‹ La contemplation chrétienneChapitre 24 sur 45 · DIVERSES ESPECES D'ORAISON MENTALE · texte numérisé non relu

DIVERSES ESPECES D'ORAISON MENTALE

A parler rigoureusement, il n'y a que trois especes d'oraison mentale : ce sont Toraison discursive, Toraison affective et I'oraison de quietude. Toutes les autres varietes, sous quelques noms qu'elles se piesentent, peuvent et doivent ^tre ramen^es k I'une de ces trois-lk.

Uoraison discursive est cette esp^ce d'oraison dans laquelle le Saint Esprit fait produire au fervent chretien une multitude de considerations sur rEssence Divine de la Tr^s Sainte Trinity et sur les myst^res de Notre-Seigneur.

Uoraison affective est celle dans laquelle le Saint Esprit arrete les raisonnements de I'esprit humain, et agissant directement sur la sensibilite et la volont^, attire I'dme vers Dieu aevc une grande douceur et une grande force.

L'oraison de quietude est celle dans laquelle le Saint Esprit arrete la multitude des mouvements affectifs de I'^me et la

reduit au silence, mais un silence plein d'un amour inxeprimable, en presence de la Divine Majesty.

A son tour, I'oraison de quietude se subdivise en deux esp^ces, suivant qu'elle est ou cornpl^tement, ou seulement en partie passive.

L'oraison compl^tement passive est celle dans laquelle Dieu semble prendre sur Lui de faire tout ce qu'il y a a faire, de telle mani^re qu'il n'est pas au pKDuvoir du contemplatif de se mettre en oraison, de rinterrompre quand il y est, ou d'y mettre fin par lui-^m^me. Tout ce qu'il peut, c'est d'y acquiescer et d'y coop^rer doucement, aussi long-temps qu'il plait k Dieu de Ten favori^er. Quand, d'autre part, le contemplatif a le pouvoir de se mettre en I'oraison de quietude et qu'il y retient le libre usage de ses facult6s, alors c'est I'oraison semi-passive.

La premiere esp^ce d 'oraison de qui6-

Dir ERSES ESPECES D'ORAISON MENTALS

tude, celle qui est compl^tement passive, est celle que Sainte Th^r^se avec beaucoup d'autres auteurs spirituels, desigfne sous le nom singulierement deconcertant de « contemplation surnaturelle », comme si la contemplation chr^tienne a tous ses degr^s, mtoe aux plus rudimentaires, n'etait pas surnaturelle. J'entends bien que I'on veut dire qu'elle est encore plus surnaturlJe que les autres ; n'empeclie que cet usage equivoque du m^me terme n'engendre la confusion dans I'esprit.

L'oraison completement passive est quelquefois accompagn^e de phenom^nes miraculeux, tels que Invitation du corps, suspension momentanee de quelque fonction de la vie sensitive, les stigmates soit intdrieurs, soit ext^rieurs de la Passion douloureuse, des visions distinctes ou raudition de paroles articul^es, soit imaginaires, soit spirituelles, etc... Alors c'est de la Contemplation proprement Mi-

raculeuse ; et c'est k cette seule esp^ce que j 'applique Tt^pith^te d' « extraordinaire » qu'une foule d'auteurs modernes ont prodig'u6e avec si peu de discernement, a toute esp6ce d'oraison qui d6passe tant soit peu les plus communes.

Pour que Ton ipuisse ^tre justifi^ k taxer d' extraordinaire un dtat quelconconque d'oraison, il faut que Ton puisse I'attribuer k une intervention exceptionnelle de Dieu, par laquelle il suspend quelqu'une des lois de la nature. Les dons de Sagesse et d'lntellig-ence, que tous les chr6tiens, sans distinction, re9oivent au sacrement de Confirmation, suffisent k rendre compte des plus sublimes vari^t^s d'oraison passive, lorsqu'elles ne sont pas accompagn^es de ph^nom6nes positivement miraculeux ; tels que ceux que nous avons 6num6r6s au paragraphe pr6c6dent. Alors c'est de I'oraison de quietude ordinaire, due aux ope-

Page 1