CHAPITRE XII
DES DIVERS ACTES D'aDORATION CORPORELLE
Les actes d 'adoration corporelle se rangent naturellement en trois groupes distincts : i. D'abord toutes les c^r6monies et rites sacres de I'Eglise. 2. Ensuite certains exercices pieux, publics ou semi-publics, ou accomplis dans le secret, qui ne sont pas prescrits par I'Eglise. 3. Enfin les penitences corporelles.Cequi caract6rise le premier groupe c'est que ses pratiques sont d 'institution divine ou eccl^siastique. Le second porte la marque de I'inspiration populaire ; tandis que dans le troisi^me, I'^l^ment personnel est davantage en Ifvidence.
Ainsi done les premiers en dignite aussi bien que dans I'ordre de temps parmi les actes d 'adoration corporelle, sent les rites sacres et les ceremonies du culte public, ordonn^s par notre m^re la Saint Eglise. Tels sont le saint sacrifice de la Messe, les Heures canoniales de jour et de nuit, la celebration et la collation des sacrements, les benedictions solennelles, processions et autres fonctions du memc genre, attachees a certaines epoques de I'annee ou k certains jours de fetes, tels que la Chandeleur, les Rogations, le Dimanche des Rameaux, Corpus Christi, les supplications solennelles des Quarante-Heures.
Ces actes publics du culte divin se c^l^brent ordinairement dans des Edifices plus ou moins vastes, mis k part et consacres express6ment et exclusivement a cet usage. Pendant les saintes fonctions, les ministres sont par^s d'ornements spe-
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ciaux ; les fid^ks se pressent dans Tedifice sacr^ ; et la musique vocale et instriimentale y fait retentir ses accords, comme autrefois dans le temple de Jerusalem sous I'Ancienne Loi. Plusieurs ^crivains pretendent que celles des melodies gregoriennes qui remontent a la plus haute antiquite chretienne, sont tout simplement des adaptations des melodies de la Synagogue, qui etaient en usage au temps de Notre-Seigneur et des Apotres. Quoi qu'il en soit de cette opinion, il est certain que dans toutes nos eglises, soit grandes soit petites, il se trouve un instrument dont on aurait maintenant bien de la peine k se passer dans la celebration solennelle du culte divin ; k savoir, I'orgue qui est en lui-m^me tout un orchestre.
En meme temps que cette forme pittoresque et artistique de pri^re collective de toute assemblee chr6tienne a le don ~ ^^5 —
de captiver notre imagination inconstante, et d 'enchanter notre sensibility, elle a aussi le m6rite de mettre k contribution tout cet univers visible, et d'en faire entrer les elements dans la celebration du culte divin. La pierre, le bois, le fer, le cuivre, I'airain, I'argent, I'or, les pedes prdcieuses ; toute esp^ce de tissus de lin et de sole ; les broderies et les dentelles, les vitraux, la peinture dans toutes se branches, la sculpture, la miniature ; toutes les mati^res pr^cieuses et tous les arts sont mis en requisition et contribuent ensemble a la splendeur du culte divin.
II n'est pas jusqu'aux tours des cath6drales et aux clochers des eglises qui ne deviennent doquents et melodieux. L'harmonie des cloches envoie aux quatre vents du ciel leurs invitations et leur message k des centaines et milliers de fiddles, disperses dans les villes, les bourgades et
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les hameaux ; faisant battre dans leurs coeurs les Amotions les plus diverses : joie, douleur, crainte, action de grdces, supplication, pour les vivants, pour les mourants, pour les defunts. Par 1^, chacun se trouve k I'unisson avec les grandes pulsations de la vie de I'Eglise universelle, et en m^.me temps le dogme sublime de la Communion des Saints se trouve admirablement mis en evidence.
L'^loquence sacree, quelquefois de I'ordre le plus releve, le plus souvent famili^re et populaire, ajoute son charme k tout ce deployement. Le plus humble cur6 de village est pour ses paroissiens un vrai p^re, et trouve dans son amour pour les dmes qui lui sont confines, et dans la sublimite (du divin evangile, un fonds in6puisable d 'inspiration. Soit k I'autel, soit dans la chair, le pr^tre est le guide de son peuple dans ce grand acte d'adoration de Dieu, collective et cumulative,
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alors que tous ensemble cdl^brent les m^mes divins myst^res et ouvrent leur coeur aux m^mes impressions de I'amour divia.
