II» llM.qii. 180, a. 7, ad
l'intuition obscure de dieu 271
d'extase et de jubilation ^. Mais que la joie déborde ainsi du cœur dans tout l'être, ou que l'âme seule y prenne part, l'esprit du moins en ressent le bienfait, lui qui fut sous l'impulsion du cœur l'artisan principal de la contemplation. Il n'est plus du tout tenté de s'agiter. Vraiment il fait si bon croire et s'unir à Dieu ! Ainsi dans cette atmosphère d'allégresse achève de mûrir cette certitude de la foi, fruit délicieux du Saint-Esprit, que le mystique savoure à loisir désormais.
Le mot foi a donc deux sens bien distincts. Il désigne la vertu de foi qui peut être informe et presque morte. Ce n'est plus que « la racine de la justification ». Ainsi se trouve-t-elle dans l'âme des pécheurs qui sont encore croyants, mais privés de la charité. Il suffit à l'existence de la foi ainsi comprise que l'on croie parce que Dieu a parlé. Mais pour que la foi vive et s'achève dans le fruit du Saint-Esprit, il faut que la charité lui fournisse la sève, et que les lumières accordées par l'Hôte divin viennent la confirmer. Avec ce dernier sens le mot foi apparaît fréquemment chez les mystiques, par exemple lorsqu'ils appliquent au mariage spirituel le texte devenu célèbre : Sponsabo te in fîde, Je t'épouserai dans la foi.
Remarquons que le fruit du Saint-Esprit n'exclut pas la vertu de foi. C'est la racine sur laquelle il a poussé et demeure. Il n'en est pas de lui comme de la vision bienheureuse. Quand celle-ci commencera, ou, pour parler avec saint Paul, quand viendra ce qui est parfait, ce qui est imparfait disparaîtra 2. Nous ne croirons plus, nous verrons face à face. Cependant telle est l'intuition donnée parfois à certaines âmes mystiques, qu'elles peuvent dire elles-mêmes déjà : « Je ne crois plus, je vois. » Elles ont en face des mystères la même certitude que pour les choses qui sont à portée de nos yeux.
Il s'ensuit que l'on pourra, selon le sens donné au mot foi, dire d'une âme contemplative que sa foi est grande, ou que sa foi a disparu. L'auteur de l'Épître aux Hébreux loue la foi de Moïse qui semblait voir l'invisible ^. Saint Jean de la Croix