‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 4 sur 227 · CHAPITRE PREMIER L'HOTE DIVIN · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER L'HOTE DIVIN

Dulcis hospes animœ (Liturgie).

L'idée la plus chère aux mystiques est bien celle de la présence de Dieu dans « le centre de leur âme », ou, comme ils disent encore, « au fond de leur cœur », « à la cime de leur esprit ».

« Des hommes peu instruits, raconte sainte Thérèse, me disaient qu'il n'est présent que par sa grâce, et je ne pouvais le croire, tant j'avais le sentiment qu'il était là lui-même. Je me trouvais donc assez en peine à ce sujet. Un grand théologien de l'Ordre du glorieux patriarche Dominique me tira d'incertitude : il me dit que Dieu est véritablement présent et m'expliqua comment il se communique à nous, ce qui me consola beaucoup ^. »

Commençons par exposer progressivement cette vérité qui satisfit la célèbre mystique. A l'exemple du théologien qu'elle rencontra, nous n'avons qu'à reproduire la doctrine du Maître, saint Thomas d'Aquin.

On peut dès l'abord la résumer en quelques mots. 1° Dieu demeure en nous tous comme source immédiate de notre être. 2° 11 réside plus particulièrement dans notre âme sanctifiée comme cause de la grâce. 3° D'autre part l'âme elle-même le rejoint et le possède, à titre d'ami, par le moyen de la charité qui donne prise sur lui. 4° Mais c'est au milieu des ténèbres

i. Vie par elle-même, ch. xviii, fin. Nous avertissons une fois pour toutes que nous citons sainte Thérèse d'après la traduction des Carmélites, et saint Jean de la Croix, d'après celle de M. Hoornaert.

de la foi qu'elle embrasse son hôte divin. Telles sont les quatre propositions dont le développement forme ce chapitre. Elles constituent les premiers principes de la contemplation mystique, et nous le comprendrons mieux à mesure que nous i| avancerons.

§ I. — Dieu demeure en nous comme source immédiate

DE tout notre être.

On ignore pratiquement cette vérité de la présence de Dieu en toutes choses et particulièrement dans les âmes sanctifiées. On place Dieu bien loin en dehors de nous. Pour un peu on le reléguerait aux origines, dirigeant les premières évolutions du monde, créant encore chaque âme de nouveau-né. A l'heure de la mort pour chacun, au dernier jour de l'univers pour tous, il serait le grand Justicier qui se rapproche, afin que les comptes lui soient rendus. D'ici là, il resterait l'Être distant qui regarde de haut son œuvre et se contente d'intervenir parfois pour remettre l'ordre.

Et cependant que Dieu soit partout, au ciel, sur la terre et en tous lieux, l'enfant chrétien l'a appris dans son catéchisme ; et le psaume liturgique nous le fait chanter en des termes d'une magnifique poésie :

« Seigneur, où aller pour m€ dérober à ton esprit ?

Où fuir pour échapper à ton regard ?

Si je monte aux cieux, tu y es ;

Si je me couche dans le séjour des morts, te voilà !

Si je prends les ailes de 1 aurore,

Et que j'aille habiter aux confins de la mer,

Là encore ta main me conduira

Et ta droite me saisira.

Et je dis : au moins les ténèbres me couvriront,

Et la nuit sera la seule lumière qui m'entoure :

Les ténèbres n'ont pas pour toi d'obscurité ;

Pour toi la nuit brille comme le jour,

Et les ténèbres comme la lumière.

C'est toi qui as formé mes reins

Et qui m'as tissé dans le sein de ma mère '. »

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