‹ La Contemplation mystique d'après Saint Thomas d'AquinChapitre 5 sur 227 · Psaim · texte numérisé non relu

Psaim

Ici le psaume touche à la raison philosophique de cette présence de Dieu dans le monde entier et dans chacun de nous. Ne faut-il pas que l'ouvrier soit là où il agit ? Or Dieu, et Dieu seul, est par lui-même et immédiatement l'ouvrier créateur et conservateur de l'être en ses manifestations les plus diverses. Lui seul possède l'être en propre et dans sa source. Tout autre ne l'a que par un don de sa munificence. Partout donc où quelque chose est, il faut que Dieu soit, pour donner à cette chose d'exister telle qu'elle est. C'est lui qui porte le soleil et qui fait germer le grain de blé, c'est lui qui peint les couchants magnifiques et revêt de splendeur les lis des prairies, c'est lui qui compose les symphonies de la forêt et la mélodie du rossignol, c'est lui qui édifie les hautes montagnes, et qui modèle le corps humain. Et si toutes ces grandeurs de chair, comme dit Pascal, ne sont rien auprès de celles de l'esprit, c'est Dieu encore, l'unique penseur et l'artiste souverain dont les hommes reçoivent l'inspiration de tous leurs chefs-d'œuvre. « Pater usque modo operatur. Mon Père est toujours au travail », disait Jésus.

Mais gardons-nous de rapetisser Dieu à la mesure d'un maître humain qui tâche d'instruire un jeune disciple, ou d'un sculpteur qui se tient à proximité d'un bloc de marbre et à l'aide d'un instrument modifie superficiellement cette matière que l'on appellera son œuvre. Le professeur n'est capable de rien s'il ne rencontre une intelligence déjà constituée. Le sculpteur n'est cause que d'une simple transformation dans ce marbre qui était avant lui, qui à cette heure même se passe de lui pour être, et qui après lui continuera d'exister. L'action du Créateur est autrement profonde et durable. Rien de ce qui est ne lui échappe en quoi que ce soit. Aucun être, esprit pur, ou grain de sable, qui ne soit en tout lui-même, à tout moment, l'œuvre de Dieu. L'homme suppose pour agir les .forces spirituelles et matérielles que lui prête la nature. Mais toutes les forces de la nature supposent Dieu. Imaginez qu'un seul instant elles soient abandonnées de lui, aussitôt ce serait le néant, comme c'est la nuit, du moment que le soleil cesse 4'illuminer l'atmosphère ^.

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