Parlant de ces actes de divine contemplation collective et cumulative, Denys I'Areopagiste dit : « C'est k I'aide de ces embl^mes materiels que nos esprits, encore dans les langes, deviennent capables de contempler et de se figurer la hierarchic celeste. Les ceremonies visibles du culte divin nous parlent des splendeurs qui sont invisibles ; les parfums, en flattant les sens, repr6sentent la douceur des consolations spirituelles ; les flambeaux allum^s sont des images de 1 'illumination mystique ; la nourriture spirituelle des ames trouve son embl^me dans I'expose doctrinal de I'^vangile, fait par le pretre ; Tharmonie divine et paisible des choeurs celestes est figur6e dans la diversity des rangs des fiddles ; enfin notre union avec J^sus-Christ est pro-
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clam^e par la reception de la sainte Eucharistie ». (De h Hierarchte Celeste, i )
2. Le deuxi^me groupe des actes d 'adoration corporelle se compose d'une grande diversity de devotions, soit publiques, soit strni-publiques, soit privees, que I'figlise ordinairement ne present point a ses enfants, mais qu'elle approuve et encourage.
Tels sont les pelerinages, les pieuses visites aux Lieux Saints, 1^ ou quelque myst^re de notre religion s'est accompli, en Palestine, k Rome, aux tombeaux des martyrs, enfin dans les endroits ou la misericorde de Dieu s'est manifestee d'une mani^re speciale, comme par exemk Lourdes. Ces pelerinages peuvent se faire soit individuellement, soit en groupes plus ou moins considerables.
Tels sont encore certains exercices pieux comme, par exemple, le chemin de la croix, la recitation plus ou moins dra-
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matisee du rosaire, les devotions des mois de mai et d'octobre ; les neuvaines preparatoires a certaines f^tes, les prieres vocales accompagnees de genuflexions, de prostrations de tout le corps, les pieux baisers donnes aux reliques ou aux images des saints, les cantiques en Inngue vulgaire, les oraisons jaculatoires, lo port des medailles, d'emblemes religieiix, etc.
C'est encore a ce deuxieme groupe qu'il convient de rapporter les « Myst^res » et representations sceniques de miracles, qui firent les delices de nos anc6tres pendant une grande partie du Moyen Age, et qui aidaient certainement la devotion des peuples et les portait h. In divine contemplation. II est juste de mentionner que m6me de nos jours, avant la guerre, la fameuse representation scenique de la Passion, h. Oberammergau, en Tyrol, attirait periodiquement de tou- — ]Ro —
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tes les parties du monde, des centaincs de mille de spectateurs, catholiques et non-catholiques, et faisait sur tcus une impression religieuse profondc.
Les humbles chapelles, sur le bord des chemins ou le haut des colllnes, et les calvaires plus ou moins elabor^s, que Ton trouve encore 9a et la dans beaucoup de provinces catholiques de I'Europe ; les statues et les images des villes d'ltalie, les formules pieuses de salutation reciproque en usage en Espagne, en Irlande, au Tyrol, dans les cantons catholiques de la Suisse et autres contrees qui sont rest^es foncicremnet chretiennes : toutes ces choses concouren' a crec une atmosphere religieuse ct b. maintenir les hommes de bonne volont6 en contact avec le surnaturel.
3. Dans le troisi^me groupe se trouvent I'observation fidele des vigiles, des abstinences et des jeCines commandos
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par I'Eglise ; I'usage (avec permission) du cilice, de la ceinture de fer ou des bracelets armes de pointes en dedans ; la flagellation de la discipline faite de cordelettes k noeuds ou de chainons de fer ou encore d'une poign^e d'orties ; toutes les souffrances corporelles qui nous viennent par les maladies, les accidents, le grand age, les intemperies des saisons, les privations de la pauvretd, la fatigue des travaux, la malice, I'injustice et la cruaute des hommes.
II est k ndter que nous envisageons ici les aust6rit6s de la chaio: a un point de vue tout special, c'est-a-dire en tant qu'elles sont des hommages volontaires k la majestd divine et ainsi font partie int^grale du culte divin. Cela n'empeche pas qu'elles ne soient en m^me temps, des actes n^ce&saires de repression de notre sensuality et d 'expiation de nos peches, comme nous le montrerons dans la
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suite de cet ouvrage, lorsque nous en viendrons k traiter de TAction Sainte Int^rieure.
Toutes ces peines corporelles, de que!ques mains qu'elles nous viennent, si elles sont acceptees par nous avec resignation, et supportees avec douceur et patience, en esprit de sacrifice, en union avec notre cher Sauveur crucifix, feront v^ritablement de notre corps une victime vivante, sainte, agreable a Dieu, alors meme qu'il nous arriverait, par suite de la grandeur des souffrances physiques et de I'abattement de notre esprit, de ne pouvoir beaucoup prier. On est alors DANS UN ETAT DE PRiERE I souffrir de la sorte, c'est prier.
