde-

cîns eux-mêmes, qui ne sont pas précautionneux quand ils visitent des maladies contagieuses, sont de véritables véhicules de la contagion qui la transportent dans les familles, et je ne doute pas que le choléra n’ait été, et ne soit encore tous les jours, fortement disséminé de cette manière.

Certaines maladies à principes contagieux, fixes et évidens , comme la variole et la rougeole , sont donc encore susceptibles de fournir des émanations volatiles capables de s’élancer sur les personnes et sur les choses qui sont dans leur sphère d’activité. Ce sont précisément ces émanations volatiles, qui forment une sorte d’atmosphère autour du malade , que je nomme contagion ou infection miasmatique; et ces émanations peuvent se dégager et exister tout aussi bien autour d'un malade qui n’a point d’exanthèmes que chez celui où il en existe. Le typhus, la peste, la fièvre jaune, etc., l'attestent suffisamment. D’ailleqrs qui vous assure que ces émanations ne se dégagent pas aussi bien des surfaces muqueuses que de la surface cutanée ? et puisqu’il vous faut absolument des exanthèmes pour croire à la contagion, qui osera vous garantir que toutes les altérations que vous trouvez sur la membrane muqueuse intestinale, et que vous considérez si gratuitement et si facilement comme les traces d’une infiammation dévorante , ne soient pas de

véritables exanthèmes de la surface muqueuse? La psorentérie et la psorentérile du docteur Serres, si elle est bien constante, a de grands traits de ressemblance avec les exanthèmes cutanés.

Quoi qu’il en soit de cette opinion qui me paraît tout-à-fait probable, il n’en est pas moins certain qu’il existe des miasmes propagateurs de la contagion, comme il existe des effluves marécageux de la fièvre intermittente, de la fièvre jaune, de la peste, etc., et, en général, de toutes les fièvres endémiques, ce que personne n’ose nier relativement à ces dernières.

Poursuivons maintenant cette intéressante investigation par le raisonnement, et nous arriverons infailliblement à une proposition d’une haute importance, aussi vraie dans son essence que lumineuse dans sa manifestation.

Comparons d’abord les faits pour arriver de là aux conséquences.

1° Relativement aux effluves telluriques producteurs des maladies endémiques, tous les observateurs sont d’accord sur ce point, savoir : que le concours de l’humidité est une condition absolument nécessaire au développement des fièvres endémiques. Ainsi, pour les fièvres intermittentes de nos climats, il faut des marais, des étangs, des eaux stagnantes , témoin les rizières , les réparations contre les rivières avec des vannes pour

obtenir des alliivions, les marais salans, les Marais-Pontins, etc.

Ce n’est qu’aux premières pluies intertropica-^ les, au second passage du soleil au zénith , lorsque la terre a été desséchée par six mois d’une chaleur ardente que naît la fièvre jaune sur les côtes du Sénégal et de la Guinée, et ce n’est que par l’humidité répandue dans l’atmosphère par le débordement du Sénégal et de la Gambie * qu’elle continue à exister; ce n’est aussi qu’à la faveur de l’humidité qu’après avoir été importée en Amérique, cette maladie a pu se naturaliser et se fixer dans cette partie du monde, à la Havane, à la Vera-Cruz, et c’est sans doute aussi par défaut d’une suffisante quantité d’humidité que cette fièvre ne trouve plus d’alimens dans l’intérieur des terres.

C’est enfin sous l inflüence des mêmes conditions d’humidité que naissent et vivent la pestô orientale dans le Delta du Nil, et le choléra dans celui du Gange, lorsque ces maladies ne sont qu’endémiques, ou sont à la fois endémiques et contagieuses.

2° Il est encore bien digne de remarque que toutes ces affections morbides se contractent avec d’autant plus d’avidité qu’on s’expose à l’insalu-!* brité de l’atmosphère après le coucher du soleil, lorsque les vapeurs plus condensées par . l’abais-

senien-fc de température sont plus permanentes à la surface du sol, d’après le témoignage de Lind, et comme il a été dit plus haut pour les Marais- Pontius,, pag. 8i et suiv.

3° Une atmosphère sèche et chaude , ou froide et sèche , non-seulement est impropre au développement des affections dont il s’agit, mais encore elle en arrête presque instantanément le cours lorsqu’elles existent, d’après toutes les observations locales.

Il suit de ces faits que l’humidité vaporeuse est une condition indispensable dans la production et l’existence des effluves morbigènes des maladies endémiques telluriques. Voilà pour les effluves.

Maintenant les miasmes contagieux miasmatiques ont-ils les mêmes conditions d’existence ? les faits sont' encore là pour répondre.

1° La petite vérole, la rougeole, le typhus, la fièvre jaune et le choléra, lorsque ces dernières maladies ont été importées, se multiplient d’autant plus vite, et ont une activité d’autant plus grande que les individus qui les contractent sont enfermés ou entassés en plus grand nombre dans une même pièce, qu’ils remplissent de vapeurs humides exhalées, soit de leur surface cutanée, soit de leur surface muqueuse. Voyez en hiver les arborisations de glace qui sont dessinées sur les vitres d’un appartement occupé par

ttn grand nombre de personnes » lorsque l’ùîr extérieur avec lequel ces vitres sont en contact est très-froid et vous aurez la preuve de celte vérité. Touchez aussi les murailles d’une salle de spectacle , d’un temple , d’une pièce d’appartement quelconque où il y a une nombreuse réunion d’hommes et leur humidité vous attestera la saturation de l’air par l’eau j poi’tez-y enfin un hygromètre et vous aurez une preuvé physique irréfragable.

2° Toutes les grandes maladies pestilentielles nous sont presque toujours apportées par les provenances maritimes, et leurs épidémies exercent d’autant plus de ravages que les lieux où elles éclatent sont entourés de plus d’élémens d’humidité, comme les ports de mer, ou bien qu’il y a un plus grand nombre d’individus occupés à des professions mécaniques, ou de malheureux plongés dans les besoins physiques qui les forcent à vivre en commun dans des espaces resserrés et peu aérés.

3° Le choléra lui- même, dans sa route vagabonde , a toujours affectionné et affectionne les bords des fleuves, des rivières navigables et des canaux de navigation dans l’intérieur des terres; c’est de ces endroits surtout qu’il lance ses émanations contagieuses, que viennent y puiser le» populations voisines.

4® Un froid sec ou un vent sec ont toujours fait cesser les épidémies du choléra dans les corpsde troupe en mouvement, tant dans l’Inde qu’en Russie et en Pologne.

5® Enfin, le retour de l’hiver, le règne prolongé d’un vent sec du nord, diminuent toujours la multiplication et l’intensité du mal dans une épidémie pestilentielle meurtrière et l’on sait que c’est sous cette influence qu’ont cessé la peste de Marseille et celle de Moscou , dans laquelle nous avons remarqué que lorsque le froid devint vif et serré, les objets et les individus contaminés cessèrent de transmettre la contagion. De toutes ces observations, nous devons donc aussi conclure que l'humidité vaporeuse de l’atmosphère est une condition aussi nécessaire pour l’existence des miasmes contagieux, que pour les effluves endémiques.

Aussi les uns et les autres naissent-ils dans l’humidité et sont-ils transmis par elle aux individus sains; savoir : les miasmes des corps malades, sous forme de vapeurs halitueuses se dégageant de la surface cutanée ou des membranes muqueuses, et les effluves du sol , après de grands versemens d’eau dans l’atmosphère.

C’est aussi à la faveur de l’humidité que ces miasmes se conservent, se propagent à de petites distances des lieux où ils naissent, et qu’ils sont

absorbés par nous, ou déposés sur nos vêteinens, d’où ils pourront se dégager et voltiger de nouveau pour s’accrocher à d’autres, ou se dissiper dans l’atmosphère dès que vous leur fournirez de la chaleur et de l’humidité pour se volatiliser. Si le choléra n’a point encore pénétré jusqu’ici, dans le midi de la France, c’est, je n’en doute pas, en premier lieu, son éloignement de Paris; en second lieu, l’absence, dans l’atmosphère, d’humidité suffisante pour la conservation des miasmes cholériques qu’on pourrait y importer des lieux infectés. Mais il est bien à redouter que si le fléau ne se rapproche pas davantage de nous, d’ici à ce temps-là, l’humidité atmosphérique des mois d’août, septembre et octobre ne facilite sa rapide propagation dans toute cette partie de la France, qui, déjà, s’applaudit d’avoir été oubliée et même dédaignée par celte cruelle maladie. Les lignes géographiques qu’on lui a tracées sur un globe ou sur une mappemonde ne sont point pour lui un ordre du maître de la nature, et je ne doute pas que , dès qu’il en aura l’occasion , il rompra aussitôt son ban pour se ruer sur nous avec la même fureur que sur les autres populations.

