‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 141 sur 227 · II» îi»e, qu. 8, a. 5, ad · texte numérisé non relu

II» îi»e, qu. 8, a. 5, ad

Ici nous rejoignons l'idée du chapitre précédent. Quand cette aspiration vers Dieu dont nous venons de parler procède de l'impulsion divine qui nous entraîne à la façon d'une force étrangère et pourtant très intime, nous avons là l'élément fondamental de l'état mystique. C'est donc sur ce courant passif d'amour, décrit jadis, que se greffe l'instinct du Saint- Esprit, objet actuel de notre étude.

Cependant il faut remarquer que le Saint-Esprit peut gratifier de cette impulsion vers la fin dernière et de l'instinct qui s'ensuit, certaines âmes qui ne jouissent pas encore des dons, parce que vivant dans le péché ^. On a déjà noté la ressemblance qui existe entre l'expérience des convertis et celle des mystiques. Paul Claudel nous servira d'exemple. Il se trouvait un après-midi de Noël, à Notre-Dame de Paris, pendant que l'on chantait le Magnificat, t C'est alors, dit-il, que se produisit l'événement qui domine toute ma vie. En u» instant, mon cœur fut touché et je crus. Je crus, d'une telle force d'adhésion, d'un tel soulèvement de tout mon être, d'une conviction si puissante, d'une telle certitude ne laissant place à aucun doute, que, depuis, tous les livres, tous les raisonnements, tous les hasards d'une vie agitée n'ont pu ébranler ma foi, ni, à vrai dire, la toucher. J'avais eu tout à coup le sentiment déchirant de l'innocence, de l'éternelle enfance^ de Dieu, une révélation ineffable. En essayant, comme je l'ai fait souvent, de reconstituer les minutes qui suivirent cet instant extraordinaire, je retrouve les éléments suivants qui cependant ne formaient qu'un seul éclair, une seule arme dont la Providence divine se servait pour atteindre et s'ouvrir enfin le cœur d'un pauvre enfant désespéré : « Que les gens » qui croient sont heureux ! — Si c'était vrai, pourtant ? » — C'est vrai ! — Dieu existe, il est là. C'est quelqu'un, » c'est un être aussi personnel que moi ! — Il m'aime, il in'ap- » pelle. » Les larmes et les sanglots étaient venus, et le chant si tendre de VAdestc ajoutait encore à mon émotion '. » Notons, dans la suite de cette histoire d'une âme, comment

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