‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 129 sur 227 · Pr'wtifs · texte numérisé non relu

Pr'wtifs

« Mais, vous me direz : Cela est bien difficile. Non, mes Filles, il n'est point difficile ; faites attention à ce que je vous dis. Cet acte est grand, il est parfait ; mais en même temps je dis qu'il doit être fait fort simplement. Il n'y a rien de si simple que cet acte : adhérer à la vérité, consentir à la vérité, se rendre à la vérité, se soumettre à la vérité ; mais cet acte doit être fait sans effort, par un retour de tout le cœur vers Dieu. Il doit être, je cherche un terme pour m'expliquer, il doit être affectueux, tendre, sensible. Me comprenez-vous bien ? Mais me comprends-je bien moi-même ? Car c'est un certain mouvement du cœur qui n'est point sensible de la sensibilité humaine, mais qui naît de cette joie pure de l'esprit, de cette joie du Seigneur qu'on ne peut exprimer. Et partant, réjouissez-vous, et dites seulement en tout temps : Je consens, mon Dieu, à toute la vérité de votre être ; je fais mon bonheur de ce que vous êtes ce que vous êtes ; c'est ma béatitude anticipée, c'est mon paradis à présent, et ce sera mon paradis dans le paradis. Amen ! ^ »

Ainsi il arrive peu à peu que les motifs dialectiques s'effacent devant l'attrait du sentiment. Sans doute doivent-ils subsister toujours à l'arrière-plan, pour légitimer l'obéissance de la foi, et afin d'empêcher qu'un jour ou l'autre la raison ne soit la dupe du cœur. Mais nous goûtons en nous-mêmes une paix intellectuelle infiniment douce, grâce à cet amour qui nous a mis en possession de la vérité. Pour nous désormais la vie s'éclaire, et les inquiétudes, les obscurités perpétuelles dont souffrent les esprits qui ont refusé cette soumission affectueuse, nous font davantage apprécier notre bonheur.

A la longue, la charité fait plus encore. Elle nous donne d'éprouver une expérience des mystères divins qui complète notre connaissance spéculative.

En expliquant cette idée nouvelle, nous allons entrer cette fois au cœur même de notre sujet.

1. PLicnurs aux filles de la VisUclion, h' jour du ci ■.■'.« de M- Mulcllr, leur cmifesstuT.

A l'École du maître intérieur 179

f IV. — La vie de la charité donne a l'ame des expériences originales et profondes qui complètent sa connaissance spéculative des mystères divins.

Saint Jean nous rapporte cette parole de Notre-Seigneur : « Si quelqu'un veut faire la volonté de Dieu, il pourra discerner si ma doctrine est de Lui ^. » C'est-à-dire : accomplissez les commandements de mon Père, prenez l'habitude d'y conformer toutes vos mœurs, et vous ressentirez spontanément, pour les vérités que je vous révèle, une sympathie qui vous amènera à en reconnaître l'origine céleste.

Saint Thomas a très bien noté et expliqué ce phénomène, comme il est facile de s'en rendre compte par les citations suivantes.

Il nous parle, au traité de la Prudence, de ces opinions qu'énoncent les vieillards. « Elles sont indémontrables, dit-il, et cependant il faut en tenir compte autant que de démonstrations faites en bonne et due forme, parce que ces vieillards ont des intuitions qui leur viennent d'une longue expérience *. » C'est la pensée si poétiquement traduite par Joubert : « Le soir de la vie apporte avec soi sa lampe. »

En étudiant la Foi, saint Thomas écrit pareillement : « De même que l'homme, par la naturelle lumière de l'intelligence, donne son assentiment aux principes, ainsi le vertueux, par l'habitude de la vertu, juge correctement de ce qui convient à celle-ci ^. v « Les principes se sentent », comme disait Pascal*. On n'a pas besoin de raisonner pour les comprendre. De même le vertueux en arrive sans hésiter à sentir ce qui est bon et ce qui ne l'est pas. Tel est le fidèle par rapport aux vérités de la foi.

Mais nous retrouvons cette doctrine plus longuement développée à propos du don de sagesse ^ : « On peut réussir de

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