SUR LE SBUIL DE LA VIE UNITIVE
x^emeurer dans la maison du Seigneur tcus les jours de notre vie, ne veut dire autre chose, sinon parvenir k I'oraison de quietude et y pers^v6rer. Contempler les delices du Seigneur, cela veut dire, nourrir notre ^me des d^licieux myst^res de la tres sainte humanity de Notre- Seigneur. GoMez et voyez que le Seigneur est doux, s 'eerie le proph^te. {Ps., XXX, 9). Enfin visiter le sanctuaire du Seigneur, c'est etre soulev^ de temps en temps, k la contemplation extatique de I'Essence divine de la Tr^s Sainte Trinity.
Le plus ardent d^sir de notre p^lerin est certes d'arriver enfin k ce noble palais de I'oraison de quietude : c'est \k le but de son voyage spirituel ici-bas. Pour ^tre plus sdr de I'atteindre, il a tout abandonn^, se d^pouillant du moindre attachement aux choses cr^^es. II s'est mis k sa recherche, par la pratique
Contemplation chr6tlenne. — 22.
LA CONTEMPLATION CHRETIENNS
intense et continuelle de la foi, de I'esperance, de la chanf^ et des trois dons de Crainte Filiale, d 'Intelligence et de Sagesse, dans I'exercice assidu de I'oraison discursive et affective. Le coeur plein de cet enseignement de Notre-Seigneur : Demundez et Von vous donnera, cherchez et vous trouverez, frappez et Von vous ouvrira. (Mat. vii, 7), il n'a cesse de prier pour obtenir cette faveur et de presser le pas, toujours plus ardent k sa recherche, et voil^ qu'enfin il aper^it au loin devant lui la noble et majestueuse facade du palais.
Ordinairement, c'est sur le tard de la vie que Ton parvient k la voie unitive ; mais il est n^cessaire pour tous d'y viser d^ le commencement du voyage, d'autant plus que personne ne pent se promettre une longue vie. A celui qui est destine k mouiir jeune, Notre-Seigneur ne manquera pas de donner des gr^es
SUB IE SSUIL DE LA VI £ UfilTlVE
exceptionnelles, s'il veut bien les recevojr, afin qu'on puisse lui appliquer k lui aussi ces paroles du livre de la Sagesse (iv, 13) : Devenu parfait en peu de temps, c'est comme s'il avait fourni une longiie carriere. Tel fut le cas entre mille autreg, de sainte Agnes, sainte Jeanne d'Arc, saint Stanislas Kostka, la u petite Fleur de J^sus » et Gemma Galgani : ces aimaWes modules de perfection chretienne preeoce.
n serait k desirer que tous les Chretiens atteignissent la Voie Unitive, au moins quaJOd ils out depasse le milieu de la durae moyenne de la vie- L'exp^rienee qu'ils out fait alors de la vanite dcs choses d'ici-bas, I'habitude de la pri^re qu'ils doivent avoir acquise, Teffet cumulatif des sacrements, aussi bien de ceux qu'on ne recoit qu'une fois que de oeux que Ton peut recevoir des centaines et des miUiers de fois ; le brisement providentiel
LA CONTEMPLATION CBRETIENNE
des liens de Tamitie et de ramour humain, par la mort de ceux qui leur sont chers, a mesure qu'ils avancent sur le chemin de la vie ; enfin la diminution de leurs energies pour les fins de la vie active ; toutes ces choses doivent concourir k les rendre enfin propres k la Voie Unitive. Si, pour parler au figur6, Dieu les a d^pouill^s du dernier lambeau qui les couvrait, c'est assur6ment afin qu'ils aillent k Lui tout nus, ne tenant plus a rien qu'^ Lui seul, et se donnant enti^rement k une vie de pri^re. Et voilk bien ce que nous voyons se passer, dans les pays de foi catholique intense, tels que la Bretagne, I'lrlande, I'Espagne, etc. Lk, nombre de vieilles gens passent la fin de leur vie en pri^res.
Je n'ai pas I'intention de suivre nos
ecrivains modemes qui traitent de l*orai-
son, dans leur savante analyse des divers
etats ou degres de contemplation : rien