‹ La contagion du choléra-morbus de l'Inde dénoncée et démontrée par les faits et le raisonnementChapitre 10 sur 15 · PRÉCONISÉS DANS LE TRAITEMENT DU CHOLÉRA · texte numérisé non relu

PRÉCONISÉS DANS LE TRAITEMENT DU CHOLÉRA

Du calomélas ou protochîorure de mercure»^

Ce moyen, le plus anciennement préconisé et dont l’emploi a été prodigué dans l’Inde par les médecins anglais , probablement à titre d’antidote ou de spécifique contre une maladie qu’ils considéraient comme pestilentielle dans sa nature, n’a pas répondu à l’attente des praticiens en Eu rope, c’est pourquoi on y a aujourd’hui généralement renoncé. En effet , le calomélas agit sur nous de deux manières, suivant la dose à laquelle on l’emploie : à forte dose ( douze ou quinze grains à la fois ) , il est purgatif et, dans ce cas, il provoque sur le canal intestinal une irritation dont il n’a pas besoin , et à doses fractionnées ( deux ou trois grains par jour ), son action sur l’économie n’est sensible qu’au bout de quatre ou cinq jours au plutôt par une fluxion sur la membrane muqueuse delà bouche, qui est alors imprégnée d’une saveur métallique , quelquefois avec des ulcérations superficielles, et sur les glandes salivaires dont il provoque alors une sécrétion plus ou moins abondante de la salive..

Il est bien vraisemblable que si l’on pouvait

dt3 prime abord, obtenir ce dernier résultat du calomélas que l’on administrerait à l’invasion du mal, on pourrait avoir à s’en applaudir, mais cela est impossible , attendu la rapidilé de la marche de la maladie et l’inertie des absorbans à cette époque, qui n’introduisent rien de ce qu’on leur présente , la nature s’épuisant alors en efforts d’expulsion sans rien réserver pour l’absorplioo. C’est ainsi que l’on a vu souvent des salivations orageuses s’établir à la suite de l’administration du calomélas au moment de la période algide, plusieurs jours après la période de réaction , par le rétablissement de l’absorption , circonstance fâcKeuse qui ne fait plus que compliquer la marche de la maladie et retarder la guérison.

Du sous-nitrate de bismuth.

Le sous-nitrate de bismuth a été surtout préconisé par les médecins russes et polonais , au point d’être présenté par eux comme un véritable spécifique du choléra (i).

Il est certain que cet oxide métallique est un très-bon sédatif des irritations nerveuses de l’estomac, et qu’il peut être employé avec avantage

(i) Les essais en ont été faits, probablement d’après les écrits des docteurs Odier de Genève et Marcet.

dans les violentes cardialgies et le« vomisseinens trop fréquens , procédant d’un état convulsif de cet organe, comme je l’ai constaté plusieurs fois en l’administrant en pareil cas dans les hernies étranglées; mais il n’a et ne peut avoir absolument que cette action locale, n’exerçant aucune influence sur le fond de la maladie.

Cela n’empêche pas, dans tous les cas, qu’il ne soit un très-bon moyen antispasmodique auquel on peut avoir efficacement recours à titre de palliatif, surtout en l’administrantpromiscûmentavec de petites doses d’opium.

Voici une formule qui m’a toujours assez bien réussi dans ma pratique journalière :

Sous-nitrate de bismuth, quatre grains;

Extrait thébaïque, un quart de grain ;

Sucre en poudre, dix grains;

Mêlez exactement.

Ou administre chaque prise délayée dans une cuillerée d’eau fraîche , toutes les demi-heures, les heures , les deux ou trois heures , suivant l’exigence des cas, savoir, selon la violence et la fréquence des vomlssemens et les douleurs gastrodyniques. Je dois observer que lorsque il y a une véritable inflammation dans la tunique muqueuse de l’estomac, ce moyen ne fait absolument rien que retarder les vomissemens, sou-

vent en augmentant l’intensité de la douleur.