Ces considérations expliquent la marche lente du choléra dans les départeraens environnans de Paris, et notamment sa progression vers le

nord, attendu ses communications plus actives dans ces contrées avec la capitale, et encore les rivières et les nombreux canaux de navigation , qui en sont les moyens de relation.

Ainsi se conçoit très-bien la contagion miasmatique et cette explication est trop en harmonie avec les faits pour que ce ne soit pas la vérité. Que le principe infectionnaire soit ensuite des animalcules microscopiques vivans qui s’élancent de leur berceau par le secours de l’eau en vapeur, ce qui n’est pas impossible ; ou que ce soit des atomes sans vie et sans instinct dans leurs affections et dans leurs habitudes comme les corps inertes, peu importe à notre objet ; il nous suffit de savoir qu’en leur ôtant un des élémens de leur existence , l’eau en vapeur, on les anéantit, soit en les privant de la vie, soit en les décomposant chimiquement.

Or, quels sont actuellement les moyens les plus rationnels pour parvenir à ce résultat ? telle est la question à la solution de laquelle nous sommes enfin arrivés , après avoir parcouru une route longue et pénible , qui n’a pas été exempte de difficultés, sur un terrain presque entièrement occupé par des adversaires nombreux et puissans qu’il fallait convaincre plutôt que conquérir.

De la désinfection miasmatique et des moyens de détruire le choléra asiatique partout où il existe.

D’après ce qui vient d'être dit sur la composition des miasmes contagieux , et leur manière de pénétrer dans notre organisme, le mo)^en rationnel, peut-être le moyen unique, de les détruire le plus efficacement et le plus avantageusement possible, consiste à les décomposer au moment de leur naissance, à l’état de gaz naissant, comme le disent les chimistes.

Un grand abaissement de température dans le lieu où ils seraient en suspension ou à l’état de mélange dans l’air atmosphérique , serait sans contredit, ainsi que l’observation l’a appris, un moyen puissant pour imprimer cette modification aux miasmes, comme il l’est pour les eftluves; mais on conçoit qu’à la nature seule appartient une semblable ressource pour laquelle l’art ne peut que très-peu dans l’état actuel de nos connaissances.

Tous les corps hygrométriques, c’est-à-dire qui jouissent de la propriété d’absorber l’humidité atmosphérique, tels que la potasse ou l’oxide de potassium, l’acide sulfurique très- concentré , l’acétate de potasse et par-dessus tout l’hydit)-

chlorate de chaux, doivent dgalement opérer cette décomposition 5 mais il en faudrait de trop grandes masses dans un appartement pour obtenir un résultat suffisant. On pourrait cependant placer avec avantage autour du lit des malades des vases plats recouverts d’une couche d’hydrochlo- Tate de chaux i qu’on remplacerait toutes les fois •que le sel serait en deliquium. Il est même vraisemblable que la propriété désinfectante dés chlorures de chaux et de soude n’est due qu’à cette faculté déliquescente.

" En général, de tous les moyens propres à purger l’air atmosphérique des vapeurs aqueuses qui y sont répandues, et, par conséquent, à décomposer les miasmes pestilentiels, les plus puissans et les mieux indiqués sont ceux qu’on peut y répandre à l’état gazeux, tels que tous les acides minéraux volatils, notamment l’aeide nitrique et l’acide hydrochlorique.

On sait en effet que ces deux acides à l’état gazeux se répandent dans l’atmosphère sous forme d’une vapeur blanche qui obscurcit la transparence de l’air, effet qui n’est dû qu’à l’avidité de ces deux gaz pour l’eau. Ils s’emparent donc des vapeurs aqueuses de l’atmosphère pour passer ëux-mêmes à l’état liquide, et c’est ce passage de l’humidité de l’état de vapeur à celui liquide qui trouble instantanément la transparence de l’air ,

comme cela a lieu pour la formation d’un brouillard ou d’un nuage.

11 résulte de cet acte, bien facile à concevoir, que les miasmes sont aussitôt décomposés par la privation de la vapeur qui les constitue , et dans laquelle sont vraisemblablement suspendus et délayés les atomes pestilentiels. Ce qu’il y a de certain, c’est que le gaz nitrique, que j’ai fréquemment employé, est un moyen infaillible de désinfection , pour détruire le germe du typhus et de la petite-vérole dans l’air atmosphérique et les corps qui en sont imprégnés, ainsi qu’on va le voir par l’exposé exact de faits du plus haut intérêt.

Sans doute l’emploi de l’acide nitrique comme désinfectant contre les maladies pestilentielles miasmatiques n’est pas un moyen nouveau, on sait que l’on en doit le premier usage au célèbre docteur James Carmickael Smith, médecin de Georges III, en Angleterre, qui en est l’inventeur, et qui désinfecta par son moyen , en 1800, avec un succès prodigieux, tous les vaisseaux d’une escadre de S. M, qui étaient en proie aux ravages d’un typhus meurtrier.

On sait aussi qu’il reçut pour un service aussi signalé une large récompense nationale ( une pension de deüx mille livres sterlings ).

Cependant, malgré qu’il ait été fait sur ce sujet un rapport .authentique et officiel par une com-

mission de la chambre des communes qui lui a donné la plus grande publicité, ce moyen est aujourd’hui presque tombé en désuétude , ou du moins, si on l’emploie, ce n’est que routinièrement et sans être éclairé par la théorie qui , comme on sait, donne toujours le sceau de la sanction à toutes les bonnes ou mauvaises découvertes,

La cause qui a détourné l'attention d’un moyen de désinfection aussi puissant, c’est certainement la découverte presque contemporaine ou peu antérieure de Guy ton-Morv eaux, à l’occasion de la destruction du cimetière des Innocens, dont la position, au centre de la capitale, était un foyer d’insalubrité publique.

Le célèbre chimiste français, consulté par le gouvernement pour désinfecter les habitations voisines de cette opération insalubre, proposa d’y dégager partout de l’acide muriatique oxigéné, à l’état gazeux, ce qui ayant été fait, on crut avoir retiré de l’emploi de ce moyen un grand succès. Remarquez toutefois que ce procédé n’était que le résultat d’une fausse induction théorique, fondée, comme en convient son inventeur, sur une erreur en fait, appartenant à l’époque momentanée de la science ; savoir : que l’acide muriatique oxigéné étant de l’acide muriatique uni par de faibles adhérences à l’oxigène, celui-

ci devait s’en dégager facilement pour se combiner avec les atomes insalubres répandus dans l’air atmosphérique, et les neutraliser par ce moyen. La théorie du hlanchîment des toiles qui commença à cette époque avait aussi les mêmes fondemens.

Lorsque par la suite on a découvert que le prétendu acide muriatique oxigéné n’était qu'un corps simple auquel on a donné le nom de chlore, force fut bien de changer les explications théoriques des faits acquis à la science. Raisonnant alors, d’après la connaissance des affinités du chlore pour l’hydrogène qui le convertit en acide hydrochlorique , on attribua la propriété désinfectante du chlore à son action sur l’hydrogène des miasmes ou des vapeurs insalubres qu’on considérait comme un de leurs principes constituans*

C’est ainsi qu’en substituant une explication théo-

rique spécieuse à celle de Guy ton , l’esprit humain n’a rien fait pour s’éclairer, ou plutôt pour sortir des entraves de cette doctrine, tant est grande l’influence qu’exerce sur lui une idée préconçue et arrêtée. De sorte que, aujourd’hui même, c’est encore par l’affinité du chlore avec l’hydrogène qu’on explique les propriétés désinfectantes des chlorures de chaux et de soude et qu’on les regarde comme les neutralisans les plus énergiques des émanations insalubres.

Cependant le chlore elles chlorures possèdent de graves inconvéniens, c’est celui de fatiguer par leur odeur l’organe de l’odorat, d’irriter par le contact du gaz les voies pulmonaires et de ne pouvoir enfin être employés sans nuire auprès du lit des malades, ce qui en rend l’usage extrême-r ment borné. Cette circonstance aurait donc dû ramener les médecins à l’usage des fumigations nitriques, même alors que la théorie ne viendrait pas à en éclairer l’action, et cependant je ne sache pas qu’on y ait eu recours avec cette confiance pleine et entière qu’il mérite , dans les épidémies de choléra, et surtout avec ces précautions raisonnées qui doivent assurer le succès d’un moyen puissant de désinfection.

Ce qui a sans doute contribué à entretenir la prévention relativement au chlore et ce qui assurément prouve qu’il n’est pas inerte, c’est son efficacité pour détruire instantanément toutes sortes d’odeurs tant animales que végétales.

