Hebr. XI
parle toujours de chercher Dieu dans la foi ^. Au contraire, frère Egide, compagnon de saint François d'Assise, disait qu'il avait perdu la foi et reçu à la place un don meilleur. « Mais si vous étiez prêtre, comment feriez-vous donc pour entonner le Credo in iinum Deum ? Frère Égide entonna d'un air joyeux Cognosco unum Deum Patrem 2, Ainsi pensait encore sainte Madeleine de Pazzi. Écoutez plutôt ce dialogue entre l'âme et le Père céleste.
« Le Père. — Un autre fruit de la communication de mort essence est une espèce de disparition de la foi dans les âmes.
« L'Ame. — O Père éternel ! Comment cela peut-il se faire puisque sans la foi nous ne pouvons nous sauver ?
« Le Père. — Voici, ma fille. Par la communication de mon essence, je répands en vous une connaissance de moi si profonde, si claire et si intime qu'elle vous force en quelque sorte d'avouer que vous n'avez plus la foi ; et c'est ce que j'appelle la disparition de la foi ; parce que cette connaissance est tellement claire qu'elle paraît moins appartenir à la foi qu'à la vision. Cette infidélité très fidèle est un vêtement nuptial dont l'âme est justement glorieuse, vêtement tissu (qui le croirait ?) de lumière et de ténèbres, et semblable à celui qu'on me prête en disant que je suis revêtu de la lumière comme d'un vêtement, et que j'habite au milieu de ténèbres inaccessibles. En effet plus mon immensité me rend clair et connaissable en moi-même, plus je suis incompréhensible aux créatures à cause de leur incapacité, et en cela je ressemble au soleil, qui n'est jamais moins visible que lorsqu'il brille le plus ; et de même que l'on ne peut voir le soleil avec une autre lumière que la sienne, je ne puis non plus être connu intimement, si ce n'est par la lumière que je répands dans les âmes. Le vêtement de l'âme privée de foi est donc comme le mien composé de lumières et de ténèbres, et elle s'en glorifie ; mais comment ? Elle se glorifie de ne pas connaître Dieu : voilà les ténèbres ; et cependant elle le connaît si bien qu'elle en perd en quelque sorte la foi : voilà
1. Voir par exemple Le Cantique spirituel, slroph»' 1, comiui'ntaire. 2 Aeta Sanct., 23 apriL, § 55, 56.
l'intuition obscure de dieu 273
la lumière. Elle croit comme si elle voyait ; or celui qui voit n'a plus la foi, puisque la foi consiste à croire ce qu'on ne voit pas ; et d'un autre côté, elle voit qu'elle ne connaît rien, eu égard à l'abîme immense et infini de mes perfections qu'elle ne peut sonder. Elle est donc tout à la fois dans la lumière et dans les ténèbres, et c'est là précisément cette grande foi sans foi dont je vous ai parlé.
« L'Ame. — O disparition de la foi, que vous êtes peu connue ! ^ »
Voilà donc le fruit propre des dons de sagesse, d'intelligence et de science, le fruit unique que ces trois dons contribuent à mûrir : la foi vive et bien assurée, certitude signala nomine fidei ^.
Ainsi se trouve comblé, dans la mesure du possible, ce besoin né des imperfections de la vertu de foi qui nous est apparu comme la raison d'être de la contemplation mystique.
Heureuse et plus heureuse que nulle au monde l'âme unie de la sorte à son Dieu ! D'autres ici-bas possèdent davantage tel ou tel trésor. Mais leur cœur n'y trouve pas une satisfaction à sa taille. L'inquiétude du cœur humain n'a de cesse que s'il se repose dans le Bien suprême qui est sa vraie fin. Heureux seul ici-bas celui qui commence à posséder Dieu et qui peut se dire : Ce n'est qu'un début. La vie éternelle sera la consommation, de cette joie paisible ^. Marie a choisi la meilleure part, et cettepart ne lui sera jamais ôtée *.