Ce médicament , lorsque ce phénomène a lieu, est toujours pour moi une pierre de touche que non-seulement il y a gastralgie, mais encore gastrite muqueuse , et dans ce cas il augmente la douleur en développant une sensation de fer chaud.

De V usage de V opium.

On a beaucoup aussi abusé de l’usage de l’opium seul ou étendu dans des véhicules appropriés, soit par la bouche , soit en lavemens.

Ce médicament, administré , comme tous les autres, au moment orageux, c’est-à-dire dans la période algide , a peu d’action, à cause de la suspension de l’absorption. Il est probable toutefois que , parvenu dans l’estomac , ou dans le gros intestin lorsqu’on l’administre en lavement, il a d’abord une action topique, stupéfiante, sur l’épanouissement des nerfs irrités , et que c’est de cette manière qu’il calme ou modère lesvomissemens et les déjections; mais si, pour profiter de cet avantage , on continue à administrer le médicament , encouragé qu’on est par le défaut d'accidens occasionné ordinairement par son ingestion à fortes doses, il est bien à craindre alors, et cela s’est vu plusieurs fois , qu’au moment de la réaction, c’est-à-dire lorsque l’absorption aura

repris ses droits, que le narcotisme se déclare par le fait de cette abvsorption, ce qui devient alors une complication formidable, susceptible défaire perdre tout le fruit de cette réaction.

Il faut donc être sobre dans l'emploi d’un médicament aussi dangereux , ne l’administrer qu’à petites doses, soit sous forme de laudanum liquide de vSydenham ou de Rousseau, soit sous forme d’acétate de morphine en dissolution dans une eau distillée avec un sirop mucilagineux.

Voici une formule simple d’un julep que l’on peut administrer sans danger :

Eau dist. de laitue, quatre onces;

— de menthe , une once;

Laudanum liquide de Sydenham, vingt gouttes;

Sirop de guimauve , une once.

Le laudanum de Sydenham peut être remplacé par dix ou douze gouttes de laudanum de Rousseau , ou par un grain et demi ou deux grains acétate de morphine.

Cette potion s’administre par cuillerées de demi-heure en demi-heure quand les accidens sont violens.

On peut administrer cette même dose dans un demi-lavement d’amidon..

Tant que le malade ne le garde pas , il n’y a rien à craindre pour le narcotisme; mais dès qu’il

est retenu, il faut s’arrêter, parce que d’ailleurs l’indication est remplie.

On peut aussi couvrir l’abdomen d’un large cataplasme laudanisé sans aucune espèce d’inconvénient.

Ve la jusquiame , de la belladona , de la digitale et autres médicamens sédatifs et stupéfans.

Ces moyens agissent à la méthode de Topium , c’est-à-dire comme des sédatifs topiques et locaux ; ils peuvent par conséquent être utiles pour calmer les grandes convulsions de l’estomac et les crampes musculaires, mais il faut en user avec modération, de crainte de leur passage en trop fortes doses dans les secondes voies; c’est aux praticiens exercés à régler ces doses et à en observer les effets.

La digitale pourprée, contenant de l’acide hydrocyanique, ne peut elle-même agir qu’en modérant l’action du cœur , elle ne pourrait , dans ce cas, être prescrite que; d’après la méthode des homéopates, c’est-à-dire à de très-petites doses; mais; quelle confiance un médecin éclairé et raisonnable peut-il accorder à de pareilles rêveries? De toute autre manière , elle ne peut qu’être nuisible.

Du camphre, de Vhuile de cajepui et autres substances aromatiques.

On avait aussi, en Asie et en Russie, accordé une très-grande conGanCe au camphre et à l’huile de cajeput. Ces médicamens, de nature balsamique et considérés comme des huiles essentielles, paraissaient, en effet, indiqués à titre d’excitans diffusibles, susceptibles de relever les forces abattues; mais on ne s’est pas aperçu qu’ils aient produit aucun effet semblable, et cela devait être, d’après les explications données plus haut. Aussi y a-t-on généralement renoncé aujourd’hui. On peut en dire autant de l’eau de menthe et des infusions de camomille , qui constituent la base du traitement du choléra dans l’Inde. Ces eaux, de même que celle de canelle orgce, peuvent néanmoins être employées à titre d’adjuvant ou correctif, dans les cas où il faut soutenir les forces et calmer la violence des vomissemens.

