‹ La contemplation chrétienneChapitre 1 sur 45 · IMPRIMATUR · texte numérisé non relu

IMPRIMATUR

• Edm : Canon Surmom Vic. Gen.

Westmonasterii, die 28 Martii, 1920.

PREFACE

La vraie notion de la Contemplation Chretienne a tout aidant hesoin d'etre dehrouillee et ramenee a son sens propre et traditionnel que celle de la vie mystique. Elle n'a pas nioins souffert que celle-ci des 7nauvais traitements des icrivains modernes. Dans leur inintelligence, ils Vont r^trecie et en ont fait presque un epouvantail, alors que, en elle-meme, la contemplation chretienne est hien la chose la plus belle, la plus grande, la plus douce et la plus facile qui soit au monde : obligatoire pour tons, quoique non pas dans une mesure egale ou sous des formes identiques ; et

LA CO:^TEMPLATION CHRETIENNB

aussi necessaire au chretien, a toutes les etapes de sa vie spirituelle, que la respiration a tous les etres animes, quels que soient et leur age et la place quHls occupent dans Vimniense champ de la vie.

Dans ce nouveau traite nous prenons la contemplation chretienne dans son sens le plus large, telle qu'elle est comprise par saint Thomas dans sa Somme Theo- LOGIQUE (Secunda, Secundae, questions 179 a 182) et par saint Francois de Sales, dans son Traite de l'Amour de Dieu, Livre VI, chapitre vi, oil il s'exprime en ces termes : « Pour parvenir a la contemplation nous avons pour Vordinaire hesoin d'ou'ir la sainte parole, de faire des devis et colloques spirituels avec les autres, a la facon des anciens anachoretes , dc lire des livres devots, de prier, miditer, chanter des cantiques, former des honnes pensees ; pour cela, la sainte contemplation etant la fin et le but auquel

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tons ces exercices tendent, Us se reduisent tous a elle ; et ceux qui les pratiquent sont appeles contemplatifs, comme aussi cette sorte d'occupation est nommee vie contemplative. »

Nous nous proposons de decrire la contemplation sous toutes ses formes, a tous ses points de vue, a tous ses degrds, depuis ses tout petits commencements jusqu'a ses elans les plus sublimes, ainsi que la part qu'y prennent respectivement V esprit et le corps du contemplatij,

C'est une verite dlementaire, mais qui a hesoin d'etre rappelee, que tout Chretien arrive a Vdge adulte, devrait etre, dans une certaine mesiire, un veritable contemplatij, un adeptc sincere et convaincu de Vart de s'entretenir aimablement avec Dieu; quels que soient d'ailleurs sa condition, ses occupations, ses dons naturels, ses talents ou leur absence. Pour se convaincre de cette importante verite, it n'y

a qu'a considerer I'etat de grdce du Chretien et tout ce que cet etat suppose, a savoir : I'union vitale de cet homme avec le Christ, la presence en lui du Saint- Esprit, la grdce de la priere multiforme (spiritum gratiae et precum. Zach., xii, lo) ; les vertus infuses, theologiques et morales avec les sept dons ; enfin le lihre acces aux tresors des sacrements, de la sainte liturgie, des divines iScritures, des Vies des Saints et de leurs ecrits ; pour ne rien dire des innomhrahles grdces actuelles qui pleuvent sur lui tout le long du jour.

Cela etant, pourquoi done y a-t-il, de nos jours, si peu de Chretiens qui s'adonnent a la contemplation?

II n'est que trop vrai que, pour heaucoup d'entre eux, la raison en est tout simplement dans la tiedeur de leurs dispositions, lis sont Chretiens de nom mais ne se prennent pas au serieux. Disons-le

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en versant des larmes (Philip, iii, i8) : Dieu est la demiere et la moindre de leurs preoccupations. Toiit^fots, oiifrc cetix-Id^ il y a aussi un tres grand nomhre de Chretiens qui ont le souci de Dieu, qui voudraient hien s'adonner a la contemplation dans la mesure et de la maniere qu'il plairait au Seigneur de leur accorder, qui peut-etre meme en ont fait quelques essais et dont les efforts n'ont pas ete courou' nes de succes.

Qu'est-ce done qui les a empeche de reussir?

C'est que ceux qui auraient d{i les eclairer et les encourager ont failli a leur devoir. Ou hien ils les ont conduits par des sentiers impraticahles. Peut-etre meme les a-t-on positivement detournes de la contemplation comme d'une cJiose dangereuse. Enfin c'est peut-etre aussi la faute des ouvrages qu'ils ont lus sur ce sujet ei qui etaient faits de maniere a n'inspi-

rer que le ddgoM et le decouragement.

