‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 142 sur 227 · Ihid., corp. «i ad · texte numérisé non relu

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A l'École du maître intérieur 197

les Illuminations divines laissent de côté tous nos procédés logiques et se moquent de notre philosophie.

0 Émotion bien douce où se mêlait cependant un sentiment d'épouvante et presque d'horreur ! Car mes convictions philosophiques étaient entières. Dieu les avait laissées dédaigneusement où elles étaient ; je ne voyais rien à y changer, la religion catholique me semblait toujours le même trésor d'anecdotes absurdes, ses prêtres et ses fidèles m'inspiraient la même aversion qui allait jusqu'à la haine et au dégoût, »

Nous commençons à toucher du doigt la différence qui sépare de telles inspirations de celles qui sont propres aux dons. L'auteur continue :

« L'édifice de mes opinions et de mes connaissances restait debout, et je n'y voyais aucun défaut. Il était seulement arrivé que j'en étais sorti ; un être nouveau et formidable, avec de terribles exigences pour le jeune homme et l'artiste que j'étais, s'était révélé que je ne savais comment concilier avec rien de ce qui m'entourait. L'état d'un homme qu'on arracherait d'un seul coup de sa peau pour le transplanter dans un corps étranger au milieu d'un monde inconnu est la seule comparaison que je puisse trouver pour exprimer cet état de désarroi complet. Ce qui était le plus répugnant à mes opinions et à mes goûts, c'est cela pourtant qui était vrai, c'est cela dont il fallait, bon gré mal gré, que je m'accommodasse ^. »

Tout autre est le cas d'une âme en état de grâce, douée de la charité et des sept dons divins. Le Saint-Esprit est son Hôte. Il n'a pas à fondre sur elle comme un aigle pour l'emporter toute désemparée dans une direction contraire à ses désirs. Il l'actionne du dedans, la soulève et l'entraîne dans la voie où elle marchait déjà. L'âme possède en elle-même des aptitudes qui la rendent très souple sous ces impulsions extraordinaires. Et dès lors c'est une douceur pour elle que de se laisser emporter vers le but de toutes ses aspirations.

On le voit encore, l'instinct du Saint-Esprit n'est pas une froide illumination de l'intelligence, une sorte de lever d'aurore

l. Ibid., p. 239.

sur un glacier. Il apparaît comme un chaud rayon sorti du cœur enflammé d'amour où l'Hôte divin habite. Il agit dans l'enveloppement de cette affection divinatrice que nous avons étudiée naguère. Il en prolonge l'action pour pénétrer plus avant dans l'objet que nous aimons.

L'instinct merveilleux de ces insectes 'que Fabre a étudiés est peut-être ce qui pourrait le moins mal représenter ces mouvements d'âme. Ces petits êtres ne raisonnent pas, ils en sont incapables, mais ils ont une façon de connaître la vie par le dedans qui leur permet de réussir infailliblement en dépit des plus grandes difficultés. Ce n'est rien de comparable à l'intelligence réfléchie, mais une sorte d'activité vitale qui les met intérieurement à l'unisson avec les êtres dont ils ont besoin et qu'ils utilisent pour arriver à leur fin. On dit dans certaine philosophie contemporaine que cet instinct impeccable vient en eux de ce que tout ne faisait qu'un dans le courant de la vie primordiale. Mais alors que n'arrivera-t-il pas dans une âme de saint, qui finit par s'identifier avec le principe de toute vie, qui adhère à Dieu par la charité fervente au point de ne former avec lui qu'un seul Esprit ? Quelles intuitions sortiront de cette sympathie divine, de cette participation intime à la nature de Dieu !

« Oh ! venez, Esprit-Saint, et envoyez du haut des cieux un rayon de votre lumière. Venez, père des pauvres, venez nous apporter vos dons, venez illuminer nos cœurs ^.

» Parlez, Seigneur, parce que votre serviteur écoute.

» Je suis votre serviteur ; donnez-moi l'intelligence afin que je sache vos témoignages.

» Inclinez mon cœur aux paroles de votre bouche : qu'elles tombent sur lui comme une douce rosée.

» Les enfants d'Israël disaient autrefois à Moïse : Parleznous, et nous vous écouterons : mais que le Seigneur ne nous parle point, de peur que nous ne mourrions.

» Ce n'est pas là, Seigneur, ce n'est pas là ma prière : mais, au contraire, je vous implore comme le prophète Samuel, avec

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