EPILOGUE
Nous voici arrives au bout de notre t^che.
Dans ce volume, mon dessein 6tait de d^gager la vraie notion de la divine contemplation. II me semble que, par la grace de Dieu, j'y ai r^ussi quelque peu. A vous, maintenant, ami lecteur, d'en faire votre profit.
On remarquera que dans le cours de ce traite le mot a contemplation » a 6te employe dans trois acceptations differentes. Premi^rement dans son sens le plus 6tendu, comme corr^latif de 1' « action sainte », la contemplation embrasse toute espece d'actes du fervent chr^tien dont Dieu est I'objet direct. En second lieu, le terme « contemplation » est pris dans le sens plus restreint d'oraison men-
tale, quelle qu'en soit la forme. Enfin il est encore employ^ dans son sens le plus sublime et aussi le plus restreint, c'esta-dire comme d^sig^nant le regard amoureux et sans discours de I'Sme, sur la personne de Notre-Seigneur ou sur 1' Essence divine de la TrSs Sainte Trinite.
En chacun des cas, le contexte du chapitre aura suffisamment donn6 k entendre dans lequel de ces trois sens respectivement, le terme 6tait employ^.
Ce n'est pas sa faute si I'ecrivain est ainsi oHig^ d 'employer le m^me mot dans des sens diff^rents. Pour sa justification ii doit suffire d 'observer que dans nul autre champ de speculation intellectuelle, Thomme ne se trouve autant qu'ici confronte par I'impuissance du langage k servir'd 'instrument k I'expression de la v^rit^.
Celui qui veut devenir pilote d'un a6roplane doit d'abord apprendre k d6mon-
ter sa machine pi^e a pi^ce et ^ la remonter a*i complet. II parait que lorsqu'il a reussi k faire cela, plus de la moltie de la technique de I'art de voler dans les airs est apprise : le reste sera surtout affaire de courage, de sang-froid et d 'experience.
Celui-1^ peut se lancer avec confiance qui a une bonne machine, et en connalt le rendement et de plus est aJerte k regard de tout ce qu'il est possible qu'il lui arrive une fois dans le royaume des airs.
II en est de meme du chretien qui desire prendre son vol dans le royaume sublime de la divine contemplation. Qu'il ait le courage de vouloir, et une connaissance h fond des ressources que la gr^ce divine met en son ^me, qu'il s'y mette et y applique avec diligence toutes ses puissances, et le succ^s lui est assur6.
Aucune th6orie ne prendra jamais la
LA CONTEMPLATION CHRSTIENNE
place de la pratique et de I'exp^rience personnelle. C'est pour cela que j'ai con- S2cr^ tous mes efforts k bien mettre sous les yeux du lecteur tout ce qui a un rapport intime avec la vrale notion de la Divine Contemplation. Quand il se sera rendu maitre de ces d^t^ils, il pourra prendre son vol.
Des regies k priori ont trop la tendance k rendre I'homme gauche et timide et k lui enlever, par ce sentiment excessi I: de lui-m^me, sa liberty d 'action. Un souvenir de mon enfance peut servir h mettre ce point en lumi^re. Quand j'avais sept ou huit ans, dans ma bonne vilje natale de Sens, nos maitres d'^cole avaient la coutume, k la fin du mois de decembre, de nous faire ^crire des lettres ou (c compliments de bonne ann^e », k nos chers parents. Ce n'^tait pas pour nous, ecoliers, une petite affaire. Plus d'une fois la page sortit de nos mains en-
LA CONTEMPLATION CHRSTIENNE
luminee de taches et de la marque de doigts pas tres propres :
nous mettions de I'encre partout oil il n'en fallait pas, jusque sur le bout de notre nez. La lettre devait etre lue en grande pompe, le matin du permier jour de I'An, devant toute la famille assemblee ; apr^s quoi nous recevions nos cadeaux.
En jetant un regard en arriere sur cette petite solennite, j'avoue qu'elle me fait Teffet d 'avoir et6 bien absurde, parce qu'elle nous faisait sortir de notre naturel enfantin et nous enlevait la gr^ce de notre dge. C'est k peine si nous comprenions le langage pr^tentieux qu'on nous avait dict^ ; certainement, laiss^s k nous-memes nous eussions dit les Glioses tout autrement. Mais I'heureux moment venait bien vite, ou jetant de c6t6 la page impertinente, nous nous ^lancions dans les bras ouverts de nos chers pa- — 4^3 —
rents et nous les embrassions et recevions leurs caresses k bouche que veux-tu.
Ah ! cela, c'^tait du r6el. Puis, les cadeaux faisaient leur apparition : des joujoux, des boites de bonbons, et provoquaient une nouvelle explosion de baisers de cris de joie et du plus joli babil. Ah ! cette partie 1^ de la cer^monie avait un vrai succes.
Le contemplatif ressemble a ces chers petits enfants. Dans ses entretiens avec Dieu il apporte un amour filial plein de franchise et de tendresse, et non un esprit de contrainte et de c6r6monie. II aime et il se sait aim^ ; il est sans cesse a jouer le jeu divin de Tamour. Faites de m^me, cher lecteur ; et que Dieu vous b^nisse en attendant que nous nous rencontrions de nouveau, si vous le voulez bien, dans mon prochain volume qui vous entretiendra de « la Contemplation Affective de Notre-Seigneur J6sus-Christ. »