C'est partictdierement en vue de ces personnes-la que je me hasarde a publier ce petit livre. On pourra me trouver presomptueux ; en tous cas je puis assurer que ma seule ambition est d'aider les dmes de bonne volonte d revenir d Videe traditionnelle de la contemplation chretienne, et d en tirer le plus grand avantage dans leur vie intdrieure.

Ce n'est pas une nouveaute de declarer que tous les hommes sont appeles a Vexercice de la saint e contemplation.

UHglise catholique n'a cessi pendant plus de dix~neuf siecles d'enseigner cette doctrine avec insistance et de la maniere la plus persuasive, et elle continue de le fairs, si seulement les hommes voulaient y faire attention et mettre leur vie d'accord avec cet enseignement,

Les premieres questions et reponses du petit Catechisme sont : « Qui vous a cree — lO —

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et mis au monde? — C'est Dieu. — Et pour quoi Dieu vous a-t-il ainsi cree? — Pour h connaitre, V aimer, le servir et par la gagner le del. » Voila, en quelques mots simples et a la portee de toutes les intelligences , la plenitude de VJ£vangile et toute la philosophie de notre vie chretienne, C'est Venseignement meme de Notre-Seigneur sur la vie mystique. Nous y apprenons que cette vie se passe entre Dieu et chacun de nou^ ; qu'elle regarde a la fois le temps present et Vavenir eternel ; que pour ce qui est du present, notre premiere affaire est de nous y employer a « connaitre et aimer Dieu », c'est-a-dire a entretenir avec Lui les rapports de la plus douce intimite ; et qu'en suite de cela, notre deuxieme affaire est de « Le servir m par les oeuvres de justice et de charite a Vegard de notre prochain. La premiere de ces occupations n'est autre chose que la contemplation

chretienne ; la deuxieme est V action sainte, comme nous Vavons deja expliqu6 au chapitre v de notre ouvrage sur La Vie mystique.

Da7is le present traite nous nous occupons de ce que le catechisme appelle « Connaitre et aimer Dieu », c'est-a-dire de la premiere et la plus noble fonction de la vie tnystique. La contemplation est en effet cette connaissance pleine de suavite, sapida cognitio, do7it les Saints nous font la description dans leurs ouvrages de piete. lis ne font d'ailleurs en cela que repHer, chacun d'eux a sa maniere, cet oracle de Notre-Seigneur : Void en quoi consiste la vje dternelle : elle consiste a vous connaitre Vous, mon Pere qui etes le seul vrai Dieu, et a me connaitre moi Jesus-Christ, que Vous avez envoye.

(Jean, xvii, 3.)

En prenant cette vue large et vraiment catholique de la sainte contemplation,

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nous enlevons comtne une toile d'araignee, cette idee fausse que la contemplation est le privilege exclusif d*une aris^ tocratie intellectuelle. Comme si les petits dans le Christ ne comptaient pas ; comme si les rapports intimes de Dieu avec leiirs dmes ne meritaient pas qu'on y prit garde ; on enfin, comme si Dieu, si bon, si aimant, se tenait hors de la portee de ces hutnhles et de ces simples d'esprit ! Cette fatale erreur n'a regne que trop longtemps et a fait heaucoup de mal. Elle a prive des centaines de mille dmes de la suavitd dont Dieu voulait nourrir leiir piete. Elle a arrets des le debut un nombre incalculable de iitnides essais d'union avec la Divine Bonte. II est done a desirer que la doctrine traditionnelle de V^glise sur cet important sujet soit mise dans tout son jour, exposee dans toute son ampleur. II est temps de proclamer, pour ainsi dire a son de

trompe et dans tous les carrefours, cette virite que la sainte contemplation est

POUR tous les CHRETIENS SANS EN EXCEP- TER UN SEUL.

Aussi vais-je m'efforcer dans ces pages, de parler une langue de plus en plus simple et famiUere et depouillee de toutc circonlocution. Si cependant il s'y rencontre ga et la, quelques passages un peu difficiles a comprendre, je supplie le lei tour de ne pas se decourager. Qu'il Use une ou deux fois hi en attentivement ce qui lui parait tout d'ahord obscur, et s'il n*arrive pas a en saisir le sens, qu'il passe outre. Plus tard, quand il aura acheve le volume, et surtout lorsqu'il aura commence avec zele a le mettre en pratique, il est probable que toutes les difficultes s'evanouiront comme par enchantement.

Alors, ce qui paraissait incomprehensible deviendra, comme le reste, une source de lumiere, de force et de joie spirituelle.

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