Confenions, liv. X, ch. xxxiv (trad. L. Bertrand
L'ÉLéMENT PONOAMBNTAL OS L'ÉTAT MYSTIQUE 163
Dieu : lumière, parfum, nourriture, embrassements de l'homme intérieur que je suis, en qui resplendit pour mon âme une lumière qui franchit les espaces, où résonne une musique que le temps n'emporte point, où s'exhale un parfum que les «oufRes ne peuvent dissiper, où l'on savoure un aliment que l'avidité ne diminue pas, où se nouent des attachements que ne rompt point la satiété. Voilà ce que j'aime quand j'aime mon Dieu ! * »
Que signifient toutes ces expressions, et tant d'autres empruntées par les mystiques aux perceptions des sens, sinon la même •chose encore que les comparaisons d'amour déjà citées, c'est-àdire que l'état contemplatif se trouve constitué dans son fond par une expérience affective ? En effet, on a beau chercher, l'amour qui veut s'exprimer ne le peut faire qu'en empruntant des termes au domaine de la connaissance. Or ce sont les perceptions immédiates de la connaissance sensible qui fournissent les termes les moins disproportionnés. Car, suivant la très fine remarque de saint Thomas, « c'est le propre des sens de ne connaître que les choses présentes. En effet l'imagination se figure les choses corporelles, même en l'absence de celles-ci ; l'intelligence conçoit les raisons universelles lorsque les objets particuliers sont absents, aussi bien que lorsqu'ils sont présents. Dans ces conditions, l'acte de la puissance affective étant inclination à la réalité même, on donne, en vertu d'une certaine analogie, le nom de sens, de sentiment, sensus, à l'application de la puissance affective à son objet, à cette application qui fait qu'elle y adhère et l'expérimente en quelque sorte par la complaisance qu'elle y prend... D'où cette parole de la Sagesse (i, 1) : « Sentez la bonté du Seigneur ^. »
Nous tenons, semble-t-il, l'explication fondamentale, — ce qui ne veut pas dire totale, — des confidences que les mystiques nous ont faites. C'est bien en savourant leur charité qu'ils trouvent Dieu et le possèdent.