De L' ammoniaque et des sels ammoniacaux.

L’ammoniaque liquide, ingérée par la bouche, étendue dans un véhicule approprié, à doses modérées, dix ou douze gouttes et plus , dans une potion à prendre fréquemment, paraît également un médicament indiqué dans la période

algide, à cause de sa propriété alexipharmaqtie, considérée comme héroïque dans la morsure de la vipère; mais il n’a pas répondu à l’attente des praticiens, probablement parce qu’il y a déjà suspension d’absorption à l’époque où on l’administre, et une trop grande convulsion dans l’estomac et l’intestin qui le rejettent. Il est cependant probable que ce médicament, administré de bonne heure, pourrait être utile, de même que ses sels , l’acétate et l’hydrochlorate d’ammoniaque. Ce qu’il y a de certain , c’est que j’ai constaté, par un assez grand nombre d’observations, que ces sels, adnlinistrés à la dose de deux ou trois gros en vingt-quatre heures, augmentent notablement les contractions du cœur, la diastole du pouls, et déterminent, par conséquent, un mouvement excentrique, très-convenable dans le choléra.

Des affusions et des immersions froides.

Dans une maladie aussi désespérante que le choléra et dont la nature est encore couverte d’un voile obscur, il n’est pas étonnant qu’on ait eu recours , pour la combattre , à tous les moyens expérimentés en médecine. Les traitemens les plus rationnels échouant tous, ou ne diminuant nullement la mortalité, il a bien fallu avoir recours

aux méthodes empiriques et perturbatrices les plus énergiques. Telles sont les affusions d’eau froide sur la périphérie du corps , ou les immersions dans le même liquide.

Cette méthode, empruntée des Anglais, si fort préconisée par le docteur Currie sur la fin du siècle dernier , et par le docteur Janini , de Milan , au commencement de celui-ci , consiste à jeter des seaux d’eau froide, de haut en bas, sur le corps nu du malade , de manière à occasionner un spasme subit à la peau, et par suite un reflux de sang de la circonférence au centre, ce qui jette le malade dans un état d’angoisse extrêmement pénible; la peau alors se refroidissant, le pouls devenant petit et concentré, et un frisson avec tremblement se manifestant aussitôt avec pâleur de la peau et des lèvres, comme dans un accès violent de fièvre.

Il y a dans cette médication hardie deux phénomènes physiologiques à analyser , savoir : le premier , c’est la commotion du système nerveux qui retentit électriquement des épanouissemens cutanés des nerfs sur le cerveau et le tronc rachidien , et qui pourrait produire chez un individu faible l’effet d’une forte commotion électrique instantanément mortelle , surtout si la température de l’eau approchait des premiers degrés de l’échelle thermométrique ; et le second , qui est

l’eflot concomitant du premier, est le reflux delà circonférence au cëntre, vers les gros vaisseaux, du sang qui , par son abondance , vient aussitôt apporter un grand trouble dans l’action du cœur, ainsi que dans la circulation cérébro-spinale , d’où pourrait aussi résulter une mort prompte par suite de cette double action physiologique, susceptible de déterminer la syncope ou une attaque d’apoplexie.

Toutefois, bien que cela soit arrivé au docteur Janini, au grand hôpital de Milan, au moment où il expérimentait ce moyen sur des malades, en présence du podestat et d’une comrnission nommée à cet effet (d’après l’assurance qui m’en a été donnée ), il est rare que les choses aillent jusque là, et ordinairement il s’établit une réaction heureuse , un mouvement excentrique en vertu duquel la peau se colore, s’anime, s’échauffe et se couvre bientôt d’une vapeur balitueuse , accompagnée d’un sentiment de bien-être de plus ou moins longue durée, après quoi la maladie reprend son caractère avec moins de gravité , ce qui oblige à revenir plusieurs fois à la mêmie opération,]usqu’à ce que le mieux soutenu annonce le triomphe de ce moyen.