Mais on sait que les émanations odorantes , bien qu’elles soient plus fortes lorsqu’il y a beaucoup d’humidité dans l’atmosphère, n’existent pas moins sans cette circonstance; on sait aussi que les odeurs les plus fétides émanant des substances animales en putréfaction sont tout-à-fait sans action pour développer dans les corps humains des maladies vénéneuses; on sait enfin que les

miasmes morbides qui engendrent les maladies contagieuses peuvent être entièrement exempts d’odeur, comme l’expérience le prouve, et toutes ces circonstances n’ont pas fait ouvrir les yeux sur la véritable théorie de l’infection et de la désinfection.

Au surplus, je suis loin de nier toute propriété désinfectante au chlore, seulement j’observe que, d’après les faits et le raisonnement, il doit être beaucoup inférieur à l’acide nitrique , et que de plus il a le grave inconvénient de ne pouvoir être dégagé dans les appartemens occupés par les malades, où il importe le plus de détruire les miasmes avant qu’il aient pu nuire aux individus sains.

Voici actuellement une série intéressante de faits qui viennent confirmer péremptoirement cette théorie de la désinfection , puisque ce sont eux, c’est-à-dire la répétition des mêmes actes et des mêmes succès qui lui ont servi de fondement.

La ville de Grenoble a été pour moi un théâtre extrêmement fécond en observations relatives à la contagion des fièvres typhodes ; place d’armes la plus importante sur la frontière orientale de la France, en deçà des Alpes, elle a été, depuis les guerres de la révolution , presque continuellement un point central des mouvemens de nos armées

en Italie , tant clans nos victoires que dans nos désastres.

Dans la victoire , c’était sur elle qu’on dirigeait les nombreuses colonnes de prisonniers autrichiens, qui n’arrivaient guère sans être infectés du typhus auquel notre hôpital servait d’asile; et, dans nos revers, c’était aussi sur elle que refluaient nos troupes démoralisées, abattues par le découragement,, en proie à toutes les privations et accablées par les maladies qui ne tardaient pas à revêtir le caractère du typhus contagieux.

C’est ainsi que plusieurs épidémies de typhus ont exercé de grands ravages à l’hôpital , à l’époque où Grenoble se trouvait encombré de prisonniers autrichiens ; il y en eut une entre autres après la bataille de Castiglionne qui fit* périr presque tous les jeunes chirurgiens et les infirmiers.

Mais celle dont on a conservé le plus douloureux souvenir parce quelle exerça sa fureur dans presque tous les quartiers de la ville , c’est celle qui eut lieu en l’an viii de la république , à la suite de la déroute de Schœrer, et qui a été décrite par les docteurs Trousset et Laugier (i)* C’était la même que celle qui ravageait Gênes

(i) Histoire de l’ëpidémie qui a régné à Grenoble en l’an VIII de la république.

assiégée, et dont le célèbre professeur Razori nous a laissé une monographie si intéressante.

Elle emporta à Grenoble un grand nombre de militaires et d'employés de l’armée , le chirurgien en chef de l’hôpital et presque tous les chirurgiens subalternes; plus des trois quarts des infirmiers et le médecin eu chef, le respectable professeur de botanique Villars , mort doyen de la faculté de médecine de Strasbourg , faillit en être victime; presque tous les médecins de la ville en furent atteints, et trois en périrent; il succomba en outre un très-grand nombre d’individus dans toutes les classes de la société, et bien que la maladie fût essentiellement contagieuse , elle finit comme les épidémies du choléra et comme toutes les maladies contagieuses, sans qu’on employât aucun moyen particulier de désinfection , si ce n’est peut-être quelques dégagemens de chlore, ce qui n’était praticable qu’en évacuant les salles des malades. J’étais alors à Paris et je n’ai par conséquent pas été témoin de ce qui a été fait.

Premier Fait. En l’an xi de la république, c’est-à-dire en i8o3, l’hôpital militaire ayant été supprimé et le service de santé de cet hôpital ayant passé à l’hôpital civil , je fus chargé des fonctions de médecin en chef. En 1804, je faisais alors le service des salles des fiévreux militaires,

six îtldivîdus étant tombés malades à la foiSy savoir : le garçon du bureau des entrées, Tinfir^ mier attaché au magasin et quatre vieilles femmes de l’intérieur qui travaillaient à la lingerie,' je les visitai attentivement et je ne fus pas peu surpris de voir que ces six individus étaient tous’ atteints de la même maladie, de la fièvre putride d’hôpital. Il résulta des renseignemens que je recueillis sur ce fait singulier que tous les six avaient fait, dans le magasin des effets de literie, un mouvement de couvertures qui étaient probablement encore imprégnées du principe contagieux de l’épidémie de l’an viii, et qu’ils avaient contracté ainsi le germe de leur maladie.

Quoiqu’il en soit, les quatre femmes étant couchées dans une salle où il y avait trente autres personnes du même sexe , je les fis aussitôt transporter dans la salle d’humanité , et , en même temps, je fis procéder à la désinfection de la première de la manière suivante.

Je fis placer dans trois terrines une demi-livre de nitrate de potasse , et après qu’on eut bien fermé les portes et les fenêtres, je fis arroser le sel avec partie égale d’acide sulfurique, à cinquantesix ou soixante degrés de l’aréomètre. Il se dégagea aussitôt de mes trois appareils une forte vapeur blanche qui eut bientôt rempli toute la pièce; c’était comme un épais brouillard dans lequel on

lie se voyait pas à trois pas. J’étais resté moîinênie avec tout le monde dans la salle, et je fus singulièrement surpris de ne pas éprouver la plus légère incommodité de cette fumigation, noa plus que les autres assistans ; nous éprouvions seulement une saveur légèrement salée sur la langue, mais ni la respiration, ni les yeux, ni la tête, ni, en un mot, aucun organe ni aucune autre fonction ne se trouvaient lésés ni fatigués (i).

Quand je jugeai que tous les objets mobiliers avaient été bien imprégnés de la vapeur acide , c’est-à-dire au bout d’une heure et plus, on ouvrit les portes et les croisées. Cette opération fut répétée trois fois en vingt quatre heures , et tout porte à croire que nous lui dûmes l’extinction subite d’une épidémie de typhus, qui pouvait atteindre d’abord les autres femmes occupant la même salle, et en second lieu les autres habitans de la maison, etc.

Je fis en même temps faire de semblables fumigations dans les salles militaires où l’on avait employé les couvertures, surtout dans le voisinage des lits où elles avaient été placées , en ayant soin de les exposer en particulier à la vapeur nitrique,

(i) Je donnai la préférence à ce procédé sûr celui du chlore , à cause de son innocuité sur les personnes , qui sont plongées dans la vapeur sans en être incommodées.

et enfin, elles furent rigoureusement prallque'es autour et au-dessous des lits des six malades dont un mourut, et personne autre ne contracta la maladie.

Ce fait prouve deux propositions bien importantes, savoir : que les miasmes du typhus,

tout comme ceux de la peste , peuvent se conserver durant plusieurs années lorsqu’ils sont adhérens et fixés à des objets lanugineux dans un endroit où l’air ne se renouvelle pas, ce qui exclut toute idée qu’ils soient des animalcules microscopiques, à moins qu’on ne suppose qu’au lieu d’avoir une existence éphémère comme tous les insectes de celte classe, ils jouissent d’une longue vie, ou qu’encore ils jouissent de la faculté de se reproduire dans de semblables conditions ; 2® que le moyen de désinfection employé est d’une héroïque énergie, puisque, mis en usage aussitôt l’apparition de la maladie, il en a entièrement empêché la propagation , bien que le mal fût toutâ-fait contagieux et reconnu d’après son certificat d’origine.

. 2® Fait. Dans l’été de 1807 , le typhus s’étant déclaré à Briançon parmi les prisonniers espagnols et anglais qui y étaient en dépôt, on évacuait tous les malades sur l’hôpital de Grenoble , au fur et à mesure que le mal se manifestait. La maladie était intense , l’appareil encéphalo-rachi-

dlen fortement compromis ; il y avait à la fois des symptômes gastriques , ataxiques et adynamiques; plusieurs présentaient des parotides symptomatiques et même quelques-uns des bubons inguinaux et axillaires.

Dès le premier convoi , les fumigations nitriques furent faites et continuées incessamment , et, quoique les malades fussent placés dans une salle basse et humide , la maladie n’attaqua qu’un seul infirmier faisant partie de ceux qui avaient reçu le premier convoi sans précaution. La vapeur nitrique était encore plus blanche que celle de la salle des femmes, probablement parce que celte salle basse est plus humide.

3® Fait. En 1809 , la Calabre étant en pleine révolte contre le nouveau gouvernement établi à Naples par l’autorité de l’empereur Napoléon , celui-ci, à l’effet d’extirper la sédition et les horribles brigandages exercés sur les Français par la population calabroise, y envoya des troupes suffisantes pour les contenir et un général sévère avec un pouvoir discrétionnaire (le général Manès).