C'est k ce groupe ^galement qu'il faut ramener : i° I'acte de la profession, c'cslk-dire remission des vceux de pauvret*^, de chastete, et d'ob^issance dans un ordre religieux approuv^ par I'Eglise, avec
LA CONTEMPLATION CHRSTIENNE
la vie de renoncement qui s'ensuit ; 2^ le voeu solennel de chastete des clercs engages dans les Saints Ordres, et 1"^ aC' tes nombreux de renoncement qui leur sont imposes par leur 6tat de vie, surtout s'ils sont pretres ; 3° les voeux faits en particulier avec Tapprobation de leu^ directeur spirituel, par des personnes vivant dans le monde ; comme aussi :
4° ['observance rigoureuse des lois ^ie la continence chretienne, de la temp/.rance et de la modestie, corresponda'^^t', s a I'etat de vie de chacun; enfin 5° gf^nt^ra- Icment, I'ajustement noble et pudique de toutes les attitudes et de tous les mouvements du corps, convenable k dej personnes qui se savent sans cesse en presence de la divine Majestd, et en so it les temples vivants et palpitants.
II ne sera pas hors de propos de dire ici quelques mots sur le but de la vie religieuse, et la place qu'elle occupe dans
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la grande entreprise de la louange divine telle qu'elle est institiiee par I'Eglise.
L'histaire nous montre des les debuts du Christianisme, le Saint Esprit inspirant a quelques uns des plus fervents adeptes, le d^sir de se retirer du monde, et de se consacrer exclusivement k la contemplation. Quand ce mouvement se fut propage et regularise, et qu'il eut ^tabli parmi les fideles une maniere de vie sp6ciale et permanente, le Saint Esprit inspira a I'Eglise de le consacrer du sceau de son autorite supreme. Elle prit done sous sa protection speciale les communautes d'hommes pieux et de vierges saintes, se fit leur guide, et leur confia officiellement I'ceuvre de la louange de Dieu, publique, solennelle et perpetuelle, dans I'office divin de jour et de nuit qu'ils recitent au nom de tout le peuple Chretien.
II est vrai que les membres du clcge seculier, sous-diacres, diacres et pr^ti'ts, regoivent aussi de I'Eglise la charge de c616brer officiellement les louanges de Dieu au nom de tout le peuple Chretien, par la recitation du br^viaire ; mais, en r^gle g6nerale, les pr^tres sont isol6s les uns des autres, et charges en meme temps d 'autres obligations on^reuses ; ils sont done forces de dire leur office ou ils peuvent et aux heures qui leur conviennent. D 'autre part, pour ce qui est des religieux de choeur de I'un et de I'autre sexe, leur diverses occupations sont dispos6es de mani^re k ne rien laisser venir se mettre k la traverse de I'Office Divin : ils doivent s'en acquitter publiquement, solennellement, en corps, k des heures fixes, tant la nuit que le jour, avec la pompe exterieure et les cdrdmonies qui conviennent ; rivalisant de ferveur autour des saints autels, avec les anges et les — i86 —
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saints du paradis autour du tr6ne de I'Agneau Divin.
C'est ainsi que la vie d'une communaute benedictine ideale, celle asusi des Chartreux, des Carmes et des Carmelites et de nombre d 'autre families de religieux contemplatifs, est remplie du soin de la louange divine, dont ils s'acquittent en corps. Leur obligation k cet ^gard est perpetuelle et ne souffre pas d 'interruption, et toutes leurs autres occupations sont subordonnees a celle-la. Peut-on imaginer rien de plus doux, rien de plus beau ici-bas? II n'est pas jusqu'k I'aust6rit6 inseparable d'une telle vie, qui ne serve k mettre encore plus en Evidence sa beaute celeste et sa douceur surnaturelle.
La cloture rigide de la plupart de ces
communaut^s religieuses, et la grille de
leurs parloirs, ont donn^ lieu k une foule
de malentendus et de propos malveillants
LA CONTEMPLATION CHRETIENNB
de la part des heretiques. En pla9ant ses contemplatifs derri^re les retranchements d'un cloitre, la pensee de I'Eglise n'est point precisement de les emp^cher de force de retourner au milieu du monde, mais bien plutot d'empecher le monde de faire invasion chez eux. Les serrures et les grilles ont pour but, non de les enfermer, mais d'exclure les mondains. Ne faut-il pas que Ton puisse encore trouver sur la terre, de ces endroits privilegids, ou des ^mes vierges et consacr^es k Dieu, aient la facilite de s'assembler au nom de leur Epoux divin et autour de I'autel ou II reside, et de jouir en paix de la liberty des vrais enfants de Dieu?
Pour resumer toutes ces considerations sur r adoration corporelle : ce fait meme que I'Eglise confie a ses contomplatifs la celebration solennelle de I'Office Divin, est la meilleure preuve de la haute estime dans laquelle elle tient I'adoration corpo- — i88 —
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relle. D'ailleurs la sainte liturgie, telle que I'Eglise I'a instituee et composee, n'est-elle pas elle-meme le plus admirable melange d 'adoration corporelle et d'oraison mentale qui se puisse concevoir? Esperons que le temps viendra enfin oil, non seulement les religieux mais les Chretiens de toutes classes, chacun k son rang", comprendront enfin parfaitement cette verite et recommenceront a vivre la vie liturgique dans sa plenitude et Tabondance de ses richesscs.
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