C’est dans les fièvres tiphôdes avec exaltation cérébrale, force et impétuosité du pouls* chaleur brûlante et sèche , soubresauts des tendons dans

la fièvre jaune, et, en général, clans tous les cas où il y a une violente réaction fébrile, que cette médication perturbatrice a été conseillée et a obtenu des succès remarquables , au rapport de Currie et de Janini , ce qui n’est pas dénué' de vraisemblance.

Mais dans le choléra , à l’époque algide où déjà la compression vitale n’existe qu’à un trop grand degré, ce moyen me paraît peu rationnel; aussi le professeur Récamier en a-t-il fait un essai peu encourageant à l’Hôtel-Dieu, au commencement de l’épidémie; toutefois, comme, d’après ce qu’en dit le docteur PIgeanx, il n’employait qu’un liquide presqu’au degré de la température du malade déjà considérablement refroidi , on ne peut tirer aucune conséquence de ces essais, ni contre la méthode, ni contre son opportunité dans son application au choléra.

Il pourrait peut-être même être employé avec succès dans tous les cas où la réaction fébrile , étant très-vive , menacerait le cerveau ou la moelle épinière , même la membrane muqueuse gastro-intestinale, d’une fluxion ou d’une congestion dangereuse. L’économie ne pourrait alors en être qu’avantageusement modifiée comme dans les fièvres typhodes.

Des autres moyens -particuliers préconisés par divers praticiens contre le choléra.

Nous ne verrions pas la fin de cet article si nous voulions seulement rappeler ici tous les moyens variés, tous les médicamens et toutes les formules qui composent aujourd’hui l’arsenal pharmaceutique contre le choléra. 11 n’est pas de praticien qui ait tant soit peu de prétentions à la célébrité qui n’ait cru y parvenir en imaginant un système, ou en se créant une méthode particulière pour combattre cette maladie.

Les uns, mus par un noble dévouement, soit spontanément, soit par commission de rautorité, sont allés au nord de l’Europe pour y observer de plus près et y vaincre le monstre avant son arrivée parmi nous ; on ne peut citer leurs noms qu’avec éloge, tant sous le rapport du zèle que sous celui du talent (i). Mais, hélas! au lieu des lauriers de la victoire, ils n’ont rapporté de leurs pénibles efforts, avec un désappointement cruel, que des observations et des formules, dont tout l’intérêt ne fait que mettre en évidence qu’ils n’ont pas été plus heureux que leurs devanciers et

(i) Ce sont MM. Le Gallois , Foy , Brière de Boismont et Pinel.

leurs collaborateurs, puisqu’ils n’ont pas pu même couper à l’hydre un ongle de sa griffe cruelle.

Les autres, vénérables colonnes de la science, qui en forment, sans contredit, l’ornement et la gloire, forts de leur illustration, de leurs talens et de leur renommée , comme les anciens chevaliers, font attendu en champ clos, dans le sein des capitales des empires , dissuadant même de prendre aucune précaution pour s’opposer à sa marche , tant ils étaient sûrs de la victoire. Ils ont en effet combattu avec une intrépidité , avec une vaillance dignes d’un meilleur sort. Mais ils n’en ont pas moins échoué dans leurs efforts héroïques , au milieu même desquels plusieurs ont trouvé la mort au champ d'honneur. Les plus grands noms, les plus légitimes célébrités de Paris comme de Londres n’ont fait faire aucun progrès sensible à la thérapeutique du choléra , qui est restée à peu près la même qu’avant; l’humanité n’y a rien gagné, sinon d’apprendre à se résigner comme les victimes du minotaure , quoique fart se soit enrichi d’un arsenal formidable de formules, tristes preuves de sa pauvreté, comme au temps barbare des ténèbres et de l’ignorance.