Le résultat de ces mesures fut l’enlèvement de tous les habitans qui pouvaient porter les armes; ils furent conduits à l’état de captivité en France, pour y être enrégimentés.

Tous ces malheureux, arrachés à leurs familles et à leur patrie , abreuvés de chagrin et accablés

de privations, furent dirigés sur Briançon, Grenoble et autres places fortes de l’intérieur. Nous en eûmes pour notre part une colonne de sept à huit cents, dont la moitié entra bientôt successivement à l’hôpit'al, atteinte du typhus. Ces malades furent encore placés dans la grande salle inférieure.

Les mêmes moyens de désinfection mis en usage eurent les mêmes succès, sans qu’il y eût aucune extension de la maladie aux individus sains.

4® FAIT. En 1816, une maladie rapidement épidémique ayant éclaté dans la prison de Grenoble , M. le préfet m’écrivit pour m’inviter, conjointement avec mon collègue le docteur Silvy oncle, à l’elfet d’aller visiter cet établissement, et constater la nature du mal.

Cette maladie était le typhus bien caractérisé. Nous fîmes notre rapport en conséquence , et comme c’était au printemps, et à la suite desévènemens politiques arrivés à Grenoble , dans la nuit du 4 au 5 mai de la même année, la prison renfermait déjà soixante - cinq malades, ce qui exigeait un prompt assainissement; nous conclûmes, dans ce rapport, qu’il fallait d’abord faire partout des fumigations nitriques pour empêcher la transmission du mal à ceux qui en étaient encore exempts, et ensuite désencombrer la maison

en élargissant les petits pécheurs condamnés en police correctionnelle à quelques mois de prison*

MM. le préfet et le procureur - général s’empressèrent d’adopter cette dernière mesure, mais bien que nous eussions fait un précepte impérieux de ne point laisser sortir de prisonniers , sans les faire laver auparavant avec de l’oxicrat, et sans passer toutes leurs hardes aux fumigations nitriques, le médecin de la prison, ancien chirurgien , entièrement étranger à la progression de la science , ne tint aucun compte de cette recommandation, et l’élargissement fut opéré sans aucune espèce de précaution. Nous dirons, tout à l’heure ce qui en arriva.

Disons avant comment le typhus s’était introduit dans la prison. Moi qui ne crois pas plus que le docteur Janini à la naissance spontanée du typhus au milieu des individus sains, quelque entassés qu’ils soient dans des lieux peu spacieux, et par le seul fait de cet entassement qui deviendrait un prétendu foyer d’infection , bien que ce soit l’opinion d’un grand nombre de médecins ( fruit de la négligence apportée jusqu’à ce jour à l’étude de l’origine des causes des maladies), je me rendis, le lendemain de notre rapport, auprès du concierge de la prison, pour savoir de lai comment s’était développée l’épidémie. Il me répondit qu’elle était survenue tout-à-coup ; qu’un

premier malade, qui était dans un cachot, était mort; qu'aussitôt, c’est-à-dire cinq ou six jours après plus ou moins , ses compagnons étaient aussi tombés malades, et successivement le plus grand nombre des prisonniers des basses-fosses d’où la maladie s’était rapidement étendue aux élages supérieurs.

Enfin , poursuivant mes questions sur le premier prisonnier atteint et en visitant le registre d’écrou, je reconnus que ce prisonnier venait de la maison d’arrêt de Vienne (Isère) , qu’il avait été arrêté depuis peu dans les environs comme malfaiteur; que, de plus, il revenait de la Russie, où il était resté prisonnier de guerre depuis la campagne de Moscou.

Je présumai alors de toutes ces circonstances que ce malheureux pouvait bien avoir conservé dans ses haillons le germe du typhus, que l’humidité et la chaleur du cachot pouvaient avoir converti en miasmes qu’il avait absorbés ainsi que ses compagnons. Cette explication est bien plus naturelle qu’une génération spontanée de la maladie que rien ne saurait justifier.

5® FAIT. Reprenons actuellement la trace des individus évacués de la prison , ce qui n’est pas moins intéressant et prouve combien sont utiles les recherches de causalité.

Huit ou dix jours après l’évacuation dont il

s’agit, je fus appelé chez le sieur Meyrand-Villette^ fermier de M. le marquis de Marcathy, à la Plaine, lieu distant d’un quart-d’beure de Grenoble. Il y avait dans sa maison sept malades, savoir : trois domestiques mâles, deux demoiselles, la mère et une malheureuse qui teillait du chanvre. Tous les sept étaient gravement atteints du typhus, et je ne dissimulai pas que j’éprouvai de fortes tentations de les traiter, au moins les plus vigoureux , par les affusions froides ; mais la crainte de l’insuccès de ce moyen , nouveau dans nos contrées, me fit reculer.

Je me bornai donc aux moyens ordinaires : je fis faire et répéter souvent les fumigations nitriques ; je fis même transporter les domestiques dans la salle des fiévreux de l’hôpital civil, dans trois lits voisins; j’environnai ces lits d’appareils à fumigation nitrique, et quoiqu’ils aient été tous les trois en proie aux phénomènes les plus graves du typhus, tels que transports phrénéliques, délires, mouvemens convulsifs , parotides , etc., ils n’en sont pas moins tous trois guéris , encore vivans , et personne de ceux qui les ont approchés ou servis n’a contracté la- maladie.

Il en fut de: même à la ferme, où la dame Meyrand seule mourut , parce qu’elle était d’une faible santé, mais les demoiselles échappèrent ^ toutefois avec des reliquats; nerveux inquiélans ,

tels que la surdité, un tremblement dans les membres, qui ont duré plusieurs mois. Aucun autre habitant de la maison ne contracta non plus la maladie.

Il est bon maintenant de dire que le typhus avait été importé dans cette maison par un prisonnier évacué qui, après avoir mendié une partie de la journée dans la ville , était allé le soir demander l’hospitalité dans cette ferme, accoutumée à ce genre de bienfaisance ; il avait couché sur de la litière, dans l’étable où il y avait quinze ou vingt bêtes à cornes ou chevaux qui font ordinairement de ces séjours des étuves de chaleur humide, aussi la teilleuse de chanvre et les trois garçons mâles qui couchaient dans cette écurie furent-ils les premiers qui tombèrent malades, et cette observation est une nouvelle preuve du développement et de l’activité des miasmes au milieu d’une chaleur humide.

Le prisonnier dont il s’agit avait dit à la servante de la maison qui l’avait accueilli dans l’étable, qu’il était des Adrets, commune à trois lieues de distance de Grenoble, sur le versant de la montagne qui règne tout le long de la rive gauche de l’Isère dans la vallée du Grésivaudan ; une épidémie meurtrière éclata, en effet, peu de temps après, dans cette commune et dans les communes environnantes , S^-Agnès , Laval et

Theys. Je n’ai pas visité ces communes dans cette occasion, mais je tiens de l’un des médecins les plus éclairés qui y furent envoyés par l’autorité que l’épidémie régnante était bien réellement le typhus.

Dans le même temps que Je fus appelé chez le sieur Meyrand, j’appris que dans une ferme située aux Granges-lès-Grenoble , chez la veuve Rolland, une jeune personne était tombée malade d’une fièvre putride ; je m’y transportai aussitôt officieusement, pour satisfaire ma curiosité, car elle avait un médecin qui lui donnait des soins. Je reconnus aussitôt le typhus, et j’appris que la maladie s’était déclarée huit ou dix jours après qu’un prisonnier évacué de Grenoble avait couché dans l’étable , comme cela avait eu lieu chez Meyrand.

Je bornai ma visite à conseiller les fumigations nitriques qui furent exécutées , et la maladie ne prit pas d’autre extension. Ce prisonnier avait déclaré être de la Croix-Haute.

Le typhus a éclaté également vers cette époque dans cette commune, d’où, après avoir erré durant cinq ou six ans dans toutes les communes montagneuses du Trièves, Lans, Méandre , Autrans, il était parvenu à Monteau, en iSaS, et avait ensuite pris son extension sur la commune de Veurey, située sur le versant de la

( hi )

montagne de Monteau , sur la rive gauche de risère, dans un local bien aéré.

6® Fait. Dans le courant de l’biver de 1822 à 1823, au mois de décembre , M. le Préfet de l’Isère m’ayant écrit pour aller visiter la commune de Veurey, pour y constater l’existence d’une épidé- Inie qui y régnait depuis un mois et demi, je me rendis aussitôt à son invitation. Il y avait dans ce village, composé au plus de trois ou quatre cents habitans, au moins cent malades et déjà il y en avait une dizaine morts. J’en trouvai jusqu'à deux ou trois dans la même maison ; tous étaient affectés du typhus le mieux caractérisé; il y avait chez le plus grand nombre, stupeur, surdité, tremblement, fuliginosité des dents et de la langue, soif vive , langue sèche, abattement, délire taciturne ou rêvasserie; chez d’antres il y avait délire phrénétique , mouvemens convulsifs , ou état comateux, carpologie et perte de connaissance; chez. deux ou trois eu Bn il y avait parotides, et chez une jeune fille de quinze ans un bubon inguinal avec éruption miliaire; chez presque tous on observait,’ ou l’on avait remarqué, des ébullitions passagères et même des pétéchies lenticulaires.