Qu’on prenne en effet le relevé exact du nombre de malades traités par telle ou telle méthode, en mettant à côté le chiffre des morts, à Moscou,

Varsovie, Berlin, Hambourg, Vienne, Pest , Prague , Sunderland , Newcastle , Glascow, Edimbourg, Paris, etc.; qu’on fasse de tout cela un tableau comparatif, comme je l’ai fait pour ma propre instruction , et on se convaincra que les résultats sont pour toutes à peu près les mêmes , sans faire exception de celle du professeur Broussais, au Val- de- Grâce , quoiqu’il ait fait proclamer bien haut ses succès par les journaux quotidiens, et qu’il ait fait des leçons publiques familières , pour l’instruction du genre humain , à l’effet d’en démontrer l’excellence.

Partout on voit la même mortalité dans le commencement d’une épidémie; c’est ainsi qu’il meurt au moins deux malades sur trois dans sa progression croissante , ensuite la moitié, et successivement un tiers et un quart dans sa progression décroissante ; et ce qui prouve que ce n’est point le perfectionnement des méthodes qui contribue à cette amélioration, c’est que la marche de cette maladie est identiquement la même quelles que soient les méthodes employées et la réputation et l’habileté des médecins qui les emploient, ce qui revient à ma proposition énoncée plus haut, dans laquelle j’ai distingué tous les malades en empoisonnés au premier, au second ou au troisième degré. Tous les empoisonnés au premier degré meurent, il y a chance égale pour la mort ou la

guérison pour ceux au second, et, enfin, guérisons nombreuses pour ceux au troisième.

Telle est l’explication naturelle, la seule qu’on puisse raisonnablement admettre pour rendre compte de pareils faits. De ces insuccès et des réflexions bien humiliantes pour notre amourpropre médical qu’ils inspirent, concluons qu’une maladie aussi cruelle et aussi rapidement mortelle que le choléra est peut-être au-dessus de toutes nos ressources curatives ; que d’ailleurs, même alors que nous trouverions pour la traiter un spécifique infaillible , elle moissonnerait encore un grand nombre de victimes auxquelles les secours de l’art arriveraient trop tardivement; que, par conséquent, tous nos efforts doivent incessamment tendre à en découvrir la nature, pour nous en préserver et nous mettre à l’abri de son invasion, avec encore d’autant plus de raison que l’expérience n’a que trop appris que parmi les victimes échappées aux atteintes du choléra, il en est beaucoup qui conservent à sa suite des souffrances et des infirmités qui tarissent le bonheur du reste de jours qu’il leur laisse encore à vivre.

On doit au reste, en attendant mieux, considérer, comme dignes de l’attention des praticiens, tous les moyens excitans et rubéfians de la peau, tels que le Uniment du docteur Petit ( un quart

ammoniaque liquide et trois quarts huile de térébenthine appliqués le long de la colonne vertébrale et volatilisés par un fer à repasser chaud) , la proportion inverse dans les ingrédiens du même liniment employé de la même manière, à titre de vésicant, les cataplasmes sinapisés, le charbon de bois tamisé pour modérer le flux cholérique. L’usage de l’ammoniaque et de ses composés peut aussi, dans certains cas, être utile; il en est de même des frictions et des potions huileuses, etc., selon l’exigence des cas.

On doit, dans tous les cas, ne jamais perdre de vue que tous ces moyens ne sont que des palliatifs anti-symptomatiques et rien de plus.

Au surplus, de tous les moyens, le meilleur, à mon avis, c’est la destruction de la contagion.

C’est pour atteindre cet inappréciable but, je le répète , que j’ai pris la plume *, mais pour y parvenir, d’après ma pensée, il faut nécessairement admettre que la maladie soit transmissible par cette unique voie ; c’est dans cette espérance que j’ai fait autant de recherches et d’eSorts pour me convaincre et convaincre les autres de cette nature contagieuse.