Les médecins qui étaient venus visiter ces malades avaient désigné la maladie sous le nom de fièvre muqueuse intense ou de gastro-entérite.

Je fis moi-même aussitôt une enquête à laquelle je convoquai M. le maire ( S‘-Ours ) et le garde-champêtre ; il en résulta les documens suivans, pour rintelligence desquels il faut savoir que le village de Veurey, se compose de deux groupes d’habitations , l’un situé à mi-côteau , c’est l’ancien village, et l’autre à environ six cents pas au-dessous, sur le littoral de l’Isère, est habité par des bateliers occupés à faire des transports sur cette rivière, La construction de ce groupe d'habitations paraît toute moderne , pour ne pas dire récente; on l’appelle Hameau-de-la-Rive.

La maladie avait commencé par la première maison au nord de l’ancien village; cette maison est même en quelque sorte détachée et isolée.

Le premier individu atteint avait fait un voyage à Monteau , où il avait couché dans une maison où il y avait un malade en délire. L’invasion de la maladie avait eu lieu six ou huit jours après ce voyage et il était mort au bout de dix; sa femme et une autre fille de la maison furent également atteintes; mais elles étaient convalescentes au moment de ma visite. •

Les individus de la maison la plus proche, qui étalent venus donner des soins aux malades , y passer les nuits, et qui étaient leurs parens, étaient successivement tombés malades avant la guérison des deux dernières femmes. Dans cette maison

un homme était convalescent, mais sa femme, qui était enceinte, était morte, La maladie s’était ensuite étendue ainsi , de proche en proche , de maison en maison , toujours par les commuai cations de bons offices entre voisins, et, au moment de mon arrivée, toutes les maisons , à l’exception des maisons bourgeoises, avaient été ou étaient infectées , puisqu’il y avait encore une centaine de malades.

Enfin, toujours par le commerce des communications, le mal s’était propagé aux deux extrémités du Hameau-de-la-Rive où il y avait déjà deux malades dans chaque maison. La contagion était évidente, et la seule circonstance de la propagation de cette maladie me fit juger qu’il devait en être de même à Monteau.

Je fis mon rapport en conséquence, et, sur ma demande, on envoya une grande quantité d’acide sulfurique et de nitrate de potasse au maire, pour faire partout des fumigations nitriques; le docteur Pelon, résidant à Sassenage, commune peu distante deVeurey, fut chargé de l’exécution de toutes ces mesures , plus de suivre et de traiter les malades, ce qu’il fit avec tant de succès qu’il ne mourut plus personne ; et que la maladie fut complètement arrêtée dans les deux maisons du Hameau-de-la-Rive et ne se communiqua plus à personne.

7* Fait. L’ëpidémie de Veurey était à peiûe finie que je reçus une nouvelle lettre de M. le préfet, pour me transporter dans un hameau de Noyarey , commune la plus voisine au midi de Veurey et sur la même rive de l’Isère ( c'était dans le mois de mars 1828 ) , à l’effet d’y constater la nature d’une épidémie qui y régnait, et que venait de lui dénoncer M. le maire.

C’était encore le typhus qui avait été importé de Monteau.

Les mêmes moyens employés à Veurey furent encore mis en usage ici , sous la direction du docteur Pelon, et eurent le même succès.

Pour cette fois , les matériaux des fumigations furent aussi transportés à Monteau où elles furent exécutées par les soins du même médecin, et la maladie y fut aussi anéantie.

8® Fait. A quelque distance de cette époque, c’est-à-dire à environ sept ou huit mois, au commencement de l’hiver de 1828, le maire de la commune de la Ferrière, dans les montagnes à sept ou huit lieues au nord de Grenoble, ayant écrit à M. le préfet pour en obtenir des secours, dans une épidémie de fièvres malignes qui s’étaient déclarées dans un grand nombre d’habitations de pauvres particuliers , M. le préfet me fit appeler et me donna communication de cette lettre, en m’engageant à m’y transporter. Mais sur mon

observation qu’il existe à Allevard un médecin distingué, le docteur Châtain à qui il pouvait accorder toute confiance, il manda ce médecin avec lequel je m’abouchai. Les mêmes moyens de traitement curatif et prophylactique furent arrêtés et exécutés par les soins vigilans du docteur Châtain, et bien qu’il y eût plus de cent cinquante malades alités , l’épidémie fut arrêtée avec le même succès qu’à Veurey et à Noyarey.

Ces trois épidémies de typhus avaient une origine commune , et, d’après lesrenseignemensque je me procurai, soit au moyen des registres du concierge, soit des dilFérentes localités que le mal avait parcourues, leur foyer primitif était la prison de Grenoble.

Il existe même encore aujourd’hui des traces de cette contagion dans les communes de Renage, Réaumont, ayant même pris son extension sur la commune de Rives. Mais on y fait peu d’attention , parce que cette contagio-n , très-aSaiblie, est actuellement languissante. Elle pourrait toutefois se réveiller avec fureur, si quelques circonstances particulières venaient l’aviver, comme une nombreuse agglomération d’individus, un air chaud et humide. Ce que je dis pour ces communes est également applicable à plusieurs autres des contrées montagneuses du département, où la maladie a régné, et qui peuvent encore posséder

les mêmes germes, soit dans les linges et meubles, soit en recelant de loin en loin des malades qui entretiennent le feu sous la cendre.

C’est ainsi , vraisemblablement, que nous verrons souvent se renouveler des épidémies du choléra dans des lieux qui en auront déjà été le théâtre, ou qui en auront été exempts jusque-là, au moment où l’on s’y attendra le moins, par la dilatation des miasmes contagieux, jusque-là fixés, à l’occasion des mêmes circonstances qui pourront déterminer cette extension. Voilà sans doute comment se perpétuent pendant un certain temps, et quelquefois même se naturalisent dans des contrées étrangères à l’origine et à la production de leurs élémens, des maladies contagieuses exotiques, la variole, la rougeole , etc., et comment aussi se perdent les traces d’une contagion (V.ce qui a été dit plus haut, pag. 56, à l’oceasion de la variole ).

9® Et dernier fait. Le typhus, ou la fièvre dite nerveuse, de i8i4j qui fit tant de mal à nos armées dans nos désastres , infectait aussi l’hôpital de Grenoble, dont les malades, de même qu’à Mayence et sur le Rhin , périssaient dans des spasmes tétaniques par l’effet de la fluxion qui s’établissait de préférence sur la moelle épinière, où elle était attirée et provoquée vraisemblablement par les marches forcées des soldats d’ailleurs eu

( 4oo )

déroute et déhioralisés , jointes au froid rigoü-» reux de la saison , et bien qu’il y eût à celte triste époque, au moins momentanément, qua-* torze cents malades dans notre hôpital, la maladie ne prit aucun caractère extensible. Les fumigations avec l’acide nitrique , faites par mes ordres (il n’y avait point alors de médecins militaires) , et exécutées avec exactitude par les soins des pharmaciens, arrêtèrent complètement et en fort peu de temps les progrès de cette épidémie (i)<

Il résulte incontestablement de cette série de faits nombreux, tous authentiques et de notoriété publique , bien que j’en aie possédé seul jusqu’à présent la partie philosophique , ajoutés à tous ceux que j’ai mentionnés dans le cours de

(i) Tout le monde sait à Grenoble que M. le lieutenant-général Charpentier étant venu inspecter la 7® division militaire, aussitôt après la restauration, avait fait, en ma faveur, la demande de la décoration de la légiond’honneur, sur le rapport de M. l’intendant- militaire Bourgeois de S'-Paul , qui lui signalait ce service; mais que la circonstance de l’arrivée, dans notre ville, du frère du roi , eut pour effet de faire distribuer cette décoration à trois de mes confrères, qui n’avaient pris aucune paît à cette œuvre salutaire, et d’en priver celui pour qui la récompense avait été réclamée! Sic vos non voiiV /... J'en ai fait souvent la triste expérience.

On peut encore trouver le mémoire de proposition dans les bureaux du ministère de la guerre.

( 4oi )

C6t ouvrage , relatifs à toutes les espèces de contagion , les caractères suivans du plus haut intérêt ) sur lesquels j’ai fondé la théorie de la contagion miasmatique exposée ci-dessus, savoir :

1® La contagion miasmatique est un fait réel, dont la dénégation a les conséquences les plus funestes pour la société et la civilisation tout entière.

2® Cette contagion consiste en deux principes élémentaires, dont l’un, pouvant être considéré indifféremment comme formé par des animalcules microscopiques ou simplement par des atomes spécifiques invisibles * dégagés avec les vapeurs telluriques, pour les maladies contagieuses qui commencent par être endémiques j et successivement des corps malades, quelle que soit l’origine primitive du mal contagieux, n’est susceptible d’être absorbé par les corps sains qu’au point du contact , si toutefois il peut l’être à l’état sec ; et dont l’autre , qui lui sert de Véhicule et de moyen de locomotion et de propagation, est l’eau en vapeur, soit que cette eau soit fournie par lo corps malade lui-même au moment de la naissance de l’embryon > ou bien qu’elle soit empruntée à l'atmosphère ambiante, >

3® Les embryons contagieux peuvent s’accrocher à nos vêtemens , à nos hardes , meubles poreux, tissus lanugineux, cotonneux, soyeux, poils,

feutres, etc., y adhérer, y être fixes pendant plus ou moins long-temps, être conservés dans des lieux fermés (exemple, les couvertures de rhopital ) , ou être transportés au loin à dos d’hommes (exemple , les prisonniers élargis), ou dans des ballots de marchandises (exemple, la peste de Londres de i665, importée dans des ballots de colon ; la contagion de la petite-vérole, transportée de l’Egypte dans des ballots de coton , communiquée aux ouvriers de la filature de Manosque, etc. (i) ), sans nuire pendant tout le temps de leur fixité; mais dès qu’il sont en contact avec la chaleur humide, ils deviennent aussitôt miasmatiques, transmissibles, absorbables, et constituent alors un foyer contagieux, dont celui qui est le porteur de l’objet contaminé peut être la première victime , témoin le prisonnier de guerre du village de Caprera en Piémont, le premier prisonnier de Grenoble et les autres détenus évacués de la maison d’arrêt de cette ville.

4° Un temps sec et chaud est peu favorable à la contagion, quoiqu’il le soit plus qu’un temps froid et sec , à cause de la facilité que peuvent trouver alors les embryons contagieux à se dé-

(i) Robert, Histoire de t épidémie varioleuse de Marseille.

Uyer et à se volatiliser en miasmes à la première rencontre de l’humidilé (exemple, les prisonniers mentionnés, passant la nuit dans les étables).

5® Les vapeurs humides de la mer, fournissaut sans cesse l’élément de volatilité aux principes contagieux, jointes à l’humidité des entre-ponts des navires, font de nos communications maritimes le moyen le plus actif de transport de la contagion sur toute la surface du globe. Exemple : c’est par les provenances maritimes que nous sont arrivées en Europe presque toutes les espèces de contagion, la variole, la peste orientale , la fièvre jaune et , en dernier Heu , le choléra asiatique.

6® Après la puissance de la mer pour transporter et transmettre la contagion , vient celle des fleuves, des rivières navigables, des canaux de navigation , témoin la marche qu’a suivie et que suit le choléra de l’Inde , le long de tous ces cours d’eau.

7® L’humidité locale , c’esLà-dire dépendante de la topographie des lieux , augmente considérablement l’activité des foyers contagieux; mais ce qui l’augmente bien davantage encore, c’est la cohabitation d’un grand nombre d’individus dans des appartemens étroits et resserrés, témoin la peste deNimègue, de Marseille, de Moscou, etc., et, dans le choléra, la mortalité elTraj'anlc.de

la classe ouvrière et indigente à Paris et dans toutes les grandes cités ; la rapide transmission du typhus à tous les prisonniers des basses-fosses dans la maison d’arrêt de Grenoble, etc.

8° Avec une observation attentive des faits, et une scimpuleuse investigation , on peut toujours reconnaître une maladie contagieuse, non-seulement à ses caractères symptomatiques , mais encore en suivant sa marche ,sa filiation, l’enchaînement des faits par une enquête consciencieuse, on peut renronter à son origine. Exemple : les typhus qui ont régné, depuis 1817, dans les diverses contrées du département de l’Isère, avaient tous puisé leur germe primitif dans la prison de Grenoble. Je ne crains pas de le dire , il n’y a que les esprits légers, impatiens, tranchans, ou dominés par une théorie spéculative , une idée préconçue, des préjugés anti-contagieux , qui dédaignent ou négligent ces recherches.

9° Les moyens les plus rationnels pour détruire artificiellement l’infection ou la contagion miasmatique sont les corps hygrométriques gazeux , entre autres le gaz nitrique , et, à son défaut, le gaz hydrochlorique ; ils purgent, en peu de temps, lorsqu’on les dégage en suffisante quantité et surtout d’une manière permanente, l’air atmosphérique de toute son humidité vaporeuse, en pénétrant dans tous les coins d’un apparte-

ment, dans toutes les mailles des tissus , l'interstice de tous les poils, dans les pores superficiels de tous les corps, et, lorsque cette purgation est faite , le nouveau gaz dégagé des appareils désinfectans ne se convertit plus en vapeurs blan^ ches , ou du moins cette coloration diminue sensiblement ; il ne reste plus alors dans l’air qu’une vapeur légère qui, en retombant par son propre poids sur le sol, communique à la langue une saveur piquante, acide, très-sensible, pour les fumigations nitriques, auUeu d'être salée comme dans le principe de l’opération.

Par cette opération , non seulement l’air est désinfecté , mais encore tous les objets que le gaz a pénétrés; et toute contagion cesse Irrévocablement. Exemple : tous les faits recueillis, par moi , et cités plus haut, ceux du docteur anglais Smith et ceux du docteur Odier de Genève (i). Le dé-

(i) Observations sur les fièvres des prisons. Le docteur Odier a prétendu, page 126' du mémoire du docteur Smith qu'il a traduit , que Tes fumigations nitriques étaient insuffisantes pour détruire l’infection miasmatique dans les salles très encombrées de malades; sans doute, cela doit être ainsi, si on se borne, comme il le faisait vraisemblablement, à deux ou trois fumigations par jour en ouvrant les salles aussitôt après, mais si, outre le renouvellement de l’opération en grand 4 ou 5 fois par jour, on a dans toutes les parties de la salle des appareils qui fonctionnent sans cesse pour décomposer les moindres^ frac-

gage ment de l’acide, en quelque quantité qu’il soit fait, n’est nullement nuisible aux individus sains ni aux malades qui y sont plongés ; celui de l’acide hydrochlorique est seulement un peu fatigant par son odeur safranée.

io° Le chlore qu’on a tant préconisé est trèspeu désinfectant , et il ne l’est vraisemblablement que parce qu’il est hygrométrique, toutefois à un degré infiniment moindre que les gaz nitrique et hydrochlorique; sa propriété s’exerce principalement sur les odeurs. Les deux acides gazeux, nitrique et hydrochlorique jouissent aussi de cette dernière propriété , pour le moins à l’égal du chlore.

11 est néanmoins besoin de faire à cet égard de nouvelles expériences comparatives.

Telle est, en résumé, ma doctrine sur la contagion ; elle est le fruit de trente ans d’observations, d’expériences et de méditations, et je serai le plus heureux des hommes, si la publication que j’en fais en ce moment peut répandre sur l’humanité le plus grand des bienfaits, d’abord

tions des miasrhes à mesure qü’ils se dégagent, on peut être certain d’une complète désinfection. En i8i4» salles étaient encombrées, il y avait trois rangs de lits, dans beaucoup il y avait deux malades ; et quoique la maladie fût intense aucun infirmier ni élève ne la conra: ta , et la contagion fut anéantie en huit jours.

d’anéantir le fléau qui moissonne aujourdMiui les populations européennes et ensuite celui de purger le genre humain de toutes les maladies contagieuses et transmissibles par miasmes , sans en excepter la petite vérole.

Ce bienfait pourra encore s’étendre sur toutes les épizooties contagieuses qui se propagent de la même manière chez les animaux de la même espèce , avec celte circonstance remarquable que la contagion miasmatique dans leurs maladies est un fait peut-être encore plus fréquent que dans l’espèce humaine.

Dé la conduite à tenir pour désinfecter et assainir , dans tous les cas de maladie contagieuse, et, entre autres , pour détruire le choléra.

Lorsque le choléra éclate dans un pays, par un ou plusieurs cas, soyez certain de son importation , bien que vous ne puissiez pas toujours saisir cette contagion en flagrant délit, et que la connaissance de la transmission ait même échappé à celui qui en est victime. J’en ai dit assez pour vous faire saisir le fil de ce mystère incompréhensible pour le vulgaire des hommes, et qu’avec un peu d’attention, les médecins ne laisseront pas échapper. Faites faire aussitôt des fumiga-

tions épaisses d’acide nitrique dans l'appartement qu’occupe ou qu’aura occupé le malade, et lors même que , l’appartement étant bien hermétiquement fermé, ce qu’il faut toujours avoir soin de faire, la vapeur sera épaisse au point d’empêcher de distinguer les objets à trois pas, soyez tranquille , le malade, ni les assistans > ni vous-même , n’en serez pas incommodés. Le malade sera même soulagé par l’insinuation dans les poumons de cette vapeur bienfaisante où il peut y avoir déjà peut-être du protoxide d’azote formé instantanément.