Que si, cependant, il était vrai que cette opinion ne fût qu’une chimère; que la cause du mal fût un mystère impénétrable à l’intelligence humaine et tout-à-fait en dehors delà sphère de nos

connaissances, ce que je suis loin de croire, alors il faudrait bien se résigner à supporter toutes les rigueurs de ce fléau , et force serait pour l’espèce humaine de se laisser couler dans le gouffre du fatalisme. Il i?e resterait plus alors que la ressource des agens thérapeutiques, pour la recherche desquels il faudrait procéder ainsi que je l’ai dit plus haut (i).

(i) Ceftè feuille allait être mise sous presse lorsque j’ai reçu le n® 4^ ée la Gazette médicale , dans lequel j’ai vu, avec la plus vive satisfaction, une communication faite à l’Académie de médecine par M. Moreau de Jonnès, de laquelle il résulte que les médecins anglais ne craignent pas de combattre le choléra sur son véritable terrain , c’est-à-dire dans le torrent de la circulation, et que le docteur Thomas Latta venait de recueillir de grands succès par d'abondantes injections dans les veines du cholérique (jusqu’à cinq ou six livres de solutions salines légères dans l’eau).

La solution employée consiste en deux gros de carbonate de soude, dissout dans soixante onces d’eau. Ce moyen ranime aussitôt la circulation , rend sa couleur rouge au sang, et l’on a déjà obtenu, par son emploi, plusieurs guérisons inespérées. Voilà qui justifie , sans doute, suflisamment mes inspirations. Mais ce n’est encore qu’un acheminement à une méthode spécifique, qui pourra acquérir une bien plus grande extension dans la pratique de la médecine.

Mon acide acétique pourrait donc être tenté à petites doses, en injection , sans aucun inconvénient.

Si, comme je l’espère, cette méthode prend faveur, on

Mais, non ! parce que l’esprit humain s’est fourvoyé dans ses recherches, parce qu’il s’est aveuglé et écarté du véritable point ou gît la vé-

pourra l’appeler transfusoire ou infusoire, et elle changera assurément la face de la médecine , dont elle augmentera , sans doute , colossalement la puissance.

L’un de nos grands moyens thérapeutiques, c’est , incontestablement, la saignée; parce que , le plus souvent , dans les maladies aiguës, entre autres toxicogénées ou excrétogénées , c’est dans le torrent de la circulation qu’existe l’agent morbide, les points Iluxionnés n’en étant qu’un accident secondaire. Or, tirer du sang et ne rien mettre à la place , ou introduire l’agent médicamenteux par la voie détournée des organes de 'la digestion, c’est évidemment ne faire que la moitié de l’opération.

Tirer du sang et introduire aussitôt à la place des médicamens convenables , comme , par exemple, de l’eau dans laquelle serait étendu l’agent thérapeutique, comme des acides végétaux, dans les maladies inflammatoires , un antidote, contre une maladie vénéneuse, serait certainement le comble de la perfection médicale. Car, si les indications étaient bien remplies, on verrait assurément toutes les maladies s’arrêter subitement sous l’influence de cette médication, ün pareil succès élèverait plus haut le génie de l’homme que toutes les découvertes transcendantes par lesquelles il s’est déjà signalé dans les sciences physiques , puisqu’il aurait trouvé les moyens, en quelque sorte spécifiques, de détruire, dans leur source , tous les agens désorganisateurs qui sapent sans cesse son existence, et dont les tristes résultats sont souvent ou une mort prématurée ou bien des infirmités pénibles.

rite, il ne s’ensuit pas que cette vërilë n’existe pas. Elle est, au contraire , à mon avis, étincelante , et tous les voiles obscurs dont ont voulu l’envelopper la prévention et l’esprit de système ne doivent la rendre que plus évidente aux yeux de tous les médecins observateurs et de bonne foi.

Et qu’on ne dise pas que cette vérité soit affligeante! la contagion bien établie est, au contraire, un fait consolant, car ce n’est que là qu’est notre planche de salut ; ce n’est que dans cette espérance qu’est notre ancre de miséricorde, puisque, en prenant seulement quelques précautions, nous pouvons plus facilement nous en préserver; puisque, d’ailleurs, c’est peut-être à son berceau seul qu’il nous est possible de terrasser le monstre.

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