Laissez une cassolette auprès de son lit pour avoir un dégagement perpétuel , et, pour plus de sûreté, renouvelez la fumigation en grand trois fois par jour et plus.

Il serait à souhaiter que le malade pût être traité à son domicile, sans cesse plongé dans cette atmosphère nitrique , en renouvelant seulement l’air trois ou quatre fois par jour, pendant un instant, et il est vraisemblable que, de même que pour le typhus , la maladie ne se transmettrait à personne, surtout en ayant soin de soulever ses draps et ses couvertures et de faire passer dans leurs interstices une colonne de gaz nitrique, ce qui pourrait se faire au moyen d’un chapiteau se terminant en un tuyau en ferblanc, qui serait bientôt oxidé à la vérité, mais

dont le fréquent renouvellement serait permis par la modicité de son prix.

Mieux vaudrait, sans doute, que ce chapiteau fût en verre, porcelaine, faïence, etc.; mais il faudrait en faire construire. On pourrait, dans ce cas , faire en même temps une cucurbite de même matière et pouvant hermétiquement s’adapter ensemble. En attendant, on pourrait se servir d’une fiole à médecine, à laquelle on luterait convenablement un tuyau en verre; c’est le moyen que je me propose d’employer moi-même dès que je serai appelé pour donner des soins à des malades cholériques , car dans les épidémies de typhus je n’ai pas eu besoin de recourir à ce procédé.

Il est à observer que si je conseille de ne pas déplacer les malades, c’est que j’ai constamment remarqué que, dans le typhus, leur état s’améliore sensiblement sous l’influence des fumigations; ce qui a lieu probablement par suite de l’absorption , soit par les poumons, soit par la peau, soit par la déglutition de la salive , d’une petite quantité de l’acide k l’état vaporeux ou liquide.

Ce qu’il y a de certain , c’est que la fumigation communique à la bouche une saveur fraîche et agréable, peut-être due à du nitrate d’ammoniaque, qui ressemble beaucoup à celle du nitrate de potasse. Tandis que celle de l’acide hydrochlo-

rique y développe une saveur qui ressemble à celle du sel ammoniac.

J’insiste même sur ce conseil de ne pas déplacer le malade , toutes les fois qu’il n’y aura pas d’impossibilité physique à le faire , parce que je suis bien convaincu, par l’expérience et les observations citées plus haut, que non-seulement le malade s’en trouvera mieux, mais encore que sa présencé au milieu d’une atmosphère épuratoire, sans cesse entretenue , sera sans aucun danger pour les personnes qui habiteront la même pièce; et que toutes seront, de plus, à l’abri de contracter la irialadie au dehors, par la communication avec la contagion, qui viendra se détruire sur leurs vêtemens imprégnés d’acide nitrique ou hydrocblorique. Cfette circonstance explique pourquoi tous les individus qui travaillent ou qui habitent les ateliers où l’on fabriqué des acides ou de la soudé, (par son extraction du sel marin), même ceux d’acidesulfurique , les blanchisseurs par l’âcide sulfureux, et enfin les habitans des passages éclairés par le gaz hydrogène dégagé de la houille ont été én général épargnés par le choléra; Gé qui ne peut être attribué ici qu’au gaz sulfureux également hygrométrique.

Le traitement des malheureux à domicile aurait encore d’immenses avantages , tant pour le malade lui-même que pour la société, savoir :

1° Pour lui, de ne pas livrer, par son déplace ment et son transport, ses organes à dés secousses physiques qui augmentent l’épuisement de ses forces;

2” De ne pas quitter sa famille, ses proches et tout ce qui lui est le plus cher, et, par consé-^ quent, de ne pas fatiguer son moral par des réflexions sinistres et peut-être même désespérantes, causes puissantes de débilité;

3° Pour la société, de n’exiger que rarement des personnes étrangères à la famille pour soigner les malades, ce qui diminue la fréquence de l’exportation du germe contagieux dans d’autres lieux ;

4° De réduire, par conséquent, tous les secours de la charité publique aux dépenses des fumigations, des besoins pharmaceutiques et alimentaires, et aux soins de propreté pour le renouvellement fréquent du linge.

Au moyen de cela, non-seulement plus d’hôpitaux, si ce n’est pour les ouvriers isolés et sans famille , mais encore diminution prodigieuse de l’extension de la maladie et sa prompte extinction partout où elle paraîtra.

Je ne voudrais donc plus de bureaux de charité que pour des secours à domicile , et des établissemens hospitaliers ou des ambulances que pour les ouvriers isolés.

11 résulterait de celte mesure une économie immense, telle qu’avec la dixième partie de ce qui a été dépensé dans l’épidémie de Paris on aurait pu suffire à tout , en supposant même qu’il y eût eu le même nombre de malades , ce que je suis bien loin de penser.

Quant à la classe aisée de la société, rien ne lui est plus facile que de se garantir du choléra; elle n’a qu’à suivre les conseils suivans dont j’oserais lui garantir l’infaillibilité.

Il faut, dès l’apparition du choléra sur le point où l’on habite, se séquestrer dans sa maison avec sa famille, que ce soit à la ville ou à la campagne, peu importe; 2° n’avoir plus, autant que faire se peut, de communications au dehors que par l’intermédiaire des domestiques, qui deviendraient dès-lors exclusivement les pourvoj’^eurs delà communauté pour tous les besoins; 3° mais, pour que ceux-ci n’apportent pas la contagion du dehors, s’ils y ont été exposés, il y aura dans la maison ou l’appartement, une pièce particulière (l’antichambre ou le vestibule seraient les plus favorables s’ils ferment hermétiquement), dans laquelle serait placé un appareil à dégagement nitrique , fonctionnant sans cesse , où l’on serait tenu de séjourner au moins cinq minutes avant de communiquer; on y plongerait aussi les provisions et les marchandises et les lettres^ venant

du dehors avant de les toucher. Ce serait un purgatoire physique réel, dans toute son acception littérale. Si un domestique venait à être atteint de la maladie pour l’avoir contractée immédiatement, par ses communications , on le traiterait de même au milieu d’une atmosphère nitrique , et il ne communiquerait son mal à personne.

Aucun étranger ne serait non plus admis avant d’avoir séjourné les cinq minutes dans le cabinet de purification , sans même en excepter les médecins, souvent véritables épidémies ambulantes. Au reste, si on suit mon plan exactement, tous les médecins, se trouvant toujours plongés dans une atmosphère purificatoire, cesseront dès- lors de recevoir et de transmettre la contagion.

Tels sont les moyens simples et peu dispendieux, à l’aide desquels j’ai la confiance intime qu’on anéantira le choléra dans tout l’univers, en bien moins de temps qu’il n’en a mis pour parcourir le chemin qu’il a fait, car on pourrait, en s’entendant, obtenir ce résultat en moins d’une année.

Ces mesures ne sont pas seulement applicables au choléra, mais encore à toutes les maladies contagieuses qui se propagent par miasmes, sans en excepter la variole et la rougeole. Car j’ai fait, à l’hôpital de Grenoble, l’expérience que les fumigations nitriques, dégagées autour des malades

atteints de la petite- vérole confluente, ont constamment garanti , quand elles étaient faites exactement, les individus encore vierges de celte maladie, bien qu’ils fussent couchés dans la même salle et à peu de distance des malades.

J’observe que pour que le dégagement du gaz nitrique soit plus prompt et plus complet, il est avantageux de placer le vase dans lequel on fait l’opération dans un bain-marie, en prenant bien garde de ne jamais le chauffer à une température supérieure à l’eau bo,n,illante, de crainte de donner lieu à du dégagement de gaz nitreux qui serait très- fatigant pour la respiration. On se souviendra qu’une partie d’acide sulfurique de cinquante-six à soixante degrés est suffisante pour saturer une quantité égale en poids de nitrate de potasse; on pourrait encore, par économie, se servir de nitrate de soude importé d’Egypte par la voie du commerce , qui est à beaucoup meilleur marché que le nitrate dtî potasse. Il faut aussi remuer, de temps en temps, le mélange, soit avec un tube en verre, soit une spatule en bois qu’on n’y laisse pas, pour ne pas donner lieu à la décomposition de l’acide sulfurique.

Je n’ai pas parlé, dans la narration des faits rapportés plus haut, des fumigations hydrochloriques, quoique je les croie aussi efficaces que les nitriques , parce que je ne les ai jamais employées

qu*à ■ litre d’expérience et que les malades ont toujours préféré le gaz nitrique à l’hydrochlorique dont l’odeur leur paraissait moins agréable, ainsi que je crois l’avoir dit plus haut. A défaut de nitrate de potasse on pourrait néanmoins les employer avec un égal succès.

Mesures générales de police sanitaire.

Bien que ma méthode désinfectante ne tende, en aucune manière, à entraver le commerce et à gêner en rien les relations delà vie sociale, je crois, cependant, qu’il serait avantageux qu’elle fût aidée du concours de l’autorité, d’abord pour l’appuyer de son influence et de son crédit, à l’effet de la répandre le plus promptement possible, après l’avoir expérimentée, et, en second lieu, en la secondant par les mesures sanitaires générales qui sont exclusivement de son ressort.

La première de ces mesures , et la plus urgente , serait de faire faire, sous les yeux d'un commissaire préposé à cet effet et assisté de deux témoins signataires, des fumigations d’acide nitrique ou hydrochlorique , lequel ici convient trèsbien , dans toutes les voitures , tant publiques que particulières , qui circuleraient dans les villes et qui partiraient des lieux infectés avec des voyageurs, de tout quoi il serait dressé un pro-

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cès-verbal) qui serait remis au maire. Il n^est pas douteux, à mon avis, que l’exportation du choléra de Paris, n’ait été faite fréquemment de celte manière» En effet, un individu vierge de contagion entre dans une voiture contaminée; le germe cholérique peut être, pendant le voyage, pompé par lui ou s’accrocher à ses vêtemens, et il peut le porter ainsi dans un pays sain. Alors, la maladie éclatera, à son arrivée, soit sur lui, soit, quelques jours après, sûr les individus qui l’auront approché, surtout au moment où une chaleur humide de l’atmosphère convertirait ces germes en miasmes, c’est-à-dire les dilaterait ou les volatiliserait. C’est ainsi, d’après une lettre que j’ai lue, qu’il vient d’être transporté à Douai par un officier d'artillerie venant de Paris.

La seconde mesure de police qui ne serait pas moins utile pour éteindre plus promptement le choléra, serait celle de faire fermer les temples , les salles de spectacle et tous les lieux où se réunissent de grandes masses d’individus, car rien n’est plus propre à disséminer et à multiplier la contagion que ces nombreuses réunions, attendu qu’un seul individu, dont les habits seraient contaminés , pourrait la communiquer à tous ceux qui seraient dans son voisinage , par le fait de la dilatation subite des miasmes , déterminée par la chaleur humide.

Uue troisième mesure, qui ne pourrait avoir que d'heureux résultats, serait , dans les gros lieux et surtoüt dans les villes fermées , d’avoir une sorle de lazaret à chaque entrée de communication avec le dehors, dans lequel il y aurait un cabinet de purification nitrique, soit un purgatoire, à l’instar de celui des maisons particulières, et où on obligerait toutes les personnes qui viendraient des lieux suspects à séjourner,' avec leurs eSbts,aü moins dix ou douze minutes.

On ferait en même temps des fumigations avec l’acide bydrochlorique dans les voitures et dans les écuries des chevaux qui les auraient amenées.

Ce sont là, dira-t-on, de ces excès de précaution dont on pourrait se passer. J’en conviens; mais contre une maladie aussi terrible , il faut encore mieux pécher par excès que par défaut , surtout si on désire obtenir une plus prompte délivrance du fléau.

Enfin , il est une quatrième mesure de salubrité, du ressort de la police sanitaire, et dont l’exécution est exclusivement confiée à la surveillance municipale, c’est celle relative aux assainissemens topographiques des villes, bourgs, villages et habitations.

Les médecins doivent être les conseillers et les principaux directeurs de cette mesure; et leur principale soUlcitude doit avoir pour objet de

faire disparaître toutes les eaux croupissantes , tous les cloaques d’immondices, attendu que rien n’est plus propre à donner de l’activité à la contagion que l’humidité qui se dégage sans cesse dans l’atmosphère de ces foyers aqueux ou putrides.

, Par les mêmes raisons, les rues des villes ne doivent pas être arrosées pendant les chaleurs de l’été. Il vaudrait beaucoup mieux au contraire y placer des appareils desséchans de l’air. C’est dans ces lieux que l’on pourrait inviter tous les propriétaires et habitans d’une maison, à entretenir au dehors de l’entrée principale, lorsque l’atmosphère serait calme, et qu’on transporterait au dedans quand elle serait agitée ou qu’il pleuvrait, une cassolette dégageant de l’acide bydrochlorique et qui fonctionnerait Jour et nuit; cette mesure serait peu dispendieuse, vu le bon marché du sel marin et de l’acide sulfurique, et décomposerait assurément tous les miasmes pestilentiels qui pourraient s’échapper des appartemens des malades.

Ce n’est que sous ce rapport rationnel que les assainissemens peuvent avoir un heureux résultat. Mais, je ne saurais trop le répéter, toutes les immondices, toutes les odeurs infectes de matières végétales ou animales en putréfaction, tous les effluves humides possibles dégagés dans l’almos-

phère, ne sauraient produire à eux seuls le cHo“ léra dans nos climats.

Pour qu’une maladie spéciale et exotique éclate et se propage dans une contrée, il faut que le germe y soit importé; sans cela, l’insalubrité des lieux ne peut produire d’altérations pathologiques dans l’organisme humain, que celles que nous connaissons dé}à et qui sont propres à notre sol. L’insalubrité toute seule ne peut pas plus engendrer le choléra que la petite-vérole , et elle produit d’autant moins d’effet sur nos corps que- nous y sommes acclimatés de longue main. C’est pour cela que les cinq mille cochons d’Edimbourg , nourris dans les troisièmes et quatrièmes étages des maisons, en quelque sorte pêle-mêle avec les habitans, dont parle le professeur Delpech , n’ont jamais produit aucune épidémie parmi eux, quoique celte pratique remonte à un temps immémorial, et que, le choléra survenant , elle leur a été si funeste;

C’est encore ainsi que îe seul quartier de Paris qui fut exempt des ravages de la peste noire en i4oo, fut, au rapport de Papon, la voirie de Montfaucon, bien qu’il y eût, plus que partout ailleurs , les élémens les plus multipliés d’insalubrité. Je ne doute même pas que les habitans de ce local privilégié ne durent leur salut qu’à cetteprévention, existante de tout temps, que les ma-

tières animales en putréfaction sont des foyers d’infection, ce qui empêchait tout le monde de l’approcher, de crainte d'y prendre la maladie.

Toutes ces circonstances auxquelles on a attribué tant de puissance pour la production du choléra y sont évidemment étrangères. Mais lorsqu’on nie la contagion , qu’on s’obstine dans l’erreur et TaYeuglement, il faut bien chercher ailleurs d’autres élémens de causalité, et c’est cette matière qui est exploitée avec un si spécieux avantage par les non contagionistes. Mais la vérité éclaterez et se fera connaître.

11 en est des allégations d’épizootie de poules et de poissons, de nuages rouges et jaunes, du trouble de l’eau des fontaines et des essaims de

mouches exotiques, comme des prétendues causes attribuées à l’insalubrité locale. Ce sont évidemment des circonstances ou des accidens tout-àfait étrangers à l’épidémie qui nous désole ; car , outre que les lumières du bon sens ne peuvent point s’accommoder de pareilles rêveries, on a l'ait l’analyse de; l’air et celle de l’eau , et on n'y a rien trouvé d’extraordinaire.

Il se fait temps, je ne saurais trop le répéter, de revenir enfin au temple de la vérité et de marcher éclairés de son flambeau. Quant à moi qui crois ne l’avoir j^imais perdu de vue, je suis venu , avec confiance dans mon opinion, en exposer les

motifs et révéler les seuls moyens de salut qui existent contre un fléau destructeur, dont la ténacité a fait échouer toutes les notabilités médicales du dix-neuvième siècle. Serai-je plus heureux, moi pauvre inconnu , en dehors du rayon très-court de ma résidence ? J’ose m’en flatter , parce que J’ai en ma faveur d’abord une grande indépendance des idées du jour , et , en second lieu , une expérience redondante de faits que peu de personnes ont été à même de constater comme moi. Ce qui me le fait encore espérer, ce sont la simplicité de mes moyens et la facile exécution de mes préceptes, caractères qui ont, de tout temps, été le cachet de la vérité dans les utiles découvertes.

Ils ne portent d’ailleurs, ainsi que je l’ai dit, aucune entrave au commerce, peu à la libre communication des hommes et à leurs transactions.

Toutes ces considérations me persuadent que non-seulement ils ne rencontreront pas de sérieuses oppositions, mais encore que Tautorilé ne dédaignera pas de seconder mes vues philanthropiq^ues de son, eSicaee interventiojo.

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